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Désobéissance civique ?

Des réactions de militants de l'ICEM après la proposition du Chef de l'Etat qu’à la rentrée prochaine, chaque enfant de CM2 se voie confier la charge d’un devoir de mémoire vis-à-vis d’un enfant juif exterminé dans la Shoah.

Cat Ouvrard - professeur des écoles RAR cycle3 à NANTES

Jamais je ne demanderai à des enfants vivants d’incarner des enfants morts.

 
Jamais je ne ferai porter à des enfants déjà trop lourds de leur présent la mémoire de la Shoah.
 
Jamais dans le cadre de mon travail de professeur je n’obtempèrerai aux injonctions subites d’un chef d’Etat virevoltant.
 
Le fait du Prince n’a pas lieu d’être à l’école mais l’histoire y a toute sa place. La classe de CM2 vit et apprend, nul besoin de parrainer un enfant assassiné pour perpétuer la mémoire du génocide des juifs. C’est au contraire par la mise à distance, la recherche, l’étude, et la confrontation des points de vue que se conçoit l’apprentissage de l’histoire, surtout pas par le choc émotionnel.
 

Après la lettre de Guy Môquet, cette nouvelle lubie dépasse les bornes de l’indécence.

Françoise Salmon, directrice d'école, à Paris

Moi, je suis sans voix, juste envie de hurler et de vomir une fois de plus.
Au-delà de l'inacceptable pour nos élèves, ce monstre ne fait que raviver des blessures pour les, "héritiers" de la Shoa dont je fais partie. Cette mémoire, je la porte en moi depuis ma naissance, elle est indélébile, mais c'est mon histoire et je m'en débrouille. Je la partage avec qui je veux, quand je veux et surtout pas en demandant à des élèves de CM2 d'en endosser la partie la plus morbide, dans l'émotion la plus vive.
Je vous mets en pj le texte que j'avais écrit et dit le jour de la pose d'une plaque commémorative à la mémoire des enfants juifs déportés ayant fréquenté l'école où je travaille.
Ces poses de plaques sont courantes à Paris, elles sont l'occasion de travailler avec les enfants dans le cadre du fait historique, de la construction d'un savoir permettant la compréhension, l'explication et la prise de recul nécessaire à tout apprentissage.
Signe du destin, clin d'œil de la vie, j'ai du y participer et ce fut un grand moment pour moi. Cet instant partagé et parlé m'a accompagnée dignement dans cette histoire, sans qu'aucun enfant de l'école ne sache ou ne devine à quel point je pouvais y être impliquée.
Qu'il aille au diable!

 Jean Le Gal, chargé de mission, Droits de l'enfant

Je suggère d'envoyer nos remerciements au Chef de l'Etat pour avoir permis aux militants de DEI de construire un texte aussi remarquable.
J'ai retenu particulièrement les propositions faites qui pourraient être aussi envoyées aux syndicats enseignants, aux fédérations de parents d'élèves et à RESF, car, en ce qui concerne l'éducation à la citoyenneté, qu'une ONG défendant les droits de l'enfant préconise de lui apprendre " le devoir de désobéissance civique quand les droits de l'homme ( et de l'enfant) sont bafoués" constitue une avancée théorique considérable qui pourrait avoir de nombreuses répercussions pratiques dans les institutions accueillant les enfants. Que se passerait-il si dans l'école les enseignants apprenaient aux enfants leurs droits et les moyens de protester quand ils ne sont pas respectés par les autres enfants, par les adultes, par le ministre, par le chef de l'Etat?
C'est une proposition révolutionnaire à suivre.
Pour aller dans le même sens, je me permets de vous communiquer une partie de mon intervention à la table ronde du 1 juillet 2006 à Nantes pour la défense des enfants étrangers qui accueillait C. Taubira et de nombreuses personnalités.

DROIT A L’EDUCATION et DESOBEISSANCE CIVIQUE
L’école doit respecter la dignité de l’enfant et lui permettre d’exercer les libertés publiques qui lui sont reconnues, en particulier le droit de donner son avis et d' être associé aux décisions qui le concerne.
En créant et en faisant fonctionner des institutions démocratiques à l’école, en élaborant des règles de vie commune, en réalisant de véritables projets collectifs participatifs, les enfants apprennent la nécessité du respect de l’autre et de ses droits, les exigences de la vie en collectivité qui impliquent de s’engager, d’assumer des responsabilités et de respecter ses règles.

Or l’action que nous menons aujourd’hui, à laquelle les enfants participent à l'école et avec leurs parents, préconise la désobéissance civique.
Dans l’appel aux personnalités dont la LDH a pris l’initiative , il est écrit :
« Nous savons que dans toute société démocratique la loi est la règle qui s’impose à tous. mais nous savons aussi que lorsque la loi viole des principes aussi élémentaires, c’est notre devoir de citoyens, notre devoir de conscience de ne pas s’y plier. »
C’est déjà ce qui était écrit dans l’article 35 de la Constitution du 24 juin 1793 :
« Quand un gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs »

L’exercice des droits des enfants à l’école implique qu’ils apprennent à respecter leurs obligations et les limites qui ont été décidées ensemble, c’est ce qu’on appelle l’apprentissage de la loi, mais puisqu’un citoyen responsable doit aussi être capable de se révolter contre toute atteinte à ses droits ou à ceux des autres, nous devons aujourd'hui nous interroger : les éducateurs doivent-ils aussi apprendre aux enfants à protester, individuellement et collectivement, lorsque leurs droits sont bafoués, lorsque leur dignité n’est pas respectée, lorsque l'autorité abuse de son pouvoir, lorsque les règles sont injustes et parfois illégales? "

Dernière modification 17-02-2008 09:10
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