BIBLIOTHÈQUE DE L'ÉCOLE MODERNE ET GÉOGRAPHIE VIVANTE par EDITIONS DE L'ÉCOLE MODERNE FRANÇAISE
CANNES |
TABLE DES MATIÈRES
GÉOGRAPHIE : programmes et
Instructions
- LE MILIEU
LOCAL : Ressources pour l'enfant observateur
-
Les Techniques pédagogiques de l'École Moderne et la géographie
-
Les outils pédagogiques de l'École Moderne
-
Faisons le point de nos connaissances en fin de Cours Moyen
-
Avec les grands, la géographie est une tâche de travail
-
CONCLUSION : Pour nous, la géographie c'est la vie
L'étude du
milieu local, sans cesse vivifié et rectifié par l'observation, doit servir au maître
pour inculquer aux écoliers l'idée de l'enchaînement et de la répercussion des faits.
(Vidal de la Blache).
La seule
méthode qui convienne à l'enseignement primaire est celle qui fait intervenir tour à
tour le maître et les élèves, qui entretient pour ainsi dire entre eux et lui un
continuel échange d'idées sous des formes variées, souples et ingénieusement
graduées.
(Plan d'études et instructions de 1887 précisés par les instructions du 20
juin 1923).
GÉOGRAPHIE :
La loi du 28
mars 1882 qui régit l'E.P. Énumère les matières d'enseignement et fait une part à la
géographie.
Le décret du 18
janvier précise : géographie particulièrement de la France.
Les arrêtés du
17 octobre 1945 et 23 novembre 1956 en fixent l'importance par semaine : histoire et
géographie ensemble :
- Cours
Préparatoire, néant ;
- C.E., 1 heure
;
- C.M. Et C.S.,
1 heure ½.
Et celui du 24
juillet 1947 fixe à trois heures le temps qui y est consacré en F.E..
La géographie
est matière d'enseignement.
Au fait,
qu'est-ce que la géographie ?
Le LAROUSSE
vient à notre secours qui précise :
La
géographie, c'est la description systématique et scientifique de l'état actuel de la
Terre à la surface de laquelle vivent les hommes.
Cette science
suivant l'objet précis de ses études peut se diviser en quatre branches :
1°- La
géographie physique qui s'occupe particulièrement du modèle actuel du relief terrestre
et des causes variées qui modifient ce relief.
2°- La
géographie humaine qui s'occupe de l'homme dans ses rapports avec la terre et les
circonstances géographiques et les conditions du milieu où il vit.
3°- La
géographie économique.
4°- La
géographie politique.
*
EST-CE UN
ENSEIGNEMENT DIFFICILE ?
À priori
oui : c'est un enseignement complexe, difficile, très vaste, faisant appel
à de nombreuses disciplines et à une mémoire excellente.
Nous ne sommes
pas surpris d'entendre de nombreux collègues nous dire : « Mes élèves aiment
l'Histoire, mais ils détestent la Géographie. Pour eux, c'est une liste de mots, de noms
propres à retenir, tout se mélange dans leur esprit ; les cartes sont des rébus et
les croquis qu'ils réalisent sont informes ».
La géographie
est-ce la science de Monsieur Champagne : celle qui permet de gagner à quitte ou
double ? Si oui, c'est une science de mots dont la plupart des enfants et des
maîtres sentent l'inutilité.
Mais si la
géographie est science vivante, s'intéressant à la surface de la terre habitée par
l'homme, si cette science complexequi fait appel à presque toutes les autres, remet
l'homme en place dans la nature et ses éléments favorables ou hostiles, si elle permet
de comprendre le devenir humain que nous souhaitons bénéfique pour tous, si elle conduit
vers une bonne entente de tous les hommes, notre aversion est-elle justifiée ?
*
EXIGENCE DES
PROGRAMMES
Si nous
parcourons les programmes de géographie et les instructions qui les accompagnent ceux et
celles de 1887, de 1923, de 1945, de 1947, il s'agit :
Au cours
élémentaire : d'observation et de compréhension des grands faits
géographiques et de vocabulaire usuel.
Au cours
moyen : de géographie locale, du petit coin de la France où l'on habite,
des principaux traits de la France et de la France d'Outre-Mer.
Pour les
classes de fin d'Études :
1° - De la
terre, des 5 parties du monde en particulier U.S.A.,
U.R.S.S.,
Angleterre, Chine.
2° - Des
grandes régions naturelles géographiques (physique humaine économique) de
la France et de l'Union française.
*
BASES
OFFICIELLES DE CET ENSEIGNEMENT
Les instructions
de 1923 précisent :
Les
leçons de géographie seront d'abord des leçons de choses.
Elles nous
apprennent aussi que :
Même les
horizons les plus austères et les plus nus ont leur séduction pour qui les contemple
avec une âme docile à la leçon de chose, et que le maître lui-même
trouvera un motif de s'attacher au milieu où il vit.
Quelles sont les
choses qui motiveront les études géographiques ? Les instructions officielles sont
formelles.
Au cours
élémentaire :: toutes les leçons seront fondées sur l'observation du
milieu local et l'explication de gravures en liaison avec les classes promenades.
Au cours
moyen : l'observation directe du petit coin de France que l'on habite,
permettra aux élèves d'établir de petites monographies du village, du quartier, de la
ville.
En fin
d'études : il est indiqué qu'on représentera d'abord aux élèves leur
propre région et qu'on donnera à cette étude une attention et un développement
particuliers.
Qu'il s'agisse
de la Terre, des grandes puissances, de la France, de l'Union Française, les programmes
insistent sur la géographie humaine et économique.
L'enseignement
de la géographie doit être concret, et le 20 juin 1923, les instructions apportent une
précision capitale :
À
l'enseignement par l'aspect, forme intéressante de la méthode concrète qui n'a pas dit
son dernier mot, il faut superposer une autre forme de la même méthode qui n'en est
qu'à ses balbutiements mais qui décuplera l'efficacité de l'art : l'enseignement par
l'action.
*
ENSEIGNEMENT
PAR L'ACTION
En 1923, avec
Freinet à Bar-sur-Loup, l'École Moderne naissait et avec l'École Moderne,
l'enseignement par l'action allait prendre essor ; les balbutiements du
début du siècle dont parlent les instructions allaient devenir langage, langage entendu
peu à peu par de nombreux instituteurs qui se groupèrent autour de FREINET en un
puissant Institut Coopératif. Tous les pédagogues avertis utilisent les Techniques
préconisées par FREINET, les mettent au service des enfants du monde et les
perfectionnent sans cesse. Grâce à elles, la géographie telle que la préconisent
programmes et instructions, devient science efficace, bien à la portée des enfants qui
de plus en plus y trouvent un intérêt grandissant.
*
POINT DE
DÉPART
Le point
de départest bien précisé :
C'est l'étude
du milieu local. Il ne saurait en être autrement puisque la géographie est leçon
de choses.
Nous référant
aux travaux de la Commission Langevin, nous n'oublierons pas que la culture doit se
proposer de faire participer le plus largement possible, dans l'espace et dans le temps,
chaque individu à la vie de l'espèce, de développer en lui à la fois la personnalité
et le sens d'une étroite solidarité avec les autres êtres humains...
Pour mener à
bien ces deux tâches... l'École devra s'ouvrir plus largement encore qu'elle ne le
fait sur le monde extérieur, prendre un contact plus intime et plus direct avec la vie.
Avec FREINET
nous pourrons dire :
Aujourd'hui
notre école pénètre la vie ambiante et s'en pénètre.
SES RESSOURCES POUR
L'ENFANT OBSERVATEUR
Combien
j'ai douce souvenance... Pour l'enfant, le milieu local c'est d'abord la maison
où il vit, où il peut être né, celle dont il a pris possession peu à peu avec ses
yeux, avec ses oreilles, avec ses pieds et ses mains, avec son intelligence et sa
sensibilité.
Dans la
maison :
Ce sont d'abord
ses parents avec qui il vit, puis ses amis, les gens et les bêtes, ses camarades avec qui
il joue et travaille. Ce sont tous les souvenirs affectifs qui l'y rattachent.
C'est la maison
avec son cadre, les maisons voisines, c'est le chemin qui le conduit au village, à
l'école.
C'est le paysage
immédiat dont l'image se précise peu à peu au fur et à mesure de ses découvertes.
Ce sont les
champs, les prés, les bois, les rigoles et les ruisseaux dans lesqauels il joue. C'est le
papillon et la fleur, l'eau et le poisson, l'arbre et l'écureuil, l'herbe, la sauterelle
et la mante religieuse. C'est le milieu naturel minéral, végétal, animal dont la vie se
manifeste en associations diverses.
Ce sont les
coteaux, les vallons, les montagnes, les plaines et les rivages dont le relief donne forme
au paysage.
Ce sont encore
les travaux auxquels il participe avec ses camarades, ses parents.
C'est la ferme
et ses animaux, c'est l'atelier du maréchal-ferrant, c'est le four du boulanger, les
bonbons de l'épicière, c'est le képi du garde-champêtre qui fait un peu peur. C'est
l'usine. C'est la mairie et monsieur le Maire. C'est la visite médicale.
C'est le milieu
social et humain qui l'environnent.
Le milieu
local : il est nature, il est vie, il est organisation. C'est un perpétuel devenir. -
Avec sa terre et ses cailloux, avec son vent, sa pluie et sa neige, ses intempéries, son
soleil et son ombre, avec ses maisons, ses routes qui le mettent en relation avec les
voisins ; avec ses travaux divers, le milieu local est l'oeuvre de ceux qui ont bâti les
maisons et construit les routes : il est mouvant comme la vie. Le carrier vient-il de
faire sauter une mine, la brêche que l'explosif vient de creuser dans la roche modifie le
paysage, tout comme le torrent qui a raviné ses berges après l'orage. Le paysan qui
sème du blé fera verdir la terre. Les arbres fruitiers qu'il a plantés créeront des
îlots de verdure, de fleurs, de fruits dans les champs.
Le milieu local
est tout à la fois oeuvre naturelle et oeuvre humaine. Il est devenu ce qu'il est parce
que ceux qui reposent au cimetière ont travaillé, comme avaient travaillé avant eux,
ceux dont on ne retrouve dans la terre que les outils de pierre, et qui nous ont laissé,
venus d'un passé lointain le témoignage impérissable de leur activité et de leur
génie.
Le milieu local
c'est aussi le passé : ce sont les vieilles pierres des maisons, ce sont les vieux
papiers que renferment les greniers, ce sont les archives. C'est l'histoire de la prise de
possession du milieu naturel ou hostile par les hommes du passé, par les hommes du
présent, et c'est aussi les possibilités nouvelles qui se présentent à lui, enfant qui
s'achemine vers sa destinée d'homme.
Quelle richesse
dans la pauvreté du milieu le plus déshérité, quelle richesse pour qui sait la
découvrir !
(Instructions officielles)
NOTRE ÉCOLE NE SERA PAS
CAGE FERMÉE
L'École fait
partie du milieu local, elle ne saurait se fermer sur lui comme un mur hostile de prison.
C'est en ouvrant ses portes et ses fenêtres, c'est en partant à la découverte, c'est en
participant à la vie qu'elle sera fidèle à ceux qui l'ont pensée, qui l'ont créée,
qui l'ont construite.
Comme celle du
grand poète Rabindranath Tagore :
L'école que
nous voulons moderne ne sera pas une cage fermée où les esprits vivants sont
artificiellement nourris, mais bien la maison ouverte où maîtres et élèves ne font
plus qu'un.
Ne font qu'un
avec le milieu local : milieu naturel et milieu humain.
Milieu local et Sciences
d'Observation
Mon propos n'est
point d'examiner ici toutes les ressources qu'offre le milieu local pour une école
moderne (BT : Avec Gill de Veuray, n° 453 et 493).
Un exemple
cependant de son utilisation rationnelle qui montrera que tout se tient et que la
géographie est une résultante.
« Gil »
vous a parlé de son ruisseau. Il vous l'a décrit. Il vous a signalé l'ancienne usine
électrique, mais la place lui a fait défaut pour vous parler du moulin coopératif qui
utilise la force de ses eaux.
Cependant autour
de ce moulin, il a fait de nombreuses observations. En dessous de l'ancienne usine
électrique un canal conduit une partie des eaux du ruisseau dans « une
écluse ». C'est ainsi que l'on nomme à Veurey la grande fosse que l'on a creusée
dans le sol et qu'on a fermée vers le bas par une vanne. Une conduite métallique qui
suit la pente raide du terrain recueille l'eau de l'écluse par le bas et l'amène sur les
pales d'une petite roue horizontale qui tourne ainsi à grande vitesse ; l'axe vertical de
cette turbine par le moyen d'une roue dentée transmet son mouvement à une poulie qui par
un câble sans fin transmet à son tour, mouvement et force au moulin situé une centaine
de mètres plus bas.
Mais l'eau qui
sort de la turbine est recueillie à nouveau par un canal qui la conduit sur la roue à
aubes du moulin.
Ainsi le moulin
utilise deux fois la force de la même eau : d'abord par l'intermédiaire de la turbine,
puis par celle de sa roue à aubes, si bien que même par les périodes maigres, le moulin
peut faire de la farine.
Judicieuse
installation, qui avait été répétée pour la scierie où l'eau avant de pénétrer
dans une autre « écluse », actionnait une roue à aubes, puis en actionnait
une seconde dans la scierie même. Cette dernière utilise actuellement l'électricité
comme force motrice et les deux roues à aubes sont immobiles deppuis des années.
Ces observations
faites au cours d'un « transport sur les lieux » sont riches d'enseignements
scientifiques par elles-mêmes, ensuite par associations d'idées. Nous allons par la
pensée et par les images auprès d'un autre torrent voisin, le Drac, dont les eaux, comme
celles de la Voroise, travaillent plusieurs fois de suite grâce à des barrages et des
usines construites en chapelets tout au long de son cours :
| Pont sur le Ruisset. (Photo Henry
Duval) |
| Le château de
Val (Xvème siècle) dans le lac de Bort(Photo Michel) |
Le Sautet,
Cordéac, Cognet et bientôt Monteynard et Saint-Georges-de-Commiers.
Ainsi notre
petit ruisseau nous a apporté la joie de la découverte : canaux, réservoirs d'eau,
turbine à roue horizontale, roues verticales à
aubes, transmission du mouvement circulaire en mouvement linéaire, puis à nouveau en
mouvement circulaire, finalement en force motrice et en travail. Il nous a fait prendre
conscience de la sagacité de nos anciens et par association d'idées, il nous aide à
connaître et à comprendre en quoi consiste l'aménagement actuel d'un torrent... Le
travail manuel aidant, nous construirons des roues de moulin verticales, horizontales, si
nous sommes habiles comme ceux de « L'École Buissonnière » (BT n°100), nous
« fabriquerons » peut-être un jour de l'électricité.
La voilà, prise
sur le vif, la vraie richesse du milieu local, celle qui attire notre attention, aiguise
notre curiosité, c'est elle d'abord qui nous retient, puis c'st elle qui nous entraîne
au loin, dans l'espace, dans le temps.
Le ruisseau nous
a donné une bonne leçon aujourd'hui, il nous en donnera d'autres encore... au lendemain
du prochain orage... lors d'une excursion tout au long de son cours en remontant vers sa
source. Notre vrai laboratoire c'est le milieu local... C'est à l'école que nous
regroupons ce que nous avons appris par la vie. L'école c'est notre refuge pour le
travail conscient et efficace parce que travail motivé par la vie elle-même et ce
faisant, nous sommes fidèles aux programmes, aux instructions. Notre enseignement est un
enseignement par l'action, un enseignement moderne.
Milieu local
Milieu humain
Géographie
Cette étude
permanente du milieu local nous conduit tout naturellement à des connaissances
« dites géographiques » et tout naturellement puisqu'aussi bien nos
programmes sont divisés en disciplines diverses, certaines de nos observations du milieu
local deviendront « observations géographiques »
L'enfant vit
dans un certain milieu ; ce milieu, familial d'abord, social ensuite, l'imprègne tout
entier et c'est riche de toutes ses acquisitions, fruit de tous ses tâtonnements
successifs, de toutes ses conquêtes momentanées : fugitives ou durables, qu'il franchit
le seuil de l'école, de cette école qui doit faire partie de sa vie, dans laquelle il
faut le laisser vivre.
Le procés de la
scolastique qui sclérose les forces vives de l'enfant n'est plus à faire. Notre école
doit être moderne et vivante parce qu'adaptée au siècle où les télécommunications,
les avions supersoniques ont supprimé les barrières de l'éloignement et des distances.
Notre École Moderne a déjà supprimé la chaire et l'estrade qui étaient barrières
entre l'enfant et le pédagogue, elle a supprimé les verres dépolis qui faisaient de la
classe une prison.
Maintenant elle
déborde dans le milieu local et surtout elle donne la parole aux enfants qui ont les
pieds sur terre de leur petite patrie, et dont les yeux tou neufs scrutent déjà les
espaces sidéraux.
*
EXPRESSION
LIBRE ET MILIEU LOCAL
Laissons parler
et écoutons parler nos élèves, laissons-les écrire au gré de leur inspiration.
Donnons de la publicité à leurs histoires parlées ou écrites, faisons-les connaître
par le truchement de la feuille imprimée, et tout ce qui se passe à l'école prendra
vie, même les besognes pénibles qui ne sont acceptées avec ferveur lorsqu'elles
deviennent fonctionnelles.
Les textes
imprimés, diffusés, les textes qu'ils reçoivent de leurs correspondants, leur
exploitation spontanée et rationnelle permet d'ordonner peu à peu les connaissances
acquises ; et les questions qui jaillissent permettent de les orienter vers des
découvertes nouvelles.
L'ENFANT ET
SA MAISON
Quoi de plus
passionnant pour un jeune enfant que de parler de sa maison, de son chez soi ?
Et lorsque
l'intérêt est né, nous l'orienterons vers une maison proche bien caractéristique du
pays, une maison ancienne, car les vieilles savent des histoires, une maison amie à qui
nous rendrons visite de temps en temps. C'est en la découvrant peu à peu que nous
deviendrons de petits géographes.
Cette maison
nous l'observerons, nous la dessinerons, nous la comparerons à la nôtre, aux autres
maisons du voisinage, nous la reconstruirons peut-être en carton, en contreplaqué, et
surtout nous la modèlerons en argile.
Tout
naturellement les pierres ou la terre dont elle est construite nous conduiront vers la
carrière, vers la sablière ; les poutres de son toit nous dirigeront vers la forêt.
Ses dépendances
: étable, grange, cellier, nous intéresseront par leurs dimensions qui sont fonctions
des récoltes qu'on y abrite et si les matériaux de construction nous ont fait connaître
le sous-sol, la grange nous apprendra à connaître les champs et les prés.
De même, nous
comprendrons pourquoi le toit est recouvert de tuiles ou d'ardoises, pourquoi l'eau de
pluie est recueillie par des cheneaux ou abandonnée à elle-même, pourquoi les fenêtres
regardent plutôt de tel côté que de tel autre, pourquoi les maisons neuves ne sont pas
construites avec les mêmes matériaux.
Nous apprendrons
petit à petit que si la maison ancienne dépendait strictement de ce que l'on trouvait
sur place, pour le bâtir, les échanges avec les pays voisins, où très éloignés
parfois ont pemris l'utilisation de nouveaux matériaux (ciment, fibrociment et ferrailles
par exemple) mais toutes restent sous la dépendance du climat, du relief, de
l'enseoleillement dont nous observons et notons tous les jhours les manifestations ; elle
reste aussi dépendante des travaux de l'homme qui l'habite, la maison du cultivateur est
un abri et un atelier. La maison de l'ouvrier n'est qu'un abri.
*
EN ROUTE POUR
UNE GÉOGRAPHIE HUMAINE
C'est bien en
écoutant « ce que disent nos maisons », ce qu'elles disent du présent et du
passé, ce qu'elles nous indiquent de possible pour l'avenir que nous apprendrons la
géographie locale d'abord, régionale ensuite, et universelle tout le temps.
Si l'école de
nos rêves était construite selon les principes de l'Éducation permanente, elle serait
au centre d'un foyer de culture qui comprendrait entre autre avec les archives communales,
un petit misée local où le maître qui arrive trouverait une documentation sur le petit
coin de terre où il doit « enseigner » les petits inconnus qui seront ses
compagnons de travail. Documentation qui, mise à sa disposition par les anciens
élèves et maîtres associés le guiderait vite vers ce qu'il y a d'émouvant,
vers ce qu'il y a de riche, d'apparent et surtout de caché dans le milieu local où il
devra s'insérer.
Hélàs les
écoles neuves ne sont modernes que par leur façade qui, en général, surtout celles de
grandes et vastes casernes, n'ont pas su s'insérer dans ke paysage et ne sont que verrues
qui le déparent.
Tout est à
faire, et le « nouveau maître » arrive en étranger sur une terre inconnue.
Il risque de rester « l'Étranger » pour les enfants s'il ne fait corps avec
la communauté enfantine. Qu'il parte hardiment à la conquête du milieu local avec les
enfants, il aura pour lui la joie de la découverte qui le récompensera de bien des
peines. Ce faisant, il sera fidèle aux dernières instructions ministérielles du 8
septembre 1960 qui invitent à partir du concret, du réel, de l'expérience
accessible aux enfants et non d'un exposé ex cathdra livresque ou verbal.
Cette étude
sensible du milieu local sera pour lui et pour ses élèvesun hymne à la gloire de
l'homme et une reconnaissance de sa faiblesse.
Milieu local,
journal, échanges interscolaires, géographie vivante contribuent pour une grande part àpréparer
dans l'enfant d'aujourd'hui, l'homme de demain.
Puisque nous
parlons géographie nous dirons qu'à l'École Moderne, c'est la géographie économique,
et la géographie humaine surtout qui nous sollicitent parce qu'ellesremettent en
place l'homme dans son milieu, parce qu'elles font ressortir ses efforts, ses conquêtes
sur la nature, et apparaître les efforts qu'il reste à accomplir.
*
Rôle du
maître : Formation documentation
Le permier
travail du maître sera donc d'étudier le milieu dans lequel il va vivre et travailler.
Si nous regrettons ensemble l'absence du Foyer Culturel dont l'École devrait être le
centre, force est donc de partir à la
découverte. C'est avec les enfants que nous ferons la conquête du milieu local mais peu
à peu le maître fera ses propres conquêtes suivant ses goûts, et ses tendances
personnelles (En appendice : « Pour une étude humaine du milieu local ».
LA
GÉOGRAPHIE
et
les techniques
pédagogiques
de l'École Moderne
A Géographie et
journal scolaire
Le milieu local
constituera toujours pour le maître et ses élèves une mine inépuisable de
renseignements et d'enseignements qui viendront au secours du journal scolaire les jours
de carence momentanée quand il y a peu ou pas de textes libres ou des textes qui ne sont
pas des redites.
Dès le début
de l'École Moderne ce souci de renseigner le correspondant prit corps. Lorsqu'il n'y
avait encore que ceux de Bar-sur-Loup et ceux de Trégunc qui échangeaient leurs
imprimés : « il faut leur dire ce qu'on mange, ce qu'on récolte, ce qu'on
fabrique, comment on s'amuse, quels arbres poussent... quelles bêtes vivent »,
disaient ceux de Bar-sur-Loup à Freinet, et ceux de Daniel à Trégunc répondaient en
parlant de goëland, de goëmon, de casquettes de marins et de pêche.
Ce désir de
renseigner pousse à des études passionnées du milieu local et c'est mon ami Granier qui
dès 1929 développe longuement aux conférences pédagogiques le point de vue « des
imprimeurs » au sujet de l'utilisation permanente du milieu local pour
l'enseignement de la géographie,d'autant plus, dit-il, qu'à la
fierté bien naturelle d'étudier son pays pour le présenter à des étrangers va se mêler l'attrait des promenades.
Ainsi à chaque
instant le maître d'École Moderne est capable de susciter des étudescollectives, des
enquêtes, des études personnelles acceptées avec enthousiasme.
B Important et
place de la Géographie à l'École Moderne
La
géographie humaine ainsi basée sur l'étude permanente du milieu local a une place
importante et capitale dans nos travaux puisqu'en définitive elle est science
d'observation et fait appel constant à toutes les quatre disciplines : elle est
élocution, rédaction, observation raisonnée, calcul, dessin... Elle découlera
peut-être d'un texte libre, d'un dessin, d'une image ou d'une photo, ou bien elle sera la
ressource du texte imprimé et surtout elle fait partie intégrante des complexes
d'intérêts.
C Le Complexe
d'intérêts : Aspect de l'Exploitation de l'Expression libre
A TITRE D'EXEMPLES :
a)Dans une
école rurale. La mésaventure de Marc.
Ce matin Marc nous apprend par son texte qu'hier jeudi en jouant dans sa grange