| BEM 11-12
L'ENSEIGNEMENT par
BIBLIOTHQUE DE L'ECOLE MODERNE 1962 |
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Le milieu et lécole à
tous les degrés préparent-ils les enfants et les adolescents à vivre demain en hommes
dans un monde scientifique ? Il est aujourdhui
théoriquement admis quon ne prépare pas les voyages sur la Lune avec létude
par cur de résumés de sciences ou par lexamen sur les croquis des manuels,
des observations et des expériences menées par les adultes ; que la formation
scientifique est, comme toute formation dailleurs, à base dexpériences
effectives, avec leur part dinconnues et donc leurs risques déchecs et
derreurs ; quelle est une attitude de lesprit qui ne se contente
pas de croire, mais veut agir sur le milieu ambiant pour le transformer en élément actif
de progrès.
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| CRITIQUE DE LENSEIGNEMENT TRADITIONNEL DES
SCIENCES Nous avons dit bien souvent
que nous ne sommes pas des théoriciens et que, par conséquent, dominés par notre souci
exclusif defficience pratique dans nos classes, nous ne saurions avoir de position a
priori. Nous ne recherchons point le changement pour le changement, ni la nouveauté pour
la nouveauté quand ce qui existe nous convient, nous sommes trop heureux de nous en
saisir et den profiter. Mais ces éducateurs ne sont
quune infime minorité, disons 1 sur 100 ou 1 sur 1 000. Les autres 99 ou 999
sévertuent comme ils peuvent, avec des outils et des techniques quils ne
parviennent jamais à dominer, ou quils emploient dune façon mécanique, sans
compréhension profonde et donc sans véritable profit pédagogique. Au Cours Complémentaire, les
manuels méthodiques ont commencé leurs méfaits. Je «savais», peut-être à la
perfection, mon cours de sciences. Jai tenu par la suite un rang honorable pour
cette même discipline à lEcole Normale. Mais là, javais conscience déjà
de me trouver dans une impasse, dapprendre des mots et des définitions, mais de ne
pas comprendre, et sentant bien que cest cette compréhension, qui maurait
donné le fil dAriane qui maurait permis de me reconnaître dans le dédale
dune science dont je navais pas même entrevu le secret.
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Doù vient cette tare Certainement du fait
quon commet, pour cet enseignement lerreur centenaire dune pédagogie de
bavards qui, en expliquant le mécanisme dune bicyclette, prétend nous préparer à
rouler sur notre vélo. «
Lexpérience, écrit Claude Bernard, est lunique source des
connaissances humaines. Lesprit na en lui que le sentiment dune relation
nécessaire dans les choses, mais il ne peut connaître la forme de cette relation que par
lexpérience » « Il ne faut point, dit-il
encore, enseigner les théories comme des dogmes ou des articles de foi, Par cette
croyance exagérée dans les théories, on donnerait une idée fausse de la science, on
surchargerait et lon asservirait lesprit en lui enlevant sa liberté, en
étouffant son originalité, et en lui donnant le goût des systèmes ».(Introduction
à létude de la médecine expérimentale) « Dans toutes les
écoles, à tous les cours, la méthode employée doit être une méthode fondée sur lobservation
et lexpérience. Cest à dessein quon a effacé du programme
aux CP, CE, CM, le titre : Sciences physiques et naturelles pour
le remplacer par cette expression: Leçons de choses en classe et en
promenade, expression conservée en sous-titre au CS lui-même. Elle signifie que
le livre ne doit jouer dans cet enseignement quun rôle secondaire. Elle signifie
que le maître na pas à faire des cours ; il doit, en classe et en promenade,
faire observer et faire expérimenter ». Et les Instructions Ministérielles du 20
septembre 1938 rappelaient : « La méthode
préconisée par les Instructions de 1923 est également maintenue ; elle peut même
sembler renforcée par les termes du programme. « Observer et expérimenter, à partir de phénomènes familiers, de produits matériels, dopérations courantes, pour aboutir aux connaissances élémentaires indispensables, telle est la méthode, parfois perdue de vue par certains maîtres, dont il ne faut pas sécarter. Or. les nouveaux programmes rappellent à chaque ligne cette méthode. En insistant sur le fait que les produits à mettre en évidence le seront toujours au moyen dobservations et dexpériences simples.« Si les nouveaux
programmes comportent quelques détails de plus que les précédents, il faut se garder
dy apercevoir une extension véritable de la matière à enseigner, et un
accroissement possible de la tâche des enfants et des maîtres. Cest le contraire,
exactement, que lon a voulu ». * La question de la
modernisation de notre enseignement scientifique nen a pas moins été posée par
lévolution récente de la technique. Les succès spectaculaires des
Soviétiques et des Américains ont posé officiellement le problème de la formation
scientifique. Et lon a bien été obligé de se rendre compte alors du rendement
défectueux du verbalisme scolastique et de la nécessité dun retour aux sages
recommandations ministérielles. « Si lenseignement
scientifique veut réaliser une culture véritable, il ne doit pas se borner à une
information, à une acquisition utilitaire des connaissances... Il faut dabord
commencer beaucoup plus tôt lenseignement physico-chimique par des travaux
pratiques prolongeant les leçons de choses de lEcole primaire. Linterruption
actuelle de lenseignement expérimental entre douze et quinze ans est absurde.
Cest en effet à ce moment que lon peut, en étalant leurs acquisitions sur de
nombreuses années faire pénétrer et sorganiser dans lesprit des jeunes gens
lensemble des notions issues de lexpérience, du contact avec les choses,
préparant ainsi les notions abstraites qui conduisent à la notion de loi ». Nous en donnons ici les extraits plus particulièrement suggestifs, en renvoyant le lecteur, pour complément de documentation, à la circulaire elle-même quil y a avantage à lire et à relire : « Les travaux
scientifiques expérimentaux nont pas seulement pour objectif de déceler et
développer le sens de lobservation, la finesse sensorielle ou la réflexion
concrète, mais tout autant les aptitudes à labstraction et à lexpression
sous toutes leurs formes. « Faisant suite aux
leçons de choses de lÉcole primaire, ils procéderont comme elles de la
constatation qualitative, de lexpérience vécue et de la notation des résultats
obtenus, mais avec le souci permanent dy introduire la mesure des grandeurs et les
relations mathématiques, et dinciter les élèves à la découverte et à
lemploi des divers moyens dexpression scientifique : tableaux
numériques, graphiques, schémas, etc.. ».
« Les thèmes de travail nont pas pour objet dinculquer un ensemble de connaissances déterminées. Il ne sagit pour les élèves que de manifester leurs aptitudes et dacquérir une première initiation aux méthodes et à lattitude scientifiques. Conformément à ce qui a toujours été lidéal de notre culture, laccent sera mis sur les moyens de former lesprit, non sur le contenu même de lenseignement et sur lacquisition de connaissances déterminées.
« Partir du concret, du réel, de lexpérience accessible aux enfants et non dun exposé ex cathedra, livresque ou verbal, de façon à bien leur faire sentir que les sciences et les diverses disciplines quils étudient ne représentent que des tentatives diverses pour expliquer le réel et agir sur lui ; en particulier, pour les thèmes de la première série, la référence à lobservation directe du milieu local simpose comme condition primordiale pour donner toute leur signification aux méthodes employées et pour faciliter la compréhension des quelques notions abstraites qui seront dégagées de létude des phénomènes concrets. « Commencer par
lobservation et lanalyse qualitative des phénomènes avant de passer à la
mesure et à lexpérimentation, de façon que la nécessité de celles-ci ait été
éprouvée par les élèves eux-mêmes et que son exigence simpose à eux
progressivement ». |
| LA MÉTHODE NATURELLE DENSEIGNEMENT SCIENTIFIQUE Nous sommes cependant à pied
duvre. Mais il nous a fallu pour cela, pièce à pièce, réaliser les outils
indispensables, expérimenter une technique dont nous pouvons aujourdhui définir
les contours. Cette mise au point a nécessité un certain nombre de discussions dont il
est nécessaire que nous donnions un aperçu. Théoriquement donc, et
officiellement, lenseignement des sciences devrait se fonder exclusivement sur
lobservation et lexpérience enfantines à même le milieu. Mais cest à ce niveau
que se révèlent une infinité de craintes, que se posent des questions cruciales qui ne
seront dépassées que lorsque aura été mise définitivement au point, et acceptée par
lEtat, une technique nouvelle susceptible de remplacer lancienne. Voyons donc en détail les
divers problèmes posés :
1°-Il NE NOUS EST
GUÈRE POSSIBLE, OBJECTE-T-ON, DE LAISSER LENFANT OBSERVER ET EXPÉRIMENTER
LIBREMENT. Même avec nos techniques
dexpression libre et de travail individualisé au maximum, la chose nest
guère concevable. On pourrait peut-être envisager la possibilité si nous navions
que des EmiIe pour lesquels nous disposerions de professeurs particuliers. Et
encore faudrait-il sassurer alors que le maître nest pas exagérément
autoritaire, quil sait laisser à lenfant un maximum dinitiatives et de
liberté et que celui-ci dispose dune gamme dobservations et
dexpériences presque infinie. Car il ne sagit pas de parler de liberté mais
de rendre réalisable dans nos classes une liberté maximum pour observer et
expérimenter. Le tout est dêtre en mesure de régler ce maximum.
2° LES ENFANTS
ET LES ADOLESCENTS POSSÈDENT-IlS LESPRIT, LE SENS SCIENTIFIQUE ? « Le maître est dailleurs satisfait : ses
élèves connaissent théoriquement, toutes les questions au programme ; ils sont en
mesure de répondre honorablement aux questions que leur posera linspecteur ;
ils pourront affronter avec succès lexamen... Comme, pour linstant, personne
ne demande plus, on peut considérer le problème comme résolu. Ailleurs, les enfants
répondent évidemment aux questions que vous leur posez, mais ils le font, non par appel
à leur intelligence, mais en recherchant dans leur souvenir le tiroir qui peut le mieux
convenir aux circonstances. On sent chez eux un horizon réduit qui nest pas nourri
de sève vive. Aucune originalité, aucune envolée vers des zones qui les dépassent et
où leur imagination pourrait jouer pour orienter les recherches. Il est très exact que, à lorigine, lenfant ne sait rien, et
quil a donc tout à apprendre. Le tort de la scolastique cest de croire que
ladulte peut lui apporter la connaissance toute faite, comme qui verserait dans un
entonnoir. La connaissance se conquiert, exclusivement par tâtonnement
expérimental ; elle est et les Instructions Ministérielles lont
dailleurs prévu laboutissement de ce tâtonnement ; elle nen
est nullement la base. « Et si pourtant, diront
encore les scolastiques, nos enfants, malgré vos démonstrations nont aucune
curiosité, aucun besoin dactivités ou dacquisitions ; sils
attendent quon leur ingurgite ces connaissances ? » dalimenter,
dexciter et dorienter ces tendances selon les exigences tout à la fois des
enfants et du milieu. 3° MAIS LENFANT DOIT-il REFAIRE TOUTE LA GAMME DES EXPÉRIENCES QUI ONT CONDUIT LHUMANITÉ À LÈRE INDUSTRIELLE ET ATOMIQUE ? Cela ne veut pas dire que
vous devriez obligatoirement battre le silex pour allumer le feu, cultiver le grain de
votre nourriture, chasser vos victuailles, couler du métal, réinventer les outils puis,
combiner et fabriquer les machines complexes qui sont laboutissement dune
gamme complète de pratiques dont lensemble constitue notre civilisation.
Évidemment nous nen finirions jamais puisque nous ne parviendrions pas même à
rattraper le progrès. Nous aurions à peine le temps de nous acclimater au passé. Nous
ne pourrions en aucun cas oeuvrer pour lavenir. Cest cette
compréhension intime des processus qui constitue le sens scientifique. Il existe des individus qui
ont besoin de répéter dix fois, cent fois le même geste avant de lavoir fait
passer dans leur automatisme. Ils ne parviennent jamais, de ce fait, à une
expérimentation de base suffisante. Et si on veut passer outre, les pousser
sur le chemin où ils peinent, ils parviendront tout juste à répéter des
gestes de robot puisquils nauront pas acquis la synthèse scientifique qui
éclairerait leur pratique et leur permettrait de ladapter intelligemment aux
circonstances du milieu. Or, il se trouve que le monde
actuel naura bientôt plus besoin de manuvres, les robots y suppléant
avantageusement. Ce quil faut par contre à la recherche scientifique et au progrès
technique, ce sont des hommes possédant un sens scientifique vif et sûr, saisissant
comme dans un éclair la signification possible des réactions, capables
dimagination pour linvention et la découverte. Ce sont ces enfants, ce sont
ces hommes que nous devons former. Il ny a pas dautre voie mais elle est
sûre, que la méthode naturelle. 4° GRADATION OU
TOTALE LIBERTÉ DANS LE CHOIX DES OBSERVATIONS ET EXPERIENCES ? Il en est de lexpérience comme du texte libre : elle
néclot et sépanouit que dans un climat non scolastique où
lactivité naturelle des individus sintègre à lensemble complexe des
processus vitaux, processus psychiques et affectifs compris. Un problème délicat
sest alors posé à nos camarades : faut-il donner dautorité ces lampes
à nos enfants, comme nous leur offrons les outils de jardinage ou le vélo, avant même
quils en connaissent le principe, que nous leur expliquerons expérimentalement par
la suite? Ou bien les laisserons-nous chercher quelque peu anarchiquement, jusquà
sentir et comprendre, en une synthèse lumineuse, les lois que nous leur offrirons au
moment où ils en comprendront la portée ? Si nous voulons étudier la
pression atmosphérique, nous énoncerons les principes de base et nous pourrons alors
prévoir une infinité de libres recherches pour vérifier les données préalables. « Il y a quinze ans que
je cherche une solution qui me satisfasse à ce difficile problème de lenseignement
scientifique. Partant de la méthode traditionnelle qui, avec tout ce quelle a
dartificiel, ne peut donner des résultats quavec des élèves
particulièrement doués, jessayai dabord de faciliter, en le modifiant, le
travail de lenfant. Les enfants ayant changé,
lambiance et le biais par lequel les gosses abordaient le problème nétaient
plus les mêmes. Jétais obligé de recommencer ce travail de préparation. Cela
nétait pas particulièrement grave, mais ce qui me chagrinait le plus cest
que mes élèves nacquéraient pas les bonnes habitudes scientifiques que je
désirais leur donner, Ils observaient mécaniquement, expérimentaient sur commande et
finalement se payaient de mots. Malheureusement, je ne trouvais pas dautre façon
dagir. Lenfant se démenait
au milieu de découvertes, partait sur de fausses pistes, revenait en arrière, était aidé
et corrigé par ses camarades et aboutissait à plus ou moins longue échéance à une
explication de son problème qui était satisfaisante à tous les points de vue. Et dans
la classe, la « lumière fut ». Pour la première fois depuis quinze ans, je
sentis que jaccrochais vraiment mes enfants. Un enthousiasme sans précédent se
manifesta. Cette façon de procéder était vraiment enrichissante, et les enfants, en
poursuivant ce travail de recherche, le vrai chemin que les savants empruntent depuis
toujours, développaient en eux les qualités scientifiques indispensables pour la bonne
formation de leur esprit. Pendant toute
lannée scolaire. des problèmes parfois très difficiles ont été ainsi résolus
à la perfection ». 5° DOIT-IL Y
AVOIR. EN ÉDUCATION, UN CERTAIN ORDRE DANS LES RECHERCHES ET LES TRAVAUX ? Mais une autre forme de
travail est possible si on modifie la technique scolaire et surtout si lon
considère ladulte, non comme un contrôleur plus ou moins sévère, mais comme un
collaborateur de choix. Tous ensemble, organisés en unités de travail. uvrant dans
le cadre des plans de travail, nous pouvons aborder la complexité. Nous aiderons
loyalement, en camarades, dans les passages difficiles. Et si parfois nous sommes
nous-mêmes arrêtés par ces difficultés, nous nous adresserons aux spécialistes, aux
revues ou offices compétents, aux musées et aux Ligues. Lancienne pédagogie se
refusait à lancer lenfant sur des pistes semées dobstacles. Les pentes à
gravir, elle croyait quil était de son devoir de les ratisser dabord pour les
dépouiller de toutes pousses vivantes, avant détablir, pour faciliter
lascension, tout un système factice de paliers et descaliers qui bridait
davance la recherche et coupait lélan. Il est commode et reposant
certes de savoir que, à la fin du premier trimestre, on aura « appris » tels ou
tels chapitres du programme, et quon aura étudié les mammifères de A
jusquà Z, la digestion ou la fructification. Cest là un travail scolaire,
faussement méthodique qui nest en rien formation scientifique. Il faut choisir. Delbasty a réussi et il nous
montre la voie. Mais combien de collègues, qui nauront pu parvenir à ce résultat
si démonstratif et si spectaculaire seront stoppés en route par le souci scolastique,
les programmes et les examens. Ils nenseigneront que des mots, et les mots font
illusion. Nous cultivons lesprit. Mais, à cette profondeur les mesures habituelles
nont plus cours. Il nous faudra créer et acclimater dautres normes.
Lexpérience qui se poursuit aujourdhui, hors de lécole, dans les
entreprises industrielles et les centres de recherche nous y aidera. Les
ingénieurs de Saclay et dailleurs nous diront que nous sommes dans la bonne voie et
que cest nous qui préparons, dans ce domaine aussi, un avenir dintelligence
et dhumanité. 6° ACQUISITIONS
ET ESPRIT SCIENTIFIQUE SERAIENT-ilS DONC ANTINOMIQUES ? Nous ne négligeons point les
acquisitions que nous jugeons indispensables pour asseoir et concrétiser les paliers qui
nous serviront de tremplins pour les recherches à venir. 7° IMAGINATION
ET INVENTION. La méthode scolastique
néglige systématiquement ces données majeures de lenseignement scientifique... «Etudiez
vos leçon, dabord au lieu de laisser vagabonder votre imagination comme s!
vous étiez capables dinventer quelque chose dutile
». Nous
connaissons lantienne. Nous laissons, nous,
sexalter limagination et se concrétiser les rêves. Nous préférons que le
petit enfant nous aborde en nous montrant sa construction et en nous disant, non
pas : « Jai fabriqué un bateau !», mais « Jai inventé un
bateau !». Cest plus encourageant et plus dynamique. Et cest vrai
dailleurs. Lauteur ne sest pas contenté de copier passivement ; il
a ajouté à son montage un dispositif quil navait jamais vu, ou quil
navait pas conscience davoir vu. Il la inventé. Et, ce faisant
dailleurs, il sest rendu compte chemin faisant, de certaines impossibilités.
Il sest colleté avec la matière et rien ne saurait être plus profitable. Au lieu dhumilier et de
limiter lenfant on le soumettant davance à des règles que nous
naccepterions pas pour nous, adultes, partons avec eux à la découverte. 8° LÉTUDE
DES SCIENCES DOIT ELLE ETRE LIÉE A LA VIE ? NEST-il PAS À CRAINDRE QUE
SOIT, DE CE FAIT, RETARDÉE UNE CERTAINE APTITUDE À LABSTRACTION QUI NOUS HAUSSE
JUSTEMENT AUX SYNTHÈSES, AUX GÉNÉRALITÉS, AUX PRINCIPES ET AUX LOIS ? Il faut nous méfier de la
tendance que nous aurions à corriger la sécheresse et lobjectivité des méthodes
scolastiques par un appel constant aux exigences de la vie. Il est naturel que, dans nos
études nous partions dabord de la prospection du milieu où nous vivons, du milieu
où vivent nos correspondants, des outils et des possibilités techniques dont nous
disposons. Non pas tant parce que ces études sont mieux livrées à notre vie, mais parce
quelles sont les seules à notre portée ; elles constituent, de ce fait, la
base indispensable.
expériences et recherches, sur la méthode naturelle d'enseignement des sciences C'est parce que l'enseignement des sciences que nous préparons participe à la fois de ces divers impératifs qu'il nous est difficile d'en prévoir une pratique qui ne trahisse pas notre conception pédagogique. Avant de vous donner l'essentiel de ce que nous pouvons présenter aujourd'hui comme une méthode naturelle d'enseignement des sciences, nous croyons utile de vous faire connaître ici les multiples tâtonnements expérimentaux qui nous ont permis de progresser dans nos projets. L'expérience a commencé dans un certain nombre de classes qui du fait de leur nature et de leur destination, ne sont pas soumises à la tyrannie des programmes et des examens et dans lesquelles on peut donc se livrer impunément au travail profond : dans les classes de CP et CE et dans les classes de perfectionnement. « Au Cours Elémentaire, des
élèves posent ces questions : Monsieur, comment est «
venu » le fer ? On arrive toujours à localiser
l'intérêt des élèves. Tantôt un texte libre le révèle. Tantôt, c'est la boîte à
questions. Tantôt, c'est un événement fortuit (oiseau tombé du nid, capture d'une
souris, etc. ... ). De l'intérêt révélé, le maître guidant les élèves, leur
fournissant des documents, les fiches questionnaires de travail, la leçon va se bâtir.
Mais déjà, deux difficultés s'annoncent, qui l'une ou l'autre, sont issues de la
mobilité de l'intérêt de l'enfant. Ne pourrait on pas
essayer de bâtir le cadre de nos leçons d'une façon rationnelle, de telle sorte que
chacun y prendrait tout naturellement sa place, à un certain endroit qui ne serait pas
n'importe lequel ? Je ne veux pas dire que,
partant de ses intérêts particuliers, l'enfant arrivera peu à peu à formuler les lois
scientifiques. Mais faut-il en arriver là ? Personne ne le croit plus ! Faites
seulement énoncer le principe d'Archimède à des élèves qui l'ont appris l'année
précédente. Vous jugerez du résultat ! L'essentiel est pourtant acquis lorsque
l'enfant qui construit un modèle réduit, se préoccupera du volume immergé en rapport
avec le poids de son bateau ! Cette relation poids volume, on peut la lui
expliquer tellement naturellement. il s'y intéressera aisément si la leçon vient au
moment opportun. Je sais bien que ce moment
opportun ne viendra peut-être pas lorsque nous le voudrions. Nous croyons encore trop
souvent que certaines questions ne sauraient être abordées qu'au cours moyen ou au cours
FE... Pourtant, la curiosité n'attend pas un certain âge pour se manifester. Voici une
question posée au CP. C'est si facile à expliquer.
N'avez-vous jamais remarqué l'attrait qu'un aimant exerce sur les enfants? Le gaillard
qui se promène avec un aimant, mais c'est presque un magicien ! Et pourtant, le plaisir
est bien monotone. On attire une plume d'acier, on soulève une grappe d'épingles,
peut-être une bille d'acier ! Si vous expliquez à l'enfant que son morceau de fer
aimanté, désaimanté, aimanté de nouveau, attirera le clou, puis le tâchera pour le
reprendre, il le comprendra aisément. Oui, mais voilà. Son aimant reste un aimant qui,
pour le moment, ne se désaimante pas. Qu'à cela ne tiennent, nous allons fabriquer un
électroaimant et même une sonnette électrique. Prématurée, cette expérience ?
Non, si l'intérêt de l'enfant l'a sollicitée. Il retiendra toujours que le passage du
courant électrique dans un circuit produit une aimantation. Si l'exemple vous paraît spécieux, je peux en citer d'autres. Avez vous les moyens matériels de réaliser une petite écluse ? Ou bien une petite installation d'eau, avec le château d'eau, et la distribution d'eau dans une maison ? Non, n'est-ce pas ? Vous vous bornez à démontrer le principe des vases communicants en reliant par un caoutchouc deux entonnoirs. Et le reste, les applications pratiques du phénomène, on les explique comme on peut, Ne pourrait on prévoir des tubes métalliques en miniature, capables de se visser, avec les coudes, les robinets, le tout démontable et pouvant servir à d'autres usages, plutôt que d'avoir à réaliser une médiocre installation, qui nécessite plus ou moins de temps, qui ne permet pas aux enfants d'expérimenter eux-mêmes ? Car le gros défaut de notre matériel, outre qu'il ne permet souvent que des expériences que les enfants ne font pratiquement jamais dans la vie, c'est qu'il est fragile et compliqué. J'ai reçu, dans un compendium
scientifique, des tubes bizarrement contournés dont je n'ai jamais vu l'usage réel et
pratique. Il faut reconnaître qu'il y avait la lampe à alcool. Elle est d'une manipulation facile et vous demandera
deux heures si vous voulez faire évaporer un peu d'eau ! Une petite bouteille de butagaz et un bec feraient bien
mieux l'affaire ! |
| Voici aussi l'expérience dans une classe de perfectionnement : Les procédés ne manquent pas:
la botte à questions, l'entretien familier, la glane, l'exploitation du texte, l'occasion
fortuite. La première étape de la
connaissance scientifique est lobservation. Il faut que les enfants observent le
plus possible, qu'ils aient l'esprit constamment à l'affût. Les sujets d'observation
abondent. Il y a tant de choses à connaître autour de nous. Le plus souvent, nous
passons à côté des problèmes sans les soupçonner. Marcel a apporté un vieux
réveil. Faut-il le ranger dans le coin d'un placard, le placer sur le pupitre en
attendant de faire d'abord la leçon de calcul ou d'orthographe ? Bien sûr que non.
Immédiatement, le réveil est regardé, examiné, démonté, On note sa forme, sa marque,
on observe la trotteuse, la sonnerie, les roues dentées, les ressorts. Mais observer n'est pas
seulement regarder, sentir, toucher, soupeser. Ce n'est pas le geste trop souvent machinal
de manipuler. Pour observer vraiment, il faut que l'esprit soit présent, actif, qu'il
soit sollicité par le désir de savoir. Nous retrouvons Ici ce caractère fonctionnel de
t'enseignement qui n'est pas particulier aux sciences mais qui embrasse toutes les
branches de l'activité. Les visites, les enquêtes
fournissent en abondance des sujets d'observation. C'est une moisson pleine de vie
et riche d'acquisitions que nous rapportons de la visite d'une usine de crayons, d'une
brasserie, d'un dépôt de locomotives. Observer est une étape et
l'observation ne fait que soulever les problèmes. Il faut recourir à
l'expérimentation qui apportera des réponses. L'expérience est une observation
provoquée. C'est pour voir ce qu'ils vont faire ou ce qu'ils vont devenir que nous
mettons des oeufs de grenouille ou de salamandres dans l'aquarium, des haricots dans un
pot, des souris blanches dans une caisse. Il y a celui qu'on achète
: la verrerie de laboratoire permet, certes, de
voir ce qui se passe et de résister aux acides. Mais elle est fragile, très coûteuse et
surtout cela donne aux expériences un aspect quelque peu fantastique et l'allure d'un
spectacle. La difficulté peut être
tournée de deux façons En faisant appel à
l'aide du milieu. Voici un exemple: au cours de sorties, nous sommes passés plusieurs
fois devant un atelier de constructions mécaniques, On y travaillait avec un chalumeau.
Nous sommes allés regarder travailler les ouvriers et nous les avons questionnés.
Pourquoi y a-t-il deux tubes P Comment appelle t on les deux gaz ? Lequel est
combustible ? Pourquoi met-on de l'oxygène ? Comment fait on pour allumer le
chalumeau ? Pourquoi une petite explosion quand on éteint ? Au cours de cette enquête,
nous apprenons ce qu'est l'oxygène, l'acétylène. L'intérêt étant éveillé, rien
n'empêche d'approfondir les acquisitions par d'autres expériences faites en classe. Par la réalisation de
maquettes. Elles permettent de reproduire la réalité avec plus ou moins de fidélité,
lorsque l'observation directe des choses est impossible. Elles rendent de grands
services, particulièrement dans l'étude des mécanismes (auto, locomotive, etc ... ). G. JAEGLY. * Au CM et en FE, c'est-à-dire avec des enfants de 10 à 14 ans, nous nous achoppons au problème du rendement. Quelle est la méthode qui permettra le mieux à nos élèves d'acquérir les connaissances indispensables tout en s'imprégnant d'un véritable esprit scientifique ? Au cours des années 1959-1960, Pierre Bernardin a Publié dans la revue L'Educateur une série d'articles «Pour une méthode naturelle d'enseignement scientifique » que nous reproduisons car elle fait comme le point de nos expériences et de nos efforts dans ce domaine. |
| Des recherches vers la méthode naturelle
d'enseignement scientifique Il est incontestable que les méthodes traditionnelles d'enseignement des sciences ne donnent pas, dans les écoles primaires, tous les résultats souhaitables. Les élèves ne sortent pas, en fin de scolarité, avec les qualités premières indispensables de précision, d'observation et d'expérimentation si précieuses dans la vie. Seuls, les plus doués arrivent à sortir de l'ornière, mais, en général, ce n'est pas l'école qui les a formés mais le milieu extérieur à l'école, dans lequel ils ont fait eux-mêmes leur initiation scientifique par la multiplication d'expériences et d'observations à même la vie. L'école qui pour la plupart d'entre eux est en dehors de leur vie normale ne fait que préciser un certain vocabulaire, consacrer les bonnes habitudes qu'ils ont acquises ailleurs dans leur milieu, La recherche scientifique n'est que tâtonnements, bonds en avant, reculs. Mais rien de cette marche hésitante ne transperce à l'école traditionnelle. Le maître, suivant son plan de travail personnel, attire l'attention sur tel point, sur tel détail et l'enfant absorbe la pâtée, la digère... ou la rejette. Certains ne la goûtent même pas. En plongeant nos enfants à même la vie, en partant de leurs questions, en les laissant chercher et découvrir eux-mêmes, nous avons conscience d'être dans la bonne voie, qui permet à l'enfant de se concentrer, de faire appel à toutes ses facultés de recherche, d'expérimentation et le pousse à trouver le pourquoi, à triompher lui-même de ses propres problèmes. Certes, il est encore bien tôt, pour définir avec précision ce que sera cette « Méthode Naturelle d'Enseignement Scientifique » et notamment de préciser l'importance de la part du maître. Mais le petit groupe de chercheurs que nous sommes peut dès à présent vous faire part de ses découvertes. Nous avons fait circuler au sein de notre équipe un cahier de roulement sur lequel nous notions nos difficultés, nos réussites, et c'est à même le creuset scolaire que peu à peu sont sorties les premières directives. Jusqu'à présent, nous aidions
les enfants au moment où ils tombaient en panne. Nous intervenions aussi quand nous les
voyions dévier. De cette façon, la solution arrivait rapidement mais le vrai travail
scientifique s'arrêtait aussitôt avec une solution qui manquait de profondeur. Et tout cela, parce que nous
voulions aller trop vite. Toujours trop vite 1 Paul Delbasty nous a ouvert les
yeux. C'est là, en effet, dans cette manie de vouloir aller très rapidement, dans ce
souci de vouloir aider les enfants en leur révélant d'un seul coup ce qu'ils pourraient
trouver plus naturellement, c'est là que doit dire l'erreur. La marche vers le but à
atteindre doit être faite d'errements, de tâtonnements, d'erreurs, de redressements, et
ce sont les enfants eux-mêmes qui doivent peiner et faire les découvertes successives et
indispensables. Voici une tranche de vie de notre classe Les réflexions des enfants sont notées par le maître pendant la séance. Elles sont indiquées avec toute leur spontanéité et toute leur fraîcheur, mais aussi avec toute leur maladresse. Tous leurs défauts sont reproduits ici volontairement. (La part du maître est
indiquée en caractères différents).
11 AVRIL JACQUES, Le vent, c'est un déplacement d'air. Il faudrait savoir comment on peut faire du vent. Alors, comment
pouvez-vous faire du vent MICHÈLE. Quand on souffle. RENÉ. Quand on agite la main. MICHEL. Quand on secoue un torchon. JACQUES. Quand on court. LIANE. Quand un camion passe, il remue de l'air, MICHEL. Quand on claque une porte. MAURICE.-il y a même du vent qui se fait tout seul. Quand je suis près du fourneau, au dessus il fait chaud et en bas on sent un courant d'air et on a les pieds gelés. Il faut vérifier si
l'indication de Maurice est exacte. 14 AVRIL GUY.-ce doit être de l'air qui descend de la cheminée. ALAIN.-ce que dit Guy ne se peut pas. Il ne peut pas entrer de l'air quand il sort de la fumée. GÉRARD. Le courant d'air est sûrement produit par les flammes. Quand on est dans les champs, on fait du feu, Si je mets une poignée de foin sur une fourche et que j'approche la fourche du feu à cinquante centimètres de haut environ, le foin part de la fourche ; il est soulevé, il voltige et part plus loin. RENÉ. Mais si le courant d'air est produit par les flammes, il vient de l'intérieur du fourneau. Je crois qu'il serait
important de bien vérifier le sens du courant d'air. Tâchez de trouver cela pour demain. 15 AVRIL RENÉ. Mon grand père m'a dit de mouiller ma main. Je l'ai mise à un mètre du fourneau environ, au ras du plancher. J'ai senti du froid du côté de la porte d'entrée. C'est que le courant d'air vient de la porte. ANDRÉE. J'ai fait la même expérience, Ce que dit René est juste. GÉRARD. Dans les autres endroits de la pièce, on ne sent rien. LOUIS.-il faut bien qu'il arrive de l'air près du fourneau puisqu'il en part dans la cheminée avec de la fumée. J'ai mouillé mon doigt et je l'ai placé devant le trou du tirage. On sent bien l'air qui entre. RENÉ. Eh bien, ça y est, c'est expliqué. Quand il fait chaud quelque part, un courant d'air va vers le chaud. Ça fait du vent. Cela vous suffit-il
comme explication MAURICE. Oui, mais dehors? RENÉ. Eh bien, c'est la même chose. Il y à des endroits où il fait chaud et d'autres où il fait froid. Automatiquement il y a du vent. Vous avez déjà fait de
grandes découvertes. Vous avez trouvé que l'air allait vers la région chaude pour
remplacer celui qui montait, c'est déjà un résultat. Mais il y a, malgré tout
quelque chose que vous n'avez pas expliqué: pourquoi l'air monte t-il ? SERGE. Parce qu'il est chaud, Mais cela ne suffit pas,
et surtout vous n'expliquez rien, car lorsqu'une casserolée d'eau est chaude elle ne
monte pas. RENÉ. Oh ! Cela ne sera pas commode à trouver. 17 AVRIL GÉRARD. Çà c'est bien vrai, l'air chaud monte. On le sent très bien au dessus du fourneau. GUY. C'est vrai et il y a longtemps qu'on le sait. C'est l'air chaud qui fait tourner le tourniquet au dessus du fourneau. TOUS. C'est vrai. JACQUES. Plus il fait chaud, plus il tourne vite. RENÉ. Oui, mais tout cela ne nous dit pas pourquoi l'air chaud monte. J'ai lu dans un livre qu'on pouvait même gonfler des ballons avec de l'air chaud. 18 AVRIL MAURICE. Je crois avoir trouvé une idée. Si l'air chaud monte « en l'air » c'est que d'un seul coup il est devenu plus léger. Pourquoi d'un seul coup RENÉ. Çà, c'est une vérité de |