BIBLIOTHÈQUE DE L'ECOLE MODERNE LES PLANS DE TRAVAIL par C. FREINET ÉDITIONS DE L'ÉCOLE MODERNE FRANCAISE CANNES |
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TABLE
DES MATIÈRES UN ORDRE
NOUVEAU BASÉ SUR LE PLAN DE TRAVAIL LES
OUTILS ET LES TECHNIQUES DU TRAVAIL NOUVEAU |
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L'organisation
du travail est plus que jamais à l'ordre du jour.
Elle
l'était beaucoup moins naguère, au temps pas si lointain de l'artisanat encore
généralisé. Et surtout elle ne s'y présentait pas sous cet aspect apparemment
scientifique, objectif et froid, dont les IBM sont aujourd'hui comme un dangereux symbole.
Car de tous
temps, une entreprise tant soit peu ordonnée a toujours eu une sorte de plan de travail
non formulé, non matérialisé dans des tableaux et des plannings, mais qui n'en était
pas moins inscrit dans la vie même des individus.
Le paysan
n'avait pas de plan de travail type, mais il savait bien, quand la lune venait de tourner
et que la pluie venait d'arroser la terre, qu'il fallait aller sans retard semer dans ce
quartier froid avant de s'attaquer aux zones chaudes de l'Adret. Et quand le moment de
moissonner arrivait, il nentreprenait pas ses chantiers au hasard, car une
négligence de un ou deux jours pouvait être catastrophique si l'orage secouait à terre
les blés trop mûrs.
Le berger lui-même avait dans la tête son plan de travail qui conduisait alternativement le troupeau dans les divers coins à pâturer.
Les plans
de travail étaient d'ailleurs jalonnés par les coutumes (on greffait chez nous durant la
semaine sainte et on tondait les brebis à la St Jean pour les faire partir à la montagne
aussitôt) ou par les proverbes qui étaient le fruit d'une longue et sage expérience.
En avril
ne te découvre pas d'un fil.
En mai
ôte ce qu'il te plait.
Haricots
des Rogations donnent à foison. Sème-les à la St Didier; pour sûr tu en auras un
millier.
Méfie-toi
des saints de glace.
L'avantage
de ces proverbes, c'est que contrairement à ce qu'on pourrait croire parfois, ils
n'étaient qu'accidentellement établis et dictés du dehors, par une autorité
extérieure, qu'elle soit civile, militaire ou religieuse. Ils étaient surtout
l'expression d'une patiente et intelligente observation, de ce que nous appelons
aujourd'hui le tâtonnement expérimental, et qui est sagesse parce que l'ordre ainsi
établi dans le travail était intimement lié aux fluctuations et aux exigences de la
vie.
Ces plans
de travail, formulés ou non, étaient d'autant plus nécessaires dans les entreprises que
l'activité y était plus complexe. La monoculture et la spécialisation sont d'invention
toute récente. Tant que les villages, les provinces ou les contrées vivaient plus ou
moins en autarcie, la complexité était une nécessité : il fallait faire de tout
pour vivre.
Notre
école, si la société n'en avait prématurément organisé la spécialisation, aurait pu
vivre longtemps en bénéfique artisanat, avec un plan de travail excessivement souple,
fonction des exigences de la vie, du rythme des saisons, des coutumes et des travaux.
C'est ce
que nous faisons encore dans nos classes maternelles et enfantines, depuis que nous
pratiquons les méthodes naturelles, parce que nous n'y sommes pas encore bousculés par
les spécialisations précoces qui sont la lecture, l'écriture et le calcul. A ce degré,
nous pouvons encore - suivant notre méthode - vivre et travailler selon le plan de
travail expression des enfants dans leur milieu. Nous y sommes exclusivement orientés par
les centres d'intérêt nés de la vie, à l'Ecole, et hors de l'Ecole, dans le cadre
d'une affectivité qui n'est pas encore dominée par les données autoritaires, les
dressages et les interdits.
Et pourtant
même à ce degré, un plan de travail précis établi avec les enfants, à leur niveau,
pour un jour ou deux jours, deviendra vite une nécessité, à condition que nous perdions
définitivement l'habitude, ancrée hélas ! dans le comportement des éducateurs,
d'imposer des horaires et des ordres extérieurs qui troublent la vie des enfants, de
« conditionner » sous le prétexte de faire prendre des habitudes
indispensables que peut fort bien faire naître, dans l'harmonie, une vie scolaire bien
comprise.
CETTE QUESTION D'INTÉGRATION DU PLAN DE TRAVAIL A LA VIE EST UNE
CHOSE ESSENTIELLE, ET TROP SOUVENT ET TROP VITE OUBLIÉE.
Les
parents, dans l'entreprise artisanale d'autrefois, faisaient donc leur plan de travail,
Même s'il n'était pas formulé objectivement. Dans la plupart des cas ce plan ne
naissait pas d'une autorité non reconnue par les intéressés. Nous nous y serions pliés
avec une naturelle rancoeur si le père, entre deux semonces, avait brutalement
ordonné : Toi, demain, tu vas charrier du fumier dans le champ ; toi tu iras
garder les brebis, et toi tu surveilleras le petit frère !
Les parents
inscrivaient instinctivement l'ordre et l'urgence des travaux dans le complexe vivant et
affectif : A la fin du mois, je dois semer ce champ... il faut que le fumier soit en
place... hâte-toi de le sortir ! Les agneaux ont faim ; il faudrait les mener
dans tel quartier où ils seront à l'aise !
L'ordre
était toujours au moins atténué par les exigences de la vie.
Les
enfants, même à l'Ecole Maternelle, aiment bien savoir à l'avance ce qu'ils doivent et
pourront faire, surtout s'ils en ont décidé eux-mêmes. Et cela est très important.
Dans tout
notre comportement avec les enfants comme avec les adultes d'ailleurs - il faudrait, dès
l'abord, nous pénétrer de cette réalité. Nul n'aime être actionné d'autorité, les
gens pas plus que les bêtes. Le chien qu'on oblige à aller là où il n'a pas envie
d'aller obéit peut-être, en baissant la tête, ou en regardant à droite ou à gauche
s'il ne pourrait pas se soustraire à un ordre qui l'obsède. Il avance, mais à
contre-coeur, inquiet et troublé, assommé moralement, toutes conditions évidemment peu
favorables à un rendement actif et intelligent. Que vous parveniez à le faire aller de
son gré là où justement il veut aller, il donnera alors à 100 %, et sans limite, ses
forces, son initiative et son intelligence.
La tendance
de l'individu qui se sent brutalement poussé en avant est de réagir par l'effort
contraire.
Il y a là
un fait psychologique qui a rarement été mis en lumière, tellement est courante
l'habitude de pourvoir d'autorité à tous les actes des enfants.
Vous êtes
au bord d'un bassin. On vous pousse brusquement pour vous faire tomber à l'eau. Vous
étiez prêt à vous y jeter vous-même, mais il fallait pour cela expérimentalement
mesurer vos forces et vos gestes, calculer le moment favorable, physiologiquement et
psychiquement, pour vous jeter à l'eau avec un minimum de risques.
Nous nous
étonnons parfois de ce que les psychologues appellent le stade d'opposition des enfants.
A tout ce que vous ordonnez, ils disent non. Et pourtant ces mêmes enfants ne manifestent
aucune opposition quand ils sont dans le groupe vivant des autres enfants, où ils
s'astreignent à des actes pas toujours très agréables mais exigés par un ordre et une
motivation acceptés et voulus.
IL N'Y A
PAS DE PLAN DE TRAVAIL VÉRITABLE S'IL N'Y A PARTICIPATION, FORMULÉE OU NON, MOTIVÉE PAR
LA VIE, NE SERAIT-CE QU'AFFECTIVEMENT, SIL N'Y A CHOIX ET ACCEPTATION DES INTÉRESSÉS.
Hors de
là, il y a peut-être emploi du temps, apparemment bénéfique, réglementation, voire
rationalisation. Il n'y a pas plan de travail.
C'est la
portée de ces deux formules qu'il nous faut préciser au départ si nous voulons éviter
la détérioration, par la scolastique, d'une innovation dont nous mesurons déjà les
bénéfiques effets.
Car même
s'il n'a pas ce nom explicite, il existe depuis toujours un emploi du temps dans toutes
les écoles. Il est prévu par les lois et règlements ; il précise les heures
d'entrée et de sortie, le programme et le déroulement des travaux, la place des leçons,
des devoirs et des récréations, tout cela d'ailleurs dûment codifié dans les
répartitions journalières et mensuelles.
Et comme si
cet ordre venu d'en haut était encore trop lointain et donc susceptible d'être
transgressé, les manuels scolaires ont répercuté ordres et règlements au niveau des
classes et des élèves eux-mêmes. Le petit enfant du CP vous dira qu'il est aujourd'hui
à la page 52 de son livret, et qu'il étudie aujourd'hui le nombre 39, avant le 40 et
après le 38. Et pour les grands les manuels fixent dans le moindre détail ce que
l'élève doit faire, ce qu'il doit observer, ce qu'il doit penser, ce qu'il doit
répondre si on l'interroge.
Pas plus
que n'est vraiment plan de travail le planning de l'usine, à la préparation duquel
l'ouvrier n'a point de part et qui n'est qu'une réglementation, une coordination horaire
de l'élément technique et de l'élément humain. Dans l'usine automatisée, ce
« programme » sera tout simplement inscrit sur bande magnétique.
Or, cette
servitude mécanique aux ordres venus de l'extérieur, venus parfois de machines
irresponsables, n'a absolument rien d'éducatif. C'est un moyen économique de
« conditionnement » et c'est tout.
On peut,
par ce moyen, dresser des individus à des gestes et à des actes inscrits dans « le
programme » ; on peut les instruire. On n'exerce absolument aucune de leurs
vertus caractéristiques, celles qui en font la puissance et la grandeur : la
faculté de penser par eux-mêmes et d'exprimer leur pensée, le pouvoir
d'expérimentation et de création, l'action décisive sur le monde qui les entoure et qui
nécessite une intelligence vive, dans un contexte social aidant.
Dès le
début de nos expériences, nous nous sommes trouvés naturellement en rébellion contre
cette forme scolaire du dressage et de la servitude et deux de nos premiers mots d'ordre
ont été : Plus de manuels scolaires et Détruisez la chaire magistrale.
C'était
effectivement le geste anarchique de citoyens qui ne reconnaissent pas l'autorité
extérieure à la préparation de laquelle ils n'ont point participé. Mais pour les
enfants comme pour les adultes il ne suffit pas de dénoncer les règlements et de
détruire ce qui est. Il appartient à la communauté de s'orienter vers un ordre nouveau
que nous avons mis au point, pour ce qui concerne le 1er degré et qui vise à
une reconsidération totale et radicale de notre travail et de notre vie dans le cadre des
exigences des lois et règlements.
Ce sont nos
plans de travail qui vont faire la synthèse du nouvel ordre que nous sommes en
train d'établir et qui substituera peu à peu, à l'autorité scolastique, la
coopération dans le travail.
UN
ORDRE NOUVEAU BASÉ SUR LE PLAN DE TRAVAIL
L'établissement
de ces plans a une importance capitale pour la réalisation harmonieuse de notre
pédagogie moderne.
En un temps
en effet où l'on se plaint avec raison du manque de sens moral et social, et de sens
civique chez les enfants, alors que, faute de mieux, on aurait tendance à « serrer
la vis » et à multiplier les interdits, on comprendrait mal que nous relâchions
inconsidérément les rênes en disant à nos élèves - Faites ce qui vous
plait !
Nous sommes
tous tellement habitués à commander les enfants et à exiger d'eux la passive
obéissance qu'on ne pense pas qu'il puisse y avoir une autre solution à l'éducation que
la formule autoritaire. C'est, selon la masse des éducateurs et des parents aussi, ou
l'autorité, ou le désordre et l'anarchie. Les parents inquiets pour l'avenir de leurs
enfants viennent nous dire : « C'est bien beau de leur laisser faire tout ce
qui leur plait, de leur supprimer devoirs et leçons et de ne les astreindre à rien... La
vie a ses exigences. »
Et Monsieur
APERI, professeur de mathématiques à l'Université de Caen, qui a suivi tout notre
Congrès de Caen, venait confesser à la séance de clôture. « Quand on nous
parle de Techniques FREINET au second degré, nous pensons aux enfants qui montent sur les
tables ; alors nous réagissons ».
Nous
n'aurions pas continué nos techniques si elles n'avaient servi qu'à instaurer le
désordre qu'on nous reproche, car nous savons par expérience que nous en serions les
premières victimes. L'instituteur a absolument besoin d'ordre dans sa classe, comme
une communauté sociale a besoin aussi de règles et d'harmonie. Reste à savoir
lordre qu'on choisit ; il y a l'ordre formel, établi par lautorité d'un
individu, d'un groupe ou d'une administration, que le sujet n'a pas à discuter, auquel il
doit seulement obéir, même si des aménagements plus ou moins démagogiques
interviennent pour en amenuiser les obligations.
L'Ecole
traditionnelle en est à ce stade, en retard sur le milieu qui, par les élections, par la
presse, par l'action syndicale, par les manifestations diverses, agit sur le pouvoir,
même s'il n'en est pas totalement maître. L'enfant, lui, n'a absolument aucune
possibilité d'expression et d'action dans une société qui est pour lui l'équivalent de
la seigneurie ou de la royauté. Il atténue certes les rigueurs de l'autorité par son
action clandestine, par son habileté à affronter ou à esquiver les défenses et les
punitions, comme le braconnier se riait des prétentions des maîtres à lui interdire les
satisfactions auxquelles son travail lui donnait normalement droit, car l'enfant, pas plus
que l'homme, ne saurait vivre sans un coin au moins de ciel bleu.
Et il y a
un autre ordre, celui que nous tâchons de réaliser, qui se fait non par autorité, niais
par la prise de conscience progressive, expérimentale, des nécessités de la
communauté, dont le maître fait lui-même partie ; qui donne à l'enfant voix au
chapitre, tant pour l'organisation de la classe, que pour l'organisation du travail.
Il faut se
rendre à l'évidence que, dans un tel contexte social, tout reste à reconsidérer. C'est
un climat nouveau qu'il faut créer, une révolution de 1789 de l'éducation, qui attend
ses instituteurs et ses règles, ses artisans et ses héros, et qui a ses exigences.
D'aucuns
ont essayé de faire naître ces institutions, de susciter ce climat, par l'organisation
pour ainsi dire administrative, qu'elle soit coopérative ou par équipe, ou par groupes.
Nous savons la vanité d'une telle entreprise, qui ne modifie que le cadre, sans atteindre
aux éléments mêmes de la vie.
Comme dans
la société actuelle, c'est le travail qu'il faut organiser sur de nouvelles bases.
Le Plan de
Travail, le vrai Plan de Travail, devient une nécessité.
Voici les
conseils que donne aux jeunes un de nos maîtres chevronnés : Monsieur Nadeau à
Azur (Landes).
COMMENT
J'ORGANISE LE TRAVAIL DANS MA CLASSE :
Le
maître qui débute dans les Techniques FREINET est souvent dépassé, emporté par le
torrent de vie qu'il libère et sa classe sombre parfois dans l'anarchie. C'est la cause
de nombreux échecs, d'expériences ratées. On a rompu avec les pratiques sclérosantes
de l'école traditionnelle où tout est pesé, prévu longtemps à l'avance, on se
passionne avec ses élèves pour la belle aventure de la vie retrouvée et l'on
s'aperçoit brusquement que l'on a perdu pied. On a simplement oublié que la liberté
idéale n'existe pas, que, pour « libérer » sa classe, il ne s'agit pas
uniquement de laisser l'enfant se livrer à n'importe quel travail suivant son caprice du
moment, mais qu'il est nécessaire, pour la réalisation des tâches indispensables, de
s'imposer des règles communes, règles créées, comprises et admises par tous. Il faut
en effet tenir compte de tout ce qu'apporte notre vie nouvelle, l'exploitation des textes
libres, les enquêtes, les correspondants, etc,... mais aussi du milieu, des programmes et
des examens et, hélas ! du manque d'outils de travail, dont nous souffrons encore.
De tout cela il faut pourtant que nous fassions un ensemble harmonieux afin de faire
naître dans nos classes cette discipline de travail, cet ordre profond dont nous rêvons.
L'enfant
comprend d'ailleurs la nécessité d'une telle organisation. Je n'en veux pour preuve que
l'anecdote suivante. Lorsque, au cours de notre voyage-échange avec l'école de
Saint-Hilaire de Brens, dans l'Isère, nous sommes allés visiter une usine de tissage, le
Directeur nous a longuement commenté son « planning ». Grâce à un immense
tableau il savait exactement à chaque instant où en était le travail dans son
usine : chacun des 400 métiers était pointé avec l'état d'avancement de la
pièce qu'il tissait, la date à laquelle elle serait terminée, la pièce qu'il aurait
ensuite à entreprendre. C'était vraiment une merveille d'organisation dont, à juste
titre, il était très fier. Aussi fut-il un peu décontenancé par la désinvolture avec
laquelle une de mes fillettes lui fit remarquer :
-
« Mais, Monsieur, à l'école, nous travaillons comme ça ! »
Il n y
avait là, pour elle rien que de très normal, elle n'en voyait pas le mérite, elle n'y
trouvait qu'une seule différence avec notre façon de faire ; nous, nous appelions
cela, plus simplement, un Plan de Travail.
Ce
problème de l'organisation du travail est d'une extrême importance et il suffit d'avoir
assisté aux controverses passionnées que déclencha à Boulouris l'exposé sur la
question pour en être profondément convaincu.
LES
OUTILS ET LES TECHNIQUES DU TRAVAIL NOUVEAU
Une telle
organisation suppose évidemment une autre conception de la Technique de Travail
elle-même.
Vous pouvez
avoir dans une usine un planning perfectionné pour justifier et imposer un travail à la
chaîne qui apparaît comme le plus techniquement rentable mais que les travailleurs
maudissent ou refusent parce qu'il ne tient pas compte d'un élément pourtant décisif
de l'organisation : la vie, l'affectivité, les tendances et les besoins des
individus.
Vous
pourriez certes établir le lundi matin des plans autoritaires de travail qui ne seraient
en définitive que la transcription sur le papier du contenu des manuels. Vous
n'apporterez qu'un perfectionnement technique à l'éducation autoritaire de toujours. Vos
plans ne susciteront nul enthousiasme et vous serez obligés de faire intervenir
récompenses et punitions, ces piliers traditionnels de l'autorité. Il y aura pourtant à
cette évolution technique si timide soit-elle, un avantage non négligeable : le
fait que l'enfant sera déjà quelque peu dégagé de l'autorité du maître puisqu'il
aura désormais à choisir l'ordre des travaux et le moment qui convient le mieux à
chacun d'eux. Mais cet avantage lui-même suppose aussi que vous aurez au préalable,
modifié votre technique de travail scolaire et que vous admettez que vos enfants puissent
ne pas faire tous, au même moment, le même travail. Cette seule révolution suffirait
d'ailleurs à bouleverser votre classe si vous ne trouviez des fondements nouveaux pour
une nouvelle conception de l'ordre et de la vie.
Ces
fondements nouveaux, nous les avons exposés dans notre livre L'Education du Travail
(L'Education du Travail - DELACHAUX et NIESTLÉ.). Ils sont le fruit de notre
longue expérience, et ce sont eux qu'il nous faudra faire sentir et comprendre aux
parents et aux éducateurs :
- Le
travail est naturel à l'homme, et non le jeu.
- Il ne
faut évidemment pas considérer comme travail les tâches imposées par les adultes et
par le milieu, mais seulement les activités qui répondent aux besoins des enfants et
satisfont leur souci de curiosité, de croissance et de conquête.
- Le
désordre dans quelque groupe que ce soit vient toujours du fait qu'on contrevient à ces
tendances naturelles et à ces besoins ; qu'on contrarie des processus inéluctables
et que l'individu troublé dans ses aspirations profondes réagit, où qu'il se trouve,
selon des normes qu'il serait facile d'analyser : opposition ou du moins non
collaboration - sentiments d'hostilité et non de fraternité - sabotage conscient ou
inconscient des tâches imposées - opposition contre les éducateurs, contre les
camarades, contre le milieu lui-même - qui se défend à son tour par les sanctions -
punitions et récompenses - et qui essaient de canaliser certaines tendances par les notes
et les classements.
- La
réalisation d'une éducation du travail est au contraire génératrice d'ordre et
d'harmonie, donc d'équilibre et de progrès.
Toute la
pédagogie traditionnelle est aujourd'hui dans une dramatique impasse, du fait qu'elle
prétend justement actionner les enfants de l'extérieur, en leur imposant un travail
qu'elle essaie en vain de rendre intéressant, mais qui ne sera le vrai travail, avec
toutes ses vertus, que le jour où il sera intégré à tout le devenir de l'être.
Il résulte
de la persistance de cette erreur, que les enfants désaffectionnent le travail scolaire
qui n'a plus en eux aucune résonance, que cette désaffection se répercute sur le
travail en général, et qu'on ne parvient plus à combler ce vide sinon par des erzatz
désorganisateurs : jeux, sports, compétitions, avec profits plus ou moins
spectaculaires, cinéma, télévision, etc...
Nous semblons, par ce long préambule,
nous éloigner de notre propos qui est la nécessité de Plans de travail. Il
était nécessaire pour bien situer le problème :
-Un ordre et une discipline sont
indispensables à l'Ecole comme hors de l'Ecole Nous sommes tous daccord sur cette
nécessité préliminaire.
- Mais l'ordre actuel ne nous donne
pas satisfaction, L'Education du Travail nous vaut une solution considérablement
plus valable.
- Mais LEducation
du Travail par les Plans de Travail suppose la possibilité pour lEcole de
rendre possible, techniquement parlant, cette Education du Travail.
C'est la
recherche de ces possibilités qui fait l'objet des pages qui suivent.
Par la
reconsidération des techniques de travail, nou changeons les rapports entre élèves,
entre élèves et éducateurs, entre école et milieu. Nous changeons le climat de
l'école. Nous jetons les bases vivantes d'une nouvelle pédagogie.
***
Il y a
vingt-cinq ans que nous parlons de Plans de Travail.
En 1948
nous écrivions une brochure qui donnait les grandes lignes de la technique et qui a
orienté les recherches et les expériences. Le cadre était créé. La présentation
matérielle elle-même de nos Plans de Travail n'a pas beaucoup varié.
Mais nous
n'avions pas encore la possibilité pratique de garnir ce cadre ; nous nétions pas
encore en mesure de permettre aux enfants des activités fonctionnelles intéressantes.
Nous disposions bien de nos fichiers auto-correctifs pour remplir les cases calcul et
grammaire. Mais nous étions embarrassés pour offrir des travaux à leur mesure en
histoire, en géographie, en sciences. L'élève avait bien marqué sur son plan à la
rubrique histoire : La Révolution française en province. Mais quand il
s'agissait de passer à la réalisation, il ne trouvait pas d'autres éléments que les
pages trop abstraites et souvent fausses d'ailleurs, des manuels, qu'il en était réduit
à étudier sans les comprendre - ce qui apparaissait comme un échec de la méthode.
Il
inscrivait en géographie : Le Cours du Rhône, mais le même problème se
présentait. Où chercher la documentation et les directives nécessaires sinon dans des
manuels de géographie dont nous avons dit si souvent les tares, ou dans des livres et
revues écrits par les adultes, avec des notions et des explications hors de la
compréhension enfantine.
Ils
inscrivaient la pression atmosphérique. Si nous ne voulions pas nous
contenter du verbiage qui est à l'opposé de notre pédagogie, il aurait fallu faire des
expériences, mais quelles expériences, avec quel matériel, selon quel ordre ? Nous
nous reportions, en désespoir de cause aux manuels scolaires qui décrivent ces
expériences pour éviter justement de les réaliser.
Nous nous
trouvions dans la même situation qu'un fabricant de casseroles qui voudrait passer du
stade artisanal à la production en série. Il prévoit bien le cadre de la
transformation, mais les machines et les techniques lui font défaut. Il ne pourra
évidemment démarrer que lorsqu'il aura réalisé cette deuxième condition
indispensable.
Conscients
de cette nécessité, nous nous sommes attaqués à la production coopérative du
matériel indispensable et à sa technique d'emploi.
Les enfants inscrivent dans les cases préparées à cet effet, les numéros des fiches qu'ils se proposent de faire en cours de semaine (évidemment, au début du moins, le maître doit intervenir pour la fixation du nombre et du niveau des fiches.) Contrairement à ce qu'on pourrait croire, les enfants sont généreux dans la prévision de leurs projets. Cette générosité est un trait commun d'ailleurs à toutes les natures humaines.
Quand nous
partons en vacances, nous emportons un stock impressionnant de livres que nous nous
promettons bien de lire et les mamans préparent leur stock de chaussettes à raccommoder.
Et puis les
vacances s'écoulent. Les matinées passent trop vite et le soir on est fatigué. Ce n'est
qu'à la dernière semaine de vacances qu'on pensera avec quelque nostalgie au plan de
travail qu'on s'était tracé. Trop tard. les livres et les chaussettes reviendront comme
ils étaient partis.
Vous
pourrez donc très facilement fixer avec les intéressés, la liste des fiches à faire en
cours de semaine. C'est au stade de l'exécution qu'il faudra rester vigilant. Si on ne
surveille pas tous les jours, si on n'encourage pas les retardataires en leur rappelant
les promesses faites et en les aidant au besoin, le dernier jour arrivera et le plan de
travail ne sera pas terminé.
Nous rappelons toujours, à l'occasion de nos fichiers et de nos
livrets auto-correctifs, qu'ils ne constituent nullement dans notre esprit l'essentiel de
la formation arithmétique. Ils ne remplacent pas l'indispensable calcul vivant pour
lequel nous sommes en train de roder la méthode, mais qu'il nous est difficile d'inscrire
pour l'instant dans notre Plan de Travail.
Nous ferons
exactement les mêmes observations pour ces deux rubriques, en indiquant bien que ces
fiches ne sont qu'un complément plus ou moins utiles à nos textes libres et à leur
exploitation et ne sauraient en aucun cas constituer par elles-mêmes un cours de
français. Nous ne recommandons pas beaucoup d'ailleurs la pratique automatique, dans
l'ordre numérique de ces fiches. Nous préférons selon les faiblesses grammaticales ou
syntaxiques apparues dans les dictées et les Textes libres, inscrire pour le plan de la
semaine suivante les fiches correctives désirables.
3° - HISTOIRE
C'est une
des techniques pour lesquelles on ne peut pas faire grand chose d'intelligent, et donc
d'utile selon les anciennes méthodes et avec les livres en usage. Prenez un manuel quel
qu'il soit, vous trouverez de beaux échantillons de phrases telles que celles-ci :
Pendant
la guerre de Cent Ans, les Français sont battus par les Anglais à Crécy, en 1346, à
Calais et à Poitiers, en 1356. La misère est immense dans le pays. Mais le roi Charles
V, aidé de Du Guesclin redevient le maître du royaume. Les Anglais ne possèdent plus
que : Calais, Cherbourg, Brest, Bordeaux et Bayonne.
....................................
Louvois a été le ministre de la Guerre de Louis XIV. Le grand
ingénieur Vauban a construit des centaines de forteresses. Turenne a été le meilleur
général de son temps. Louis XIV a conquis une partie de la Flandre en 1668. Il a ensuite
combattu les Hollandais. Le traité de Nimègue,en 1678, a donné la Franche-Comté à la
France.
Je défie,
non pas un enfant, mais un adulte même cultivé de comprendre ce qui est exprimé dans de
telles pages, et ils sont bien prétentieux les auteurs qui peuvent nommer histoire des
listes d'événements dont on n'est sûr ni de la véracité ni de la position exacte dans
le temps.
De telles
méthodes préparent-elles à la connaissance du passé pour une meilleure compréhension
du présent et de l'avenir ? Evidemment non. Il nous faut une autre forme d'histoire,
basée sur la connaissance du milieu, sur l'étude des éléments du passé, immédiat et
lointain, sur les causes vraies et profondes des événements, sur ce qu'on appelle
d'ordinaire la civilisation, mot un peu prétentieux, que nous conserverons
cependant, ne serait-ce que pour l'opposer à l'inutile et dangereuse histoire de mots
trop unanimement pratiquée jusqu'à ce jour.
Mais encore
fallait-il forger les outils et les moyens de cette histoire de la civilisation. Nous
y avons aujourd'hui pourvu avec :
- De nombreux numéros de notre riche collection BIBLIOTHÈQUE DE TRAVAIL, qui compte à ce jour 530 numéros. Nous en avons 200 qui se rapportent à l'histoire, parmi lesquels une série particulièrement précieuse de lHistoire de... : Histoire du pain, Histoire du Livre, de l'Habitation, de l'Eclairage, du Chauffage, du Papier, de l'Ecriture, de l'Ecole de la Route, de la Bicyclette, de la Navigation, d la conquête du sol, de la charrue, des maisons d'autrefois, des maisons modernes, des battages, de boulangers, de la pêche, du costume, des cordonniers, des mineurs, de la métallurgie, de l'urbanisme, des fortifications, des châteaux-forts, des armes blanches, des armes à jet, de l'attelage, des chariots et carrosses, de la navigation sous-marine, des temples et églises, des anciennes mesures, des maîtres d'école, des postes, du timbre-poste, de l'astronomie, du temps, des armoiries-emblèmes-médailles, histoire des ponts, du théâtre, des coutumes funéraires, des jeux d'enfants, des jeux olympiques modernes, des jeux olympiques, des monuments de Paris, de Bordeaux, de Marseille, (SBT), de la Suisse.
Toutes ces
brochures serviront de base aux travaux et enquêtes que les enfants amorceront selon la
technique même des historiens et des chercheurs.
- Des
documents divers recueillis par la correspondarce interscolaire, l'examen des archives,
l'étude du milieu, les fouilles archéologiques, les enquêtes diverses, la radio et la
télévision.
- Notre
Fichier Documentaire, dans lequel nous plaçons, après les avoir répertoriés selon
notre Classification Décimale, tous les documents qui peuvent éventuellement nous
servir : livraisons spéciales du commerce, documents extraits des revues
spécialisées ou des publications à fort tirage. Cette documentation, plus spécialement
iconographique nous sera très utile, surtout pour les exposés de conférence.
Le Fichier de l'Ecole FREINET comporte des milliers de documents
d'histoire de la civilisation.
Des films
fixes en noir et en couleurs, des disques complètent cette documentation qui conseil
titue un outil d'une richesse extraordinaire et qui, a l'avantage d'être modernisée en
permanence par l'apport presque journalier de documents par les maîtres, et aussi par les
élèves ainsi intéressés directement à leur propre culture historique.
- Des
Suppléments Bibliothèque de Travail, comportant
un certain nombre de dessins pour découpages, ombres chinoises, maquettes et dioramas,
qui permettent des reconstitutions qui ont une portée démonstrative et instructive bien
supérieure au contenu verbal des leçons et des manuels : l'Égypte, la Grèce, le
Haut Moyen-Age, la Révolution, Histoire du Costume de la Gaule au Moyen-Age, du Moyen-Age
à la Renaissance, de la Révolution à nos jours.
- Des
fiches-guides, établies par F. DELEAM et réunies en Suppléments BT sous le titre
général :
Pour connaître le passé :
-De la
Gaule au Moyen-Age.
-De la Guerre de Cent Ans à 1789
-De 1789 à 1870
-De 1870 à
nos jours.
Voici par
exemple : les fiches-guides se rapportant à l'Histoire des Transports et des
Communiations de 1870, à nos jours (p.16 I° Chemin de fer ; 2° Navigation) et au
thème : La vie familiale change (p.26).
IV. - DANS LES TRANSPORTS ET LES COMMUNICATIONS.
I° LES
CHEMINS DE FER.
Montre
comment la voie ferrée concurrence puis détrône la route, à la fin du XIXe et au
début du XXe siècle. BT 7
Qu'advient-il
maintenant des lignes secondaires de ta région ? Pourquoi ?
Qu'est-ce
qui remplace la traction à vapeur sur de nombreuses lignes?
Le chemin de fer qui passe près de chez toi est-il
électrifié ? Depuis quand ? BT 276 p. 24
Suis les
records de vitesse battus par les locomotives et fais un graphique. BT 276 p. 24 et BT
: S.N.C.F.
Fais la maquette du viaduc de Garabit. BT 306, p. 14 ; BT 149, p. 19
Raconte comment fut construit le métro de Paris. BT 115
2° LA NAVIGATION :
Fais la maquette d'un trois-mâts. BT 379; S. BT 18
Raconte les derniers voyages en voiliers. S. BT 19
Fais la
maquette d'un paquebot. BT 424; BT 430; BT 27, p. 28
Calcule le temps mis par un transatlantique pour aller de
France en Amérique ; BT 155, p. 18
Dessine une carte montrant les grandes lignes maritimes avec
la durée des voyages. Atlas
Colle sur ton album historique des images de cargos
spécialisés cargos à portiques, pétroliers, bananiers. BT 27, p. 29, BT 155, p. 14
et 15, BT 15, p. 12 et 13
Visite
un port et fais un compte rendu à tes camarades. BT 346, p. 21 BT 250 BT 155, BT 364,
p. 14 à 20
Cherche des documents sur le nouveau paquebot :
"France". BT Actualités - BT 518
Comment
rend-on un fleuve navigable ? BT 429, p. 17 ; BT 140 p. 21
Etudie
le trafic d'un canal ? BT 132 ; BT 409 BT 174, p. 18
Il. - LA VIE FAMILIALE CHANGE.
1° LE BONHEUR DES ENFANTS
a) Demande
aux vieillards s'ils avaient beaucoup de jouets quand ils étaient jeunes. Compare avec
toi. BT 78 et BT 127
Compare
les distractions offertes aux enfants avant 1900 et maintenant. BT 78 et BT 127
b)
Dans ta commune ou la ville voisine, y a-t-il une crèche, un jardin d'enfants, un parc
aménagé, un patronage, un terrain de jeux, etc... Depuis quand ? BT 127
c)
Relève sur les registres d'état-civil des années voisines de 1900 les décès de jeunes
enfants. Compare avec ces dernières années.
Archives locales
Cherche les raisons de ce
changement BT : La démographie BT Actualités
d) Mais est-ce que tous les enfants
peuvent bénéficier des améliorations économiques et sociales ? Pourquoi ?
(Pense aux difficultés de la vie : salaires insuffisants, vie chère, chômage...
).BT 526 p. 30 - 31 -32
2°
L'AUTORITÉ DES PARENTS
Demande
aux vieillards comment ils étaient traités par leurs parents quand ils étaient jeunes.
Compare avec la façon dont tu es traité. BT 78
A partir de quel âge les enfants faisaient-ils des travaux
pénibles avant 1900 ? Ten fait-on faire maintenant ? BT 122, p. 26
Mais est-ce que tous les parents se conduisent bien envers
leurs enfants ? Pourquoi ? (Pense aux difficultés de la vie.) BT
Actualités
Vous
remarquerez qu'il n'y a dans le corps de ces fiches aucune connaissance dogmatique à
étudier d'une façon formelle ou à apprendre par coeur. On y indique seulement, les
observations et les recherches à faire, sources où puiser, les enquêtes à mener, les
documents à consulter. Ce n'est qu'après que nous tâcherons d'en tirer des conclusions.
La fiche ci-dessus sur la vie familial se termine par exemple par ces mots qui
constituent une amorce de synthèse :
« Les enfants paraissent plus heureux maintenant qu'il y a
cent ans. Pourtant les journaux nous apprennent souvent des drames de lenfance.
Recherchez-en les causes ».
Vous verrez aussi que, à l'inverse des manuels qui ne constituent que des abrégés ou des résumés, ces fiches comportent chacune des thèmes nombreux et des listes de travaux qui vous paraîtront excéder et de beaucoup, le cadre de vos leçons.
C'est que
là intervient justement un élément important de notre technique de travail, calquée
exactement sur la technique de travail des adultes.
Si des
chercheurs adultes avaient à creuser la connaissance d'un thème comme « les
chemins de fer » il ne leur viendraient pas à lidée
dentrprendre chacun l'étude complète, ce qui amènerait nos 5 à 6 travailleurs à
faire séparément les mêmes travaux et à produire 5 à 6 mémoires exactement
semblables. Travail inutile, irrationnel, qui n'a cours qu'à l'Ecole, pour des
acquisitions verbales et livresques.
Nos
chercheurs n'auraient jamais l'idée d'opérer ainsi comme ils n'auraient jamais l'idée,
en face d'un champ à bêcher, de bêcher chacun en entier, le même champ. Ils se
partageraient le champ, chacun bêchant sa part, quitte à égaliser ensuite le champ de
quelques coups de bêche généreux.
Nos
chercheurs se partageraient donc eux aussi le travail, ce qui permettrait à chacun d'eux
d'approfondir au maximum l'étude entreprise.
Il
suffirait ensuite qu'ils prennent tous connaissance des travaux de chacun pour réunir
ensuite le tout en une synthèse bénéfique.
C'est ce
que nous réalisons dans nos classes.
Nous avons
établi un plan de travail annuel dans lequel les sujets d'étude garnissent les
cases, d'un tableau, selon les exigences du programme. Nous ne nous astreignons pas
à suivre strictement l'ordre du Plan. Nous ferons notre travail selon notre ordre à
nous, assez proche d'ailleurs en l'occurrence de celui des programmes. Nous cochons au fur
et à mesure les thèmes étudiés. Il nous suffira en fin d'année, de boucher au besoin
par des procédés scolastiques en vue des inspections et des examens, les trous
constatés. Et tout sera sauf.
Le lundi
matin, par exemple, selon notre programme, c'est l'étude des chemins de fer de 1789 à
nos jours, qui sera entreprise.
Nous
situons d'abord dans le temps et dans le processus historique le thème d'étude qui sera
ainsi inclus d'emblé dans un ensemble dont nous tirerons motivation et efficience.
Nous
inscrivons au tableau non pas des têtes de chapitres abstraits, mais des travaux à
effectuer et seulement les travaux qui sont susceptibles d'être effectivement réalisés.
Sinon, dès que le plan serait établi les enfants viendraient vous demander : Où
puis-je avoir des documents pour faire la maquette du pont de Garabit ? Donnez-moi
des renseignements sur le métro de Paris.
Et comme
aucun de nous n'est universel, nous risquons, fort de ne rien trouver, ce qui est,
évidemment, la faillite de notre système.
Nous nous
référons donc aux fiches DELEAM qui comportent à dessein de très nombreux travaux.
Cela ne veut pas dire que vous devez tout faire, mais que vous avez le choix, selon votre
milieu, selon la richesse de votre Bibliothèque de Travail, selon vos aptitudes et vos
préférences qui entrent évidemment en ligne de compte d'une façon parfois décisive.
Pour ce qui
nous concerne, nous inscrivons les travaux suivants :
I - Quelles
sont les lignes secondaires de la région qui ont été supprimées ? Pourquoi ? Quand
avaient-elles été construites ? Enquête carte.
2 - Noter
les records de vitesse battus par les locomotives depuis cent ans. Fais un graphique (voir
BT 276, p. 24).
3 -
Maquette du viaduc de: Garabit (BT 306 et BT 149)
4 - Comment
fut construit le métro de Paris (BT 115).
Un élève
ou un groupe d'élèves se chargera de chacun de ces titres.
Il nous
faut là faire deux observations.
Travail de
groupe. Nous en sommes évidemment partisans pourvu qu'on n'en systématise pas la
pratique.
Certains
instituteurs partagent leurs classes en équipes permanentes, instituées pour des mois et
même pour toute l'année. Cela a des avantages incontestables, pour le travail et la
discipline. Mais de tels groupes risquent de fonctionner d'une façon autoritaire sous la
surveillance et la responsabilité d'un leader plus ou moins démocratique. La solidité
de l'équipe dépend d'ailleurs de la qualité du travail qu'on pourra lui procurer.
Alors nous
préférons mettre cette idée de travail au premier rang. Nous constituons l'équipe
selon le travail à effectuer.
Il y a en
effet des enfants qui travaillent bien en groupe, mais il en est d'autres qui ne rendent
au contraire, surtout pour certains travaux, qu'individuellement. La technique la
meilleure est celle que nous pratiquons nous-mêmes dans notre mouvement coopératif. Un
individu réalise personnellement une oeuvre ou une portion d'oeuvre qu'il verse selon
notre expression dans le creuset coopératif pour élargissement et amélioration.
Il faut
noter aussi que s'il est des travaux qui se prêtent fort bien à la technique
coopérative, il en est d'autres au contraire qui ne se mûrissent qu'individuellement.
Nous
laissons donc nos enfants se constituer en groupes lorsqu'ils le désirent, la vie du
groupe ne durant d'ordinaire que le temps du travail.
Deuxième
observation : ne procédez jamais autori tairernent pour cette répartition du
travail.
Vous aurez
tendance à vous dire : ils ne savent pas choisir puisqu'ils ne connaissent que fort
peu le sujet à aborder. Ils se décideront au hasard et, en définitive, sans grand
succès. Tout comme l'enfant à qui on donne, à choisir entre deux plats qu'il ne
connaît pas. Ce n'est pas rationnel, pensez-vous. Il vaut bien mieux lui préciser celui
qui conviendra le mieux à sa nature et à ses goûts.
Oui, mais
nous sommes tous ainsi faits si on veut nous donner d'autorité le plat de droite, nous
demanderons le plat de gauche.
Alors,
laissons choisir les enfants.
- Vous avez
devant vous 4 questions. Prenez individuellement ou par groupe celle qui vous convient.
En
général le choix est vite fait. Le dernier, ma foi, prendra le sujet qui lui reste. Il
arrive qu'un sujet n'a pas preneur. Nous préférons ne pas insister et choisir un autre
thème.
Vous pouvez
certes intervenir en disant aux hésitants fais la maquette du viaduc. J'ai justement un
numéro de La Vie du Rail qui te donnera des indications. Et je t'y aiderai. Mais donnez
le plus possible aux enfants le sentiment qu'ils peuvent s'autodéterminer dans le cadre
des programmes.
Vous vous
étonnerez que nous ayons ainsi recours à une illusion, qui est une tromperie. Si nous
étions libres, si nous n'étions pas dominés par les règlements, les programmes, les
inspecteurs et les parents nous pourrions nous en tenir à l'exploitation intégrale des
thèmes vivants qui s'offrent à notre curiosité. A défaut, nous pallions ainsi les
ennuis du programme. L'intérêt du travail, si nous parvenons à le susciter et à le
maintenir, atténuera la rigueur de nos limitations.
Mais cette
étude dispersée sera-t-elle valable ? Les enfants qui ont ainsi traité les thèmes
particuliers d'un ensemble auront-ils une idée suffisante de cet ensemble ? Ce
rendement, en définitive, sera-t-il satisfaisant ?
Notre
réponse est facile, du moins pour ce qui concerne cette discipline. Le rendement des
méthodes traditionnelles est si déficient en l'occurrence que toute pratique un tant
soit peu intelligente risque fort de lui être supérieure.
Mais c'est aussi que nous ne nous contentons pas
« d'étudier » un thème pour faire un devoir à la seule intention du
maître-contrôleur. Notre travail a un but supérieur d'information collective. Chacun
des élèves ou groupe d'élèves fera sur son cahier un compte rendu avec références
aux documents recueillis. Et à une heure prévue à l'horaire en cours de semaine,
l'exposé en sera peut-être fait à la classe réunie avec si nécessaire, exposition de
documents ou projections.
Ce que
seront ces comptes rendus ?
Ils seront
évidemment à la mesure des possibilités des élèves eux-mêmes, de leur entraînement
à cette forme nouvelle de travail et de la valeur démonstrative des documents utilisés.
Notre expérience nous permet du moins d'affirmer que ces comptes rendus, même
rudimentaires, sont toujours écoutés avec plus d'attention que les leçons du maître ;
que les jeunes conférenciers ont une façon à eux d'expliquer les choses et quils sont
plus facilement compris que lorsque nous apportons nous-mêmes nos démonstrations
toujours trop adultes. Voyez comment les enfants ont le secret de faire comprendre à
d'autres enfants la technique difficile des opérations !
Les enfants
expliquent. Mais les auditeurs réagissent parce que celui qui parle est à leur niveau.
Ils accepteraient passivement ce que dirait le maître mais ils harcèlent leur camarade
de critiques et d'objections.
Il faut ensuite réunir ces diverses études pour en opérer la
synthèse. Ce sera là l'oeuvre du maître, qui en profitera d'ailleurs pour compléter
l'étude et en boucher les trous. C'est ce que nous appelons la « leçon a
posteriori ». Nous sommes radicalement contre toutes leçons magistrales
qui tombent toujours de trop haut sur des invididus sans appétit. Ce qui ne veut pas dire
que l'éducateur doive toujours se taire, à son tour passif, ou qu'il ne doive compter
que sur les documents qu'il a mis à la disposition des enfants, ni considérer comme
définitif leur apport. L'éducateur fait partie de la communauté et il doit apporter,
comme les élèves, le résultat de sa science et de son expérience.
L'instituteur
donnera donc sa part, et généreuse. Seulement, il la donnera, non pas magistralement,
mais naturellement, comme on la donne dans la vie, où on ne fait pas asseoir, bras
croisés, les auditeurs. Les enfants sont accrochés par les études préalables qu'ils
ont menées eux-mêmes et qu'ils sentent d'ailleurs incomplètes ou fragiles. Des
questions se posent à eux. Ils ont soif. A ce moment-là, tout ce que nous leur offrirons
sera autrement profitable.
On verra,
à propos des autres disciplines comment nous généralisons, dans tous les domaines, ce
principe des leçons a posteriori.
Il arrivera
que certains thèmes particulièrement riches donnent droit à un compte rendu différent
qui prend alors le nom d'une Conférence.
Sur la base
d'une BT par exemple, d'une enquête menée dans le milieu, ou d'une documentation
personnelle récoltée dans la famille ou par correspondance, l'enfant rédige une
Conférence abondamment illustrée. Ce travail, excellemment motivé, suscite un grand
intérêt pour celui qui l'écrit, d'où application dans l'écriture, l'illustration, la
présentation et le goût, toutes choses essentielles à la vraie culture que nous
préparons.
Au jour
dit, l'enfant fait sa conférence. Nous en dirons plus longuement le processus et la
portée dans un chapitre spécial de la présente brochure.
4° - GÉOGRAPHIE.
Le Plan de
Travail porte ensuite la rubrique : GÉOGRAPHIE.
Le plan est
plus facile à étudier pour cette discipline bien que nous guettent les mêmes dangers
scolastiques.
Il ne sera
guère possible d'inscrire parmi les thèmes d'étude la carte d'une région par exemple,
parce que c'est là un travail de simple copie, comme le serait l'étude d'un fleuve ou
d'une montagne par les manuels et les résumés.
Nous nous
méfierons dans ce domaine aussi de la connaissance livresque et des mots qui ne sont que
des mots. Il nous a fallu chercher d'autres formes de connaissances pour lesquelles nous
avons préparé aussi nos Outils
- Le
texte libre, le journal scolaire et surtout la correspondance interscolaire qui
motivent toutes nos observations et nos recherches géographiques, de notre milieu
d'abord, du milieu de nos correspondants ensuite.
- Des fiches-guides
spéciales donnent aux enfants tous conseils et directives pour cette étude.
- Le
fichier documentaire sera particulièrement riche en documents géographiques de
toutes sortes : vues diverses de publications spécialisées, ou extraites des revues
illustrées, vues fixes, BT Sonores, etc...
Grâce à
ce fichier, presque toutes les notions géographiques seront étudiées sur la base des
documents dont nous n'aurons ensuite qu'à faire la synthèse : aspect
caractéristique des montagnes et des côtés, cours d'eau, cultures, industries. On peut
désormais étudier la géographie d'une façon aussi vivante que si on visitait les
divers pays ou contrées.
La
télévision éducative aide d'ailleurs aussi à cette connaissance.
Les
fiches-guides aident encore à cette étude.
- Ce sont
surtout les BT qui nous sont précieuses, et elles sont nombreuses à traiter des
questions de géographie. Elles constituent des bases pratiques qui seront élargies et
complétées par les documents du fichier, et ordonnées par les fiches-guides qui
accompagnent chaque BT.
-
Réalisation de maquettes et dioramas : en pleine terre ou en modèle réduit avec
plâtre, carton ou contreplaqué. Des maquettes de côtes, de ports, de torrents, de lacs
et de barrages, des pics et de cols, d'affluents, de confluents ; des cartes en relief,
des cartes électriques apporteront les éléments géographiques essentiels, sur lesquels
il sera facile d'asseoir les connaissances indispensables.
Pour
la préparation du travail nous procédons exactement comme pour l'Histoire
Pour
l'étude d'un cours d'eau, nous écrirons au tableau thèmes suivants de travail :
- Faire en
pleine terre la maquette du cours d'un forte pente, rives, alluvions, etc.
- Maquette
en plâtre le confluent de la Saône et du Rhône.
- Chercher
dans le fichier les documents se rapportant aux fleuves de plaine. Faire la comparaison.
- Calculer
le débit d'une source ou d'un cours d'eau.
Comme pour
l'Histoire, les enfants choisiront individuellement ou par Groupes, le thème à leur
convenance. Ils en feront compte rendu et le maître complètera la Synthèse dans une
leçon a posteriori.
5° - LES SCIENCES.
Cest
peut-être la discipline pour laquelle, quoi qu'il y paraisse, nous trouvons le plus
difficilement les éléments actifs du plan de travail.
En effet,
si les manuels scolaires sont riches en expériences décrites, dans la pratique, il nous
est très difficile de trouver, pour nos divers plans de travail, les indications
techniques indispensables pour les expériences élémentaires.
Nous ne
sommes pas toujours suffisamment riches en BT. Nous-mêmes avons été mal préparés et
ne sommes pas toujours en mesure d'aider les élèves comme il le faudrait.
Nous
éditons des séries spéciales de fiches-guides et de suppléments BT qui aideront à ces
travaux.
a) Pour
les sciences naturelles.
- Observation et détermination des insectes.
- Terrarium
et vivarium pour élevages.
-
Dissections et naturalisations.
- Recherche
et détermination des plantes et des fleurs.
-
Photographies scientifiques.
-
Enregistrements sonores.
b) Pour
les sciences physiques.
Nous avons
réalisé plusieurs Boîtes de travail et notamment notre Boîte électrique
N°1 pour travail sur courants 6 - 12 -18 et 24 volts, avec un solide transformateur
pour montages électriques, cartes électriques, et surtout fonctionnement du filicoupeur
qui est l'outil N° I de nos classes.
Nous
éditerons d'autres Boîtes de travail qui n'ont pas d'équivalent sur le marché,
la production actuelle étant conçue en fonction d'une pédagogie scolaire et non
scientifique.
Pour les
petits (CP et CE) nous allons réaliser des Boîtes de tâtonnement, premier
échelon des Sciences.
c) Pour la chimie, c'est plus délicat, un certain nombre de
produits et d'opérations risquant d'être dangereux pour les enfants.
Nous
prévoyons donc, pour ce Lundi, dans le cadre des programmes :
- Capture
et étude d'un insecte.
- Les articulations (maquette),
- La tête,
maquette découpée (voir SBT).
-
Transmission de l'énergie. Découpage et montage d'un engrenage (SBT).
Comme pour
les autres disciplines, les élèves choisissent. Nous distribuons les fiches-guides ou
les SBT correspondants. Les expériences seront refaites devant les élèves (ce qui
remplace les comptes rendus). Les réalisations essentielles seront exposées le samedi
soir pour la réunion de la coopérative scolaire.
6° - LES
CONFÉRENCES.
Qu'est-ce
que les Conférences ?
Pour savoir
comment vous devez les concevoir, efforcez-vous de débarrasser votre cerveau des concepts
et des exigences scolastiques pour penser comme tout le monde, agir et travailler
normalement, selon les mêmes normes que les adultes.
Quand il s'agit d'organiser une Conférence Publique, on
s'adresse aux personnes qui, soit par leur spécialité, soit par leurs voyages ou leur
vie, peuvent avoir des choses intéressantes à dire ou à montrer aux auditeurs. Le
conférencier choisit son texte ou décline l'offre si la conférence demandée n'est pas
de son goût. On n'impose jamais une conférence, car on sait que ce serait un fiasco.
On s'entend pour le jour et lheure, fixés assez longtemps
à l'avance pour que l'auteur ait le temps de préparer sa conférence.
Le
Conférencier rédige alors son texte, qui sera soigneusement tapé à la machine, même
s'il ne doit pas le lire intégralement ; il l'aura bien préparé et, comme le
speaker de la télévision, il s'y réfère de temps en temps d'un coup d'il.
Que
mettra-t-il dans ce texte ?
Tout ce
qu'il juge susceptible d'intéresser ses auditeurs, car c'est à eux, à l'accueil qu'ils
vont lui faire, que pense sans cesse l'auteur. Il ne s'agit pas de tout dire. D'ailleurs,
on lui a fixé un temps plus ou moins réduit qu'il devra respecter. Pour être sûr de ne
pas trop déborder sur ce temps, il relit le texte d'avance, à haute voix, au rythme de
la Conférence pour vérifier qu'il ne dépassera pas le temps qui lui est imparti.
- Le
Conférencier ne tire pas forcément tout de luimême. Il y a des choses qu'on n'invente
pas. Et cela dépend du sujet et du Conférencier.
Dans
certains cas, la conférence sera absolument originale, s'il s'agit par exemple d'un
voyage ou d'une expérience vécue.
Mais très
souvent l'auteur aura recours à l'expérience de ceux qui ont étudié avant lui le même
sujet. A cet effet, il consulte longuement livres et revues, il va dans les
Bibliothèques, il enquête auprès des personnes qui peuvent le renseigner et l'aider. Il
fera peut-être au cours de sa conférence des citations plus ou moins longues de textes
d'auteurs consultés.
L'essentiel
est que ce qu'il dit intéresse et instruise ceux qui sont venus l'entendre.
Certains
sujets, même intéressants, risquent parfois d'être un peu monotones. Alors le
conférencier donnera des explications, préparées d'avance, avec croquis au tableau. Il
projettera peut-être quelques diapositives ou donnera des séquences de films. Pas trop
cependant pour ne pas distraire exagérément du sujet même de la Conférence. Il pourra
passer un ou plusieurs disques. Tout cela prévu d'avance et actionné le moment venu par
un aide qui a travaillé avec l'auteur à la préparation de la Conférence.
Quand la
conférence est terminée, la discussion cornmence. Le Conférencier répond aux questions
posées. Et l'on tire la conclusion du tout. C'est parfois le président de séance qui
s'en charge.
Voilà le
processus exact des conférences d'élèves que nous recommandons.
L'élève
choisit son sujet, avec parfois les conseils ou les suggestions du maître.
Certains
sujets se prêteront mal parfois à une totale rédaction préalable, surtout des enfants
qui n'ont pas toujours totalement dominé les techniques d'écriture. Ils écriront bien
une page mais ne pourront guère aller au-delà et la conférence serait trop étriquée.
Dans ce cas-là, nous opérerons comme le font certains orateurs. Nous établirons
seulement le plan, avec peut-être quelques lignes par ci par là et l'enfant fera une
conférence orale.
Cette
pratique réussit très bien avec des enfants à partir du CP qui peuvent fort bien
raconter un voyage, une aventure, une lecture entendue, ou une émission de télévision.
Il est parmi les grands élèves de bons parleurs qui enchantent leur auditoire par un
véritable talent oratoire qui n'est certes pas à négliger. Nous avons ainsi un élève
de 11 ans qui a étonné des normaliennes en leur parlant pendant plus d'une heure de la
civilisation égyptienne, qu'il connaissait parfaitement.
Il faisait,
un autre jour, une conférence fort intéressante sur l'énergie atomique et le voyage de
Glenn.
Et pourtant
nous mettons nos lecteurs en garde contre la pratique trop fréquente de ces conférences
exclusivement orales qui risquent de trop favoriser la facilité des beaux parleurs aux
dépens de ceux qui auront fait un travail sérieux d'information, de culture et même de
présentation, toutes choses éminemment favorables au progrès scolaire.
C'est
pourquoi, hors ces cas exceptionnels il vaut mieux demander une préparation par écrit
des conférences : cette préparation devient d'ailleurs nécessaires lorsque le
sujet traité nécessite davantage recours aux documents et surtout aux BT.
Pour un des
multiples sujets traités dans nos 530 BT, l'enfant devra lire page à page, ou du moins
certaines pages indiquées dans la fiche-guide ; choisir les passages qu'il faudra
copier pour les lire ensuite, illustrer son texte pour lui donner une présentation
artistique agréable. On nous a dit parfois : Mais ces enfants se contentent en somme
de faire de la copie !
Mais une
bonne proportion des conférenciers procèdent ainsi. Le travail de recherche des
documents valables, leur lecture, le choix à faire, la copie et les illustrations,
constituent une activité très motivée et qui, même s'il y a copie, n'en constitue pas
moins une activité précieuse au point de vue scolaire, une activité dont le rendement
est à 90% bien supérieur à celui des exercices scolaires traditionnels.
Et si même
au moment de la conférence, l'enfant ne sait pas très bien lire ce qu'il a écrit, ou ce
qu'il a coché dans la BT, nous l'y aiderons ou un élève plus lettré l'y aidera. Nous
avons vu des enfants prendre ainsi la responsabilité d'une conférence pour laquelle il a
cherché des documents qu'il a affichés, fait des dessins et des cartes au tableau,
projeté des diapositives. Et il se fait aider par un camarade qui lit les textes. Partage
tout à fait régulier des charges en vue d'un maximum de réussite.
Un de nos
élèves, habitant de Saint-Etienne, excessivement difficile, ne s'intéressait à aucun
travail scolaire, et ne voulait, à 11 ans, ni lire, ni écrire. La scolastique habituelle
mène assez souvent les enfants dans ces impasses.
A la suite d'un texte où l'on parlait de la houille, notre
élève se met à parler de ses souvenirs de la mine, des terrils, des machines, des
mineurs qui vont le matin prendre leur travail.