Brochures d'Education Nouvelle Poupulaire

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H.ALZIARY et C.FREINET

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Les Correspondances interscolaires

 

 

N°32 de novembre 1947

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LES ECHANGES INTERSCOLAIRES

PAR LE JOURNAL SCOLAIRE

ET L'IMPRIMERIE A L'ECOLE

 

Parce que nous avons été les initiateurs de cette Imprimerie à l'Ecole qui pénètre peu à peu dans toutes les écoles de France, on a cru souvent qu'il s'agissait là, pour nous, d'une marotte nouvelle dont nous ferions abusivement le centre et le but de notre travail.

 

Nous avons toujours insisté, au contraire, sur cette réalité : l'Imprimerie est susceptible d'apporter dans une classe des possibilités nouvelles d'activité et des raisons d'intérêt fonctionnel. Le fait seul, pour l'enfant, de voir sa pensée ainsi coulée dans le métal et capable de déborder, sous une forme majestueuse et impressionnante, le cercle réduit de ses parents et de ses camarades, exalte la personnalité, encourage l'observation, l'expérimentation et l'expression et modifie profondément, en définitive, l'atmosphère de la classe.

 

Il est des poètes qui, après avoir longuement poli leurs chefs-d’œuvre, les impriment eux-mêmes, pour leur satisfaction personnelle d'abord, pour les montrer à leurs amis ensuite. Mais un moment arrive où cette satisfaction risque de s'émousser. Le poète, comme l'élève, se dit : « A quoi bon, après tout, se donner tant de peine. Je raconterai aussi bien, ou je lirai à mes amis mon texte ou mon poème... Je vais seulement le calligraphier artistement ; cela suffira... »

 

Imprimer pour le seul plaisir d'imprimer c'est un peu comme lorsqu'on offre une bêche à l'enfant pour gratter le sable ou la terre sans lui donner la possibilité élémentaire de semer et de faire produire l'espace remué. L'enfant s'amusera à gratter, puis jettera sa bêche parce qu'il aura une vague conscience de l'inutilité fondamentale de son activité.

 

L'Imprimerie à l'Ecole c'est la bêche, outil déjà perfectionné et qui permet des réalisations enthousiasmantes. Mais la correspondance interscolaire c'est la semence qui devient herbe tendre et moisson blonde, et pour laquelle l’an prochain, et toutes les années à venir nous saurons, avec la même ferveur, consentir la fatigue et les sacrifices sans lesquels la graine lancée au vent ne saurait fructifier.

 

C'est dans ce sens que nous affirmons toujours : La correspondance interscolaire est le complément indispensable de l'Imprimerie à l'Ecole. C'est elle qui lui accorde raison d'être et permanence, qui motive pédagogiquement, fonctionnellement, toute notre activité en lui apportant le sens social qui déborde la scolastique et hausse notre effort jusqu'à la compréhension et à l'efficience de l'humain.

 

Si vous employez l'imprimerie pour elle-même vous risquez désillusion et lassitude. Avec la correspondance interscolaire vous touchez une corde nouvelle dont les vibrations ne feront que s'amplifier et dont les conséquences scolaires, intellectuelles, affectives et sociales sont incalculables.

 

***

 

Mais alors, direz-vous, pourquoi ne pas réaliser ces échanges sans cette complication peut-être superflue de l'imprimerie et du journal ?

 

C'est justement dans cette modernisation technique des Echanges interscolaires que réside notre vraie trouvaille pédagogique.

 

D'autre avant nous ont tâté de la correspondance interscolaire dont ils pressentaient la portée éducative. Ils étaient comme l'enfant qui voudrait bien semer un carré de jardin, mais qui ne possède pour bêcher qu'un jouet de tôle tout juste apte à rayer le sable. Ils entraient en liaison avec d'autres classes ou d'autres élèves. L'échange se faisait par lettres, ce qui est fort acceptable pour des enfants de 14-15 ans au moins qui écrivent lisiblement et correctement et savent déjà jeter sur le monde un regard objectif qui dépasse leur personnalité. Mais nos élèves au-dessous de cet âge vivent trop encore dans le présent et n'ont pas une maîtrise suffisante de l'écriture pour affronter le récit. D'où l'extrême indigence des lettres qu'ils écrivent et la peine qu'ils éprouvent à remplir leur page.

 

Le correspondant qui reçoit une telle lettre sent d'instinct cette indigence. L'impression de l'écriture et l'incorrection du texte le lassent. L'enthousiasme s'évanouit.

 

Par suite de cette insuffisance de moyens techniques, d'expression et de transmission, la correspondance par lettre ne saurait devenir une pratique efficiente et permanente de nos classes primaires. Les initiatives les plus généreuses dans ce domaine n'ont, de ce fait, jamais dépassé le stade des essais. Il faut trouver d'autres possibilités.

 

Avant guerre déjà, la Croix-Rouge de la Jeunesse et les associations espérantistes organisaient la correspondance internationale par échange d'albums réalisés par les enfants eux-mêmes.

 

Là, l'outil est meilleur et nous en userons d'ailleurs, même dans l'échange national. Mais il n'a pas encore cet élément die périodicité et de permanence dont nous avons besoin. Il faut des semaines et des mois pour réaliser l'album. On l’expédie ensuite. L'album que les correspondants enverront en retour mettra des semaines et des mois pour nous parvenir. Pendant ce temps l'intérêt un instant éveillé, est caduc. L'échange par albums peut être un, complément utile et recommandé de nos échanges. Il ne saurait en être l'élément essentiel.

 

Nous avons découvert un outil et une technique qui ont fait leurs preuves : ils permettent à l'enthousiasme initial de se renouveler sans cesse, toujours aussi efficient, et cela, non seulement pendant un mois ou six mois, mais pendant toute la, scolarité, et même au-delà de cette scolarité. Cette correspondance devient alors un levier pédagogique d'une puissance insoupçonnée qui est en train de donner à notre École publique la figure moderne que nous lui désirons.

 

***

 

C'est pour expliquer ce que sont cet outil et cette technique, pour permettre à tous les éducateurs de s'en servir avec profit que nous avons réalisé cette brochure, résultat d'une expérience de vingt années, qui s ' étend aujourd'hui à des milliers d'écoles, à des centaines de milliers d'enfants, et dont nous dirons aussi les incomparables avantages pédagogiques et sociaux.

 

Nous avons demandé à notre ami Alziary de réunir les éléments de cette brochure. Il a pu le faire avec compétence puisque depuis quinze ans il est le responsable de l'organisation, de notre service d'échanges interscolaires et, qu'à ce titre, il a pu mesurer plus que quiconque les conquêtes à promouvoir et les imperfections à corriger d'une pratique qui gagnera bien vite toutes les écoles de France parce qu'elle est une éclatante illustration de cette modernisation pédagogique inscrite désormais sur les frontons de la C.E.L.

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UN PEU D'HISTORIQUE

 

Les indications qui précèdent sur la place et la portée respectives de l'Imprimerie à l'Ecole et des échanges interscolaires ne sont nullement des considérations à posteriori, nées de ces vingt ans d'expériences.

 

Dès mes premiers essais à Bar-sur-Loup, en 1925, j'ai compris que nos imprimés étaient avant tout un moyen nouveau de correspondance entre écoles. Dès la deuxième année de notre travail, en 1926, ma petite classe entreprit un échange très régulier avec l'Ecole de Trégunc (Finistère), où notre vieil ami Daniel venait d'introduire l'Imprimerie. L'expérience fut décisive et je n'ai plus guère, depuis, réalisé d'échanges plus suivis ni plus enthousiastes,

 

Nous imprimions encore, à ce moment-là, faute de matériel suffisamment perfectionné, sur format 1/4 de commercial (10,5 x 13,5) et nous utilisions, faute de fonds, toutes les qualités de papier dont nous pouvions disposer, y compris les bulletins de vote.

 

Tous les deux jours, un envoi de trente exemplaires de chacun de nos imprimés partait pour Trégunc Et tous les deux jours, le facteur nous apportait un stock semblable d'imprimés de nos correspondants.

 

J'ai senti là, tout de suite, les possibilités considérables d'un tel échange : les enfants n'écrivaient plus pour eux-mêmes mais pour leurs correspondants ; les devoirs scolaires changeaient alors de sens, et bientôt de nature. Quel entrain, et quel enthousiasme pour la lecture, à leur arrivée, des imprimés de nos petits amis ! Nous vivions avec les paysans pêcheurs de Trégunc ; nous connaissions leurs travaux, leurs jeux, leurs préoccupations. Il ne s'agissait plus là d'un de ces vulgaires procédés pédagogiques prétentieusement qualifiés de « méthodes », mais d'une forme nouvelle de vie à l'Ecole, âme et instrument de l'effort scolastique, auquel j'aspirais.

 

A partir de ce moment-là notre voie pédagogique était toute tracée et l'expérience qui a suivi n'a pas apporté d'élément essentiel qui n'ait été en germe déjà dans notre mémorable échange avec Trégunc : l'échange de colis, l'envoi de crêpes bretonnes d'un côté, d'oranges et d'olives de l'autre, l'expédition de jouets et de photos, le concours des parents eux-mêmes à cette forme nouvelle d'activité scolaire, nous avaient montré déjà tout ce que nous pouvions attendre d'une telle technique.

 

C'est donc en toute certitude de succès que nous pouvions, à l'aube de notre mouvement, recommander les échanges interscolaires, tels que nous les avions expérimentés avec un si total succès.

 

Dès le 27 juillet 1926, dans notre première circulaire de l'Imprimerie à l'Ecole, nous remarquions : « L'organisation des échanges d'imprimés entre écoles doit être notre première préoccupation ».

 

Dès que notre groupe a compté 4, 8, 12 écoles travaillant à l'imprimerie, nous avons organisé des échanges réguliers. Quand ce nombre est devenu plus important, nous avons établi le système d'échanges par groupes de six à huit écoles. C'est ce système qui continue encore aujourd'hui et dont nous allons expliquer le fonctionnement.

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LE JOURNAL SCOLAIRE, BASE DES ECHANGES

 

 

Pour être permanents et efficaces, les échanges doivent donc être basés sur le journal scolaire.

 

Nous verrons tout à l'heure les qualités que doit présenter ce journal pour être un outil excellent pour l'échange. Envisageons d'abord sa réalisation technique.

 

Le vrai journal scolaire doit être imprimé. Nous ne disons pas cela par amour-propre d'inventeur, mais parce qu'il est incontestable :

- que seule l'imprimerie donne au journal la majesté qui l'impose et en fait le succès ;

- que seule parmi les techniques graphiques actuelles, l'imprimerie permet un texte net, noir, parfaitement lisible, qui fait impression et marque dans l'esprit du lecteur;

- que, toutes autres considérations égales d'autre part, les enfants de nos classes sont spontanément attirés par le journal imprimé et se refusent parfois à lire des pages polygraphiées, même si les textes en sont intéressants.

 

L'expérience de toutes les écoles pratiquant l'échange est nette sur ce point.

 

Le journal sera illustré : par gravures de linoléum, par dessins au limographe ou à la polycopie rehaussés si possible de couleurs, car les enfants sont particulièrement attirés par les dessins et la couleur.

 

Toutes autres considérations égales d'autre, part les enfants vont d'abord vers les journaux illustrés et parmi eux vers ceux qui sont agrémentés de couleurs.

 

3° A défaut d'imprimerie, le tirage au limographe C.E.L. est la technique qui permet, dans des conditions à la portée de la majorité des écoles, la réalisation d'un journal acceptable, surtout s'il est agréablement illustré et si la couverture surtout est bien présentée, avec un beau lino par exemple.

 

4° Dans la période actuelle du moins, le tirage aux pâtes à polycopier ou rotatifs à l'alcool, n'est guère recommandé. Les quelques journaux, qui sont tirés avec ce procédé sont presque illisibles et toujours accueillis sans grande sympathie par les jeunes lecteurs.

 

5° La réalisation d'un journal manuscrit, tout comme le journal tiré à la polycopie, n'est qu'un pis-aller qu'il faudra tâcher de dépasser si l'on ne veut pas encourir de désillusions décourageantes.

 

Nous rappelons le procédé. Nous chargeons cinq à six élèves, parmi ceux qui écrivent le plus lisiblement, de copier sur des cahiers spéciaux les textes libres mis au net au tableau. Si les élèves emploient un joli script ; si l'on peut illuminer ou illustrer les pages en couleurs, de tels journaux peuvent être assez appréciés des enfants, sans égaler jamais cependant à leurs yeux, le plus vulgaire des journaux imprimés.

 

***

 

Mais il ne suffit pas que le journal soit imprimé. Encore faut-il qu'il soit bien imprimé, très lisiblement, que la mise en pages notamment en soit particulièrement soignée, et que la disposition des textes et des blancs fasse valoir l'intérêt même du texte.

 

Au cours de ces dernières années, nous avons fait un très gros effort pour cette perfection technique de nos journaux scolaires. Le matériel d'une part, a été poussé à un haut degré de perfection dans sa simplicité. Nous avons d'autre part, donné des conseils précis pour l'amélioration du rendement. Dès leur premier numéro, nos nouveaux adhérents réalisent d'emblée des pages qui nous auraient émerveillés il y a quinze ans et nombreux sont les journaux scolaires réalisés de mains de maîtres qui rivaliseraient avec bien des imprimés de professionnels.

 

Nous sommes cependant encore obligés de rappeler aux adhérents, notamment aux débutants, que ce n'est pas la quantité de matière seule qui compte dans un journal. Il ne suffit pas d'entasser dans une page 30 composteurs, parce qu'ils peuvent y tenir, et qu'on ne voudrait rien perdre. On arrive ainsi à produire des pages illisibles, sans air, sans blancs qui reposent l'esprit, et engagent à continuer.

 

Il faut qu'une page de journal soit autant que possible une oeuvre d'art et que tout concoure à cet heureux résultat : disposition de la page, répartition des blancs, justification, emploi des clichés et des dessins, netteté de l'impression.

 

Il faut parvenir à ce résultat que, en ouvrant le journal, les correspondants s'écrient : « Ah ! qu'il est bien » Et, avant d'avoir lu, ils concluront « Ça c'est un journal intéressant ».

 

Les grandes firmes éditrices savent bien que les réactions des adultes sont sur ce point exactement semblables à celles des enfants. Aussi voyez avec quel soin elles disposent en première page les gros titres en noir et les belles illustrations souvent sans rapports avec le texte mais dont on a besoin pour éclairer et aérer un texte.

 

Tenez donc le plus grand compte de ces observations dans la rédaction et le tirage de votre journal.

 

Autre chose enfin : la qualité essentielle d'un journal - et nous en dirons tout à l'heure autant des échanges en général - c'est la régularité de parution. Que votre journal sorte à jour fixe en fin de mois. Ne le retardez pas de huit à dix jours sous prétexte de terminer une étude commencée. Vous la continuerez dans le prochain numéro. Ce qui est aujourd'hui indispensable, c'est de sortir le journal, même maigre. Vous le complèterez, si nécessaire, comme nous l'indiquerons au chapitre suivant.

 

***

 

(Voir sur notre brochure mode d'emploi : L'Imprimerie à l'Ecole, n° 46 de notre collection de B.E.N.P., toutes indications techniques pour la composition, l'impression, le tirage, l'agrafage et l'expédition des journaux scolaires).

 

***

 

Nous n'organisons pas la correspondance de classe à classe par simple échange de lettres ou de documents, dans le genre de celles qu'on pourrait voir sur certains journaux : «  l'Ecole de X... désirerait correspondre avec école de telle région ». Non pas que cet échange ne puisse pas comporter des avantages, mais parce que nous estimons que, faute de supports et d'outils il ne suscitera ni les avantages pédagogiques ni l'enthousiasme qui sont susceptibles de marquer tout un système éducatif. Nous disons aux éducateurs : rédigez un journal scolaire, même manuscrit - selon les indications ci-dessus - et toute école le peut, quels que soient les ressources ou le nombre d'élèves. Quand vous aurez cet outil indispensable qu'est le journal scolaire, nos services seront à votre disposition.

 

Voici ce que nous réalisons :

 

1° Les écoles qui désirent participer aux échanges sont incorporées dans une ou plusieurs équipes de huit classes (ou de six, ou même de quatre pour les écoles à faible effectif).

 

La constitution de ces équipes, qui est la chose la plus délicate, est basée sur les besoins et les désirs des écoles qui la composent. Ces écoles sont, le plus possible, de même niveau et d'intérêt, au contraire, complémentaire : éco1es de plaines avec écoles de montagnes, écoles du continent avec écoles de la côte, Nord avec Centre ou Midi.

 

Nous demandons aux futurs usagers de ce service de remplir la fiche de correspondance que nous leur enverrons sur demande. Notre service tiendra le plus grand compte des indications qui y seront portées, dans toute la mesure du possible du moins.

 

D'ailleurs toute école pourra compléter elle-même cette équipe par la correspondance avec des écoles qu'elle aura librement choisies, ou avec une deuxième équipe. La chose est parfois difficile la première année. L'annuaire que nous pensons publier y aidera, mais certaines écoles recevront bien souvent de trop nombreuses demandes qu'elles ne pourront satisfaire. C'est d'ailleurs pour éviter ce danger que nous avons eu recours au système des équipes.

 

Dès la deuxième année de travail, vous pourrez - et vos élèves vous le demanderont d'ailleurs, -conserver, en plus de la nouvelle équipe à laquelle vous serez intégré, quelques-uns de vos anciens et fidèles correspondants. Au cours des congrès et des stages, au hasard des collaborations aux journaux, vous ferez connaissance avec des camarades qui deviendront pour vous des correspondants quasi-permanents.

 

2° Mais notre échange, même au sein de l'équipe, a un double aspect que tous les adhérents doivent bien comprendre.

 

a) Echange mensuel :

 

Votre Ecole est donc mise en relations par nos services avec des écoles (voir croquis), réparties dans diverses régions de France. L'échange du journal scolaire mensuel est obligatoire avec ces huit classes. Chaque fois que vous tirez ou imprimez un de vos textes ou de vos dessins, vous en produisez un de plus pour chacune de vos écoles correspondantes. Si vous avez dix à douze écoles correspondantes, - ce qui nous paraît être un nombre très normal - vous tirez de chaque texte dix à douze pages supplémentaires que vous conserverez soigneusement dans des dossiers spéciaux.

 

En fin de mois vous agrafez les journaux sous belle couverture et vous procédez à l'expédition. Pour chaque école, vous désignerez un élève responsable :

 

- qui sera chargé de préparer la bande et de faire l'envoi pour son école ;

- qui recevra et lira le premier le journal de l'école correspondante ;

- qui écrira à cette école ou lui enverra documents ou colis, selon les conseils que nous donnerons plus loin.

 

Une bonne organisation de ces services au début de l'année, rend le fonctionnement des échanges automatiques. Le travail qu'ils nécessitent est d'ailleurs profondément éducatif.

 

b) Correspondant régulier

 

Mais cet échange mensuel, par le truchement du journal scolaire, même complété par quelques lettres ou envois de colis, est insuffisant à apporter l'enthousiasme permanent que nous attendons de cette technique : une correspondance par mois est insuffisante à maintenir l'intimité. D'ailleurs la correspondance impersonnelle de classe à classe ne satisfait pas le besoin évident des enfants de connaître non l'école et le milieu, mais les enfants eux-mêmes.

 

C'est pourquoi nous avons prévu un deuxième genre d'échanges que nous appelons régulier

 

Une des écoles de votre équipe (voir croquis), est désignée comme votre correspondant régulier.

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Vous entrerez immédiatement en relations avec l'instituteur ou l'institutrice de cette école. Vous lui communiquerez le nombre d'élèves de votre classe, la composition de cette classe, et vous lui donnerez dès que possible les nom, prénom et âge de chacun de vos élèves.

 

Votre correspondant en fera autant.

 

Mais ne comptez pas sur les lettres que pourraient échanger vos élèves pour maintenir une excellente correspondance. Les lettres d'enfants au-dessous de 13-14 ans sont toujours, nous l'avons dit, trop subjectives ; elles n'apportent aucun des éléments profonds de vie dont nous avons besoin. L'imperfection du graphisme et de la présentation risque d'ailleurs de lasser les petits correspondants.

 

Voici la technique que nous recommandons :

 

Votre école correspondante compte 27 élèves ; la vôtre 24 élèves. Vous avez dix correspondants mensuels. Vous voulez disposer de 20 exemplaires pour servir les abonnements. Votre tirage journalier sera de 27+24+10+20=81 exemplaires.

 

Quand une page est tirée recto verso :

 

1° Vos élèves prennent leur livre de vie (nous recommandons l'emploi de nos reliures à anneaux qui permet aux enfants de se confectionner ainsi, au jour le jour, un véritable livre, qui sera imposant en fin d'année.)

 

Vous perforez les feuilles imprimées et vous en donnez une à chacun de vos élèves. Après lecture individuelle, muette ou à haute voix (les enfants aiment relire le texte au net), la page est ajoutée au livre de vie.

 

Ce livre de vie pourra d'ailleurs s'enrichir de pages polygraphiées, de dessins, et même de fiches de notre F.S.C.

 

2° Nous préparons 27 feuilles que nous mettons sous enveloppes et que nous expédions à notre école correspondante. Cette école reçoit l'envoi, distribue une feuille à chaque élève. On lit les textes, silencieusement ou à haute voix, on les commente, on les explique, on note les réactions, on prépare questions ou réponses, chaque élève place la feuille reçue dans un deuxième livre de vie, le livre de vie de l'Ecole correspondante. Chacun des élèves de nos classes aura deux livres de vie, celui de notre école et celui de l'école correspondante, livres de vie qui se complètent merveilleusement (l'envoi à l'Ecole correspondante peut, par mesure d'économie, n'être fait qu'à la fin de la semaine, par exemple).

 

La correspondance ainsi comprise cesse alors d'être impersonnelle. Les textes journaliers nous apportent les échos de la vie intime de nos correspondants, de leurs réactions dans leur milieu. Nous connaissons chacun des élèves comme s'ils étaient là à côté de nous.

 

Nous complétons cet échange par l'envoi régulier de lettres à nos correspondants. Tous les quinze jours chaque élève écrit au petit ami dont il a le nom : Mon cher petit camarade... Il joint à sa lettre sa photo, des images, des timbres, des photos de sa famille.

 

Les lettres ainsi écrites, lues par l'instituteur - qui explique loyalement qu'il doit les lire pour éviter les bêtises -, sont expédiées en paquet, accompagnées d'une lettre de l'instituteur à son collègue pour tous renseignements complémentaires. Cet envoi est fait en colis non fermé.

 

Il faut voir la classe à la réception de ces envois ! L'intérêt est à son comble. Chacun reçoit comme une relique la lettre de son correspondant, il la range soigneusement, il l'emporte à la maison et la conserve jalousement, Il n'y a qu'un ennui à cela : il arrive que quelques élèves n'ont pas leur lettre parce que leur correspondant est malade et n'a pas écrit C'est alors un véritable désespoir, qui nous montre le, prix que nos élèves attachent à ces échanges. Il faudra même que les instituteurs s'arrangent entre eux pour éviter coûte que coûte de tels déboires, quittes même à faire faire une lettre supplémentaire par quelques élèves plus expéditifs pour atténuer au moins la peine des mal partagés.

 

Les parents se passionnent eux-mêmes à ces échanges et correspondent parfois entre eux. Inutile de dire les avantages considérables que notre école peut retirer d'une telle intégration de ses techniques dans la vie de la famille et du village.

 

Tous les mois, nous préparons un colis à nos correspondants : chaque élève apporte un petit colis pour son correspondant particulier, avec nom et adresse. Ce qu'il y met : des journaux, des images, des jouets, des photos, un couteau, parfois même des cadeaux de valeur.

 

En plus de ces paquets particuliers, notre envoi doit comporter une part communautaire : châtaignes, noix, billes, amandes, oranges, pommes, dont tout le monde profite.

 

Le colis est solennellement expédié et l'expédition en sera faite par les élèves qui en suivront le trajet et attendront anxieusement les réactions, aux accusés de réception.

 

L'arrivée de ces colis soulève dans nos classes un enthousiasme indescriptible. Aucun événement pédagogique ne peut égaler l'animation qu'elle suscite. Il faut avoir vécu de tels moments pour comprendre tout le sens de cette affirmation. Scènes inoubliables ! Après vingt ans, je me souviens encore du jour où nous avons reçu de nos correspondants de Trégunc un petit colis poste qui contenait des crêpes bretonnes soigneusement pliées, fines comme de la mousseline, délicieusement beurrées. Le partage fut fait : trois crêpes à chacun, le maître compris, bien sûr. Et si vous aviez vu les enfants partir chez eux, en emportant pour leurs frères ou leurs parents le reliquat de leur petite part ! Le soir, les enfants arrivaient en disant : « Mon papa a dit qu'il faut « leur » envoyer des oranges, des figues.»

 

Et un colis reçu un jour d'une école de l'Ardèche avec une provision de châtaignes qui se mirent à cuire tout de suite sur le poêle !... Et les petits élèves de l'Ecole Freinet recevant, en janvier dernier, de leurs correspondants de la Marne, outre diverses friandises, deux bouteilles de vrai champagne !…

 

Vous comprenez alors que la correspondance ainsi pratiquée apporte vraiment un élément nouveau dans la vie et le travail de votre classe. Alors oui, votre activité sera motivée. Quand ils écriront, vos élèves penseront à leurs correspondants ; lorsqu'ils feront des enquêtes d'histoire ou de calcul, ce sera pour renseigner leurs correspondants ; lorsqu'ils décriront leur village et leur région, avec cartes à, l'appui ils ne s'acquitteront pas d'une vulgaire tâche scolaire : ils répondront aux demandes ou aux désirs de leurs camarades.

 

Nous verrons, dans un autre chapitre, comment ces considérations nouvelles influeront sur le travail scolaire lui-même, sur la mise au point du texte libre et en général, sur le choix et l'exploitation des centres d'intérêt.

 

Notre enseignement ne sera plus axé sur la théorie intellectuelle scolastique, mais sur le travail et la vie. Là, réside justement la grande conquête pédagogique et humaine de nos techniques.

 

***

 

Je sais que, dans les périodes difficiles que nous traversons, avec la cherté croissante du papier, des timbres et des transports, la pratique ci-dessus risque de devenir onéreuse.

 

Nombre d'écoles trouveront trop coûteuse l'expédition régulière de 20 à. 30 feuilles qui permettraient d'avoir 30 journaux de plus à servir à des abonnés éventuels ou à vendre à bon prix. Et l'on jugera parfois que l'envoi de lettres et de colis peut se faire aussi bien en complément de la correspondance mensuelle par le journal scolaire, ce qui représentera une sérieuse économie.

 

Certes, chacun fait comme il peut. Mais nous avons tenu à. montrer la vraie ligne de l'efficience pédagogique, sociale et humaine des échanges interscolaires, pour que ceux des nôtres, qui, à cause des contingences défavorables, ne peuvent appliquer intégralement nos techniques, ne soient pas étonnés si le rendement n'est pas lui-même à 100 % et, qu'ils se préparent à améliorer et compléter leurs techniques au, fur et à mesure des possibilités.

 

Plutôt que la suppression du correspondant régulier, nous pensons qu'il serait peut-être préférable que les intéressés eux-mêmes se mettent d'accord pour réduire provisoirement, dans une certaine mesure, le rythme de leurs envois d'imprimés. Au lieu d'envoyer 27 exemplaires de chaque imprimé, soit à 4 à 5, pages par semaine, on pourrait se contenter, par exemple, d'un envoi d'une feuille de deux pages par semaine. On choisirait le texte au mieux pour l'intérêt réciproque des échanges.

 

ÉCHANGES DÉLÈVES

 

L'intérêt suscité par ces échanges interscolaires au cours de ces dernières années, a donné naissance au complément idéa1 de notre interconnaissance, à l'échange d'élèves en cours d'année.

 

Le mouvement a été assez sérieusement amorcé cette année et plusieurs écoles ont ainsi organisé, en juillet, l'échange de leurs élèves (1).

 

Les élèves de l'école de X... sont partis avec leurs instituteurs chez leurs correspondants qui leur avaient minutieusement préparé une émouvante réception ; l'instituteur a, naturellement, été accueilli par son collègue ; à la descente du train ou de l'autobus, les correspondants qui se connaissaient, et qui avaient échange des photos, se sont retrouvés. Chacun part avec son correspondant.

 

L'expérience a montré que cette pratique présente nombre d'avantages essentiels et fort peu d'inconvénients. Inutile de dire que les conséquences pédagogiques de ces échanges d'élèves sont décisives pour le succès de nos techniques.

 

La révélation principale de tels échanges est que les parents en sont les plus satisfaits, contrairement à ce qu'on aurait pu redouter. Aucune réserve. Enthousiasme sur toute la ligne.

 

Un de nos camarades avait, l'an dernier, conduit ses élèves chez ses correspondants d'outre-frontière en Belgique. Il s'agissait d'un milieu essentiellement populaire de mineurs et d'ouvriers d'usine. Au bout de huit jours, date à laquelle l'instituteur avait promis de ramener les enfants, les parents insistent pour garder un peu plus longtemps leurs hôtes. Ils ramèneront eux-mêmes les enfants Et l'instituteur rentre seul avertir les familles.

 

Avec la tendance actuelle à multiplier chaque été les excursions, les sorties, les colonies de vacances, les échanges interscolaires pourraient prendre un très grand développement. Mais il y aurait avantage alors à choisir les correspondants réguliers en fonction de cette possibilité, en tenant compte de la distance. Nous invitons nos adhérents à penser, en cours d'année, à ces possibilités de façon à réaliser l'an prochain cette expérience à une bien plus grande échelle, à une échelle concluante.

 

(1) Voir B.E.N.P. 55 : Echanges d'élèves

et 59 : Voyage échange international.

 

TARIF DES.ÉCHANGES

 

Cette organisation technique des échanges entraîne nécessairement des frais nouveaux. Il y faut, certes, une économie différente du système scolaire. La forme individualiste des manuels scolaires et des outils de travail strictement personnels doit peu à peu céder la place à l'organisation collective, dont la coopérative scolaire sera tout à la fois l’âme et l'instrument..

 

L'envoi des journaux scolaires grève fort peu le budget puisque les envois de journaux régulièrement déclarés circulent au tarif des périodiques. Les envois groupés peuvent, être expédiés comme échantillons sans valeur. Dans certains départements on a même réduit ces frais en organisant les échanges au sein du département les envois pouvant circuler alors gratuitement, sous le couvert bienveillant de l'Inspecteur Primaire, Ce système n'a que l'inconvénient de réduire le rayon des correspondances au cadre du département, cadre trop étroit pour l'intérêt habituel des enfants.

 

ÉCHANGE DE DOCUMENTS

POUR LE F.S.C.

ET DE PIÈCES

POUR LE MUSÉE SCOLAIRE

 

Les techniques de travail que nous recommandons nécessitent on le sait, une abondante documentation (F.S.C. - Bibliothèque de Travail, musée). Mais elles supposent surtout la participation active des enfants à, la constitution des collections et à l'enrichissement du musée.

 

Au lieu de laisser les enfants échanger n'importe quoi, nous les mettrons sur la piste pédagogique : ils demanderont à leurs correspondants des documents graphiques (textes livres, photos, dessins, cartes) sur le milieu qui leur est familier et que nous aurons tant d'avantages à comparer, au nôtre.

 

Par l'échange de minéraux, d'animaux,             de végétaux, d'objets divers, nous comparerons de même leur pays, leur constitution géologique et géographique, leur flore et leur faune aux mêmes éléments de notre village. La recherche des roches, la chasse aux animaux, aux insectes, l'observation permanente de la nature, prennent un sens. Ils ne sont plus des devoirs, ils sont des nécessités nouvelles de notre nouvelle vie. Qu'on ne s'étonne point si, à la suite de nos techniques, les écoles de notre groupe se passionnent d'une façon nouvelle, profonde et dynamique, aux recherchés d'histoire, à l'étude des animaux, au vivarium et à l'aquarium, au musée pédagogique.

 

C'est que nous animons enfin ces momies que les professeurs avaient ensevelies dans les livres ou dans les armoires. Et la vie produit des miracles d'intérêt et de connaissances.

 

LES PHOTOS - LES FILMS

LE CINÉMA - LE DISQUE

COMME COMPLÉMENTS

DE L'ÉCHANGE

 

Tout ce qui ajoute à l'interconnaissance des écoles et des enfants correspondants est à recommander.

 

Si vous avez un appareil photographique, photographiez vos élèves au travail, en sortie, à l'imprimerie, en tournée d'enquêtes, dans le village. Echangez ces documents qui apporteront dans les classes cette atmosphère de curiosité enthousiaste si favorable à, nos techniques.

 

Le film serait encore supérieur naturellement à la photographie. Voici ce que nous avions réalisé avant guerre et ce que nous devrons entreprendre à nouveau dès que les conditions commerciales le permettront.

 

Notre coopérative avait acheté des caméras Pathé Baby 9mm,5 qui circulaient entre les écoles pratiquant l'imprimerie et qui possédaient, d'autre part, un projecteur 9mm,5. Nous filmions nos élèves en récréation, en promenade dans leurs jeux un jour de neige et de glissade, au cours de travaux familiers.

 

Nous expédiions à nos correspondants les films ainsi réalisés. C'était un peu de notre vie qui parvenait, à l'Ecole correspondante dont les élèves nous voyaient courir, rire et jouer.

 

- Regarde-le !... Ça, c'est Pierre... et lui, là, Jacques, c'est mon correspondant.

 

Et vous pouvez être assurés qu'un cinéma scolaire qui s'appuierait ainsi sur des films familiers serait tout à la fois d'un intérêt majeur pour les enfants et d'un profit pédagogique à 100 %.

 

Le disque, comme le film, pourrait être un complément idéal des échanges interscolaires. Si nous pouvions enregistrer sur disque le texte lu par un élève, ou la discussion qui s'amorce en classe sur un sujet d'actualité, nos correspondants entendraient alors, à des centaines de km de distance, la voix de ceux dont ils ont lu les travaux ou admiré les dessins.

 

Radio et télévision complèteraient encore techniquement le journal, le film ou les disques.

 

Tout cela est du domaine de l'avenir, bien sûr, mais d'un avenir qui pourrait n'être pas éloigné puisqu'il serait techniquement réalisable aujourd'hui même. Il est bon, en tous cas, que nous montrions comment nos techniques, fondées psychologiquement, pédagogiquement et socialement, restent tournées vers l'éducation de demain, sans rien négliger pourtant des contingences de l'heure, dans le milieu difficile où évolue l'école populaire.

 

***

 

On nous a demandé parfois s'il y avait avantage à conserver plusieurs années les mêmes correspondants, ou s'il valait mieux en changer tous les ans.

 

Question pour ainsi dire subsidiaire que chacun résoudra à sa convenance.

 

Lorsqu'on a correspondu si intimement pendant toute une année avec les élèves d'une école, on ne peut pas les abandonner ainsi, et, habituellement, on continue avec eux, quoiqu'il arrive, et pendant longtemps, l'échange mensuel.

 

Il n'en est pas de même pour l'échange régulier. Au cours de l'année, on a suffisamment fouillé le village, les mœurs, les travaux de l'école correspondante. La deuxième année, il y aurait inévitablement une part importante de redites un peu fastidieuses. Il est préférable, en général de changer chaque année de correspondants réguliers.

 

Le rendement normal et optimum des échanges suppose le respect par tous les usagers d'un règlement qui ne vise point à brimer qui que ce soit, mais à garantir les droits de chacun.

 

Nous publierons ce règlement en fin de cet opuscule.

 

***

 

CE QUE DOIT ETRE UN BON JOURNAL SCOLAIRE

POUR ANIMER ET SERVIR

LES ECHANGES INTERSCOLAIRES

 

Le journal scolaire est, avons-nous dit, l'outil essentiel de la correspondance. Il y a donc avantage à en définir et à en préciser - à la lumière de notre longue expérience - la conception, la réalisation et l'utilisation pour les fins particulières que nous nous proposons.

 

Nous ne visons certes pas à établir des normes définitives. Nous tenons bien trop à l'originale diversité des centaines de journaux que nous recevons, diversité qui est à l'image de la diversité des milieux et des maîtres, s'adaptant au mieux aux nécessités locales, sociales, individuelles, subjectives et émotionnelles. Il est cependant de notre devoir de dire à nos adhérents, aux nouveaux-venus plus particulièrement : telle rubrique est toujours appréciée des correspondants, telle autre leur apparaît fastidieuse... Voici les sujets à soigner ou à éviter...

 

TEXTE LIBRE OU TEXTE MOTIVE

 

Le texte libre est notre création. Nous avons dû marquer cependant, dans la brochure que nous lui avons consacrée l'an dernier, les réserves graves que nous faisons sur l'emploi courant de ce texte libre.

 

Les premiers journaux qui paraissent ont habituellement l'un des deux travers extrêmes :

 

ou bien ils sont tout simplement des recueils de textes libres, choisis régulièrement par un vote totalement libre, et qui, ont, de ce fait, certaines qualités. Mais, à la lecture ces journaux manquent d'âme. Le petit correspondant lit un récit ; il ne le vit pas suffisamment, parce que le journal n'a pas été fait pour lui ;

 

ou bien le journal est trop artificiellement ordonné sur des centres d'intérêt.

 

On voit que l'instituteur avait préparé depuis longtemps la matière à imprimer. Il en est qui ont placé dans leurs premiers numéros des textes écrits un an auparavant et qu'on avait, à ce moment-là, jugés dignes du futur journal.

 

L'enfant sent là le scolaire, l'artificiel. Cela ne l'intéresse pas non plus.

 

Nous serons à mi-chemin de cette entière liberté et de cette moderne scolastique. Non pas que nous préparions une censure nouvelle. Il suffira d'axer nos journaux sur la correspondance dont ils sont l'instrument, et d'écrire et d'imprimer, non pour nous mais pour nos lecteurs, qui sont tout spécialement nos correspondants.

 

Encore une fois, nous chercherons nos modèles et nos directives non dans la scolastique, mais dans la vie. Un journal d'adultes ne risque pas d'imprimer ce qui intéresse d'abord les rédacteurs. Le critère primordial est : que veulent, que désirent, que repoussent nos lecteurs ? Seulement, l'asservissement au lecteur qui fait le succès commercial est ici si total que les rédacteurs sont souvent contraints de rengainer ce qui les aurait passionnés et d'écrire des « papiers » qui ne sont pour eux que des pensums.

 

Il nous faudra réaliser la conjonction de ces deux nécessités : textes intéressant la classe éditrice, exprimant fonctionnellement leur milieu et leur personnalité, et cependant particulièrement intéressants pour les correspondants.

 

Nous avons la chance de pouvoir affirmer qu'en général l'expression libre de nos enfants est 90 fois sur 100 profondément intéressante pour les lecteurs qui réagissent selon les mêmes processus de pensée et de vie. Je crois que les erreurs ou les faiblesses viennent justement :

 

ou de ce que certaines écoles n'ont pas encore de correspondants parce qu'elles n'en ont pas compris cette nécessité que nous venons d'exposer ;

 

ou de ce que le maître asservit trop le journal à sa pédagogie non encore modernisée.

 

CONTENU DU JOURNAL

 

Que désirent nos lecteurs ?

 

N'oublions pas que dans « journal »il y a « jour », et que le journal doit donc grosso-modo nous apporter les nouvelles du jour. Non pas exclusivement ce que les journalistes appellent « les chiens écrasés » : un enfant tombe ; un incident à l'Ecole ou dans la rue ; le vent ou la pluie. L'enfant est beaucoup plus profond philosophe. Pour lui, les nouvelles du jour c'est. d'abord la vie de ses camarades dans leur milieu.

 

Il nous faudra donc nous méfier :

 

- Des centres d'intérêt trop longs, qui pendant une semaine ou davantage gravitent autour d'un sujet quel qu'il soit. L'enfant veut connaître la vie quotidienne, et la vie n'est jamais simple.

 

Dans nos classes, deux, trois pages sur un même sujet sont un maximum.

 

Et si nos enfants s'y passionnent pourtant, et cela arrive ; si un sujet les tient pendant de longs jours ! Même dans ce cas il faudra leur faire observer que leurs correspondants, qui ne sont pas dans la même atmosphère, se lasseront de leurs écrits.

 

- Des longues études sur un sujet et plus particulièrement des monographies. ,C'est pour la réalisation de ces monographies notamment que se commettent de lourdes erreurs pédagogiques. Pendant de longues semaines, certaines classes ne travaillent qu'à leur monographie.

 

Une étude monographique bien conduite, avec enquêtes, recherches, documentation, peut, certes intéresser longuement des enfants. Mais même dans ce cas il se produit quelque chose d'anormal : la vie est suspendue. Et les correspondants sont particulièrement sensibles à cette suspension.

 

Il est, en tout cas, un fait certain les correspondants ne s'intéressent d'ordinaire que très relativement à ces numéros spéciaux de monographie que l'instituteur, à vrai dire, a réalisé la plupart du temps pour d'autres fins que la correspondance.

 

Mais voici ce que nous recommandons - et vous sentirez alors la différence de conception : Cette monographie, dont vous voyez la nécessité, vous la réaliserez progressivement, lentement, au rythme de deux pages par mois, particulièrement soignées. Au bout d'un an vous aurez 20 pages, ce qui commence à compter. Il vous suffira de prévoir chaque fois un tirage supplémentaire spécial pour la monographie. Quand tout sera terminé, vous agraferez ensemble sous belle couverture.

 

Pour les mêmes raisons, nous recommandons une technique identique pour les enquêtes : étude de la noix, du blé, des betteraves, des olives, etc...

 

Ce n'est que très exceptionnellement que vous consacrerez des numéros spéciaux à ces sujets, parce que, nous le répétons, ils risquent de suspendre la vie. Mais répartissez sur plusieurs mois, sur plusieurs années même. Et vous aurez alors un beau recueil qui vous donnera satisfaction.

 

Le limographe vous offre peut-être aujourd'hui d'autres possibilités. Si le tirage au limographe vous permet de réaliser ces enquêtes en suppléments pour ainsi dire, sans interrompre les autres textes vivants, alors ce sera parfait.

 

Il en est de même pour les conte : Il y a, dans nos classes, des vogues, des manies : pendant de nombreux jours, pendant des semaines parfois, tous les élèves apportent des contes. Et vous imprimez des contes. Seulement, attention : vos correspondants diront sûrement : Ils ne font que dire, écrire ou écouter des contes, alors... C'est tout leur travail, toute leur vie !...

 

Ce n'est pas non plus parce que vous avez réussi une scène de théâtre ou de guignol que vous devez l'imprimer tout au long pendant une dizaine de pages. D'abord, il n'est pas très sûr que vos enfants soient tellement emballés par cette besogne. Et les lecteurs regretteront les autres rubriques.

 

Un bon journal, intéressant pour les lecteurs doit comporter :

 

- D'abord la vie au jour le jour des enfants dans leur milieu. Non pas le récit de tout ce qui se passe dans notre école ou dans le village, mais la transcription ou la transposition de tout ce qui s'y passe d'intéressant. Faisons comme le cinéaste qui filmerait cette vie : il ne reproduirait point la vie quotidienne, du matin jusqu'au soir, la régularité et même l'extrême fidélité l'exaspèrent. Mais il met en valeur ce qu'il y a d'exaltant, d'émouvant, de significatif dans cette vie. Et il a raison : le reste, le menu fretin de la journée s'évanouit très vite. Il est des moments, par contre, qu'on n'oubliera jamais. Ce sont ceux-là qu'il faut faire sortir de l'ombre.

 

Cette vie au jour le jour ne doit prendre qu'exceptionnellement la forme « Nouvelles ». Il faut chercher le vivant, le beau, l'émouvant.

 

Nous conseillons la pratique suivante : Le lundi matin, partiellement occupé par la mise en train du travail et la préparation des plans, sera consacré à une page de Nouvelles avec :

 

Compte rendu de la réunion coopérative dit samedi précédent (coup d’œil sur le passé). Rapides nouvelles du pays et de l'école. Réponses aux correspondants. Projets pour la semaine. Et cette page est polygraphiée au limographe. Elle fait le lien entre les divers textes du journal.

 

Au cours du mois, nous tâcherons de varier les genres, ainsi que la présentation des textes. Nous terminerons par une page d'observations météorologiques du mois et des jeux.

 

En somme, nous devrons avoir la préoccupation, comme pour un grand journal, d'intéresser nos lecteurs, et plus spécialement nos correspondants.

 

***

 

Mais alors, diront les profanes, c’en est fini du texte libre. Vous en reviendrez peu à peu au sujet imposé, non plus cette fois pour les exigences de la scolastique, mais pour le journal.

 

Il ne s'agit point de cela, mais de motiver ces textes libres par les échanges interscolaires. Le texte imprimé ne sera pas obligatoirement celui qui, par lui-même, paraît le plus intéressant, mais celui qui, fonctionnellement, dans la vie nouvelle de notre classe dont les échanges sont partie intégrante, répond le mieux à nos besoins communs. Nous n'avons pas l'intention, en effet, de faire de la pure littérature ou des sciences abstraites, mais de suivre et d'exploiter la vie.

 

La plupart du temps un beau texte d'enfant, qui est l'expression vivante de la classe et du milieu, sera parfaitement à sa place dans le journal. Mais si la mode vient par exemple des poèmes, quand vous en aurez imprimé un, deux, dites seulement : Croyez-vous que vos             camarades seront satisfaits de ne lire que vos poèmes ? Ne vous ont-ils pas posé des questions pressantes ? Ne voulaient-ils pas savoir telle ou telle chose ?

 

Cela ne s'appelle pas faire pression sur les enfants mais leur rappeler une nécessité de leur vie et de leur travail : ils comprendront et ils décideront d'ailleurs librement, quittes à recevoir les remontrances de leurs camarades.

 

Il en sera de même pour tous les genres qui se répètent : enquêtes, contes même. Et aussi pour certains sujets délicats ou vulgaires :

 

Pensez vous que vos correspondants         seront heureux de voir un tel texte sur votre journal ? Ils n'oseront même pas le montrer à leurs parents ?

 

Cela suffira.

 

Comme on le voit, il ne s'agit ni de la liberté, totale ni de la censure du maître, mais de la vie et de ses nécessités impérieuses. Vous éviterez ainsi les travers de réaliser un journal trop scolastique, trop à l'écart de la vie, ou de sombrer au contraire dans le subjectif excessif et le vulgaire. La vie et le travail nous commandent.

 

Cette motivation par les échanges sera encore facilitée si les écoles qui reçoivent les journaux ne craignent pas de formuler les critiques spontanées des jeunes lecteurs. Une page mensuelle polycopiée serait utile pour passer en revue les journaux reçus vanter les pages intéressantes, critiquer les insuffisances, aidant les auteurs à améliorer leur technique, en axant toujours davantage leur travail sur la correspondance.

 

AUTRES ASPECTS

DES ÉCHANGES

 

Les possibilités psychiques, intellectuelles, pédagogiques et sociales des échanges ainsi organisés sont infinies.

 

Nous signalerons seulement le développement de la philatélie, qui a une vogue hélas ! trop spéculative et qui pourrait pourtant être exploitée pédagogiquement de façon si productive. Parmi tous les objets d'échange, les images, les photos et les timbres sont les plus prisés. Cet attrait de la collection poussera notamment aux échanges internationaux dont nous parlerons plus loin.

 

Nous avons, au sein de notre mouvement, entrepris d'autre part certaines réalisations qui aident et soutiennent la correspondance interscolaire :

 

Dans le cadre départemental, les écoles travaillant selon nos techniques éditent des Gerbes départementales qui sont les plus originaux des journaux. Chaque école adhérente tire à 80 ex. une feuille particulièrement soignée (texte et dessins en linos). Elle les envoie à un camarade chargé du groupage qui relie les feuilles reçues sous couverture spéciale. On a ainsi une brochure tirée à 80 ex., dont une partie des exemplaires est répartie entre les adhérents coopérateurs, dont le reste est le meilleur document de propagande qu'on puisse imaginer.

 

Par ce procédé, chaque école se trouve comme englobée dans une oeuvre commune. Elle se mesure ainsi avec les autres écoles et est poussée de ce fait à se dépasser - ce qui est toujours excellent.

 

Notre revue nationale La Gerbe rend un peu le même office. Les plus belles pages, les plus beaux linos produits par les écoles de notre mouvement sont imprimés dans La Gerbe qui est ainsi un instrument permanent de collaboration et de progrès.

 

CIRCULATION

DES JOURNAUX SCOLAIRES

EN PÉRIODIQUES

 

Une loi récente autorise les journaux scolaires imprimés selon les Techniques Freinet à circuler au tarif réduit des périodiques.

 

Il suffit que les éditeurs de journaux, scolaires se fassent inscrire auprès de Freinet, à Cannes qui, en accord avec les P.T.T. d'une part, la Commission Paritaire des Papiers de Presse d'autre part, attribuera un n° d'inscription donnant le droit de circulation.

 

Ecrire à Freinet, Cannes, dès parution de votre journal.

 

AVANTAGES PEDAGOGIQUES

DES ECHANGES INTERSCOLAIRES

 

Quiconque a lu attentivement ce qui précède et a compris le sens profond des échanges que nous recommandons, se rend compte des avantages considérables de ces pratiques : elles motivent toute notre activité ce qui est une de nos grandes conquêtes pédagogiques ; elles socialiseront notre effort en le plaçant dans les normes habituelles de la vie ; elles sont une des meilleures préparations qu'on puisse souhaiter pour l'homme de demain.

 

Nous nous contenterons dans ce chapitre de reproduire quelques passages des nombreuses études qui ont paru dans nos revues depuis vingt ans. Elles n'épuisent certes pas le sujet dont nous continuerons l'étude dans l'espoir de publier un jour un véritable livre sur l'exploitation pédagogique des échanges interscolaires.

 

DE L'ÉMOTIONNEL AU FONCTIONNEL

 

Dans la curiosité et l'empressement des, néophytes, dans l'engouement de la nouveauté, dans la tendance latente à la solution de continuité de la besogne plus ou moins pénible, l'émotion domine dans l'attitude des correspondants à la réception des échanges.

 

Il faut respecter ce premier état de grâce qui se prolongera assez longtemps tout au moins sous forme sporadique.

 

Mais à cet élan émotionnel, succédera l'attitude fonctionnelle.

 

C'est alors que la technique d'échange s'intègrera sûrement, profondément au centre de la vie scolaire. L'intention, la préoccupation de connaître, de savoir, de répondre, de correspondre, affecteront le subconscient scolaire de l'élève. Il durera, il mûrira, il s'épanouira et il se réalisera non pas hâtivement et superficiellement souvent, mais nourri de réflexion, complètement, pleinement pour le plus grand profit du sujet et de l'objet.

 

Cette évolution se remarque nettement avec la différenciation des âges, des degrés scolaires.

 

Avec les grands des C.C. et autres cours similaires, l'attitude fonctionnelle sera de règle générale et nécessaire étant données l'ampleur et l'importance des travaux.

 

Avec les moyens, quelques concessions occasionnelles, temporaires, à l'émotionnel, tout juste pour amorcer, pour laisser

l'appât en suspens. Après avoir exprimé et fixé les intentions, - au besoin même par écrit dans un calendrier des activités - laisser décanter, puis réaliser.

 

Enfin, avec les tout-petits, avec les spéciaux, anormaux en particulier, c'est l'émotionnel qui prédominera, il faudra y souscrire sous peine d'oubli, de stérilité. (Contribution à la psychologie de l'échange, par Alziary)

 

L'ÉCHANGE

INSPIRE L'EXPRESSION

 

« M'sieu, j'ai une jolie rédaction pour Albi ! »

 

C'est là une exclamation courante qui tient lieu de salut entre le maître et l'élève au moment où ils se retrouvent le matin.

 

Une conversation s'engage : le maître, naturellement, veut savoir. Il s'intéresse comme tout autre membre de la communauté à ce qui a touché l'un d'eux. C'est la plus proche communication qui se recueille dans l'entourage. La forme parlée amorce, prépare, complète l'expression écrite destinée au correspondant.

 

Et l'élève va déployer tous ses talents, tous ses efforts pour se manifester aussi à de lointains camarades. Il va s'exprimer par l'écriture, par le dessin pour ses semblables. Ce n'est pas une activité formelle mais bien fonctionnelle. Il n'accomplit pas un exercice ; il ne remplit pas un devoir ; il s'intègre dans une oeuvre. Il se libère, et pas en vain, mais pour d'autres.

 

Et cette activité fonctionnelle prend toutes sortes de formes eu égard aux tempéraments, aux circonstances, aux besoins, aux réactions.

 

Dans la forme écrite d'abord on se raconte, puis on essaye de placer les correspondants dans l'ambiance, dans le cadre où l'on évolue - l'étude du milieu ne se poursuit pas méthodiquement et invariablement selon des prescriptions et normes administratives, mais sous l'empire de la vie propre au milieu considéré. - Alors on répond, on demande, on communique des documents. Des enquêtes s’offrent. Et elles requièrent alors à leurs services tous éléments d'échanges : écrits, graphiques, matériels.

 

On écrit pour dire ou pour demander quelque chose. L'échange foncier réside dans la lettre. Toute une gerbe de lettres individuelles accompagne l'échange général de journaux scolaires ou autres. C'est le plus naturel et le plus indéfectible, surtout quand les enfants prennent de l'âge.

 

L'ÉCHANGE

ANIME LA RÉALISATION

 

Par l'échange, l'élément qu'on va envoyer prend une vie anticipée dans un cadre familier, dans un milieu sympathique. Il ne faut pas qu'il y détone, bien plus il faut qu'il l'enrichisse.

 

En corsant un dessin spontané d'illustration, de belles formes, de couleurs fraîches, combien d'élèves s'écrient en substance dans leur argot : « Pige un peu dis, quand ils recevront ça ! »

 

Et impitoyables critiques, ils expriment et dénoncent véhémentement les erreurs, les insuffisances des envois reçus. Ils tâchent de ne pas s'exposer au même verdict ou de tenir compte des avis formulés. Le jugement de leurs pairs pèse inconsciemment, incorruptiblement sur leur oeuvre en cours. Par l'échange, celui qui réalise - groupe ou individualité veut satisfaire, insister et surtout dépasser. C'est de la meilleure émulation. La volonté y retrouve son moteur foncièrement sentimental. L'effort prend son véritable sens, sa partie naturelle, et ce n'est pas parce qu'il est sollicité, voulu, joyeux qu'il n'existe pas !

 

Ainsi, dans la réalisation s'épanouissent les tenants éminemment éducatifs : initiation personnelle, éclectisme des moyens constance de l'effort, goût du fini, du bien fait... Tout cela rejoint la grande loi psychologique : on travaille toujours pour quelqu'un.

 

L'ÉCHANGE

ORIENTE L'ASSOCIATION

 

L'intérêt se révèle naturellement, spontanément.

 

« La rivière d'ici (T dans le Var) passe à Niederroedern (dans le Bas - Rhin) M’sieu ? »

 

L'élève poursuit :

 

« Et où elle va la rivière d'ici ? »

 

Intérêt d'association à exploiter sur-le-champ.

 

Léon, le 14 Mai, lit un texte de Trégunc intitulé « Avril ».

 

T demande :

 

« 'sien, c'est Avril à Trégunc ? »

 

Le maître explique que c'est le 14 Mai partout. Universalité du temps.

 

Un exemple de question d'association... sociale.

 

« - C'est vrai, M'sieu, ça ?

 

- Est-ce que les histoires que nous envoyons sont vraies ?

 

- Oui, M’sieu !

- Eh bien, celles que nous recevons aussi ! »

 

LES ÉCHANGES INTERSCOLAIRES

SOURCES DE DOCUMENTS

 

Nos méthodes nous permettent d'élargir le cadre de nos investigations. Toutes les classes de notre groupe ont des correspondants variés et nombreux. Chacune à son journal doit ajouter sa page d'Histoire Vivante. Chaque mois, tirée du milieu local, une documentation précise sur un sujet courant est reproduite. Quelques-uns de nos correspondants le font déjà. Supposons que nous recevions chaque mois dix feuilles de documentation historique, de dix classes situées à travers la France, de la Bretagne au Rhin et du Nord aux Pyrénées. Ce chiffre n'a rien d'excessif. Les dix mois scolaires nous donneraient par an cent documents d'une incontestable valeur. La création de cette page d'Histoire (locale ou non), offre de nombreux avantages. Elle permet la création d'une masse de richesse documentaire qui progresse, constamment. Elle motive la recherche des sujets et entraîne par-là la classe à l'action dans le sens désiré. Les écoles qui n'ont jamais eu l'occasion d'étudier des archives trouvent un amorçage parfait du travail d'histoire rénové.

 

Elle donne plus de variété et d'intérêt au journal scolaire. L'enfant tiendra à cette rubrique et c'est tout l'enseignement historique qui en bénéficiera.

 

L'esprit scientifique de l'histoire commande de comparer les événements. Quand chacun dans son milieu prospecte et soumet à la réflexion des autres les fruits de ses recherches c'est, à notre avis, le meilleur travail que l'on peut faire dans nos classes. Nous citerons un exemple montrant la valeur complémentaire de ces documents. Durant la Révolution, dans notre commune, le curé ne voulut point prêter serment et nous avons publié dans notre journal, rubrique Histoire vivante : « Un prêtre réfractaire ».

 

Nos correspondants de Rigny La Salle (Meuse), dans la même rubrique, par un article à peu près semblable et à la même époque, nous apprenaient, par leur journal, que chez eux tous les prêtres avaient été « jureurs » Mêmes textes de lois, même serment à faire, résultats totalement opposés avec des raisons justifiant chacune des situations. Nous estimons que, sans avoir à intervenir, sans chercher à faire « apprendre », nos élèves auront été intéressés et auront compris naturellement. Cette comparaison des différents milieux soutient la curiosité. Voilà ce qu'ont trouvé des camarades ! Y a-t-il quelque chose de correspondant chez nous ?

 

La question de ces échanges et de cette fraternelle entr'aide est susceptible d'un grand développement. Nous souhaitons voir se former au sein de notre groupe des équipes résolues et actives quant au travail d'Histoire, dirigées dans une voie de coopération toujours plus intégrale.

 

***

 

LES ÉCHANGES INTERSCOLAIRES

NOS CONNAISSANCES

GÉOGRAPHIQUES

ET SCIENTIFIQUES

 

Ce qui est dit ci-dessus au sujet de l'Histoire est, encore plus réel lorsqu'il s'agit de Géographie.

 

La lecture de petits journaux venant de tous les coins de France ouvre aux enfants des horizons nouveaux et leur permet d'acquérir des tas de connaissances.

 

Voici comment nous procédons : au journal mural, nous avons 2 cartes format 45x50 environ, l'une représentant notre département, l'autre représentant la France. Au début de l'année scolaire, nous marquons sur chacune d'elles les endroits où sont nos correspondants et nous les relions au point qui indique notre commune ; celle-ci, pour la circonstance, semble devenir le centre du monde.

 

Au moins une fois par jour, nous consacrons un moment à la lecture des journaux scolaires. Chaque « responsable », lit un texte il haute voix à ses camarades écoutent et il a été bien entendu une fois pour toutes que nous ne laissons jamais passer un nom de ville ou de pays sans chercher à le situer.

 

Exemple : I. - Un camarade de Loulay ,(Charente Maritime) est allé à Royan en traversant la Charente sur le pont de Saintes. Nous allons à la carte du département, nous montrons Saintes, Royan ; si ces villes ne sont pas marquées, nous les marquons. Une recherche dans le fichier, et voilà des vues de Saintes avec la Charente, des vues de Royan et de sa plage qui illustrent joliment la lecture,; nous les fixons au journal mural où elles recevront de nombreuses visites.

 

2. Nos camarades de Simiane (Basses-Alpes) sont allés à Marseille. « C'est-y loin d'ici ? » Allons voir. Marseille n'est pas indiquée sur notre carte. Vite, faisons un point rouge à la place qu'elle doit occuper. Ah ! nous ne sommes pas tout près de Marseille, mais nos camarades de Simiane n'en sont pas aussi éloignés. (Essayons d'évaluer les distances.) Ils se sont arrêtés à Marignane où ils ont vu des avions, hydravions, etc... Avec le secours du fichier (toujours lui) nous allons faire comme nos petits amis. Et voilà affichées de belles photos d'un aéroport, d'un hydravion en plein vol, de l'intérieur d'un avion de transport, etc...

 

Ils ont traversé un bois de pins et vu les petits pots où coulait la résine. Nous, nous avons bien vu des pins, mais jamais de pins qui donnent