Brochures dEducation Nouvelle Populaire N°70-71-72 Mars-avril-mai 1952 LES TECHNIQUES FREINET dans une classe unique à tous les cours par l'Equipe des « Classes Uniques » de I'I.C.E.M. Mise au point par C. GROSJEAN, R. FINELLE et R. DANIEL Editions de lEcole Moderne Française |
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A TOUS LES COURS
Dans notre
première brochure sur les classes uniques, nous avons montré comment, progressivement,
nous avions ouvert notre école à la vie. Celle-ci y entre désormais à pleins flots.
Certains
jours, l'intérêt se cristallise chez les petits et les grands ; c'est quand une glane
intéressante a été apportée : un oiseau mort, un insecte vivant, une collection
de pierres, des armes anciennes ; c'est quand arrive la correspondance ou le colis,
c'est quand un texte intéressant toute la classe a été présenté, c'est encore quand
un fait imprévu se produit, l'arrivée d'un cirque, un accident, un retour de chasse.
Nous vous
présentons ici des exemples de ces belles journées où l'on vit, où l'on travaille
intensément.
Nous complèterons cette étude par la
vie au jour le jour d'une classe unique au travail, au cours d'une semaine, en
l'illustrant d'exemples bien vivants.
La vie entre dans la classe
par un texte libre
Il est
parfois des jours fastes où l'intérêt collectif est suscité par la lecture d'un texte
libre retraçant une histoire drôle arrivée dans le village ou un épisode héroïque.
Il faut savoir en profiter et l'exploiter au maximum.
Aujourd'hui
lundi, mes élèves du cours moyen et fin d'études présentent cinq textes libres qu'ils
vont lire à leurs camarades
- Mes
petits chats.
- Une
partie de cache-cache.
- Une
bataille entre coq et dindon.
- Des
courageux matelots.
- Le
naufrage du « Flying Enterprise ».
L'auteur de
ce dernier texte apporte le numéro spécial de « Radar » retraçant
l'épopée héroïque des deux marins du cargo américain en détresse, le capitaine
Carlsen et le marin Dancy.
Naturellement
vote unanime pour les deux derniers textes, qui captivent totalement l'intérêt de la
classe.
Aussitôt
je lis aux élèves l'histoire passionnante de ces deux marins. Petits et grands écoutent
avec un religieux silence. J'explique ensuite les photos de « Radar ».
Une équipe
de quatre élèves va mettre au point les deux textes élus, en essayant d'en faire une
synthèse.
Nous
trouvons une poésie illustrant parfaitement ce texte « Oceano Nox » de Victor
Hugo. Je la copie au tableau, les élèves du C.E., C.M. et F.E. la relèvent sur leur
cahier de récitation. Je leur explique, puis je m'occupe des petits du cours
préparatoire, qui étaient en train de dessiner sur leur cahier des bateaux.
Ils me font
différentes réflexions sur le récit qu'ils avaient entendu tout à l'heure :
JOSETTE (5
ans) : Papa m'a montré hier les images des bateaux.
CHRISTIAN
(4 ans ½) : J'voudrais bien aller sur un bateau.
JOCELYNE (5
ans) : Moi, je ne voudrais pas aller sur la mer.
ELISABETH
(7 ans) : Je ne voudrais pas non plus parce que je ne sais pas nager et j'aurais peur
d'être noyée.
J'inscris
en script le récit de Jocelyne et d'Elisabeth au tableau en ayant bien soin de séparer
exagérément les mots. Nous lisons globalement la lecture au tableau puis deux enfants se
mettent à composer le texte avec le C.18, deux autres reproduisent leurs dessins sur des
linos, puis les gravent.
Une demi
heure après, mise en page et impression des feuilles pour le livre de vie et des cartons
pour les jeux de lecture.
Je ne voudrais pas
aller sur la mer
parce que je ne sais pas
nager et que j'aurais peur
d'être noyée.
Jocelyne et Elisabeth.
Pendant ce
temps la récitation a été relevée sur le cahier de récitation.
Chaque
élève vient à son tour inscrire au tableau les questions qui l'intéressent.
C. E. :
- Est-ce que c'est grand la mer ?
-
Pourquoi les marins ne se sont pas sauvés tout de suite ?
- Est-ce
que ça va vite un bateau ?
-
Comment ça peut avancer dans l'eau ?
C.
M. :
- Combien pèse un gros bateau ?
- Quels
sont les différenets sortes de bateau qu'il y a ?
F. E.
- Depuis
quand existe-t-il des bateaux à vapeur ?
-
Comment les bateaux font-ils pour se diriger quand il y a du brouillard et afin de ne pas
risquer de se télescope ?
Pendant ce
temps, les responsables du F. Scolaire et des B.T. cherchent tous les documents ayant
trait à la mer et aux bateaux, affichent les fiches, les cartes postales au
panneau-exposition et placent les B.T. sur mon bureau. Je passe ensuite à la mise au
point collective du texte; nous obtenons :
Le naufrage du « Flying Enterprise »
Depuis
quelques jours la tempête fait rage sur l'Atlantique. Nous suivons avec angoisse sur les
journaux et à la radio le sort de ces deux valeureux marins, voulant à tout prix sauver
leur cargo en détresse, le « Flying Euterprise ».
Malgré
l'aide de plusieurs remorqueurs qui essayaient de lui envoyer des énormes félins pour
tenter de le remorquer, la tempète était si forte, que tous les efforts étaient vains,
mais les deux, intrépides marins ne perdaient pas espoir, tentaient au péril de leur vie
de ramener au port leur cher bateau.
Hélas !
la mer furieuse et traîtresse eut le dernier mot et dans l'après-midi du 10 janvier, le
batiment disparaissait pour toujours dans l'abîme. Les deux héros, le Capitaine Carlsen
et son compagnon Dancy étaient recueillis à bord du remorqueur anglais Turmoil ».
« Oh !
Flots que vous avez de lugubres histoires ! »
Texte de Robert Choley, enrichi collectivement.
Nous
relevons les mots nouveaux appris, que nous inscrivons sur le cahier d'orthographe, puis
les élèves du cours élémentaire passent à la reconnaissance des verbes dans le texte,
tandis qu'avec les élèves du C.M.-F.E. nous rappelons la règle : « Quand 2
verbes se suivent le deuxième se met à l'infinitif ». Suit ensuite un exercice
d'application d'après le texte. Je leur demande de chercher dans le texte ou dans la
récitation des exemples illustrant cette règle.
Vient
ensuite la récréation.
Après,
quelques exercices de calcul vivant d'après les questions posées tout à l'heure :
Vitesse
d'un navire avec le C.E.2, C.M.1.
Echelle de
cartes marines, distance d'un lieu à un autre lieu connaissant la vitesse d'un navire, en
milles marins ou en noeuds.
Vitesse
d'un navire, connaissant le temps pour accomplir une distance donnée, en se référant
constamment aux fiches mères et aux fiches exercices du fichier calcul du F.S.C.
Les autres
(C.E.-C.P.) font des fiches auto-correctives A.S. et M.D.
L'après
midi : exploitation en sciences, histoire et géographie.
Répartitions
des questions à étudier par les grands.
Robert
choisit l'histoire de la navigation.
Pierre choisit les différentes
parties d'un navire.
Suzanne les
instruments de bord d'un bateau.
(De
nombreuses fiches leur permettent de trouver tous les renseignements cherchés).
René, les
grandes lignes de navigation dans le monde.
Serge, les
principaux ports français.
Michel, les
grands ports du monde.
Claude, la
flotte marchande française.
Gilbert,
les grands navigateurs et les différentes sortes de bateaux.
Les grands
ont leur travail. Demain après-midi ils nous feront un petit compte rendu qui nous
servira à tous.
Quant à
moi, je travaille avec les petits. A l'aide de la caisse à sable je leur explique ce
qu'est la mer. Comment est le relief sous-marin.
Je leur lis
la B.T. « C'est grand la Mer » et leur montre de nombreuses images, tirées du
fichier de cartes postales et de vues.
Nous
apprenons ce qu'est une plage, un récif, une île, ce que l'on trouve dans la mer, des
coquillages (je leur en montre), des algues, des varechs, des poissons de toutes
dimensions. Les questions pleuvent, l'intérêt est général.
Nous
dessinons la carte de France et nous apprenons le nom des mers qui entourent notre pays.
Pendant que
le cours élémentaire dessine, je puis faire lire encore une fois le C.P. et leur faire
faire quelques modelages de poissons, de coquillages, de bateaux.
En fin d'après-midi, les 85 feuilles
du texte : « Le naufrage du « Flying Enterprise » ont été
tirées, un lino d'après photo du journal a été gravé, puis également imprimé. Nous
avons certes bien rempli notre journée et nous sommes sûrs qu'elle a été profitable à
100 % pour toute la classe.
Exploitation en français
Mots
nouveaux appris sur cahier de vocabulair :
angoisse,
la tempête fait rage, le naufrage, valeureux, intrépide, le cargo, le remorqueur, le
cargo en détresse, en péril.
C. E. : reconnaissance des verbes - ils soulignent les
verbes du texte.
C. M. F.
E. : Règles apprises :
- Quand
deux verbes se suivent, le deuxième se met à l'infinitif.
Exercices :
les élèves cherchent les exemples dans le texte illustrant cette règle.
Conjugaison
des verbes en yer :
Essayer,
envoyer
présent,
imparfait et futur de l'indicatif.
Exploitation
en calcul
CE2 : A
quelle vitesse marche le navire sachant qu'il faisait 22 noeuds et que le noeud vaut 15
m. 43 ?
C M et F
E : problèmes sur les mesures marines, les nombres complexes et l'échelle à
l'aide des fiches mères et des fiches exercices du F.S.C. n° 450.
C.E.1 et
C.P. : travaillent pendant ce temps au Fichier auto-correctif A. - S.
Exploitation
en sciences, histoire et géographie
D'après
les questions posées par les élèves :
Avec le
C.E. - A l'aide du fichier Mory de vocabulaire : « Je travaille
seul », que j'ai rendu auto-correctif, nous apprenons à distinguer les différentes
parties d'un navire.
Je dessine
un paquebot et je leur montre les différentes parties. Ils relèvent croquis sur leur
cahier de sciences.
Les petits
ont suivi la leçon et s'exercent à dessiner des bateaux.
En
Géographie, je leur explique, à l'aide de la caisse à sable, ce qu'est la mer et le
relief sous-marin.
Indication
des principales mers qui entourent la France.
C.M.-F.E.-
Chacun inscrit sur son plan de travail hebdomadaire ce qu'il se propose d'étudier en
Science, en Histoire et en Géographie.
En
Histoire : Les navigateurs célèbres.
L'histoire
de la navigation.
En
Géographie : Les grandes lignes de navigation.
Les grands
ports maritimes français. Les grands ports maritimes du monde. La flotte marchande
française. Les grands bateaux français.
Sciences :
Instruments
de bord d'un navire. La longitude, la latitude, façon de faire le point. Les différentes
parties d'un navire.
C. GROSJEAN.
(Voir p. 21 le tableau 1 :
« Graphique récapitulatif »).
Une journée de classe dans une classe unique
De 9 heures à 10 heures
Le
C.M.-F.E. lit ses textes (le C.P.-C,.E. écoute), un élève écrit les titres au
tableau :
Une farce bien réussie
Les frites au citron
Pauvres petits lapins
Dans la lune
La vipère
Puis choix
(le T.L. la vipère choisi par 6 voix sur 8 élèves) et mise au net. Pour cette mise au
net, les grands se divisent en deux équipes de 4, chacune prenant la moitié du T.L.
choisi et travaillant seule à son tableau.
2° Lorsque les grands ont lu leurs textes, pendant qu'ils
continuent leur travail (choix et mise au net), le C.E. lit ses T.L. :
Je joue une pièce
Les noisettes
Les pissenlits
Méchante poule
La cachette
Le baptême
Puis
choisit seul et commence seul (7 élèves) la mise au net.
Le T.L. « Méchante poule » a été choisi par 5
voix.
3° Le
C.M.-F.E. et le C.E. travaillant à la mise au net de leur T.L. respectif, je m'occupe du
C.P. (3 élèves).
- T.L.
oral, écrit ou dessiné.
- Choix,
puis écriture en script au tableau du T.L. choisi.
- Lecture
globale.
- Calcul vivant.
Ensuite le
C.P. travaille seul jusqu'à midi : imprimerie, écriture du T.L., dessin du
T.L. ou dessin libre.
De 10 heures à 10 h. 45
Le C.E. a terminé son T.L. an tableau.
Voici d'abord le T.L. de Guy (7 ans 11 mois) tel quel :
« Je
sors les petits poussins de la caisse et les voila tout qui marche par la maison et
attrape un petit poussin dans ma main et tout à, coup voila la poule qui saute sur la
gigure et veut me becquer la poule ma plique bon coup de bec aîe ! aîe ! que
j'ai mal.
« Maman !
maman ! que a tu la poule ma griffé par la gigure maman dit a la poule tu et une
villene maintenant jenose plus allez ver la poule car elle me becquerer.
« Je ne suis pas content parceque la poule ma
becquer. »
Le voici après correction par les élèves seuls :
« Je
sors les poussins de la caisse et ils courent par la maison. J'attrape un poussin, la
poule me saute sur la figure et me griffe.
« Aïe !
aïe ! j'ai mal.
« Maman
dit à la poule : Tu es une vilaine, je ne te donnerai plus à manger.
« Maman
place les poussins dans la cage pour qu'ils mangent.
« Je
ne suis pas content parce que la poule m'a griffé. »
Nous
reprenons ce T.L. phrase par phrase. (Je pose aussi des questions d'orthographe :
pourquoi s à sors, ent à courent, t à dit...
Voici les
retouches apportées
- une
virgule après poussin (j'attrape un)
- à la
figure au lieu de sur la figure
- passage
ajouté : Maman ! maman !
Maman
accourt.
- Qu'as-tu ?
- La poule
m'a griffé.
- Tu es une vilaine...
Le T.L. au
point, les élèves indiquent toutes les questions provoquées par le C.I., questions
inscrites au fur et à mesure au tableau :
Pourquoi
la poule a-t-elle des plumes ? des ailes ?
y a-t-il des pierres dans le gésier ? des grains de blé dans le jabot ?
les poules ont des puces en été ?
le coq est plus beau que la poule ?
Pourquoi
le coq mord la poule ?
la poule, quand elle se couche, met la tête sous l'aile ?
élève-t-on des petits poussins ?
les poules pondent ?
C.M. - F.E.:
Pendant que
le C.E. écrit ses questions au tableau, je puis aller avec les grands qui viennent de
terminer leur T.L. (s'ils terminent pendant que je suis occupé avec le C.E. ils prennent
un tableau pour y inscrire leurs questions).
Nous
apportons les dernières retouches au T.L.
Voici d'abord le T.L. de Jean-Pierre (11 ans 7 mois)
« Je
revenais de l'école avec mes camarades. Devant chez un voisin quelques personnes sont
assemblées devant la porte et admirent quelque chose.
« Nous
nous demandons qu'est-ce qui se passe.
« Enfin
nous arrivons nous aussi et nous voyons une vipère étendue sur des orties près de la
porte.
«
Nous entendons le voisin qui dit à des personnes :
« Je
sortis, je vis des poules qui jetaient des coups de bec sur un espèce de ruban vert, je
m'approchai et vis que c'était une vipère. Elle avait sûrement tombé d'une voiture de
foin qui passait. »
« Nous
examinons cette bête.
- Je te
donne la vipère pour la vendre, dit le propriétaire à un gamin.
« Celui-ci
lui donne un grand coup de pied sur la tête pour la tuer, prend une ficelle, l'attache
par la tête pour pouvoir l'emmener, lui jette des grands coups de pieds pour lui faire
sortir des oeufs. Il en sort dix-huit et il va la vendre.
« Je
n'aimerai pas voir une vipère sur mon chemin car je sais que ça pique
mortellement. »
Et voici le T.L. après correction par les élèves seuls
« Je
reviens de l'école avec mes camarades.
« Devant
une maison quelques personnes admirent quelque chose.
« Que
se passe-t-il ?
« Nous
nous approchons et voyons quelque chose dans les orties.
- Oh !
est-ce une vipère ? demande Jacques.
- Oui, mon
petit, répond le bourrelier.
« Le bourrelier ajoute :
« En
sortant de mon atelier, J'ai vu des poules becqueter un ruban vert, j'approchai et vis une
vipère ; elle était tombée sûrement d'une voiture de foin. »
« Nous
observons la bête avec curiosité.
- Tiens,
prends-la pour la vendre, dit le bourrelier à Claude.
« Mon
camarade donne un grand coup de pied sur le ventre de la vipère et fait sortir dix-huit
oeufs, puis il attache la vipère par le cou pour l'emmener au garde-champêtre.
« Je n'aimerais pas voir une vipère sur mon chemin car
j'aurais peur. »
A ce T.L.
nous avons ensemble apporté les modifications suivantes :
- Devant
une maison un groupe de personnes discute avec animation.
- Nous nous approchons et...
« Oh ! est-ce...
- répond le bourrelier, qui ajoute...
- et vis une vipère que je supposai tombée d'une...
- Mon camarade appuie bien fort sur...
- Nous changeons la dernière phrase par celle-ci
« Moi, je retourne à la maison,
souhaitant ne jamais rencontrer une vipère, car j'en ai peur. »
Les
élèves passent ensuite aux questions qu'ils écrivent au tableau et qu'ils se partagent
librement
Que
mange la vipère ?
Comment
la vipère fait son venin ?
Comment
s'appelle petit de la vipère ?
Où vit
la vipère. ?
Comment
est le nid de la vipère ?
De
quelle famille fait partie la vipère ?
Pourquoi
donne-t-on des primes quand on tue une vipère ?
La
vipère est-elle utile ou nuisible ?
A quoi
sert la peau de la vipère ?
Comment
chasse-t-on la vipère ?
Comment
soigner une morsure de vipère ?
Comment
la vipère mord-elle ?
Comment
distinguer la vipère de la couleuvre ?
Combien
la vipère pond-elle d'ufs ?
Comment
éclosent les ufs ?
La
vipère a-t-elle des dents ?
Quels
sont les serpents venimeux ?
Comment
la vipère élève ses petits ?
Combien de jours mettent les petits pour éclore ?
Dès que le
T.L. du C.M. - F.E. est définitivement au point, je suis tantôt au C.E., tantôt au
C.M.-F.E.
De 11 heures à midi :
C. E. Nous
prenons les questions une par une. L'élève qui connaît la réponse l'expose à ses
camarades. Si personne ne peut répondre c'est le maître qui donne l'explication. Ce fut
le cas pour les questions suivantes :
- Pourquoi
y a-t-il des pierres dans le gésier ?
- Pourquoi
des grains de blé dans le jabot ?
- Pourquoi
le coq mord-il la poule ?
Les
questions sans réponse sont inscrites sur un cahier spécial.
- Pourquoi
la poule, quand elle se couche, met la tête sous l'aile ?
- Pourquoi
le coq est plus beau que la poule ?
Nous
demanderons à nos correspondants s'ils connaissent la réponse.
Ensuite
calcul : La poule et les poussins : énoncés d'élèves portant sur les quatre
opérations.
C. M.-F. E.
Le responsable du F.S.C. a exposé tous les documents sur le C.I. du jour. A l'aide de ces
documents les élèves préparent par écrit la réponse aux questions choisies.
De 14 heures à 15 heures :
C. P.
Lecture et
calcul, puis observations avec C.E.
C. E.
Copie du
T.L. pendant que le maître est avec le C.P.
Puis
observations : la poule amenée par un élève.
C. M.-F'. E.
Termine ses
questions ou travaille à son plan de travail.
De 15 heures à 15 h. 45 :
C. P.
Travail
libre : fichier opérations
- fichier
lecture
- dessin
-
composition d'un T.L.
C. E.
Dessine
l'appareil digestif de la poule.
Puis
prépare lecture choisie sur le C.I.
C. M.-F. E.
Chaque élève expose ses questions,
compléments donnés par le maître.
De 16 heures à 17 heures :
C. P.
Travail
libre, puis lecture après lecture du C.E.
C. E.
Lecture
C.I. : La poule et les poussins.
Puis
illustration du T.L. ou dessin libre ou fichiers A.C.
C. M.-F. E.
Par équipe
compte rendu écrit de l'exposé, chaque élève aura une fiche qui viendra enrichir son
classeur.
Puis
individuellement : tête de vipère et tête de couleuvre
- tête de
vipère avec ses crochets et glandes à venin.
Conclusion
Voici toute
une journée de travail dans une classe unique basée sur le T.L. Mais toutes les
journées ne ressemblent pas à celle-ci qui a eu une dominante en sciences. Le jour du
T.L., de 9 h. à 10 h. 45, le travail est le même, mais l'exploitation dépend du T.L.
S'il est à prédominance mathématique nous passons immédiatement au calcul, s'il est à
prédominance littéraire nous passons en lecture... et le jour où nous recevons les
lettres de nos correspondants, eh bien ! nous abandonnons tout pour l'exploitation du
courrier reçu.
Robert DANIEL, Vinets (Aube).
(Voir pages 22 et 23 les tableaux II
et III : Emploi du temps »)
La vie entre dans la classe
par le texte libre
Réalisations obtenues dans une classe unique
Les
réalisations des travaux obtenus sont synthétisées dans un album tiré à
l'aluminocopie (système Dudouit) destiné aux correspondants. Magnifique réalisation
motivant pleinement le travail des enfants au cours d'une semaine de travail.
(Travail accompli par les enfants de l'école de Vy-les-Lure.)
Texte apporté par l'enfant (travail fait en 1950)
Le petit veau
Hier
après-midi notre vache a fait un beau petit veau. Il et gris et blanc. Tout les soirs et
tous les matins papa lui donne à taiter après les tirans de sa maman
Quand je vais vers lui pour le carresser, il me donne des
petits coups de pieds.
Papa ma
dit qu'on voulait le sevrer pour moi.
Je vais
l'appeler moutonne.
Maire Claude
8 ans 11 mois
Texte mis au point par les élèves
Le petit veau
Hier
après-midi, notre vache a fait un joli petit veau.
Il est
gris et blanc.
Papa le
fait têter matin et soir.
Quand je
vais vers lui pour le caresser il me donne des coups de pieds.
« Nous
t'élèverons pour toi. » me dit papa.
« Je suis très content. Je l'appelerai « Mouton. ».
C'est ce
texte qui est imprimé quand les fautes soulignées sont corrigées.
Exploitation en français
I.
- Enrichissement du texte (avec le maître)
Hier après-midi, vers quatre heures, notre vache
« Noiraude » a fait un
joli petit veau. Son pelage est gris et blanc. Son oeil gauche disparaît au milieu
d'une grosse tache noire, et son museau est tout rose et humide. Matin et soir, aux mêmes
heures, papa le fait têter au pis de sa mère
qui, pendant ce temps, mange, tranquille.
« Nous l'élèverons pour toi. » me dit papa. J
Je suis content. Je l'appellerai « Mouton ».
II. - Vocabulaire (différence entre près de lui et vers
lui)
III. - Grammaire
Mots (sur
cahier d'orthographe)
14 veau,
têter, caresser, coup.
15 pied,
appeler.
CE :
er ou é
on
remplace par faire ou fait.
exercice
d'application à trous.
CM : Acquisition nouvelle. je l'appellerai
les verbes en eler (èle
elle)
Exercice d'application
Conjugaison de marteler (èle)
au présent
Révision : Séparer les
propositions du 3e paragraphe.
Exploitation en calcul
A
combien revient un veau au moment de la vente au boucher ?
(par ex. prenons
un veau ayant exactement 5 semaines).
Il y
a :
Frais de
saillie
1000 fr.
Soins
médicaux pour la vache et le veau :
3
piqûres (voir fiche) 320 f. x3/5
= 192 f r.
Nourriture
du veau
(5 semaines
: 35 j.)
3 3 :
1er jour, le lait n'est pas vendable.
4 4 jours à
7 l 7 l X 4 = 28l
13 6 jours à 8 l 8 l X 6 = 481
19 6 jours à 9 l 9 l X 6 = 54l
25 6 jours à 10 l 10 l X 6 = 60l
31 6 jours à 11 l 11 l X 6 = 66l
35 4 jours à 12 l 12 l X 4 = 48 l
Total .
... 304 l
Prix du
lait : 32 f. X 304 = 9.728 fr.
Prix de
revient du veau.... 10.920 fr.
Prix de
vente du veau au boucher
200 f. X 80 kg. = 16.000 f.
Bénéfice
du paysan :
(demandé
par un grand élève :)
16.000 f. - 10.920 f. = 5.080 f.
Exploitation en Sciences, Géographie
Travaux
proposés par les élèves (dans l'ordre) :
1.
Comment mange la vache ? (dessins, explications).
2.
Comment la vache fait-elle le lait ?
3. Que
fait-on pour connaître l'âge de la vache ?
4.
L'élevage des veaux.
5.
L'élevage en France.
6. Les
animaux qui sont comme la vache : les autres ruminants.
7. Le
squelette de la vache : la tête, les pieds.
8. La
maison de la vache : l'étable.
9. Les
sortes de vaches : les races.
10.
Qu'est-ce qu'on donne à la vach ?? Nourriture de la vache.
Nous avons
fait, un album et ajouté ces pages peu de temps après :
11.
Comment circule le sang ?
12.
Comment respire la vache ?
13.
Combien une vache peut-elle donner de lait ?
Lecture
Nous
avons : Les fiches. - Les extraits de la bibliothèque de travail.
BERNARDIN (Haute-Saône).
La vie entre dans la classe
par la correspondance interscolaire
- Le
courrier ! Le courrier !
Avec des
cris de joie les élèves se précipitent et m'entourent. Je donne le paquet au
responsable, qui fait la distribution. Chacun reçoit, et avec quel bonheur ! sa part
de l'envoi et court à sa place en prendre connaissance.
Après la
joie personnelle, la joie collective : chacun montre à ses camarades ce qu'il a
reçu.
Et voici ce
que nous ont envoyé nos correspondants réguliers de Tunisie :
Une lettre
pour chaque élève.
Et pour la
classe : une boîte de dattes, des vues et des coupures de journaux sur les oasis.
COMMENT ALLONS-NOUS EXPLOITER CET ENVOI ?
L'exploitation comprend deux parties :
-
l'exploitation collective
1° Lecture :
Chaque
élève lit son courrier à ses camarades. Au cours, de cette lecture certains mots ne
sont pas compris (marabout, mosquée, souk) ; explication en sera demandée par le
lecteur à son correspondant.
2° Géographie :
a) De
chaque lettre, nous retirons tous les détails pouvant enrichir l'album que nous
avons intitulé : « La Tunisie par la correspondance interscolaire ».
Ainsi
aujourd'hui nous inscrivons :
Nourriture :
on mange du couscous, du mhamsa, du droh, des pâtes le matin en hiver à la place du
café.
Habits :
cachabia : manteau à manches courtes et à capuche.
Récoltes :
nous récoltons les oranges et les mandarines de décembre à février.
Et nous
collons :
des
cartes postales : La Kasba de Tunis, Souk El Attarine à Tunis, Vers le Sud
(caravane).
des
dessins : chapeaux tunisiens.
b) Etude
Les palmiers-dattiers et les oasis.
Tout en regardant les vues envoyées par nos correspondants,
celles de notre fichier, et en savourant les délicieuses dattes, les questions fusent,
questions que nous inscrivons au tableau :
Comment
pousse le palmier-dattier ?
Comment
cueille-t-on les dattes ?
Pourquoi
le palmier-dattier ne pousse pas dans notre pays ?
Le
palmier-dattier pousse-t-il haut ?
Y a-t-il
plusieurs sortes de palmiers-dattiers ?
Comment
fait-on pour mettre les dattes en boîte ?
Y a-t-il
beaucoup de dattes dans un palmier-dattier ?
À quel
moment fait-on ta cueillette des dattes ?
Comment
s'appellent les fleurs du palmier-dattier ?
Comment
fait-on Pour grimper sur le palmier-dattier ?
Quelles
sont les régions qui produisent le plus de dattes ?
Au bout
de combien de temps le palmier-dattier produit-il des fruits ?
Pourquoi
y a-t-il de l'eau dans les oasis ?
D'où
vient l'eau des oasis ?
Où
part-elle ?
L'eau
des oasis est-elle bonne à boire ?
Les
oasis sont-elles grandes ?
Pourquoi
y a-t-il des collines de sable au Sahara ?
Quelles
sont les maladies que l'on peut avoir au Sahara ?
Pourquoi
le Sahara est un désert ?
Pourquoi
les nomades se plaisent-ils mieux dans le Sahara que dans les villages ?
Pourquoi
fait-il chaud le jour et froid la nuit ?
N'y
a-t-il que des nomades qui vivent dans le Sahara ?
Pourquoi utiliset-on le chameau
dans le Sahara et pas les autres animaux ?
Chaque
élève choisit plusieurs questions dont il préparera la réponse par écrit en
consultant les documents réunis par le responsable :
Coupures
de journaux de nos correspondants.
B.T.
70 : Le palmier-dattier.
B. T
53 : Le Souf.
B.T.91 :
Bachir enfant nomade du Sahara.
Vues de
nos correspondants.
Vues 1
et 4 de « Documentation Pédagogique » N° 7.
Vues 4
et 5 de « Documentation Pédagogique » N° 8.
Vues de
« Documentation Photographique »
N° 20.
Lorsque
tous les élèves ont terminé le travail, chacun vient exposer le résultat de ses
recherches et les compléments sont ajoutés par le maître qui, lui, pour cette leçon,
est bien à l'aise, car il a visité l'oasis de Gabès lors du Congrès d'été.
Mais les
questions suivantes sont restées sans réponse :
Comment
reconnaître une fleur mâle de palmier-dattier d'une fleur femelle ?
Pourquoi
fait-il froid la nuit dans le Sahara ?
Quelle
est la meilleure variété de datte, la sèche ou la molle ?
Les
dunes du Sahara sont-elles hautes ?
Nous
demanderons à nos correspondants de nous renseigner.
Les
élèves se partagent en 3 équipes pour établir des fiches :
Le palmier-dattier
L'oasis
La vie au Sahara
Chaque
élève aura ces 3 fiches aui, viendront enrichir son classeur.
L'EXPLOITATION INDIVIDUELLE :
1°
Lettre-réponse : chaque élève fait le brouillon, puis vient le présenter au
maître, qui signale fautes d'orthographe, incorrections, avec explication si nécessaire.
2° Copie
au net de la lettre : l'élève s'applique car il veut que son correspondant ait une
bonne opinion de lui.
3°
Réponses aux questions et travaux demandés par le correspondant et qui touchent à tous
les domaines.
4°
Embellissement de la lettre : dessins.
Copie d'un
T.L. non choisi pour l'imprimerie.
Questions
posées au correspondant.
Conclusion
Voici un
courrier qui nous a amené surtout une exploitation en géographie et en français (ce qui
est le plus général) ; mais il nous arrive aussi de pouvoir exploiter un envoi en
calcul lorsque les enfants ont parlé du voyage qu'ils aimeraient faire pour rendre visite
à leurs correspondants. Nous avons eu alors les travaux suivants :
-
Utilisation du Chaix.
-
Etablissement d'un itinéraire avec horaire.
-
Opérations sur les nombres complexes.
- Frais de
voyage.
Voilà pour
ce qui concerné la correspondance régulière.
La
correspondance internationale motive des travaux collectifs de plus longue haleine. Nous
préparons un album : « Culture du blé dans notre village », que nous
échangerons avec nos correspondants de Cuba contre un album sur la culture de la canne à
sucre.
En un mot,
la correspondance scolaire est la source puissante d'un travail motivé très
profond.
Robert DANIEL, Vinets (Aube.
(Voir page 14 le tableau montrant
l'exploitation de la correspondance interscolaire.)
La journée commence.
Un fait imprévu se présente
La vie entre dans la classe.
C'est lundi
matin, 6 novembre, j'entends dehors des cris joyeux fuser de toutes parts :
« Le
voilà... il a filé dans le jardin de Germain ».
Des
élèves m'appellent « Monsieur, monsieur, un lièvre vient de traverser la route,
près de l'école. »
Aussitôt
je me précipite.
« Venez
voir, maintenant il est en train de manger les choux dans le jardin de Claude. »
Effectivement,
un gros lièvre brun-roux grignotait hâtivement des feuilles de choux.
Un chasseur
du village, alerté par les cris des enfants et les aboiements furieux des chiens,
accourt, muni de son fusil, et se dirige avec nous pour essayer de le tuer.
Il vise...
un coup sec, ça y est, il est touché, Il git maintenant sur le sol, inanimé.
Il pèse au moins 5 à 6 livres, nous dit-il en le
soupesant. »
- Pour une
bonne prise, c'est une bonne prise, s'exclame Claude.
-
Pourriez-vous nous le confier pendant une demi-heure, nous voudrions en faire une étude
en classe ? »
Nous
rentrons tout heureux, portant notre lièvre en trophée.
Tous les
enfants, du plus grand au plus petit, sont captivés.
« Si
nous faisions un texte ensemble », me dit Yvan. Accord unanime.
Les
réflexions fusent de toutes parts, je les note au fur à mesure au tableau. Nous mettrons
en ordre ensuite.
Jeannot (12
ans). - Je l'ai vu courir à toute vitesse, quand nous étions en train de jouer aux
barres, avant de rentrer à l'école.
Yvan (10
ans). - On aurait dit qu'il volait, tellement il allait vite.
Jacky (8 ans). - J'ai essayé de le poursuivre avec un bâton,
pour le tuer, mais il courait si vite que, dans ma course, je suis tombé sur une grosse
pierre.
Marie-Jane
(12 ans). - Les chiens aboyaient tous dans le village.
Paulette (7 ans). - Je suis allée le dire à M. Frechin, qui est
venu avec son fusil.
Claude (11
ans). - Qu'il a eu vite fait de le tuer !
Annie (14
ans). - Il mangeait rudement vite, il devait être affamé.
Jacques (8
ans). - Il fera sûrement un bon civet ; si seulement papa en tuait un aussi gros. Il
pèse au moins 3 kilogs.
Une équipe
de quatre grands élèves se charge de mettre au point ces idées et d'en faire un texte.
Une autre
équipe de trois élèves fait le dessin pour illustrer le texte.
Le dessin
jugé le plus beau, après élection, sera gravé sur lino pour avoir les honneurs de
l'imprimerie.
Marie-Jane
prépare une lecture libre en rapport avec ce centre d'intérêt. Elle a choisi une
enfantine : « Barbichon, le lièvre malin », qu'elle lira tout à l'heure
à ses camarades.
Une autre équipe se charge d'observer
le lièvre, à l'aide d'une fiche mode d'emploi passe-partout que j'ai confectionnée pour
l'observation de tous les animaux.
Le responsable du fichier cherche les
fiches pouvant nous servir pour l'étude du lièvre et de la chasse.
Enfin Colette écrit sur un autre
tableau noir toutes les questions posées par ses camarades sur le sujet en question.
Entre temps, je peux me consacrer
uniquement aux petits (C.P.-C.E.1). Nous faisons ensemble un petit texte sur ce que nous
avons vu :
La mort du pauvre lièvre
Nous avons vu un lièvre
passer à toute vitesse
devant l'école.
Monsieur Fréchin est venu...
avec son gros fusil
et pan...
il a...
tué...
le pauvre lièvre,
qui mangeait bien tranquillement
des choux
dans le jardin de Claude.
Ah ! le pauvre lièvre !
Aussitôt
l'équipe d'imprimerie des petits se met à l'oeuvre et compose le texte en corps 18.
Les autres
dessinent le lièvre mort. Celui qui a le mieux réussi son dessin le grave immédiatement
Je fais les modèles sur leur cahier en script en ayant bien soin de séparer
exagérément les mots. Puis, je les fais lire l'un après l'autre le texte au tableau.
Je reviens
aux grands et aux moyens.