BTR 23-24 - 30 mars 77 

PARCOURS

pour une « mathématique naturelle » 

par Jean-Claude POMES

 

Témoin : Bernard MONTHUBERT
Correcteurs :
les camarades du stage de maths de Saint-Rémy (Vienne)
en 1976 et parmi eux
Hélène HAUDIQUET

Michel MARTIN
Gabriel BORT

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 A mon avis, l'homme peut faire une quadruple utilisation de tout matériau : il peut en faire un objet d'étude, un outil, un moyen de communiquer, un moyen de se projeter.

 

Paul Le Bohec

 

SOMMAIRE

INTRODUCTION

I) - LA GENESE DES PARCOURS

-Le chemin des escargots (S.E.)

-Le chemin des poules (S.E.-C.P.)

-Le labyrinthe (maternelle) par Josette Pomès

-Le chemin du banc

-Commentaire

II) - LES PARCOURS : CE QU'ON EN A FAIT

-Le vélo d'Eliane (C.E.2-C.M.)

-Les patins à roulettes (C.E.2-C.M.)

-Le vélo de Michel (C.E.-C.M.)

-Le problème de l'enveloppe

-Commentaire

III) - LE JEU DE LA CORDE

-Commentaire

IV) - MATHEMATIQUE ET PEDAGOGIE NATURELLE , POUR UNE « MATHEMATIQUE NATURELLE »

V) - CONSIDERATIONS RAPIDES

-La question du point de vue

-L'effet mathématique

-Processus et produit

 


 Tous les chemins mènent n'importe où, sauf s'ils sont sans issue !

 

Olivier C. 9 ans


 

INTRODUCTION

 

J'ai eu le privilège (?), au cours de ces dernières années, de changer fréquemment de poste, de parcourir la campagne environnante. De ce fait, j'ai été au contact d'enfants bien différents, et qui avaient en commun de n'avoir que très peu « touché » aux maths, et jamais, de toute façon, dans une perspective de recherche libre. Des travaux que j'ai recueillis, se dégagent bien des voies. Il en est une que je souhaite exposer ici, celle qui a pour thème : les parcours.

 

Parcours : cela veut dire qu'on a établi avec un corps une certaine continuité dans l'espace. Il peut s'agir de son corps ou du corps d'un autre enfant, d'un animal ou plus généralement d'un mobile auquel on donne aussi, curieusement, le nom de corps.

 

Cela veut dire aussi, souvent, traces, matérialisation, mémoire, lorsque les pas s'impriment dans la boue des talus ou s'inscrivent, mouillés, sur le sol de la classe ou de la maison.

 

Mais cela peut aussi désigner une certaine discontinuité dans la continuité du vécu, un simple déplacement qu'on effectue sans bien en prendre conscience entre des actes beaucoup plus importants : un parcours, c'est l'état d'un passage, mais aussi un état de passage !

 

D'où l'ambiguïté de la notion de parcours, dont on aura l'occasion de reparler !

 

***

 

Qu'il s'agisse de l'une ou l'autre acception du mot, ou même des deux mêlées, le thème des parcours est très facile à susciter dans ce lieu de parcours de toutes sortes qu'est l'espace-classe : il suffit d'écouter les enfants raconter où ils habitent dans le village, par où ils passent pour aller à l'école, pour se rendre à la ville. Ou, plus simplement encore, de les regarder se déplacer pour se rendre à un atelier, fonctionner dans la classe. Il est bien rare qu'on n'entende pas, à un moment ou à un autre, quelqu'un dire : « Ne passe pas par là, tu marches sur mon cartable, fais plutôt le tour ! ». C'est que l'occupation de l'espace restreint de la classe pose des problèmes, pas toujours facilement résolus par le peuple remuant des enfants ! Des problèmes de parcours, il s'en produit continuellement. Aussi n'est-ce pas tout à fait un hasard si, dans trois écoles différentes, les premières recherches assez développées, sinon les premières recherches tout court, ont débuté par des questions de parcours (je parle ici d'enfants de C.E.2 à C.M.2).

 

C'est là le premier motif qui me pousse à une confrontation : les travaux effectués ont abordé des pistes très différentes, montrant la richesse du thème, et les nombreux secteurs math qu'il recèle. Il n'est pas besoin en effet d'enfants « entraînés à la recherche » pour que les mathématiques viennent poindre le bout de leur nez. Elles sont là, dès les premières questions abordées, dans les schémas, les approches, les difficultés de compréhension et de communication, les dialogues, les traits visionnaires, les anticipations, les quiproquos, les erreurs même. L'enfant démêle, emmêle, entremêle des concepts trop souvent figés de façon immuable dans le corpus de la théorie, dans la blancheur glaciale des pages des manuels scolaires. Il tisse ainsi un réseau serré qui fait la part belle à certains concepts, les faisant apparaître en pleine lumière, en écarte d'autres. Et certes, on verra que ces questions de parcours sont aussi parcours dans les mathématiques, et même dans d'autres lieux plus indicibles.

 

***

 

Les parcours comme élément central des recherches, c'est avant tout la trace laissée par un passage, d'un point à un autre, bien sûr, mais de telle sorte que les raisonnements se concentrent en fait sur la trace. Un parcours produit une suite de points mis en connexion les uns à la suite des autres, et distingués de ce fait des autres points en nombre infini qui constituent « l'espace ». Cet espace, donc, organisé par le jeu de lignes repérables et matérialisables, nous conduit dans le secteur mathématique de la géométrie. Mais d'une géométrie assez rudimentaire, puisqu'il n'est pas question de mesurer des angles, des longueurs : pour retranscrire un parcours et réfléchir sur sa nature, il importe seulement que la continuité soit respectée. Il faut reconstituer une ligne continue, préalablement tracée par son corps ou le corps d'un autre. Mais on verra qu'il y a déjà là matière à problèmes et interrogations.

 

Mais aussi, lorsqu'on se place dans l'optique de la théorie ensembliste, on se rend compte qu'elle est construite de telle sorte qu'elle foisonne d'un certain type de parcours. On sait que la théorie ensembliste pose, au départ, le concept d'ensemble. Mais, aussitôt, il s'agit de faire « vivre » ces entités mortes en elles-mêmes, d'éléments discrets et tous discernables. Le concept d'ensemble ne vit qu'à la condition qu'il existe déjà, à l'intérieur de lui-même, entre les éléments qui le composent, des relations.

 

De la même façon, confronter deux ensembles revient à établir, entre certains de ses éléments, des relations. De telle sorte que le concept central, dans la théorie ensembliste, est bien celui de relation. Et l'une des matérialisations les plus immédiates de ces relations, c'est le fléchage, matérialisation, donc, par un parcours, des relations d'un élément d'un ensemble à un autre. Une transcription soucieuse de mettre en évidence des relations, utilisera, dans les limites de la page, le fléchage, instaurant ainsi tout un réseau de parcours. On peut donc parler de parcours partout où il est question de relier entre eux deux éléments, la flèche pouvant par ailleurs exprimer n'importe quel rapport entre ces éléments (Jacques a le même vêtement que Paul : Jacques à Paul).

 

Mais pourtant, dans ce genre d'exemples, le fléchage n'est qu'une matérialisation possible parmi d'autres, et, le plus important, c'est le point de départ (l'élément-origine) et le point d'arrivée l'élément-extrémité). Sil y a fléchage, tout tracé, tout parcours sur la feuille est accepté et admis, du moment que les éléments adéquats sont mis en relation. Pourtant, un réseau de flèches sur l'espace-page peut poser des interrogations spécifiques, dans la mesure où des contraintes interviennent. Cet aspect apparaîtra dans quelques exemples.

 

Les déplacements sont une mine inépuisable de raisonnements et de recherches dans ce secteur des parcours. Un bras qui bouge, une poche qu'on retourne, voilà autant de parcours§ Mais, ce qui importe souvent, là encore, c'est les positions initiale et finale du bras ou de la poche ou du corps. Le parcours n'est pas forcément l'élément déterminant sur lequel va se porter la réflexion. Le parcours comme élément de réflexion déterminant, c'est le critère qui rapproche entre elles les recherches, les points ou états de départ et d'arrivée n'ayant qu'une importance secondaire.

 

 

 

PREMIERE PARTIE

La genèse des parcours

 

LE CHEMIN DES ESCARGOTS (S.E.)

 

Cette recherche a été faite par deux enfants de S.E., Laure et Sylvie, dans une classe unique de sept élèves. Dans cette classe, il y a deux S.E., un C.E.1, deux C.E.2, un C.M.1, 1 C.M.2. Pas d'enfants de C.P.

 

En rentrant en classe un matin, nous constatons que les escargots ont quitté leur bocal, mal fermé la veille. L'un d'entre eux se trouve sur la paroi extérieure du bocal voisin, celui des chenilles. Et on peut voir les traces de son parcours, c'est la « bave » séchée. On suit donc du doigt le chemin qu'il a parcouru, et on décrit oralement les différentes péripéties : il a soulevé le couvercle seulement posé, a descendu le long de la paroi extérieure du bocal, est passé sur la table, puis a monté le long de la paroi extérieure du bocal des chenilles, sur lequel il se trouve encore. A la suite de cela, j'invite Laure et Sylvie à dessiner le chemin de l'escargot. Sylvie se place sur le tableau noir, Laure sur le tableau de papier.

 

Premier dessin de Laure :

 

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Genèse du dessin :

 

Laure a d'abord dessiné l'escargot, puis la maman escargot (1). Elle a ensuite représenté la route (chemin de l'escargot) extérieure aux escargots, et formant une ligne fermée (2), puis la maison au bord de la route : maison des escargots (3). Pas de trace des bocaux, ni des chenilles. Afin d'amener Laure à se remémorer la situation vécue, je l'invite à me montrer du doigt le chemin suivi par l'escargot : elle suit la route tracée, puis, avec le feutre, trace une autre route (4). Dans la zone ainsi délimitée, elle dessine de l'herbe (5), puis, à l'extérieur du dessin, un lapin (6), ajoute des « pattes » aux escargots, puis, place trois escargots sur la route, et place sur chacun un serpent qui leur « touche les oreilles » (7).

 

Ainsi qu'on peut le constater, Laure, partant de l'escargot a associé de nombreux éléments qui transforment complètement la situation vécue et observée. Des éléments prégnants de la situation observée l'escargot, les deux bocaux, le parcours matérialisé par la bave, il n'en subsiste que deux le chemin et l'escargot, et encore ne sont-ils pas reliés entre eux !

 

Pendant ce temps, Sylvie fait au tableau un dessin qui rend mieux compte de la situation observée :

 

Premier dessin au tableau :

 

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On y trouve : le bocal des escargots, le chemin de l'escargot, constitué par une ligne fermée, l'escargot étant à l'intérieur de la ligne fermée, mais pas du chemin.

 

Des éléments marquants, on en trouve donc trois sur quatre. Seul a disparu le bocal des chenilles, mais, là encore, il n'y a pas connexion entre l'escargot et son trajet. L'escargot est situé à l'intérieur du chemin qui est, comme dans le dessin de Laure, une ligne fermée. Il ne me semble pas pourtant que les deux enfants se soient influencées au cours du dessin qu'elles réalisent simultanément, mais séparément et sans contact. Il faut noter que l'escargot qui se trouve dans le bocal n'est pas « l'escargot voyageur » dans sa position initiale (avant sa fugue) mais un autre escargot, de ceux qui sont restés dans le bocal (il y en avait encore quelques-uns !).

 

Mais Sylvie manifeste elle aussi le désir de travailler au tableau de papier, et propose de retravailler ce qu'elle vient de faire au tableau. Laure, pour sa part, de retour à sa place, manifeste aussitôt le désir de prolonger le travail effectué par un dessin.

 

Deuxième dessin de Laure : (reproduit schématiquement)

 

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Commentaire : c'est la méchante femme qui tient l'escargot avec une ficelle.

On voit aisément la transposition des éléments du premier dessin :

- le lapin est devenu la méchante femme, tout en gardant son apparence de « lapin ».

- le serpent qui « touche les oreilles de l'escargot » est devenu la ficelle.

 

On notera aussi que la relation de l'escargot à la méchante femme est effective. La ficelle n'est plus ici, séparée de l'escargot qu'elle est censée tenir, comme c'était le cas dans le premier dessin pour le parcours de l'escargot.

 

J'indique aussi que c'est l'un des rares dessins de Laure à connotation agressive : « la méchante femme ». Il me semble, en ce sens, que ce deuxième est un approfondissement du premier quant aux éléments dégagés. Se pose la question de la signification symbolique de ce travail, qui ne sera pas approfondie ici.

 

Le travail de Sylvie :

 

Deuxième dessin au tableau de papier : (Sylvie)

 

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Les éléments du premier dessin se retrouvent sur ce deuxième : le bocal ; le chemin sous forme de ligne fermée, l'escargot (accompagné de la mère escargot), à l'intérieur de la ligne fermée. De nouveaux éléments sont venus s'ajouter : le pré, ligne fermée avec une fleur à l'intérieur, un homme, l'école, la limace sous la pluie.

 

Sylvie a été, incontestablement, influencée ici par le dessin de Laure. Et si les éléments de base du premier dessin se retrouvent ici, ils sont maintenant pris dans un contexte plus large. La caractéristique de ce contexte est, d'ailleurs, d'être formé d'éléments familiers, auxquels Sylvie peut faire référence facilement :

- la maison, c'est l'école, notre école, celle-là même où nous sommes actuellement (avec les escargots)

- le pré, c'est le pré derrière l'école, pré que Sylvie désigne d'un geste de la main

- la limace, c'est l'une de celles qu'on voit dans le pré, quand il pleut ou a plu

- seul le bonhomme est « indéfini ». L'instituteur ? Le père ?

 

Le dessin de Laure, au contraire, comporte presque uniquement des éléments imaginaires

- la maison des escargots

- les pattes des escargots

- les serpents.

 

Mais ce qu'il convient de remarquer, c'est que l'organisation de l'espace, dans le dessin de Laure, est cohérente, tandis que, dans celui de Sylvie, on a affaire à un espace « imaginaire » :

- l'épisode des escargots se passe à l'intérieur de l'école

- le pré et la limace sont à l'extérieur immédiat de l'école

- les murs de l'école, qui devraient en principe marquer la frontière, sont situés par côté et n'assurent aucune séparation entre les deux scènes.

 

Cet espace imaginaire est marqué, donc, par des continuités ou des discontinuités non conformes à la « réalité adulte » :

- le chemin de l'escargot n'est connecté ni à l'escargot, ni au bocal (discontinuité)

- il pleut sur la limace qui, en principe, est dans le pré, mais, en fait, est à l'extérieur du pré (discontinuité)

- il n'y a pas de frontière entre l'intérieur et l'extérieur de l'école (continuité)

 

Donc, si on peut dire que les dessins de Laure et Sylvie traduisent un « espace imaginaire », c'est, pour l'un, parce qu'il est composé surtout d'éléments imaginaires, pour l'autre, parce que l'agencement d'éléments réels est imaginaire. Tels quels, ces dessins foisonnent d'éléments symboliques.

 

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LE CHEMIN DES POULES

 

L'exemple du chemin des escargots, s'il est significatif, ne doit pas être pris pour un exemple singulier. J'ai éprouvé à plusieurs reprises quelles difficultés insoupçonnées il y avait, au niveau des enfants de S.E.-C.P., pour traduire sur la page, une situation parfaitement vécue et raisonnée « sur le terrain ». C'est pourquoi, pour tenter de lever certaines difficultés de traduction, je cite ici un raisonnement fait à partir d'un dessin. Car les dessins foisonnent pourtant de situations, ainsi transportées sur la page, qui présentent une organisation spatiale cohérente. Et dans cet espace déjà « projeté » (noter la double signification du mot), des raisonnements ont lieu.

Le chemin des poules, c'est, au départ, un dessin de Babé (C.P.) dans une classe unique de dix-huit élèves, comportant trois S.E. et trois C.P. Je restitue ce travail d'après mes notes, les documents, sauf un, ayant été égarés.

 

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Babé explique : « C'est le poulailler et la cour. Les poules vont manger le grain ». Et elle ajoute : « Celles qui sont dans le poulailler sont aussi dans la cour ». Ce qui signifie que l'état du poulailler (avec ses sept poules) et celui de la cour ne sont pas simultanés. Les sept poules sont d'abord dans le poulailler, puis elles se trouvent ensuite dans la cour. On retrouve ici une situation un peu analogue à celle de l'exemple précédent la connexion simultanée de deux états qui se passent pourtant à des moments différents. Babé explique en s'aidant de son doigt :

celle-ci (dans le poulailler) est là (dans la cour), etc.

 

Elle met donc en correspondance la poule du poulailler et la poule de la cour (il s'agit en fait de la même poule !). Mais, comme elle se trompe, en mettant en correspondance deux poules différentes du poulailler avec la même poule dans la cour, je l'invite à tracer au stylo la correspondance, ce qui revient à tracer le chemin suivi par chaque poule pour se rendre du poulailler à la cour. Tous les enfants de S.E., C.P. étant alors intéressés, chacun va dessiner le chemin des poules. Il est admis après discussion que les poules doivent, comme dans le dessin de Babé, se trouver, dans le poulailler, sur deux lignes de respectivement trois et quatre, et dans la cour, sur deux lignes de cinq éléments chacune. On obtient ainsi des dessins du type :

 

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et, dans l'ensemble, la correspondance terme à terme est réalisée par tous. (Je ne peux reproduire les différentes représentations, les ayant égarées).

 

Cependant, Babé est en panne sur sa page et elle critique vivement les réalisations de ses camarades.

- « Ça ne va pas L'examen de sa page permet de comprendre :

 

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Et là, elle est coincée !

Coincée puisqu'il lui faudrait faire « croiser », « couper », les chemins :

 

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Ce qu'elle ne veut en aucun cas et qui lui permet de repousser, de critiquer les réalisations des autres. Aussi on recommence le dessin au tableau en essayant, collectivement, d'aider Babé à élaborer une solution compatible avec ses exigences. Solution trouvée assez rapidement, et qui revient à établir une symétrie verticale (par rapport à un axe vertical) pour répartir les poules :

 

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Pourtant, en recopiant le « document de synthèse » destiné aux correspondants, Babé se trompe à nouveau, puis, très fière, trouve une autre solution !

 

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LE LABYRINTHE (classe de Josette POMES)

Autre façon d'aborder les parcours. Ici, il ne s'agit pas de retranscrire une situation vécue, ni de construire des parcours sur la feuille. Tout est d'emblée donné, et il est question d'interprétation.

 

Une classe correspondante envoie un labyrinthe à une classe de grande section de maternelle. Il y a, pour chaque enfant, un labyrinthe polycopié. La souris peut emprunter deux chemins : l'un mène au fromage, l'autre au chat. Il s'agit donc de trouver le chemin qui mène au fromage. Pour les enfants, il est pourtant surtout question de suivre jusqu'au bout les deux traces. Le stylo-feutre matérialise la recherche de chacun. Examinons comment chaque enfant a été suscité par un document extérieur à la classe, et qu'il s'agit de s'approprier.

 

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Abel s'est borné à assurer la continuité des lignes partout où la duplication présentait des défauts et faisait des chemins une ligne discontinue. Agnès s'est intéressée à la partie comprise entre deux lignes et délimitée par elles, partie qu'elle a coloriée (comme elle a colorié le chat, la souris, le fromage). Elle a ensuite suivi une ligne, puis s'est absorbée dans les boucles formées par les lignes. Elle en a ainsi repéré deux.

Dans ces deux documents, les enfants se sont laissé happer par les lignes et les jeux qu'elles appelaient, indépendamment du problème posé (rechercher le chemin que doit suivre la souris pour aboutir au fromage).

 

Neuf parcours « réussis », c'est-à-dire qu'il a été possible aux neuf enfants de trouver un chemin menant de la souris au fromage, un autre de la souris au chat (malgré quelques changements de voie et superpositions).

 

 

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D'autres rationalisations, d'autres utilisations :

 

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Cécile a construit les deux chemins de telle sorte qu'ils ne se traversent jamais. Ils ont cependant quatre points communs.

 

Laurence a suivi d'abord le chemin de la souris au chat. Pour aller de façon plus directe au fromage, elle a rebroussé chemin à un moment.

 

Virginie a suivi un chemin et a pu, à partir d'un croisement, se rendre soit au fromage, soit au chat.

 

Didier a suivi les parcours souris-chat puis chat-fromage, en restant continuellement d'un même coté par rapport au tracé général des chemins.

 

Christian a suivi les parcours souris-fromage et fromage-chat, le deuxième parcours recouvrant en de nombreux endroits le premier.

 

*

 

L'intérêt de ce travail est de montrer comment les enfants sont suscités par la continuité, comment ils la raisonnent. Ici, tout est donné d'emblée. Mais ces traits qui s'enchevêtrent et se pénètrent, comment les parcourir ? En se laissant porter par eux ? En les suivant en fonction de la règle de départ ? En s'imposant des contraintes de parcours ? Autant de façon d'agir, de se perdre ou de se retrouver...

 

 

LE CHEMIN DU BANC ET CE QU'IL A PROVOQUE

 

La recherche du labyrinthe avait eu lieu un samedi. Le lundi suivant, dans la salle de jeux, les enfants font des recherches de gymnastique. Certains proposent de pousser un banc à travers la pièce.

 

Et le banc, ainsi promu au rang de mobile, laisse la trace de son passage sur le sol lustré. Les enfants remarquent ces « chemins », les suivent.

 

De retour en classe, il est fortement question de chemins. Et chacun dessine ce qu'il veut sur son bloc, sur le thème prédominant dans la vie de la classe à ce moment-là.

 

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Cécile est la seule à restituer seulement le chemin du banc. Un seul pied du banc est relié au chemin correspondant. Le deuxième pied n'est pas relié à son parcours. Franck a utilisé plusieurs éléments :

- le banc et son chemin. On notera que le banc est placé à sa position départ et aussi à sa position arrivée. Le tracé relie les deux états du banc.

- le labyrinthe est retranscrit aussi, dans un tracé complexe avec de nombreuses boucles.

- une maison et le chemin qui en part ou y mène. Ce chemin est une courbe fermée. On retrouvera cet élément dans de nombreux dessins.

 

Le chemin qui part de la maison, et qui finit par se refermer sur lui-même, est un élément qui revient fréquemment ici, comme dans de nombreux autres dessins d'enfants. L'interrogation qu'on peut se poser porte sur le « pourquoi se referme-t-il ? ». Et sont variées, en fonction de la vie même de l'enfant en classe ou, surtout, dans son milieu familial.

 

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Dans cette autre série, le chemin relie deux lieux, en général l'école et la maison ou l'appartement familial. Des éléments extérieurs viennent parfois se rajouter.

 

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Enfin, trois dessins reprennent pour le simplifier (de façon singulièrement éclairante) le labyrinthe.

 

Olivier et Jean-Jacques mettent devant la souris un seul chemin qui se divise ensuite en deux, une partie allant vers le chat, l'autre vers le fromage.

 

Le tracé d'Olivier est très direct, celui de Jean-Jacques comprend de nombreuses boucles.

 

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Christian a séparé nettement les deux chemins avec peu de croisements (un seul) et de boucles (une seule).

 

PREMIERE PARTIE : COMMENTAIRE

 

Les exemples fournis dans cette première partie, si tant est qu'ils sont représentatifs des problèmes rencontrés généralement par les enfants dans leur pratique tâtonnante sur le thème des parcours, appellent certaines interrogations. Du fait même de la disparité des attitudes rencontrées. Ce n'est pas qu'il faille être tout à fait surpris quand même. Le côtoiement prolongé des enfants d'âge grande section-C.P. prépare à ce genre de pérégrination.

 

L'exemple cité en premier, le chemin des escargots, pose un certain nombre de problèmes. Partant d'une situation vécue, les deux enfants, Laure et Sylvie ont librement associé des personnages et des événements qui les suscitaient à ce moment-là. Et on débouche sur une représentation d'un espace imaginaire, trace « objective » laissée sur le papier d'un itinéraire qui fait référence à d'autres éléments que ceux présents dans la situation de départ. Et cet espace imaginaire appelle une lecture symbolique, car les éléments librement associés ne sont pas venus là par hasard, ils réfèrent, renvoient à des données extérieures certes à la situation vécue, mais intérieures au sujet qui les a ainsi « projetées » sur la page. Chemin, maison, escargots se chargent d'un sens, deviennent des signifiants spécifiques. Purs symboles mathématiques ? Certes non, bien que, par un certain côté, porteurs et véhicules d'un « effet mathématique », celui qui organise entre eux les signes pour une topographie qui reste la matérialité signifiante dissociations, ruptures, frontières présentes-absentes. L'organisation même de l'espace des symboles leur donne leur valeur de symboles. A leur tour, ceux-ci renvoient à un au-delà de l'espace mathématique qui les organise.

 

Mais espace imaginaire, charge symbolique, c'est ce que les dessins matérialisent. C'est ce que peut constater une lecture du document terminé, c'est le produit qui renvoie à son antérieur, le processus producteur, « l'élément réel du machinique » (Deleuze). Processus producteur qui est, en fait, le véritable « signifié » sous-jacent et organisateur, c'est lui qui, structurant l'espace et les symboles, associe, expérimente, se déploie dans sa mobilité, dans son jeu dialectique avec les éléments qu'il appelle, met en place et sur lesquels il rebondit. Quel nom lui donner ? Tâtonnement, inconscient ? Qu'est-ce qui le guide, comment se guide-t-il lorsqu'il produit le réel comme imaginaire, l'imaginaire comme réel ? Quelles forces somatiques le mettent en oeuvre, en fin de compte ? Et la situation de départ, en quoi est-elle déterminante ? Ou indifférente ?

 

Dans ce champ ouvert des libres associations, la mathématique, l'affectif, l'inconscient dans ses effets, tout cela se chevauche, s'entremêle, s'interfère. Associations, disjonctions, tâtonnements, et sous-jacente, une organisation logique saccadée, éclatée mais présente et toujours à l’œuvre et dont on peut toujours repérer les traces, les signes.

 

La situation de départ est certes prédominante. Dans les deuxième et troisième exemples, les poules et le labyrinthe, cet effet d'organisation des signes épars l'emporte sur le besoin de projection au travers de la profusion sur la page. Ces signes déjà là demandent à être structurés, c'est par l'action qu'ils vont obtenir leur cohérence, leur « droit à la vie » (la vie signifiante s'entend !). Et ici les parcours se rationalisent, soit dans leur rapport avec les animaux dont ils sont la trace : chemin des poules qui se croisent sans difficulté (dans la réalité, une poule n'a guère d'égard pour le chemin d'une autre poule !), chemins qui mènent de la souris au chat, de la souris au fromage), soit dans leurs rapports entre eux : démarches de Babé (construction symétrique), de Cécile, Laurence, Virginie, Didier, Christian.

 

Le quatrième exemple est intéressant dans la mesure où il est une synthèse des trois autres : une situation vécue en appelle d'autres, un peu plus lointaines, mais pourtant présentes. Sont ainsi restitués l'itinéraire du banc, celui, simplifié, de la souris vers le chat ou le fromage (et cette simplification est certes éclairante ! ), et aussi celui de l'enfant pour se rendre à l'école, là où on produit sa propre trace, son propre effet. On notera quelques « divagations » dans le style de celle de Laure et Sylvie, des ruptures (qui peuvent en dire long !) sur le trajet, et aussi un espace réel, topologiquement parlant, qui reproduit la maison, l'école, et le chemin qui va de la maison à l'école. Faut-il en conclure que l'enfant est plus apte à restituer sa propre trace (qu'il a longuement expérimentée) que celle des escargots, des poules ou de la souris ?

 

 

 

 

DEUXIEME PARTIE

Les parcours : ce qu'on en a fait

 

LE VELO D'ELIANE C.E.2-C.M.

 

Eliane a apporté son vélo. Elle propose un parcours chronométré autour des quatre arbres alignés de la cour. Puis, ce parcours étant sans doute trop simple, elle propose un deuxième parcours qui n'utilise que trois arbres. Pour des raisons pratiques (chronométrage), l'arrivée et le départ se situent au même endroit.

 

En rentrant en classe, on fait le plan des parcours pour les correspondants (sur ma proposition). Il ne pose pas de difficulté.

 

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Sur ce plan, on matérialise le premier circuit, puis le deuxième (en pointillé). Il n'est pas question du sens de parcours. Et aussitôt, Gabriel enchaîne : "On peut trouver beaucoup d'autres parcours

 

Il propose alors :

 

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A sa suite, la classe se met en recherche. Eliane donne :

 

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Et Dominique a trouvé un circuit particulièrement compliqué :

 

btr-23-24-0029.JPG (18434 bytes)

qu'elle simplifie ensuite en :

 

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Pour reproduire au tableau son circuit, je demande à Dominique, d'expliquer. Elle indique : - « Je pars du premier arbre ».

 

Phrase incompréhensible pour tout le monde. On décide de façon unanime de numéroter les arbres :

 

btr-23-24-0031.JPG (6403 bytes)

Ceci fixé, Dominique poursuit – « Je pars par là ».

Elle indique par geste le haut du tableau. D'où la nouvelle explication : la direction indiquée, c'est la droite du cycliste qui fait le parcours. D'où la marque droite-gauche. Et la description du circuit :

Je passe    à droite du premier arbre.

                à droite du deuxième

                à gauche du troisième.

 

Une hésitation se produit ici, et Jean-Michel justifie après avoir tracé la frontière – « Tu as franchi la frontière, alors c'est du côté gauche ». Suite de sa description :

à gauche du quatrième

à droite du quatrième

à droite du troisième

à gauche du troisième

à droite du quatrième

à gauche du quatrième

à gauche du troisième

à gauche du deuxième

à gauche du premier

Arrivée.

 

Pour faciliter la transcription, Gabriel propose que le départ et l'arrivée se fassent sur la frontière, au bout de la cour, à proximité du premier arbre.

Il propose aussi que chaque enfant marque son circuit sur sa page pour une dictée plus rapide :

               droite du premier : D 1,

               gauche du deuxième : G2, etc.

 

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Suivant le code proposé par Gabriel, le circuit de Dominique s'écrit :

 

D1 D2 G3 G4 D4 D3 G3 D4 G4 G3 G2 G1.

 

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A la séance de recherche suivante, le tableau ayant été effacé entre temps, je reporte d'après mes notes les trois circuits déjà transcrits, qui se trouvent ainsi l'un sous l'autre, ce qui n'était pas le cas des inscriptions faites la veille.

 

btr-23-24-0034.JPG (5380 bytes)

Et Gabriel s'exclame immédiatement que je viens de faire un tableau, car on peut voir la colonne du 1, celle du 2, celle du 3, celle du 4.

 

D'où le tableau. Mais quatre colonnes ou huit colonnes ?

 

Jean-Michel tranche en disant qu'il faut quatre colonnes puisqu'il y a quatre arbres. Il note aussi qu'il est inutile de marquer à nouveau 1 dans la colonne des 1. On transcrit d'abord le circuit de Gabriel, puis celui de Christiane, et enfin celui de Claudine, chaque circuit nécessitant deux lignes.

 

Eliane remarque aussitôt que la première et la cinquième lignes sont identiques. D'où la discussion pour savoir s'il faut la laisser ou l'enlever. Pour elle, il faut la laisser, sinon on dissocie le circuit de Claudine, formé des lignes 5 et 6.

 

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Marc considère qu'on peut enlever la cinquième ligne, le circuit de Claudine se lisant alors à l'aide de la première et de la dernière ligne du tableau.

 

Cette dernière solution est adoptée par la classe (moins Eliane).

 

Jean-Michel indique qu'il y a d'autres lignes possibles dans le tableau. Il peut, par exemple, placer la ligne : G G G G

 

La recherche s'oriente maintenant vers les différentes lignes possibles du tableau. La recherche collective permet assez rapidement de trouver les seize lignes possibles du tableau :

 

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Si elle avait poursuivi sa recherche jusqu'au bout, elle aurait en fait trouvé 256 circuits soit 28 circuits (calcul du nombre d'arrangements avec répétition des 16 lignes deux à deux). On notera qu'Eliane ne prend pas en compte la signification des colonnes. Pour elle, associer les lignes 1 et 2 consiste à les lire

 

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Cette distorsion n'enlève cependant rien à son travail, du reste fragmentaire.

 

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Autre piste, particulièrement intéressante, celle proposée par Jean-Michel, qui se souvient d'une recherche antérieure, peu développée, mais dans laquelle on avait utilisé plusieurs symbolismes.

 

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J'ai donné plus d'importance au symbolisme de Françoise, et indiqué qu'au lieu de dire une barre, un rond, on pouvait raccourcir en 0 - 1. Cet apport, même s'il n'a pas, en soi, une importance décisive, pouvait nous conduire sur une voie encore inexplorée, celle du comptage en base 2. Et c'est effectivement ce qui s'est produit.

 

On a donc édifié le tableau précédent à l'aide du 0 - 1.

 

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Pour édifier ce tableau, on a eu quelques difficultés, car Gabriel, qui dictait, n'avait que quinze lignes. D'où l'idée de mettre de l'ordre, idée qui avait déjà affleuré alors qu'on établissait le même tableau avec D et G. La classe a été unanime à mettre en premier la ligne 0 0 0 0. Pour la suite, plusieurs conceptions se sont affrontées

-          mettre ensuite la ligne 1 1 1 1. Mais ensuite ?

-          mettre d'abord toutes les lignes commençant, à la première colonne, par un 0.

 

C'est cette dernière piste qui donne le comptage régulier en base 2 sur quatre colonnes :

 

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Discussion ici pour numéroter chaque ligne. Il apparaît qu'on peut noter la première ligne comme étant la ligne 0, et la deuxième comme étant la ligne 1, puisqu'elles indiquent 0 et 1. D'où le système de correspondance entre les nombres en base 2 et ceux en base 10.

 

Prolongements de cette recherche :

 

- on pourrait rechercher combien de circuits on obtiendrait avec trois arbres, deux arbres, un arbre.

 

- la recherche de Gabriel.

 

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Celui-ci fait avancer un cube sur sa table, d'abord sur la face avant, puis sur une face latérale.

 

Gabriel a pressenti l'analogie de ce travail avec le travail précédent. Trouver tous les parcours possibles revient à faire un tableau sur sept colonnes. C'est ce qu'il a fait.

 

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LES PATINS A ROULETTES (1) C.E.2-C.M.

 

Un an plus tard, dans une nouvelle classe où je n'ai plus, cette fois-ci que des enfants de C.E.2-C.M. la situation vécue avec le vélo d'Eliane s'est présentée à nouveau très vite après la rentrée.

 

Renée avait apporté ses patins à roulettes. Et comme elle sait faire des slaloms, ce qui n'est pas le cas de tous ses camarades, on dispose, sur la partie en pente de la cour, quatre cailloux, qu'on aligne.

 

Le fait qu'il y ait quatre cailloux (comme l'an passé quatre arbres) est purement fortuit. Les quatre cailloux servent en fait à bloquer les volets des deux porte--fenêtres de la classe. Le parcours, dans le sens de la pente, est donc un slalom entre ces quatre cailloux.

 

A notre rentrée en classe, on dessine, pour les correspondants, le parcours suivi. Des difficultés de dessin (sens de placement), nous amènent à discuter :

 

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Pour Christian, le parcours de Jean-François est « à l'envers ». On refait donc le dessin de Jean-François sans être surpris que le parcours ne soit pas le même que celui de Francis.

 

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Comme, de plus, on n'est pas d'accord sur la gauche et la droite du parcours, on se rend à nouveau dehors repérer le parcours suivi par Renée. Mais Didier suit un autre parcours, imité par Francis, puis par d'autres. De retour en classe, on recherche d'autres parcours possibles, avec pour convention le départ en haut du dessin, l'arrivée en bas. On en trouve bientôt dix, puis enfin seize. Il n'a pas été ici question d'écrire les parcours, mais de les dessiner directement. On numérote les parcours de 1 à 16.

 

Thérèse et Eric ont remarqué que certains parcours correspondent à d'autres parcours, ou plus précisément comme le dit Thérèse, sont « l'autre côté » l'un de l'autre. On améliorera plus tard ce vocabulaire en disant : « le contraire » à la place de « l'autre côté ».

 

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Mais on peut aussi passer de 1 à 4 en « un coup », en faisant « le retourné ».

 

Marie-Noëlle a proposé l'écriture, admise comme valable par tous :

 

contraire et envers du 1 = retourné du 1.

c'est pareil que

soit, plus rapidement

C et E du 1 = R du 1

 

Renée prolonge :

 

C et E du 2 = R du 2

et :

C et E du 3 = R du 3

C et E du 4 = R du 4

 

D'où cette remarque pertinente de Renée

- « Pour n'importe quel parcours, le contraire et l'envers, c'est le retourné ! »

 

Et elle écrit :

C et E = R

 

A partir de là se produit toute une série de devinettes que les uns posent aux autres, et auxquelles on répond en se rapportant, ou non, aux parcours :

 

R et C = ?                        E et R = ?                        E et E = ?                        C et E et R = ?

 

C'est ainsi qu'on a découvert une quatrième transformation « faire le même » ou transformation identique :

 

E et E = M

 

car l'envers du 1, c'est 3 et l'envers du 3, c'est 1.

 

Il m'est difficile de parler des prolongements de cette recherche, dans la mesure où elle a marqué de façon déterminante un grand nombre de recherches ultérieures.

 

Un seul prolongement donc est indiqué : Jean-François et Philippe, rapprochant les parcours deux à deux ou quatre à quatre, ont réussi à établir assez facilement les 64 parcours possibles si on avait eu six cailloux.

 

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LE VELO DE MICHEL

 

En classe unique avec cinq enfants C.E.-C.M. Michel a apporté son vélo. Et immédiatement, il propose un parcours chronométré dans la cour. Parcours avec slalom et obstacles. On utilise trois obstacles fixes : deux des piliers du préau et l'arbre de la cour. Patrick dispose aussi trois obstacles mobiles. Le plan du parcours de Michel est le suivant (en noir, obstacles fixes) :

 

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Ce plan n'a pas fait de difficulté. Régis indique aussitôt qu'il est possible de faire d'autres parcours. Il en établit rapidement quinze.

 

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Toute la classe se met alors en recherche. Et les premiers problèmes se posent :

 

-Patrick a changé le point de départ et arrivée, tout en conservant le principe du circuit.

- Michel a déplacé certains obstacles mobiles.

 

Après discussion, on se met d'accord sur les points suivants :

- pas de déplacement du point de départ. arrivée.

- pas de déplacement des obstacles mobiles.

 

Cette décision prise, on décide aussi de tirer au limographe le plan de la cour avec ses obstacles. Cela permettra un travail de recherche plus rapide.

 

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On est arrivé ainsi à construire les 64 circuits à 0 boucle.

Voici le début de la classification, qui comprend :

        les circuits 0 - 1 soit 6 circuits

        les circuits 0 - 2 soit 15 circuits

 

Ces nombres correspondent aux différentes combinaisons de six éléments pris un à un, puis deux à deux.

 

La longueur de la recherche et la lassitude des enfants ont fait que nous n'avons pas étudié les cas à 1 et à plusieurs boucles.

 

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LE PROBLEME DE L'ENVELOPPE

  

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C'est l'étude des seize première séquences qui va permettre de prolonger la recherche de façon systématique.

 

Remarques :

 

- En comparant

                      D B E C B A C D A                      et                      D B E C B A D C A

 

on remarque que ces deux séquences diffèrent seulement par la permutation les lettres

 

C et D voisines.

 

De même pour

                  D B E C B A D C A                  et                  D B C E B A D C A

 

on a ici, permuté E et C.

 

- Chaque séquence comporte neuf lettres

                  2 A      2 B     2 C      2 D      1 E

 

- Dans chaque séquence, on peut lire la « sous-séquence » B E C ou C E B Cette sous-séquence n'est jamais au début ni à la fin.

 

-          D B A D C E B C A et A C B E C D A B D

 

Bernadette et Eliane ont remarqué que la deuxième séquence est « l'envers » de l'autre. Elles vérifient que toute séquence peut être prise dans les deux sens

 

à ACB ECD ABD ß

 

Avec une séquence, on peut construire deux « enveloppes ».

 

D'où la réflexion de Gabriel : « Si je pars de chez moi pour aller au plateau, je peux revenir du plateau chez moi ! »

 

- Si ça commence par A, ça finit par D

et

- Si ça commence par D, ça finit par A

 

A la suite de ces remarques, on va construire d'abord les séquences, puis vérifier qu'on peut construire l'enveloppe correspondante.

En tête, on place A. On place D à la fin. On place la sous-séquence B E C ou C E B à un endroit quelconque

 

A . . B E C . .D

 

Il reste quatre lettres à placer dans la séquence :

 

A, B, C et D.

 

Et on établit les règles suivantes :

 

- on ne peut pas mettre deux fois la même lettre en suivant : A A

- si, à la suite du A, on met C, par exemple, on ne peut plus mettre A à côté de C

 

A C . B E C A . D                        ou                        A C A B E C . . D

 

- si donc, à la suite de A, on place C, on fixe la lettre suivante qui ne peut être que D

 

A C D B E C  . .D

 

La lettre qui suit le deuxième C est obligatoirement B, car, sinon, on aurait C A ou C D, sous-séquences déjà placées.

 

àA C D B E C B . D ß

 

La dernière lettre à placer est forcément A.               àACDBECBAD