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Bibliothèque de travail et de recherches N°37 – février 1980
L’ENTRETIEN DU MATIN
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SOMMAIRE
Chapitre
I : Historique de l'entretien
1. Aménagement d'un passage
entre deux réalités : la vie sociale et la vie scolaire
2. L'entretien moral et son évolution
Chapitre II :
L'entretien du matin en classe Freinet
A. CLASSE DE M.
1. La classe
2. La pédagogie Freinet
3. L'entretien
4. Matériel d'étude
5. Méthode de travail
a) Classification des prises de parole
b) Dénombrement
c) Etude par thèmes
d) Conclusion
B. CLASSE DE D
a) Observations générale
b) Les prises de parole
c) Dénombrement
d) Etude particulière des “incitateurs” de parole
e) Etude des thèmes et de leurs prolongements
C. ETUDE COMPARATIVE
DES DEUX DOCUMENTS
a) Situation des deux classes
b) Prises de parole par mois
c) Les catégories
d) Les prolongements
e) Conclusion
Chapitre III : L'entretien en pédagogie “traditionnelle”
A. CONSIDERATIONS GENERALES
B. UN ENTRETIEN “BANAL”
a) Cadre d'étude
b) Position de la maîtresse
c) Quelques généralités
d) Céline
e) Andrée
f) Naïma
g) Zoulika
h) Noël
i) Ce qui s'est passé
j) Les bilans
k) Conclusion
C. INFLUENCE DE LA PERSONNALITE DE LA MAITRESSE
1. Définition du travail
2. La classe
3. La maîtresse
4. Les prises de parole
a) Les thèmes
b) La dynamique
5. Les interventions de la maîtresse
6. La démarche pédagogique
a) Le vécu de la maîtresse
b) Dynamique générale
c) L'action de la maîtresse
7. Conclusion
a) Ce que pense la maîtresse
b) Ce que je pense
Chapitre IV : Eléments pour la mise en place d'une pédagogie de l'entretien
1. Place de l'entretien
2. Un moment ouvert sur des possibles
3. Un début, un contenu, une fin
4. Autres lieux de parole
5. Définition
6. Fonction instituante
7. Lieu d'où surgit la motivation pour le travail
8. Qualités sensibles
9. On ne progresse pas seul
10. L'authenticité et le don
Bibliographie
Photographies
Roger UEBERSCHLAG : couverture, p. 1 et 21
Jacques CAUX : p. 10
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Ecritures
Tu as pris des mots
Dans mes paroles
Pour en faire des oiseaux
Qui s’envolent
Et moi je t’écris au féminin.
X…
in Poèmes d'adolescents ‑ Casterman éditeur
Débutons par un lieu commun : toute relation pédagogique se fonde sur une certaine forme de communication.
Simplement pour situer ce présent travail sur l'entretien du matin. A travers toutes les techniques pédagogiques, celle qui nous semble être d'abord volonté de communication, apprentissage de la communication et peut‑être seulement cela, c'est bien l'entretien du matin.
Quoi de plus simple, en apparence, qu'un maître et des enfants parlant, essayant de parler ‑ de se parler ?
Ce qui serait intéressant de connaître, c'est ce que cache le mot communication, ce que peut être la forme ou les formes de communication optimum pour une pédagogie donnée, pour un groupe‑classe donné.
Tant il est certain que la communication établie entre les Pères Jésuites et leurs élèves est différente de celle établie dans une classe Freinet à structure coopérative.
Tant il est certain que la communication qui peut s'établir dans telle classe maternelle est différente de celle établie en faculté, même si les enseignants se réfèrent à la même théorie pédagogique.
Enfin, la communication varie dans sa qualité, sa densité, son contenu selon les heures d'une même journée, selon les lieux des différents ateliers.
On voit donc tout de suite la complexité du problème, tout ce que peut comporter d'insaisissable cette notion de communication.
Il s'agit de ne pas être trop ambitieux.
Nous avons choisi d'étudier une technique ouvertement reconnue de communication : l'entretien du matin.
Cette étude se fera selon différents axes :
‑ Historique de l'entretien.
‑ Analyse approfondie de l'entretien en pédagogie Freinet.
- Analyse de l'entretien selon diverses pédagogies.
- Tentatives d'approche pour une pédagogie de l'entretien.
Pour ne pas alourdir ce travail nous avons tenté de réduire au maximum la partie codage/décodage, mais nous nous tenons à la disposition de ceux qui désireraient de plus amples renseignements.
Enfin, ce travail ne pouvait être le fruit que d'observations prolongées en classe et de nombreuses conversations avec les enseignants concernés. C'est dire qu'il s'étale sur huit années de contacts à même les enfants.
Que ceux‑ci, leurs maîtresses et leurs maîtres soient ici chaleureusement remerciés pour leur gentillesse et leur participation.
L'ouvreur de vannes
Je suis l'ouvreur de vannes
des écluses de la vie.
Je libère les eaux fécondes
qui apportent la vie.
Celles que l'oiseau chante,
que le ruisseau murmure,
que la fleur exhale.Michel 11 ans
in La porte de la clé perdue
Casterman éditeur
1. Aménagement d'un passage entre deux réalités : la vie sociale et la vie scolaire
1. L'enfant passe chaque matin d'un monde à un autre. Il passe du milieu familial et social au milieu scolaire. On ne peut nier que ce soient ‑ dans notre société ‑ deux mondes différents, le second étant vécu comme clos, lieu d'une certaine forme d'initiation.
Depuis quelques dizaines d'années bien des pédagogues se sont penchés sur ce moment d'arrivée des enfants, moment d'accueil, de réception des enfants. C'est le moment où les parents laissent leur enfant, où l'enseignant prend en charge l'enfant.
Cette prise en charge est, bien entendu, très différente, non seulement selon les pédagogies employées, mais surtout selon la personne de l'enseignant. Plus ou moins brutale, plus ou moins douce, elle est toujours vécue comme un sas.
Longtemps ce moment a été utilisé pour dresser un écran encore plus opaque entre la réalité familiale et la réalité scolaire. Seule cette solution de continuité permettait l'apprentissage, croyait‑on.
Puis il a été utilisé comme moment privilégié pour inculquer valeurs morales et patriotiques.
Enfin, cette grille de séparation devint moins opaque et permit à la réalité extérieure d'entrer dans la classe avec toutefois un filtrage plus ou moins sévère ‑ plus ou moins avoué.
2. L'entretien moral et son évolution
2. Ce moment se retrouve nettement institutionnalisé dans les Instructions Officielles successives de 1887 - 1923 ‑ 1938 ‑ 1947...
Son objet, sa définition, sa destination sont à la fois clairement exprimés et remarquablement stables historiquement.
Si, sur le plan général, les I.0. de 1887 (citation reprise en 1923) disent que “ La seule méthode est celle qui fait intervenir tour à tour le maître et les élèves, qui entretient pour ainsi dire entre eux et lui, un continuel échange d'idées”, le seul moment de la journée où l'on n'y parle pas de leçons ou d'exercices est celui de l'enseignement de la morale. Jusqu'aux dernières Instructions pour l'enseignement du français de décembre 1972, l'entretien n'y est conçu que comme entretien moral. L'entretien n'est jamais dissocié de l'éducation morale. C'est un moment réservé à l'éducation du “faire‑vouloir”, basé sur l'affectivité, le modèle. Le maître n'est ni le père, ni le prêtre. En fait, il doit être l'un et l'autre et même quelque chose en plus.
Les entretiens seront centrés autour d'exemples édifiants choisis par le maître. C'est, comme disent les I.0. de 1923, un “art d'incliner la volonté libre vers le bien ”.
A partir de 1938, le seul changement à noter est la diminution de moitié du temps réservé à cet entretien : une heure par semaine au lieu de deux heures.
Il n'est donc pas question d'entretiens conçus comme des dialogues ou des échanges, mais bien de l'acquisition de principes moraux.
L'enseignant y agit à plein comme l'instituteur au sens étymologique. Que cela soit fait d'une manière douce ou brutale, insidieuse ou claire, l'enseignant doit faire entrer dans la tête des enfants (qui n'y seraient pas naturellement enclins) les principes généraux de la morale en place.
En général, ce moment se déroulait ainsi : lecture d'exemples édifiants, parfois discussion pour “incliner la volonté libre des enfants” (sic), copie d'une maxime, suivie de son apprentissage.
On trouve encore ça et là quelques manifestations de cette méthode. J'ai trouvé dans des cahiers d'enfants :
“Je dénoncerai mon camarade qui a volé”.
“Je me mouche toujours dans mon mouchoir”.
“Je laisse le passage aux grandes personnes”.
Ce sont les “pédagogies nouvelles” qui, peu à peu, feront intervenir de plus en plus activement et de plus en plus continûment la parole propre de l'enfant.
Le changement est en soi une révolution en ce sens qu'il reconnaît une parole propre à l'enfant, que les principes moraux doivent être appropriés plutôt que subis, que l'on peut coexister en ayant des morales différentes, que la notion de pouvoir se relativise.
Mais si l'enseignement de Rousseau est un entretien constant avec l'enfant, c'est aussi un entretien factice. Emile n'y est pas sujet, mais objet et même le jouet du précepteur qui sait tout et prévoit tout.
M. Montessori introduira la réelle valeur de l'expression spontanée enfantine.
Les recherches et enquêtes dont les conclusions forment le “plan Rouchette” de 1970 ne font pas expressément mention de cette technique ; pourtant, la priorité qu'elles donnent à l'oral, au besoin de s'exprimer, de s'affirmer, de communiquer, qu'il s'agit de maintenir dans toute sa vérité en admettant différents niveaux de langage, supposent une grande écoute et une grande disponibilité du maître à ce que dit l'enfant.
Les dernières Instructions pour le français parues le 4 décembre 1972, disent qu'“il faut aider l'enfant à communiquer et à penser”, lui “apprendre à parler, à écouter”. “La forme la plus simple” pour y parvenir est “ l'entretien régulier, non systématique” dans “un climat de confiance et d'amitié”.
Mais cet entretien n'est pas une institution née du groupe ; elle vient du maître.
L'entretien est le premier maillon d'une chaîne qui, partant de lui, arrive aux exposés d'enfants en passant par la voie de la vie coopérative.
Louis Legrand, dans son livre “L'enseignement du français à l'école élémentaire”, rappelle que “ la motivation, l'expression spontanée libre sont indispensables dans la mesure où elles sont susceptibles de créer un champ, au sens de la Gesttalthéorie, capable de vivifier l'apport de l'imitation et de la mémoire”. “Nous cherchons à communiquer pour appeler à l'aide : c'est probablement la première motivation du langage”.
Quant à la pédagogie Freinet, qui nous intéresse directement pour replacer cette étude dans le champ des classes choisies, elle ne fait pas non plus directement mention de l'entretien comme technique bien délimitée et cloisonnée ; mais elle insiste sur le climat général d'échanges constants entre le maître et les élèves, entre les élèves entre eux :
L'entrée en classe un lundi matin
“Nous voulons que notre école soit la maison familiale où s'épanouit le cœur et s'extériorisent les pensées... Il nous suffit de sentir cet élan, de le capter, de l'utiliser, de l'exploiter pédagogiquement...
L'entrée elle‑même est plus ou moins animée et bruyante...
Nous ne sommes pas rigoureux sur la forme de la politesse. Cet enfant vient vers nous, pressé de nous faire part d'une découverte faite en route ou d'une nouvelle à nous annoncer. Dans sa hâte, il oublie de dire bonjour : mais sa confiance affectueuse n'est‑elle pas le plus délicat des bonjours ! Un autre apporte un objet pour notre musée ‑ pierre, plante ou pièce d'antiquité ‑ ou une revue illustrée dont nous tirerons de suggestifs documents pour notre fichier. Une fillette nous offre un superbe bouquet de fleurs, ou le premier ‑ le second, car le premier, on ne peut résister au plaisir de le savourer ‑ pendant de cerises.
Cette vie si confiante, impatiente de s'extérioriser, nous n'avons garde de la rabattre doctoralement ou avec un dédain plus ou moins vexant...
Et s'il en est, parmi ces arrivants, qui restent muets, sérieux et tristes, loin de nous en réjouir, nous saurons nous en émouvoir pour tâcher de connaître les raisons profondes de cette anomalie...
Si nous atteignons à cette camaraderie qui peut s'élever à la dignité de communion... notre programme pédagogique est ainsi tout tracé”.
(C. Freinet ‑ L'Ecole Moderne Française)
Ce texte de Freinet a longtemps servi de modèle pour les enseignants pratiquant cette pédagogie.
Mais son fondateur est mort depuis douze ans. Bien des choses ont évolué dans le mouvement qu'il a créé et qui, lui, est bien vivant. Néanmoins, on peut encore s'y référer tout à fait valablement. Le seul mot qui serait peut‑être à remettre en question, c'est celui de “communion”.
De même, les praticiens de la pédagogie institutionnelle peuvent se référer au texte de Freinet pour une définition de l'entretien. Leur écoute est peut‑être plus “psychanalytique”.
Mais les praticiens du Mouvement de l'Ecole Moderne Française (C. Freinet) comme ceux de la pédagogie institutionnelle (F. Oury) se reconnaîtront dans ce texte de Monique Salaün (projet d'une définition de l'entretien, in Vocabulaire de l'Education de J. Vial ‑ P.U.F. 1979) :
“ L'enfant arrive à l'école riche d'expériences, de projets, de rêves, d'émotions.
L'entretien va être pour lui un des moyens d'expression qui va lui permettre de “dire”, de “se dire”. Et ce monologue va, peu à peu, devenir dialogue dans lequel l'enfant va donner, échanger, dire “à quelqu'un”. L'entretien est aussi pour l'enfant le moyen de découvrir les autres car la découverte de leur expression va passer par le relais de ses propres expériences, de ses propres préoccupations, de ses propres émotions.
L'entretien est une conversation qui, par son authenticité, établit ‑ aide à établir ‑ la relation et la communication entre l'enfant et le maître. Les enfants entre eux.
Ceci suppose que dans la classe se soit instauré un climat d'écoute, de respect de l'autre, de confiance entre l'adulte et les enfants, les enfants entre eux”.
Enfin, pour différencier ce moment d'avec d'autres, il faut dire encore que l'entretien n'est pas la réunion de coopérative, le conseil de coopérative (que l'on retrouve dans les deux courants pédagogiques précédents).
Durant l'entretien, on ne règle pas les problèmes de gestion, d'organisation du travail, de la vie en groupe. L'entretien ne sert pas à la transmission des connaissances, comme durant les conférences d'enfants.
Ce n'est pas une discussion autour d'un sujet décidé à l'avance comme durant les débats.
C'est un moment privilégié où le groupe se met à l'écoute ‑ et parfois à parler. Un moment où va se renforcer la connaissance mutuelle des personnes là présentes, pourtant orientées vers un but commun : le grandissement et l'épanouissement de chacun.
C'est dire enfin qu'ainsi se fonde un moment institutionnel et vite reconnu comme tel.
Peu importe qu'il ait lieu le matin ou à un autre moment, avec tout le monde ou seulement avec ceux qui se sentent concernés.
A. ‑ Classe de M.
1. La classe
1. M. est un petit village de campagne de trois cents habitants environ. Le couple d'instituteurs y enseigne depuis neuf ans. La même pédagogie, la pédagogie Freinet, y est appliquée depuis leur arrivée. La maîtresse a (des petits”, c'est‑à‑dire une section enfantine, un C.P., un C.E.1 et un C.E.2 représentant un éventail d'âges allant de quatre à huit ans. C'est de l'année scolaire 1970‑71 dont nous parlerons et c'est sur cette classe que portera l'étude.
Voici la structure de la classe :
Jacky, Bernard, Pascal, Lydie, Brigitte, Isabelle sont cousins et vivent dans un hameau du village assez isolé. Ils forment un groupe, vont à l'école et la quittent ensemble.
Pierre‑Louis et Jean‑Michel vivent au bourg.
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Garçons |
Filles |
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S.E |
Michel Jean Bruno |
Véronique Muriel Florence |
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C.P |
Thierry Claude Denis |
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CE1 |
Jacky Bernard Pascal |
Muriel |
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CE2 |
Pierre-Louis Jean-Michel |
Lydie Brigitte Isabelle |
2. La pédagogie Freinet
C'est la pédagogie ici appliquée.
Cela veut dire qu'elle correspond aux normes mises en place dans le Mouvement de l'Ecole Moderne Française.
Les enseignants en sont d'ailleurs des militants actifs. On y pratique au moins les techniques indispensables dans un souci constant de recherche et de meilleure efficacité :
‑ Le texte libre, la correspondance scolaire, le journal scolaire, l'imprimerie, structure coopérative de la classe.
‑ Les conférences d'enfants, les ateliers de libre recherche, les plans de travail, les ateliers d'expression libre artistique, l'apprentissage de la lecture par la méthode naturelle.
Enfin, l'Inspection Académique et l'Ecole Normale y envoyaient leurs stagiaires.
Certaines productions de cette classe ont paru dans les diverses publications de l'Ecole Moderne : B.T., Bibliothèque enfantine, Art enfantin, etc.
3. L'entretien
Il a lieu chaque matin dès l'arrivée. Il dure environ une demi‑heure.
Les enfants se placent selon leur désir autour de la maîtresse qui est parmi eux à leur hauteur.
C'est un moment habituel, attendu, nécessaire.
4. Matériel d'étude
Le cahier‑journal de la maîtresse, tenu à chaque moment de la classe comme aide‑mémoire et témoin de ce qui se dit et fait.
Bien entendu, ce matériel n'est pas objectif. L'enregistrement sur bandes magnétiques eût été supérieur.
La variable qui sera la plus touchée sera le rôle propre de la maîtresse. Nous en tiendrons compte. Néanmoins, la maîtresse a noté très scrupuleusement les échanges et nous verrons que ceux‑ci sont suffisamment riches pour mener une étude assez profonde.
5. Méthode de travail
a) Classification des prises de parole.
b) Dénombrement.
c) Etude qualitative.
d) Conclusions.
a) Classification des prises de parole
J'ai composé un tableau classique à double entrée. En ordonnée, les jours de l'année ; en abscisse, les catégories des prises de parole. Aux intersections, les enfants sont inscrits avec leur initiale. Pour la maîtresse, le signe : 0. Pour les adultes, le signe : A. Pour les prises de parole anonymes ou, le plus souvent, collectives, le signe A. Ce signe marque surtout les moments où l'échange devenait intense : il n'était plus possible alors à la maîtresse de suivre chaque parole (ce tableau n'est pas reproduit).
A partir d'un échantillon de quelques semaines, j'ai pu dégager cinq grandes catégories : Informations. Evénements. Observations. Propositions. Affectivité.
Chaque catégorie était subdivisée en sous‑catégories. Les voici ci‑dessous avec un exemple pour chacune :
Informations était subdivisée ainsi :
sur soi
ex. J'ai passé mes vacances chez Mémère
sur famille ex. Maman va travailler
sur camarades ex. Les grands ont installé des pneus
dans la cour
sur maîtresse catégorie non représentée
sur village ex. Les ouvriers creusent le
trou du transformateur
sur le monde ex. Voici comment on utilise le
marc
raconter un jeu catégorie non représentée
raconter une activité ex. Voici comment j'ai fabriqué un
piège à guêpes
sur nature ex. Sur les arbres on met du poison
pour les oiseaux
sur animaux ex. Il y a un élevage de chinchillas
à T.
Evénements était subdivisée ainsi :
sur soi
ex. Mon ongle va tomber, je l'ai pincé
sur famille ex. Ma mère a eu un anneau dans
le ventre
sur camarades ex. Le chat de Marguerite s'est fait
écraser
sur maîtresse catégorie non représentée
sur village ex. Près de chez nous, il y a
un nid de guêpes
sur le monde ex. Le général de Gaulle est mort
sur animaux ex. Notre chatte a encore pris un
oiseau
Observations était subdivisée ainsi :
de soi
ex. On a une mémoire qui réfléchit la nuit
de la famille non représentée
des camarades non représentée
de la nature ex. Je sais planter des haricots
(avec explications)
du milieu social ex. Echanges autour de l'usine P
des animaux ex. Echanges sur les chinchillas
Propositions était subdivisée ainsi :
de travail
ex. Je peux faire de la compote de pommes
d'organisation ex. Je voudrais préparer l'atelier
d'argile
de jeu non représentée
critiques non représentée
félicitations non représentée
présentations de travaux seulement chiffrée
Affectivité était subdivisée en deux catégories antagonistes : Plaisir et peine, chacune subdivisée ainsi
vers soi
ex. T. raconte sa fugue de la maison
vers maîtresse ex. Regarde maîtresse, mes bijoux
vers famille non représentée
vers camarades ex. Je vous ai apporté du placage
chants simple notation des enfants qui
chantent le matin
· Tout de suite, nous pouvons faire quelques observations générales sur les catégories non représentées : ‑ on ne raconte guère un jeu autre part que dans la cour. D'autant plus que dans un tel cadre pédagogique, la frontière entre le jeu et le travail est très floue. Ainsi, si un enfant dit : “j'ai inventé tel parcours dans la cour” et que cette parole est reprise par le groupe pour être utilisée en “gymnastique”, cette parole devient un travail.
-Les observations de la famille restent en famille ou dans l'intimité de chacun. C'est normal, mais ceci marque la frontière entre l'école et la famille.
‑ Les propositions de jeu ne se font que dans la cour ou dans la rue. Ceci marque encore une des limites de l'entretien : on peut y dire beaucoup, mais pas tout ou n'importe quoi.
‑ Critiques et félicitations se disent dans un autre moment institutionnel : la réunion de coopérative.
‑ Lorsqu'on a à dire son plaisir de la famille, on le dit en famille.
Je peux noter une bonne dispersion générale dans les différentes catégories. Ce qui peut montrer à la fois un bon choix de celles‑ci et la constance de la largeur d'utilisation du cadre institutionnel de l'entretien.
L'absence de la catégorie : peine à cause de la maîtresse est significative. La maîtresse est constamment aidante.
· Les prises de parole
Au premier trimestre, on peut noter la quasi totalité des prises de parole individuelles.
Prises de parole individuelles
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Prises de paroles |
Δ |
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1er T. |
251 |
39 |
|
2ème T. |
184 |
78 |
|
3ème T. |
62 |
37 |
A partir de ce tableau, on voit que la maîtresse note de moins en moins au fil de l'année. A ceci, une double explication : au début, la maîtresse accorde une grande place à l'entretien, car elle veille à sa mise en place institutionnelle. Puis, peu à peu, la machine est rôdée et tourne presque d'elle‑même. De plus, en avançant dans le temps, l'institution s'assouplit et beaucoup de choses se disent dans le cours même de la journée. Elles ne sont plus alors notées.
Il nous sera donc possible de mener notre étude sur deux fronts :
- Faire une étude détaillée du premier trimestre.
- Faire une étude par thèmes pour toute l'année.
b) Dénombrement
Les prises de parole ont été regroupées par enfant et par jour.
La moyenne pour septembre est 8, 9 prises de parole par jour avec un seul Δ. Le premier jour est privilégié, ce qui est évident. Il est de plus très probable que l'entretien a duré plus longtemps ce jour‑là.
Il y a une remontée le 28 septembre. En effet, JMi a apporté un nid de frelons détruit la veille par ses oncles. Le thème a beaucoup intéressé et on décide de faire une sortie l'après-midi pour aller voir d'autres nids.
Pour octobre, la moyenne tombe à 6,2 avec 16 Δ. De nombreux événements intéressent en effet toute la classe. Le groupe s'organise, tout le monde parle ; des propositions d'organisation d'ateliers et de travaux sont faites. Parmi les principaux thèmes, il faut noter : les vendanges, les betteraves, et surtout les correspondants qui ont une grande importance tant sur le plan affectif que sur celui du travail. De plus, ils viennent passer la journée du 27 octobre, ce qui justifie les nombreuses prises de parole du 28 octobre. Ce jour‑là, on parle beaucoup des corres et les colonnes les plus utilisées dans le tableau de base sont : plaisir vers soi et vers les camarades, propositions de travaux et recherches.
La moyenne pour novembre est 5,5 avec 11 Δ Le 4, c'est la rentrée des vacances de Toussaint, le thème important de ce jour est : le rêve, à partir d'une parole d'Isabelle. Le 9, on raconte de nombreux petits événements personnels. De même pour le 17.
La moyenne pour décembre tombe à 2,4 et 11 Δ. On peut penser que la classe tourne collectivement ; mais c'est aussi le moment de la fête de Noël qui se prépare (à partir d'une histoire racontée le 4 par un petit : Bo), ce qui est justifié par les paroles collectives des trois derniers jours.
· Un autre mode de classement m'a permis de ranger chaque enfant selon son nombre de prises de parole.
On remarque immédiatement :
‑ l'absence de Jean, un petit très retardé qui sait à peine parler,
‑ l'absence de Catherine, la petite “vaniette” qui n'arrivera qu'en janvier et quittera l'école un mois plus tard,
‑ ce sont les plus grands qui parlent le plus. Pourquoi ?
Les grands ont l'habitude de la classe. Ils retrouvent une ancienne structure qu'ils ont pu apprécier les années précédentes.
Ils savent mieux parler. Ils ont plus d'assurance, ont le souci d'organiser, de communiquer par l'intermédiaire d'un groupe et non plus seulement de la maîtresse. Ils ont aussi le souci de s'affirmer. La classe est déjà leur classe. Ils donnent le “ton” et la maîtresse s'appuie probablement beaucoup sur eux pour le démarrage.
Est‑ce à dire que les petits soient lésés ? Sûrement pas ; car, dans la structure de travail de la classe, les petits (S.E., C.P.) travaillent avec la maîtresse aussitôt après l'entretien, pendant que les grands font leur travail personnel. Ils sont donc moins concernés par l'entretien, sachant qu'ils auront. leur “moment” ensuite.
Ce travail consistant essentiellement en : raconter des histoires, en parler, en choisir une pour une séquence de lecture (approche globale et systématisation).
Enfin, ce sera à partir de la parole d'un petit (Bo), reprise par le groupe et valorisée par la maîtresse, que l'on élaborera le thème de la fête de Noël.
· Quelques données individuelles.
Jacky, qui parle le plus en C.E.1., est un garçon d'un an plus âgé que son groupe ; il a redoublé.
Pascal est très attiré par le travail scolaire ; il “colle” à toutes les activités de la classe et donne toujours le maximum.
Michel et Muriel, qui parlent le plus en S.E. sont aussi un cas particulier, du même hameau que la plupart des grands, ils venaient déjà à l'école l'année dernière “pour les accompagner”. De plus, Michel est d'un an plus âgé (cinq ans au lieu de quatre).
On peut donc noter une relation étroite entre l'âge des enfants et le nombre de leurs prises de parole. Mais cette notion d'âge n'est pas à prendre au pied de la lettre car elle en cache plusieurs autres, comme nous venons de le voir.
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A partir de ce graphique, nous voyons encore se détacher nettement trois “étoiles” : B, P, I.
Brigitte, se détache nettement, d'autant plus qu'elle a encore à son actif quatre chants du matin. Brigitte apporte beaucoup d'informations et d'événements (19), apporte beaucoup aussi dans le domaine affectif positif (16), un peu en négatif (4) pour lequel il semble que ce soit l'influence d'isabelle. A noter qu'elle sera la seule où, au cours d'un entretien, elle “dénoncera” ses camarades et provoquera ainsi une discussion très animée.
Brigitte semble très fixée sur la maîtresse qui est pour elle le modèle de femme idéale qui lui permet de quitter un milieu familial très bas. Brigitte épouse donc de très près le modèle pédagogique magistral qu'elle sent, devine et prévient.
A noter encore que Brigitte et Pierre‑Louis sont nettement opposés et rivaux . ils ne peuvent se supporter, mais travaillent toujours ensemble. Le conseil de coopérative, voire l'entretien, sont le théâtre de leurs oppositions.
Pierre‑Louis est le fils de la maîtresse. Il a une vie riche et variée. Il apporte beaucoup en classe, surtout dans les domaines des informations et des événements. Il sait beaucoup de choses et veut le montrer. C'est un peu le “journaliste” de la classe, mais il apporte aussi' énormément dans le domaine de la nature.
Il sait aussi organiser.
A noter que l'affectivité n'est représentée qu'en positif et dans les catégories du soi et des copains (surtout). C'est donc un garçon bien socialisé ou qui cherche à l'être.
Isabelle apporte également en tous domaines, observe profondément (surtout elle‑même), chante beaucoup. Mais il est manifeste qu'elle veut être la première, la meilleure. C'est une personnalité obsessionnelle, très riche et complexe, mais souvent pathologique. Elle vit dans son monde qui peut aller de tentatives de suicide complaisamment racontées devant toute la classe à l'observation rigoureuse et fine de soi (pourquoi rêve‑t‑on ?). Son ambivalence vient probablement du fait qu'elle n'assume pas aussi bien que Brigitte sa projection sur la maîtresse, car elle vient, elle aussi, d'un milieu familial très perturbé, dans lequel se fait sentir en plus l'influence d'une religion mal comprise.
Jacky débutera l'année par un chant, ce qui montre sa parfaite adaptation au milieu scolaire. C'est un garçon pratique qui bricole, informe, et organise.
Pascal semble, lui aussi, bien intégré. Il s'exprime beaucoup tant sur le plan informatif que sur le plan affectif. C'est le frère de Lydie. La maîtresse le dit très attaché à elle, voulant toujours bien faire.
Lydie est égale en tout. Elle ne parle pas pour ne rien dire ; mais ses paroles pèsent. Sa sensibilité s'exprime seulement dans le registre positif, on peut penser que c'est une fillette équilibrée.
Jean‑Michel informe et organise. Il n'exprime pas son affectivité. Le modèle magistral passe probablement par le relais de Pierre‑Louis. Ce que souhaite Jean-Michel, c'est être le fils de la maîtresse.
On peut bien entendu croire que je m'avance beaucoup en donnant de telles conclusions à partir de quelques tableaux. En fait, je n'ai pu le faire que par un constant va‑et‑vient entre ces tableaux et les paroles vraies des enfants rapportées dans le cahier‑journal de la maîtresse, paroles que je ne peux bien entendu transcrire ici, faute de place. De plus, j'ai demandé à la maîtresse si ce que je pensais des enfants correspondait à la réalité, ce qui était pratiquement le cas partout.
Enfin, je ne me suis avancé que pour les enfants pour lesquels je possédais suffisamment de renseignements.
c) Etude par thèmes
Cette étude est la suite logique de la précédente. En effet, il était indispensable de savoir ce que devenaient les paroles des enfants.
Ce fut une recherche très difficile, car l'“ utilisation” des paroles peut être très diverse et surtout ne pas laisser de trace tangible.
Quand Brigitte dit : “Mon grand‑père est mort”. On échange quelques mots et c'est clos.
Quand Isabelle dit : “Hier, j'ai voulu me suicider”. La maîtresse répond, et c'est tout. Et c'est le mieux.
De même pour des paroles du genre : “Ma corres est jolie”. “De Gaulle est mort”, etc.
Néanmoins, une classe est un endroit où l'on travaille. Une classe Freinet est un endroit où se forme et s'affine l'“Education du Travail”. Il est donc intéressant de voir si la parole des enfants est transformée en travail et dans quelle proportion. Il est intéressant de savoir si l'information pittoresque, la note sensible, l'événement important, l'animal ou la plante apportée, l'observation exacte n'ont pas seulement été qu'un moment agréable de conversation, mais ont été appropriées par le groupe pour être creusées, affinées, utilisées, transformées en matériaux tangibles.
Pour cette transformation, l'influence de la maîtresse et, conjointement, celle du groupe, sera bien entendu prépondérante. En fait, ce sera toujours celle du groupe qui sera déterminante, celle de la maîtresse n'étant, en général, qu'une invitation plus ou moins pressante.
D'où le tableau suivant qui regroupe tous les thèmes des entretiens journaliers. La colonne 2 met, en face, les albums réalisés durant la même période ; donc réalisés, soit à partir de thèmes d'entretiens, soit à partir d'autres thèmes.
Thèmes Albums
Septembre
Guêpes (P.)
Guêpes
Petits travaux de J.
Suicide (Isa)
Tournesols (P.)
Tournesols
Gourmands (Corres)
Cabanes (I.)
Cabanes
La mer (P.)
Suicide‑Danse
Avec des pneus
Frelons (JMi)
Frelons
Octobre
Gelée de mûres (Corres)
Animaux
on n’a pas eu d ‘école, alors…
Animaux
Les chiens
Vendange
Textes anormaux (I.)
Lecture de poèmes
Vendange
Fugue Automne
“ Voici l’automne… ”
Textes lus
Plaintes
Brigitte et sa sœur
La musaraigne
Boîte à questions
La petite mer, le bateau et la tortue (Pa)
(Corres.)
Vin doux
Les loups qui chantaient (Bo)
Sorgho
Mort grand‑père (B.) (Corres.)
Voilà comment nous sommes à M.
Corres.
Corres.
Corres.
Corres.
Corres.
Corres.
La bonne journée de mardi (corres.)
Novembre
Rêve
Visite du cidrier
Divers travaux grand‑mère (M.)
Habits plastiques + textes
Larmes
Circuit dessins
Le phoque (P.)
Mort De Gaulle
Poupées géantes
Circuit dessins
Grande tapisserie
Raz‑de‑marée + grenade
Habits en sac (I.)
Divers
Le crabe (Be)
Usine placage
Petit‑bateau
Avion de Bruno
L’avion de Bruno
Chinchillas + le froid
Chinchillas
Sanglier
Sanglier
Décembre
Hiver
Camargue
A propose de votre album sur les étoiles
Les loups
Le busard (T.)
Claude (papa)
Les loups (Bo)
Vieilles photos
Histoire pour une bande
Travaux
Des costumes + 5 poupées
Corres.
Tout sert dans la vie
Travaux présentés
Qu'avons‑nous dans notre corps ?
Travaux
Travaux
Janvier
Travaux
+ Evénements
Le froid (1.)
Le froid
Les sources
Hier, aujourd’hui, demain
La caravane de Cathy
Nos papas (CP)
Lettre aux corres.
Caravane + corres. +
Expériences et
Pa et ses frères
fours solaires (P.)
Isa. et ses malheurs + carnav. + corres
24 diapos
Dessins de petits
Le vent (L.)
Isabelle
Marionnettes
Corres.
Corres.
La nuit dans mon lit
La nuit dans mon lit
Colis des corres.
Tapisserie crayolor
Mort de Alavoine
La mode de Lydie
Aux corres.
L’arbre de vie
Brancusi
Histoire voyageuse (corres.)
Février
Aux
corres.
Concorde + Apollo
Vieux livres
Apollo 14
Brancusi
Rêves
Canada
Canada (Canadiennes en classe)
Voyage à la neige
Brancusi (I.)
idem + Apollo
La grosse araignée (CP)
aux corres. + le verre
Apollo 14
Retour de la neige
4 tapisseries Lydie, cartons collés,
Matiss
Eclairage + Neige retour
Les bateaux
Aux corres
Masques
Présentation collages
Vous rappelez‑vous au ski ?
(corres.)
Mort grand-père Ja + nature
La panne de lumière
Premiers chatons de noisetier
Chatte
Mars
Opération
mère Lydie
Aux corres.
Quand nous serons grands
Lecture textes des corres.
Grattages
Accident de voiture
Le cheval de Christophe
La lune (exposé de Patrick)
La buse (Jmi)
Lune
Graphiques
Grand‑mère de Brigitte
Brouillard
Chouette‑effraie
Chouette-effraie (Mu)
Animaux
Zootrope (Jmi et P.)
Animaux
Grattages. Quand nous serons grands
Poèmes
Baisers (L.)
Poèmes
Mouvements (L.)
Poèmes
Poèmes
Poèmes
Bagarre
Lettre des corres
En ce moment les oiseaux reviennent
Ver solitaire + printemps
Le cheval de Christophe
Avril
Chez
les corres.
Divers nature +
monde
Tableau moral (L)
Nid de pie
Environnement
Environnement
Corres.
Suma (petits)
Corres.
Coin des petits
Les chatons et la mère
Les pies + corres
La promenade
La fête au village
Tortue + poussins
Tortue (J.)
Animaux
Travaux divers
Calcul
Corres.
Pêche à la mare
idem
Printemps
Poisson + papillon
Orvet + chenille
Orvet
Corres. Les machines
Machine à enterrer les poteaux
et poser les fils
Juin
Le monde
Oiseaux plumeux
Fête des Mères
Machine transporteuse d’enfants
Machine arracheuse d’arbres
Les avions
Si l’homme venait…
Nuage, étoile…
Les jours de la semaine… (I.)
Machines-caméras.
.
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J'ai alors regroupé les mêmes données selon les six catégories suivantes : Art, Animaux, Plantes, Travaux, Evénements, Vie du village, Correspondants.
· Septembre : Thèmes de saison + le gros moment affectif créé par la parole d'Isabelle.
Octobre : Thèmes de saison + les correspondants (polarisation affective et de travail).
Décembre : on termine les travaux du trimestre, on les présente et on prépare la fête de Noël.
En affinant encore, on voit apparaître les “incitateurs”.
D'abord les albums réalisés à partir d'une parole d'enfant dont j'ai pu retrouver la trace exacte. P = 2, 1 = 2, JMi ‑ 1, Bo = 1. On retrouve là deux étoiles.
Ensuite les albums réalisés en général dans l'année et dont on connaît l'incitateur (parole venant de l'entretien ou non). P ‑7, 1 ‑ 7, L ‑ 7, JMi = 5, Bo = 4, J = 5, B e = 2, T ‑ 3.
On retrouve là trois étoiles. On remarque l'absence totale de Brigitte. A quoi cela peut‑il être dû ?
- Manque de vigilance de la maîtresse ?
- Enfant mal acceptée par le groupe ?
‑ Enfant ne se mettant pas facilement en vedette malgré sa parole facile ?
Je ne peux donner d'explication définitive, bien sûr. Ce qui est encore plus remarquable, c'est qu'on retrouve trace du travail de Brigitte dans tous les albums réalisés.
Si l'on étudie de plus près ce résumé général, on s'aperçoit que les albums de Pierre‑Louis se situent dans les mêmes catégories que ses prises de parole à l'entretien, ce qui nous renforce dans l'analyse de sa personnalité. Il est bien celui qui organise et qui apporte à la classe des thèmes d'information qu'elle ne connaît pas et dont elle s'empare.
Les sept albums d'Isabelle, quoique classés différemment expriment tous sa grande affectivité. Celui sur les Cabanes était au départ très affectif (pas cabanes pour exploration ou aventure, mais pour recréer une maison, une famille, un repli). Le thème repris par la classe est beaucoup plus narratif. De même pour l'album sur le Rêve, et celui sur les textes anormaux.
Lydie, l'artiste de la classe, se retrouve dans ses albums.
Les albums de Jean‑Michel reflètent sa personnalité, On peut noter l'apparition de Bernard, très poussé et valorisé par ses parents, qui, ayant compris l'esprit de travail de la classe, s'en saisissaient pour apporter eux‑mêmes à l'école leurs trouvailles. Bernard est le neveu d'Isabelle.
RAPPORT THEMES/ALBUMS
Ce rapport est important.
Les thèmes abordés sont tributaires de beaucoup de facteurs qui agissent en interaction
- affectivité des enfants,
- possibilité de parole,
- affectivité du groupe (thème reçu, accepté, refusé, admis, valorisé, etc.),
‑ influence parentale,
‑ influence magistrale, etc.
Il n'est guère possible de démêler tout cela. Néanmoins, on peut penser en gros que les influences les plus déterminantes (vu la permissivité générale de la classe) sont :
‑ la spontanéité des enfants,
‑ le champ très large de ce qui est admis.
Les albums représentent la trace matérielle du travail (bien qu'il n'y ait pas que cette forme de trace, bien sûr).
Ils sont la valorisation de tous et de chacun : de chaque enfant par ce qu'il y a mis, du groupe puisque les albums sont œuvres collectives (mais le groupe n'est pas déterminé, il varie avec chaque album), de la maîtresse enfin.
Comme je l'ai déjà dit plus haut, l'album est donc la marque tangible de cette éducation du travail tant prônée par Freinet.
Aussi s'établit‑il à leur encontre tout un jeu dialectique d'acceptation et de refus.
L'album est le point de convergence d'un grand nombre de forces :
‑ valorisation du groupe pour un enfant,
‑ valorisation de la maîtresse pour un enfant,
‑ volonté d'un enfant pour réaliser ce à quoi il tient, ‑ thème qui trouve de grandes résonances dans un enfant, dans le groupe, chez la maîtresse,
‑ souci militant de la maîtresse,
‑ etc.
A cela viennent s'ajouter le ou les “modèles” d'albums que peut posséder la maîtresse, les albums que reçoit la classe et provenant d'autres classes.
Tout ceci vient interférer et il est bien certain que le graphique ci‑dessous ne cherche pas à prétendre les dominer. Néanmoins, on peut, à partir de sa lecture, se hasarder à quelques réflexions.
La courbe des thèmes abordés durant le premier trimestre est régulière, à part l'importance plus grande accordée au thème : Travaux.
Mais la courbe des albums réalisés durant la même période accuse des irrégularités caractéristiques : la grande importance des albums Art vient‑elle d'une influence de la maîtresse, qui, sans le savoir, valorise cette forme d'expression ? La maîtresse possède‑t‑elle un modèle préétabli de ce qu'est un album ? La maîtresse a‑t‑elle une culture artistique ? Une “personnalité” artiste ?
La courbe des thèmes abordés durant toute l'année est plus irrégulière. Les thèmes les plus souvent abordés sont : les correspondants, les travaux, les événements, les animaux.
La courbe des albums réalisés pendant l'année accuse très fort les irrégularités du premier trimestre : il y a une surestimation énorme de la catégorie Art. La catégorie Animaux est, elle, mésestimée, malgré les nombreux apports des enfants. La catégorie Plantes est totalement délaissée. De même pour tous les autres thèmes.
Néanmoins, on ne peut tirer aucune conclusion au niveau de la catégorie des correspondants. En effet, la quasi totalité des albums leur est envoyée et il y a disparité complète entre ce qu'on en dit et ce qu'on leur envoie.
Ces remarques autour de ce graphique font donc apparaître l'influence de la maîtresse ; influence qui était jusqu'à maintenant laissée dans l'ombre. Ceci était normal. Si la maîtresse, en effet, note scrupuleusement les paroles de ses élèves, elle est beaucoup moins attentive à se noter. Elle l'a fait néanmoins et, si nous reprenons, d'après les premiers tableaux, ses paroles ; nous voyons qu'elle apporte
-une information sur le monde
‑ six propositions de travail (ce qui la classe parmi les plus fortes participations en ce domaine)
‑ deux affectivités, plaisir aux autres (en fait, aide aux autres).
Son rôle, bien qu'inexactement rapporté, est en fait non négligeable et se situe probablement surtout dans les deux importantes catégories que sont : l'organisation du travail et l'exemple affectif.
d) Conclusion
Nous avons pu dégager, après confrontation avec la maîtresse, une certaine physionomie de la classe.
Cette physionomie correspondait assez à la physionomie générale de la classe. C'est dire que l'entretien n'était pas un moment à part dans la vie de la classe, mais y était bien intégré.
La maîtresse et les enfants accordent une grande place à l'entretien du matin. Tout le monde parle plus ou moins : la moyenne de 8 prises de parole par jour est une forte moyenne pour un temps en général court (une demi‑heure). L'éventail des catégories représentées est large et constant. C'est un double témoin de permissivité et d'écoute de forte tolérance.
C'est le moment où tout le monde se retrouve bien ensemble pour parler de tout : on raconte petits et grands événements, on apporte trouvailles et découvertes, on dit son plaisir et son déplaisir, on chante, on lit des poèmes, on présente ce qu'on a réalisé, on organise le travail...
En voici quelques exemples :
‑ Pascal : pendant les vacances, j'ai fait de la compote avec des poires et des pommes. Maintenant, je sais bien la faire. Je peux aller ramasser des pommes et j'en ferai pour les petits.
‑ Bernard : mon ongle va tomber : je l'ai pincé dans la porte.
‑ Jacky : j'ai fait une chanson en regardant mon oiseau : “Il pleurait : je n'ai plus mon ciel... ”.
‑ Brigitte : j'ai choisi une récitation. Je vous la lis “Joie noire” de Jean Arp.
‑ Jacky : papa viendra samedi matin à l'école pour nous montrer à faire des cartouches.
‑ Pierre‑Louis : j'ai une nouvelle idée de gymnastique : avec mes mains, je peux me porter.
‑ Claude : je suis allé au foin. Je conduisais le tracteur.
‑ Pascal : chez Ch... ils font le sorgho. Ils l'ensilent derrière chez eux pour que les vaches aient à manger cet hiver.
‑ Isabelle : Babette a eu des vaisseaux claqués dans l'œil.
‑ Brigitte : Hier, les grandes sont restées tard pour tirer un lino et moi j'ai appris mes leçons.
etc.
Les éléments les plus marquants, les plus structurés, les plus dynamiques sont, bien entendu, les grands qui agissent pourtant chacun en conservant leur personnalité propre.
Lorsque le démarrage des premiers mois est assuré, le groupe prend en charge et assume les paroles individuelles ce qui est un signe certain de maturité.
La classe est une classe de campagne et ceci se voit à chaque instant. C'est la vie campagnarde qui entre à flots par les paroles des entretiens. Ce cercle d'échanges de base s'élargit grâce encore aux apports des enfants qui parleront des usines des alentours où vont travailler les parents. Des parents viendront en classe pour parler de leur métier, des enfants apporteront des matériaux. Et même, la petite Catherine, qui ne sera là qu'un mois, sera tout de suite intégrée, et c'est avec une curiosité toute naturelle qu'on l'interrogera sur sa vie nomade, qu'on ira visiter sa caravane, qu'on se renseignera sur la vie et le métier de vannier ambulant. Enfin, le cercle d'échanges s'élargit au monde avec la télévision.
Tout ceci est admis et accepté par le groupe et la maîtresse. Tout ceci ne restera pas brut et inutile, mais sera presque intégralement transformé en travail.
On peut dire qu'il s'agit d'une classe équilibrée où l'Education du Travail est la donnée primordiale. Où le travail n'est pas une besogne impersonnelle apportée par une maîtresse lointaine, voire inaccessible. Le travail est ce qui naît tout naturellement de la vie. Il est la mise en forme nécessaire et enthousiasmante de la vie profuse. Il permet la structuration, le progrès par la compréhension de plus en plus fine du monde.
Enfin, la maîtresse apporte, en appuyant de tout son poids, une ouverture inconnue dans le village : celle de l'Art en valorisant au mieux les productions enfantines.
On peut dire que, dans cette classe, l'entretien est doublement instituant :
‑ selon l'axe de l'affectivité d'abord : écoute, don de soi, se dire, se reconnaître,
‑ selon l'axe de l'apprentissage ensuite : un très grand nombre de paroles étant reprises, discutées, transformées en travail, ce qui suppose volonté constante de recherche et de dépassement de soi.
B. ‑ Classe de D.
Cette seconde étude de l'entretien dans une classe Freinet a été menée de la manière la plus exactement parallèle à la précédente pour pouvoir avancer des comparaisons valables.
Petite classe d'une école rurale à deux classes.
Couple d'instituteurs en place depuis onze ans et appliquant la pédagogie Freinet ; militants du Mouvement de l'I.C.E.M.
Structure de la classe étudiée tout à fait semblable : S.E., C.P., C.E.1, C.E.2.
Année 1973‑74
|
G |
F |
|
|
S.E |
Jean-Luc B. |
Valérie Catherine |
|
C.P |
Hervé* Jean-Luc O. Thierry |
Nadine Véronique |
|
C.E.1 |
Alain |
Emmanuelle* Yannick |
|
C.E.2 |
Jean-Claude |
Bernadette |
soient treize enfants dont deux * qui ont déménagé en novembre 1973.
Document de base utilisé : le cahier‑journal de la maîtresse.
Même méthode de travail pour le décodage et le classement des prises de parole.
Néanmoins, le contenu des entretiens s'avérant parfois sensiblement différent, j'ai été amenée à quelques remaniements.
Exemple. Catégorie : observations, Ajout d'une sous catégorie : observation sur un travail en cours.
“Je vais vous présenter mes expériences de filtrage ce matin. Nous verrons les progrès depuis hier”.
Catégorie : Propositions, nuancées à “critique”, transformées en “débat‑critique”. “A propos de l'émission de F. Delagrange d'hier... ”
Catégorie : Affectivité, ajout de plaisir et peine avec animaux “Ma renarde est revenue... ”.
a) Observations générales
¨ Catégories non représentées
Information : sur la maîtresse : même s'il y en a eu, la maîtresse ne les a pas notées (les jugeant sans doute sans importance ou induites ou... ).
Evénement : sur la maîtresse : idem (elle sait aussi, même si elle s'implique, tenir son rôle d'éducatrice et peut‑être là, éviter de s'avancer).
Observation : de soi :
· c'est peut‑être un stade de maturité que ces enfants n'ont pas encore atteint (on peut se souvenir du contenu que supposait cette catégorie dans la première étude exemple : “on a une mémoire qui réfléchit la nuit... W.
· ce peut être aussi le fait que la dynamique de entretien (dont on ne peut mesurer le développement ici par manque de vécu et de références) laisse de côté ce genre de réflexion et de recherche. On doit se souvenir que, dans la classe de M. il avait surtout pris racine à partir d'une ou deux fortes personnalités, aimant l'introspection, mais aussi personnalités marginales.
Proposition : de jeu : ces propositions se font dans la cour, dans la rue, etc., mais pas à ce moment de l'entretien.
Félicitations et critiques : se font à un autre moment institutionnalisé : “La réunion coopérative”.
Affectivité : plaisir et peine “à la maîtresse” : non noté par la maîtresse, trop impliquée à ces moments ou sachant se situer par rapport à ce qu'elle a à transmettre, aux enfants, de son affectivité propre.
¨ Nous pouvons noter une bonne dispersion générale dans les différentes catégories avec toutefois : ‑ une importance très grande donnée aux animaux et à la nature, dans toutes les catégories,
‑ une importance très grande donnée aux “activités racontées ou proposées”,
- le grand nombre de prises de parole notées A (collectives) dans toutes les catégories : ce sont des moments ou les échanges sont intenses et où il n'était plus possible à la maîtresse de suivre chaque parole. Ce sont des moments ou l'intérêt est général : chacun se sent concerné (qu'il parle ou, à la limite, qu'il ne parle pas ‑ mais la maîtresse sait, par le regard ou un signe que les enfants sont présents “ici et maintenant”.
b) Les prises de parole
|
Prise de parole individuelle |
Δ |
Σ |
|
|
Septembre 73 |
44 |
25 |
69 |
|
Octobre 73 |
96 |
34 |
130 |
|
Novembre 73 |
38 |
21 |
59 |
|
Décembre 73 |
65 |
17 |
82 |
Il faut préciser qu'un changement est intervenu dans la classe au cours du trimestre : la maîtresse a été malade, en novembre. La classe a été fermée pendant dix jours (du 20 au 30 novembre). Puis elle a été remplacée par une jeune institutrice qui a tenté de poursuivre ce qu'avait commencé la maîtresse sinon dans l'esprit, du moins dans la forme, du 3 décembre au 11 décembre. Ceci explique :
‑ le moins grand nombre de prises de parole en novembre,
‑ la différence entre le nombre de prises de parole individuelles et le nombre de A en décembre : la nouvelle maîtresse s'efforçant de “faire parler tous les enfants, tour à tour, le matin, scrupuleusement”. Nous aurons à reparler de cette période quand nous analyserons le contenu des prises de parole, qui subira, lui aussi, un changement.
c) DénombrementEn fonction des mois.
Pour septembre : la moyenne des prises de parole est de 5,75 par jour. Le premier jour est privilégié. Les enfants se retrouvent et ont beaucoup à dire.
17 et 18 septembre : les enfants sont réadaptés et ils se mettent au travail : leurs prises de parole sont de tous ordres :
pour ce qui est de rapporter l'événement que suscite l'ouverture de la chasse.
individuelles : des apports d'animaux, de plantes, d'objets à observer...
personnelles : Emmanuelle, par exemple a fêté ses 7 ans.
Et elles se distribuent dans toutes les catégories, (seuls deux petits nouveaux Jean‑Luc B et Valérie qui ont 3 ans 9 mois n'ont pas parlé, ce qui s'explique facilement : ils écoutent, ils regardent... Valérie peu à peu osera prendre la parole, mais Jean‑Luc, jusqu'à Noël, ne dira rien à l'entretien ‑ ce qui ne signifie pas qu'il ne prendra pas la parole dans la journée, au contraire).
On trouve en septembre 25 A, ce qui semble beaucoup et fait penser à un solide esprit de groupe, dans cette classe.
Pour octobre : la moyenne monte à 6,84 prises de parole par jour, avec 34 A. Le groupe est organisé. Tous les enfants parlent, des propositions d'organisation, de travail, sont faites quotidiennement.
Du 18 au 22 : l'activité semble particulièrement importante. Il s'agit de nombreuses informations et apports sur des animaux, des plantes (champignons, betteraves... ‑ de nombreux travaux amorcés à partir de l'eau, la glace... des observations météorologiques d'intérêts collectifs (la fête du village) ‑ et d'événements personnels (le baptême ... ). Comme pour le mois de septembre, nous constatons la quantité, la richesse et la diversité des prises de parole (A, individuelles et personnelles), et les remous que provoque un événement au village, tel que la fête et comment il “entre dans la classe” (comme la chasse en septembre).
Au niveau du A : le 6 octobre est un jour “marquant” : il correspond à la réception d'un album sur “la chasse aux hérissons” émanant des correspondants et donnant lieu : à un débat collectif, à une recherche d'informations, à l'expression d'une décharge affective collective (condamnation de cette chasse, donnant lieu à un repas ! ... ), bref, ce fut un événement collectif de tous ordres, mobilisateur.
Pour novembre : la moyenne est de 6,55 avec 21 A, ce qui est un peu inférieur au mois précédent.
Cela peut s'expliquer par le fait que les enfants continuent à s'exprimer dans le même sens que le mois précédent, et peut‑être des mêmes choses dans la mesure ou les intérêts se sont poursuivis dans des directions amorcées en octobre et non achevées ‑ que peu d'événements importants soient advenus dans ce milieu rural et que ce mois se soit arrêté au 20 novembre, à cause du congé‑maladie de la maîtresse. D'autres intérêts n'ont pu surgir.
On note pourtant dix prises de parole le 5 novembre c'est la rentrée des vacances de Toussaint. Chaque enfant a beaucoup à communiquer, à proposer et des expériences, effectivement s'organisent : filtrages ‑ eau et glace ‑mathématiques...
Il n'apparaît que peu d'affectivité.
Pour décembre : la moyenne est de 6,83 avec 17 A. La moyenne se rapproche donc de celle observée en octobre, mais les A diffèrent.
Nous avons déjà à annoncé qu'à cette période (du 3 au 11) une remplaçante avait alors pris la classe en main, et si elle avait gardé (à la demande de la maîtresse) ce moment d'entretien, le matin, le contenu en avait été modifié. Elle s'était attachée, par exemple, pleine de bonne volonté, “à faire parler tous les enfants”, mais avait peu senti l'intérêt du groupe‑classe, avait peu entendu la parole du groupe‑classe, J'avait peut‑être peu permise, par peur de bruit ou de manque de contrôle de sa part ‑ et en tous cas n'avait jamais donné suite, au cours de la journée à un intérêt découvert à ce moment de l'entretien. L'esprit de ce moment en avait été différent et les enfants peu à peu devenaient aussi différents. Nous en reparlerons.
Nous ne trouvons aucune A pendant les sept jours notés, par la remplaçante. Par contre le 3 décembre, premier jour de son travail dans cette classe, les prises de parole avaient été nombreuses : des informations, des observations, des notes d'affectivité un peu puériles (C. a eu peur d'une souris. J.L. a une nouvelle voiture ‑ J. a les cheveux coupés...). On a un peu l'impression que les enfants cherchaient à faire plaisir à cette maîtresse de bonne volonté et s'ingéniaient à lui trouver des sujets.
Puis, la maîtresse revient le 13 décembre : nous observons à nouveau, une remontée ‑ en particulier 7 A. Toutes les catégories sont représentées : c'est un événement. La maîtresse revient, chacun veut lui raconter, chacun veut la retrouver, “faire le point” et les propositions de travail, abandonnées, fusent à nouveau.
En résumé, nous observons :
· De très légères variations autour de la moyenne de p.p.* par jour, dans cette classe, durant ces quatre mois ‑ nous pouvons parler d'une certaine régularité. e L'importance des A qui caractérise un groupe classe ayant en commun des intérêts, des échanges, une communication réelle.
· La diversité des p.p. tant au niveau des catégories, que du contenu (A, individuel, personnel ... ).
· Le retentissement de la vie extérieure à l'école, au niveau de cette classe, c'est‑à‑dire son “ouverture sur le monde environnant”.
Nous pouvons aborder l'étude des catégories représentées par les p.p.
· En fonction des catégories
Regroupement des p.p. par catégorie, par enfant et par jour. Ce qui nous permet : de classer les catégories par ordre d'importance décroissant, soit : Informations Propositions Evénements ‑ Affectivité – Plaisir – Observation - Peine.
Tous les jours ou presque, les enfants apportent des informations (sur 53 jours notés, 43 jours sont notés en Information).
Au total, nous comptons 144 informations pour 43 jours, soit 3,3 par jour.