Bibliothèque de travail et de recherches n°38
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Sommaire 1re
partie : La fermeture de l'ouvert 2e
partie : L'ouverture du fermé |
Lorsque moi j'emploie un mot, répliqua Humpty-Dumpty d'un ton quelque peu dédaigneux, il signifie exactement ce que je veux qu'il signifie... Ni plus, ni moins. * La question, dit Alice, est de savoir si vous avez le pouvoir de faire que les mots signifient autre chose que ce qu'ils veulent dire. La question, riposta Humpty-Dumpty, est de savoir qui sera le Maître... Un
point, c'est tout. Lewis Carroll, De l'autre côté du miroir |
C'est le
titre le plus large que j'ai trouvé pour essayer de déterminer le présent travail.
Titre qui doit sans doute déborder à lui seul toutes les explications que je peux donner
ou trouver, tout ce que je peux dire du cheminement ici montré.
Travail
du texte : il faut rapporter sous cette rubrique tout ce qui s'opère en classe
(ou ailleurs) dans, sur et à partir du texte libre. Le texte libre, écrit, avec sa
dimension de liberté certes, sa dimension aussi de texte, d'écrit. Dans le texte libre,
la liberté vient prendre trace, la parole se solidifier, se mémoriser. Libre, mais d'une
liberté qui se détermine, au moins partiellement à chaque instant dans une parole qui
reste, peut se communiquer, s'interpréter, constamment présente et sous les yeux de
tous. Même si elle garde continuellement son indicible, même si elle trace à même le
texte ses lignes de fuite.
Une parole
qui s'incarne dans de l'écriture, s'investit dans le corps, reflue à travers une
gestuelle fine du bout des doigts :
« ECRIRE.
Laisser couler sa vie par ce petit filet d'encre tortueux.
ECRIRE.
Petit geste ratatiné sur un parking désert 21 X 29.
Mais
tout l'espace intérieur qui funambule le long de ce mince trait noir projeté ».
P. Hétier.
Educateur 7, janvier 78
Travail
du texte : jeu, dialogue entre pensée, parole et geste de la main (jeu
dialectique ou dialogue ludique ?). Tantôt c'est l'écriture qui n'a pas la vitesse
de la pensée qui la dirige, ou qui s'arrête constamment dans un souci de recherche
orthographique ; tantôt , c'est la pensée qui se crée au fur et à mesure que les
mots s'écrivent, se développant par ramifications successives, prenant appel sur un mot,
une consonance, une rime, un bout de phrase, pensée associative.
Travail
du texte : lorsque s'opère la correction orthographique, contrainte décevante
au sein même de la liberté, envers et moment répressif d'une libération autrement
tendue ; lorsque se fait « la mise au propre », redoublement subtil de
l'écrit propre à l'école, qui fait passer du brouillon immontrable, incongru,
mélangé, absurde, au cahier montré, inspecté, ordonné, appliqué (à quoi ?),
progressif ; lorsqu'il est question aussi de l'illustrer, et, bien sûr, de
l'imprimer.
Travail
du texte : lorsqu'il est lu à la classe, moment de communication orale qui
appelle remarques et prolongements, suggestions ; lorsque, mis au tableau, il est
discuté collectivement.
Il y a
travail du texte dans la mesure où l'enfant l'a écrit, s'est investi en lui, l'a, donc,
travaillé. Il y a travail du texte dans la mesure où sa dimension de texte a
conditionné par ses appels, ses ruptures, la réflexion de l'enfant, des enfants ensuite.
Tout ce qui peut être tension sous-jacente à l'écriture de l'enfant.
Travail du
texte comme on pourrait entendre travail du bois ;
Travail du
bois : le travail qu'on peut faire sur/avec du bois ;
Travail du
bois : la force propre à la matière : le bois travaille.
Mais il me
faut déjà rétrécir mon sujet, après en avoir esquissé l'étendue, le champ. C'est la
reprise collective du texte écrit qui constitue le centre de mon étude. Je sais que ce
n'est pas une dimension chère au mouvement. Même si la reprise collective du texte libre
est considérée comme indissolublement liée à lui, même si le texte libre n'existe que
repris socialement, elle n'en est pas moins frappée du sceau d'un certain négatif. On
l'affuble de noms divers. Il est ainsi question de la mise au point du texte, de son
exploitation, ou plus crûment de grammaire ou de son versant à la mode, linguistique.
Avec toujours en filigrane, l'anathème porté porté un jour par Freinet :
« Et si la grammaire était inutile ? ». Au-delà de sa face positive, la
motivation qu'elle apporte à l'écriture, elle est là pour la mise au point du texte,
désignant comme parole imparfaite, inadéquate, à dépasser. Elle est là pour les
apprentissages honteux mais institutionnellement inévitables : orthographe,
grammaire. Elle existe en fonction des apprentissages ou du prolongement apporté par
l'imprimerie, rarement pour elle-même.
Et
pourtant, nous nous soucions au plus haut point, à travers cet outil fondamental qu'est
l'imprimerie, de porter cette trace écrite vers les autres, pour lui donner tout son
retentissement, son ouverture, sa nécessité d'écrit. Mais nous soucions-nous toujours
des échos en retour, des lectures, des réflexions critiques ? Si j'en juge par le
contenu de la collection B.T.R., la lecture privilégiée du texte libre est celle faite
par l'adulte, avec ses critères, ses cadres de réflexion. Même chose dans le livre de
P. Clanché : « Le texte libre, écriture des enfants ». Et si on
s'intéressait tout simplement à capter la lecture, la réflexion que font les enfants
eux-mêmes autour du texte d'un de leurs camarades ! Sans en faire ce qu'elle n'est
pas, surtout pas grammaire, ni même exploitation, enrichissement pour le rendre
« présentable », pour en faire un objet de consommation à porter vers
l'extérieur de l'école.
Simplement
reprise collective, pour voir comment le texte libre travaille dans la tête des autres,
ou, par simple retournement, comment la tête des autres travaille dans le texte libre. Le
travail du texte dans sa reprise collective. Et même plus précisément ici, reprise
collective orale/écrite du texte écrit. Ce terme, oral/écrit, pour indiquer que
j'écris au fur et à mesure les remarques faites oralement par les enfants (une variante
archaïque, visuelle, et sélective, de l'enregistrement magnétophonique, acoustique et
non-sélectif).
Pourquoi
cette mise en scène tous azimuts de l'écrit ? Parce qu'il me paraît que l'écrit
n'est que rarement le simple redoublement de l'oral. On l'a déjà vu à propos du texte
libre : la maîtrise gestuelle toute fraîche de l'enfant qui commence à écrire
librement (c'est-à-dire aussi qu'il possède une certaine maîtrise orthographique, au
moins celle des sons et syllabes) entraîne des distorsions, tout un jeu entre pensée et
écriture qui rend le texte libre souvent irréductible à la simple narration. De même,
les réactions de l'auditeur d'un texte seront différentes de celles d'un lecteur :
la réflexion orale/écrite sur le texte écrit ne se réduit pas à la réflexion orale
sur le texte lu : cette dernière se borne le plus souvent à des questions, des
précisions portant sur le sens du texte, travail donc essentiellement sémantique, ou à
des rectifications de structures approximatives ou incorrectes (non porteuses de sens). Ou
encore elle propose des pistes nouvelles, des prolongements, suggère, associe des mots,
des actions possibles. Ou encore elle pressent des jeux de mots, des bizarreries
phoniques.
Ces
réactions critiques sont bien entendu encore possibles à la lecture du texte écrit.
Mais l'écrit apporte en plus une véritable reprise : il est mémoire, on peut,
comme un ruisseau, le remonter ou le descendre, le traverser par des passages divers. Il a
un corps, une trace, des agencements qui occupent des places, il est parole incarnée. Son
étalement sur les deux dimensions de la page autorise des jeux, des parcours, des
relevés topographiques, des fléchages, des transformations. Des réseaux de flux, de
forces, en viennent ainsi à se matérialiser, tantôt portant sur le sens du texte, son
signifié, tantôt portant sur l'agencement des mots, signifiants. Questions, remarques,
transformations s'inscrivent en regard, en miroir, des ponts se jettent entre texte et
commentaires, et il est encore question de discuter des ponts ! Le concret de la
matière écrite autorise, organise son propre décollement, ou des ancrages autres.
Facile à
faire, ici, le parallèle avec les mathématiques, et la libre recherche ! D'une
situation envisagée, vécue ou simplement imaginée, et des remarques et raisonnements
qu'elle autorise (des plus évidemment rationnels comme aux plus débridés), on passe,
avec la mise en symboles et signes, avec, donc, la médiation de l'écrit, à des
extrapolations, des manipulations sur les signes, des remarques de structures qui
dépassent le cadre de la situation première. Se dégagent ainsi des lois, des
récurrences, des algorithmes, des correspondances, des résultats. Et la situation de
départ en devient contingente, englobée dans un cadre plus général.
Ainsi que
le note P. Clanché : « L'enfant écrit tout autant pour écrire que pour
écrire quelque chose ». En parallèle, on peut ajouter que « l'enfant
raisonne tout autant sur la matière écrite que sur ce qu'elle dit ». En précisant
que c'est l'écriture qui apporte cette dimension.
Le tableau
de papier est un très intéressant outil de travail : on va chez l'imprimeur d'un
quotidien, on achète, au poids, une chute, c'est-à-dire un énorme rouleau de papier
journal. On installe ce rouleau sur un tableau mobile (le mien est de style guillotine) et
on déroule. Tout le travail écrit de recherche peut y être consigné. On peut y
ajouter, à chaud, des remarques annexes : il est un témoin privilégié. Il permet
aussi le retour, la reprise après plusieurs jours ou mois ou années. Et précisément,
il me vient ici l'envie de relire, de parcourir à nouveau le travail qui a été mené
avec le groupe d'enfants C.E.1 de ma classe unique au cours de l'année scolaire 76-77,
pour la partie : discussion du texte libre.
Pourquoi ce
travail de recherche-là plutôt qu'un autre ? Expliquer les raisons de ce choix
m'amène à décrire rapidement le contexte de la classe cette année-là. C'est une
classe unique dont l'effectif se répartit de la façon suivante :
trois
C.M.2. - un C.M.1. - deux C.E.2
qui
constituent un premier groupe de travail (avec bien sûr les modulations propres à chaque
cours, plus ou moins ajustées, surtout au C.M.2., avec les inévitables programmes !
Mais le champ commun de tâtonnements et de recherches est encore vaste).
- Neuf
C.E.1, parmi lesquels sept ont abordé la lecture par la méthode naturelle, et qui
constituent le second groupe de travail (ce qui n'exclut pas l'osmose entre les groupes,
ou des répartitions autres, travail en sousgroupes ou individuel, toutes les combinaisons
étant possibles, fonctions de la nature du travail effectué).
- Une S.E.
très isolée des autres par l'âge et les intérêts. Je ne puis faire avec elle que du
travail... individuel ! C'est le groupe C.E.1 qui m'intéresse ici. Pour plusieurs
raisons :
·
A cause de son effectif de neuf. Ni trop, ni trop peu, le nombre
d'or pour faire de la recherche. Une relance permanente de la discussion, qui dépasse le
niveau souvent « subjectif » des recherches à deux ou trois, la possibilité
pour certains de se mettre provisoirement en retrait ou en avant, et pas trop de
distorsions dans la dynamique d'échange et de relation.
Pas ou peu
de phénomènes de leaders qui monopolisent, bloquent ou rameutent les autres sur leurs
conceptions exclusives.
A cause de
sa dynamique de travail, et notamment de son appétit de texte libre : l'année
précédente, cinq de ces enfants étaient avec moi au C.P. On pratiquait la
correspondance scolaire régulièrement, et les enfants s'essayaient à l'écriture libre,
avec des mots qu'ils connaissaient, puis, progressivement, au fil des conquêtes, avec des
syllabes et des sons connus. Il mest arrivé, un jour de février, je crois, de
suggérer qu'on écrive un texte à un moment du matin. Et, à ma grande surprise, car mon
injonction n'avait, à mon avis, rien d'autoritaire, tous les C.P. ont écrit, tous les
jours, un texte. C'est dire qu'en arrivant au C.E.1, tous avaient une écriture très
personnalisée, très spécifique, et qui n'avait pas grand chose à voir avec leur
expression orale telle qu'elle s'exprimait en tout cas lors de l'entretien du matin, mais
qui se rapprochait de leur expression en théâtre ou en marionnettes.
·
A cause aussi de mon propre désir d'interroger les enfants sur
leur aptitude à une réflexion, sinon grammaticale, du moins portant sur les structures
de la langue. Cette réflexion existait, j'en étais sûr, elle venait par bribes, et se
développait assez rapidement, je l'avais expérimenté, mais seulement jusque-là avec
des enfants plus âgés (à partir du C.E.2). Et je souhaitais laisser mûrir les
genèses, ne pas me précipiter inutilement, enregistrer en un premier temps les
remarques, d'où qu'elles viennent. L'intégration ultérieure ne pouvait qu'en être
facilitée. Les enfants avaient besoin de construire « leurs bases »,
d'étayer leur réflexion et leurs tâtonnements, et moi aussi. J'ai bien conscience que
l'étendue de l'activité grammaticale que demandent les programmes officiels excède
assez largement les possibilités d'abstraction, de systématisation, de formalisation des
enfants. Et, en ce sens, je me demande s'il ne faut pas, dans ce domaine, parler de
conditionnement. Mais les exigences institutionnelles étant ce qu'elles sont, et nos
pratiques oblitérées par elles, des rétroactions de la part de l'enseignant sont
indispensables, au moins au niveau de la terminologie et de la systématisation, reflet
lointain des possibilités combinatoires et relationnelles des mots ou des syntagmes ou
des phrases.
Il me
fallait mieux cerner ces démarches de pensée, pour ne pas, chien qui joue aux quilles,
ruer dans des élaborations patientes et fragiles. Alors, quelles démarches ? Et
quelles leçons en tirer ? Feuilletons le tableau de papier.
Un mot
encore sur la technique de travail.
La
discussion du texte avec le groupe C.E.1 se fait en principe le mardi et le vendredi
matin. Les matinées du lundi et du jeudi sont consacrées à du travail libre, au cours
duquel, souvent, sont écrits les textes, et, dans la mesure du possible, illustrés,
corrigés orthographiquement et recopiés. Avec les C.E.1, la correction orthographique
est individuelle. Elle renvoie les enfants vers le « J'écris tout seul » pour
l'orthographe dite d'usage, ou vers quelques règles d'orthographe dite grammaticale (le
« s » du pluriel par exemple).
Avec le
groupe C.E.2-C.M., par contre, le texte étudié et discuté fait l'objet d'une correction
orthographique collective, en général préalable à la discussion. Cette discussion du
texte est précédée par la lecture, par chaque auteur, de son ou ses textes. Pendant
cette lecture, j'écoute attentivement les remarques, les embryons de discussion. Je
choisis (il n'y a pas de vote), le texte en fonction des réactions à la lecture, mais
aussi parfois, en fonction de sa forme.
Je recopie
ensuite le texte choisi sur le tableau de papier, en replaçant éventuellement
l'orthographe et la ponctuation, telle qu'elle découle de la lecture du texte par son
auteur. Quelques cas d'ambiguïté sont parfois difficiles à trancher.
Et là, il
est relu, soit par l'auteur, soit par un ou plusieurs camarades, soit aussi par tous. J'ai
d'ailleurs, avec ce groupe, privilégié la lecture par tous successivement (sauf refus
tranché éventuel de l'un d'eux). Cela permettant une lecture expressive chez ces enfants
pour qui la lecture « courante » était encore une acquisition toute fraîche
et encore vacillante, et aussi donnant l'assurance que chaque enfant a bien fait son
parcours dans le texte, sa lecture, même s'il a fait signifier différemment les mots et
les phrases lus. Ensuite on passe à la discussion proprement dite. Chacun indique s'il en
a, ses remarques, que je consigne sur le papier. Et la discussion s'enrichit, se vivifie.
Parfois des arrêts, des jeux oraux, la recherche de thèmes semblables. Puis la
consignation, sur cahier, de certains moments, de certaines trouvailles. Un peu
l'équivalent de ce qui se consigne sur le classeur de français. Et, parfois, un exercice
écrit, reprise par l'écrit des jeux précédemment oraux (et je ne m'aventurerai pas là
à soutenir que l'écrit apporte une dimension radicalement autre !).
J'ai
insisté précédemment sur le fait que des réflexions et remarques étaient écrites.
Pour ne pas alourdir le travail de réflexion des enfants par des déplacements et une
réflexion orthographique parasites, c'est moi qui écris ces remarques, au plus vite pour
essayer de perdre le moins d'arguments possible.
Malgré
cela, il y a eu, bien sûr, des choses perdues, non transcrites, la main qui matérialise
n'ayant pas la célérité du magnétophone. Oui, mais lui, il ne fait
qu'enregistrer ! Alors il faut se consoler en considérant que la main fait à la
fois moins et plus qu'un enregistrement !
Je
dissocie discussion du texte et imprimerie.
Dans le
journal de la classe, chaque enfant a, en principe, droit à un minimum d'un texte, qu'il
choisit librement dans sa production. La discussion du texte ne débouche donc pas
nécessairement sur l'imprimerie. La motivation à discuter est issue des réflexions à
la lecture elle ne s'articule pas sur une nécessité extérieure (remaniement pour un
aboutissement : le texte imprimé). La motivation est à rechercher vers l'amont (le
texte lu), plutôt que vers l'aval limprimerie). Avant d'être un moment institué
dans la vie de la classe, elle est née de façon informelle, communication en écho à la
communication du texte lu. L'acte qui l'a ensuite instituée : l'écriture du texte
au tableau de papier, mise en scène du texte pour une reprise collective, le texte mis
sous le regard de tous.
On verra
aussi que la discussion ne débouche pas non plus sur un « texte remanié »
dont on chercherait en vain la trace dans les exemples qui suivent. Mais cela n'est pas,
de ma part, une « option théorique ». J'ai plusieurs fois invité les enfants
à la réalisation - synthèse du texte remanié. Avec une réserve : les remarques,
les dérives à partir du texte n'étaient pas forcément réintégrables. Je me suis
toujours heurté à un refus de la part des enfants de ce groupe : ça ne devait pas
aller dans le sens du courant !
Paragraphe
obligé : La part du maître. Je viens de m'expliquer sur mes motivations dans
l'entreprise de ce travail, sur mon désir dans le contexte-classe à ce moment-là, sur
mon désir, maintenant, de reconsidérer le chemin parcouru. Il me faut parler aussi de la
place que j'ai occupée pendant le déroulement des discussions. Si j'analyse ma pratique
de la recherche collective avec les enfants, je distingue en gros trois façons d'opérer,
trois façons d'articuler le dire des enfants à mon propre pouvoir/savoir/désir :
- La prise
en compte de tout ce qui se dit, l'entier du dire que je peux capter, sans exclusive, et
de la réflexion sur chaque élément de discours ainsi tenu.
- La prise
en compte d'une partie seulement du dire produit, le choix, le tri. Quand on fait par
exemple la création collective d'un poème, d'une histoire, d'un conte, d'un chant en
infléchissant l'activité des enfants par les préférences qu'on marque. J'ai retrouvé
cette pratique dans un disque sur le chant libre de Le Bohec, récemment publié dans
« Art enfantin ».
- La prise
en compte privilégiée du dire d'un enfant précis, alors que les autres peuvent aussi
fournir ce dire. Pratique bien scolaire qui s'opère par exemple lorsqu'on pose une
question précise, à l'occasion d'un calcul mental par exemple. On demande à tout ou
partie des enfants de réfléchir et on attend que chacun ait pu trouver, avec ses moyens
et ses voies propres, la réponse. On interroge alors l'un deux : la technique de
l'interrogation orale très commune.
La
discussion du texte comme recherche collective procède de la première et la troisième
façons d'opérer décrites ci-dessus. Au tableau de papier, j'ai consigné par écrit
tout ce que les enfants disaient à propos du texte étudié. C'est ce moment qui
constitue le temps fort de la recherche, et c'est de lui qu'il est question ici,
exclusivement. Les prolongements, les jeux oraux ou écrits, procèdent, eux, de
l'interrogation-doigt levé : je les considère comme le temps faible de la
recherche, sans pour autant les rejeter ou mépriser leur fonction. Simplement je ne leur
reconnais pas la valeur structurante que certains leur accordent. Ni synthèses, ni
dépassements, même si parfois ils remplissent tout de même cette fonction. Plutôt
répétition du déjà-dit, du déjà-exprimé, retombée de la trajectoire. Ou alors il
faudrait comprendre que le temps de la discussion à chaud n'est pas structurant. Mais
c'est précisément le contraire que je souhaite démontrer ici.
Ma place,
donc, dans le déroulement de la discussion. La prise en compte de tout ce qui se dit ne
me laissait qu'une part à première vue passive d'enregistreur. Mais on sait bien que
cette attitude passive, pour autant qu'elle l'ait été, laisse oeuvrer cette part active
du passif, je veux dire un certain nombre de réflexes inconscients, de mécanismes de
défense et de prise en compte. Dont on pourrait déceler la trace dans ma façon d'abord
de choisir les textes, ma façon ensuite de donner la parole face à plusieurs demandes
d'intervention simultanées, ma façon de disposer les écritures, les mots, les phrases,
d'utiliser des feutres de couleurs différentes, de prolonger par des jeux oraux certaines
trouvailles (et, corrélativement, pas d'autres), de déclarer terminée la recherche
lorsque les enfants n'interviennent plus momentanément. Il y aurait aussi beaucoup à
dire sur ce que signifie « prise en compte de tout ce qui se dit » : je
sais que cela renvoie à ma façon d'entendre, de recevoir, donc de ne pas entendre, de ne
pas recevoir. Même si formellement, j'ai tout écrit, je l'ai fait sans doute avec une
certaine tonalité affective qui a bien dû influer sur la dynamique du groupe, avec une
certaine façon de prendre pour discours énonciatif, déclaratif, relevant du vrai ou du
faux ce qui procédait de l'appel, de la demande. Tout cela renvoie bien sûr à ce qui en
moi est forclos, à l'impossibilité (de tous) de saisir l'entier du sens. Tout cela à
mettre au compte de mon pouvoir, institutionnel ou personnel, allez discerner quand c'est
l'un plutôt que l'autre, quand les choses s'enchaînent !
Quelques
définitions de mots utilisés dans le texte, et auxquelles on pourra se reporter :
Connecteur :
mot de liaison, qui relie entre elles des phrases, des propositions. Relie aussi des
termes à l'intérieur d'une phrase ou d'une proposition.
Déictique :
mot qui sert à désigner avec insistance, et qui permet de faire référence à la
réalité : exemple : dans la phrase : Je veux celui-ci, ci est un
déictique. Il indique que celui qui parle désigne de la main ou du regard un objet
précis, connu de lui et présent dans son contexte.
Intransitif :
un texte est intransitif s'il ne permet pas la communication directe avec un lecteur ou un
auditeur. Une partie du sens, amorcée, reste obscure ou inintelligible, et appelle des
éclaircissements.
Transitif :
un texte est transitif s'il permet directement la communication, s'il est directement
intelligible.
Ouvert :
un texte transitif est ouvert s'il a besoin d'être complété (il est soit inachevé,
soit porteur d'amorces qui appellent des questions).
Fermé :
un texte est fermé s'il est complet et comporte tous les renseignements qu'on pouvait
attendre de lui.
Syntaxe :
Science des règles permettant de construire les phrases.
Sémantique :
science du sens, de la correspondance entre les mots, les phrases et la réalité.
Pragmatique :
science de l'utilisation de la langue par des interlocuteurs.
« A
beaucoup d'égards, il est vrai de dire que la syntaxe, c'est de la logique mathématique,
la sémantique, de la philosophie ou de la philosophie des sciences, et la pragmatique, de
la psychologie, mais en fait ces domaines ne sont pas entièrement distincts ».
F.H. George
Structure :
un texte a une structure si on peut établir une correspondance entre certains éléments
à l'aide d'une transformation réversible. Dans les exemples qui suivent, ces
transformations sont des symétries, des translations, des négations ou des permutations.
Parfois,
dans la discussion du texte, ces transformations sont senties intuitivement et permettent
de compléter le texte, d'autres fois elles sont complètement négligées, d'autres fois
encore, elles sont prises explicitement en compte.
Le texte a
une structure totale si tous ses éléments sont ordonnés à l'aide de
transformations.
Le texte a
une structure partielle si une partie seulement de ses éléments peuvent être
structurés à l'aide de transformations.
Signes :
le signe " est appelé
quantificateur universel. Il se lit : pour tout.
le signe $ est appelé quantificateur
existentiel. Il se lit : il existe un et un seul ... tel que ...
Exemple :
" x (x R y) se lit : pour
tout x, la relation x R y est vraie.
$ x (x R Y) se lit : il existe un et un seul x tel que la
relation xRy est vraie.
La fermeture de l'ouvert
Texte n° 1
Oh ! Maman ! Une petite fille
était
jolie comme une fleur
et un
papillon et un zoo
et avec
une pile, jai vu
une
rivière et une fille.
Betty
Discussion du texte 23 septembre 1976
I Oh ! Maman ! regarde ! une petite
fille. Elle est jolie comme une fleur, un papillon et un zoo.
II + C'est une fille qui a trouvé la pile.
III - C'est un garçon qui a trouvé la pile.
IV - Si c'est un garcon et une fille qui ont trouvé la pile,
il faut dire : avec une pile, on a vu une rivière et une fille.
V - On est joli comme :
une fleur, un papillon, une biche, un oiseau, un paon, un
faisan, une plume, un pigeon blanc, un lièvre, l'eau, une rose, une indienne.
Le signe +
indique une intervention de l'auteur.
Commentaire sur le texte de Betty
C'est un
texte assez énigmatique, intransitif comme dirait P.Clanché, écrit pour lui-même. Il
est, de plus, fortement connecté par un « et » qui assure la continuité plus
qu'il ne coordonne. Seul écart dans cet amalgame tout d'un bloc, l'énigmatique
« Oh ! maman ! » auquel Betty associe un ton nettement exclamatif.
Commentaire sur la discussion du texte
La
première intervention (I) met un pont entre la maman et la petite fille, à l'aide du
verbe « regarde » qui s'accorde à merveille avec le « oh »
exclamatif.
-
L'intervention suivante (II) provoque un dialogue. C'est Betty elle-même qui indique la
nature du « je », auquel elle ne rapporte pas, comme on pourrait s'y attendre,
sa propre personne mais celle d'une petite fille. Mais elle ne fait pas non plus le
rapport entre cette petite fille et celle dont il est question au début.
Sylvie, en
écho, indique (III) pour ce « je » une nouvelle possibilité : il peut
désigner un garçon. On a, avec cette remarque, décollé du texte, perdu un peu de vue
la signification, mais exploré un champ de possibles.
Exploration plus poussée encore avec la remarque (IV) qu'il
s'agit d'un garçon ou d'une fille mais non des deux ensemble : le « ou »
logique posé ici est exclusif, et non inclusif.
On notera aussi au passage la nuance apportée (II) par Betty
elle-même : la petite fille a une pile parce qu'elle l'a trouvée.
Il y a avoir parce qu'il y a appropriation et savoir sur cette
appropriation.
- Autre pôle, autre séquence relevée et amenant dialogue
(V) : on est joli comme.
Et développement collectif sur ce thème.
Texte n°2
Je suis un tigre qui fait le clown
et je joue à une rose
et le tigre mange une glace
et il y a une table.
Florence
Discussion du texte 30 septembre
I - Je joue avec une rose.
II - Une glace à la vanille, à la pistache, au chocolat, à
la fraise, au citron, à l'orange, à la cerise, à la framboise, à la noisette, à la
menthe, au cassis, au café.
III - Le tigre mange une glace assis sur une chaise à côté
de la table.
IV - Le tigre est assis en face de la table et il mange une
glace au chocolat.
Commentaire sur le texte de Florence
On lui
retrouve des caractéristiques analogues à celui de Betty. Ce n'est pas qu'il y ait copie
ou imitation. Simplement, il est, lui aussi, intransitif, fortement connecté par un
« et » qui relie dans la foulée actions et états. On y passe de la première
à la troisième personne, sans indication sur cet écart.
Commentaire sur la discussion du texte
Une
correction est immédiatement apportée au texte, au cours de sa lecture (I) : je
joue avec une rose.
Florence
n'a pas contesté cette interprétation.
- Un appel
(II) sur un mot dont il faut préciser le sens, la nature par une expansion : la glace.
Recherche et propositions.
- Point
important soulevé ensuite (III) par Jean-Henri le statut relatif du tigre qui mange la
glace et de la table, statut sur lequel le connecteur « et » ne peut rien
dire :
le tigre est assis à côté
de la table (III)
le tigre est assis en face
de la table (IV).
La
concommitance manger-table en appelle une autre : le fait d'être assis. Savoir sur
le faire.
Pas plus
que dans le commentaire du premier texte, on ne voit apparaître une réflexion sur
l'identité relative
je - petite fille premier texte
je - tigre deuxième
texte
Le tigre
qui mange une glace est-il celui désigné par le « je » ?
Et ce
« je » lui-même désigne-t-il l'auteur qui s'identifie ou le tigre mis en
scène par l'auteur ? Autant de points de suspensions.
Texte n°3
Mercredi 29 septembre,
je suis allée à la pisicine
et je suis retournée à la maison
et puis je suis allée à la forêt.
Marie-Neiges
Discussion du texte 4 octobre
I - A la forêt -à au bois
forêt est remplacé par bois
à la est remplacé par au.
II + Je suis allée à la forêt, j'ai fait du toboggan.
III - Je suis allée au bois et j'ai fait du toboggan.
IV - Au bois, j'ai fait des tours de toboggan.
V + Je suis allée au bois et j'ai fait du toboggan avec des
copines : Sophie et Valérie.
Commentaire sur le texte de Marie-Neiges
Ce n'est
pas à proprement parler un texte, c'est une lettre. Sa fonction de communication la rend
immédiatement compréhensible à tous. C'est un texte transitif, fortement connecté,
mais le « et » qui assure la connection est ici un véritable coordinateur. Il
marque la succession dans le temps.
Commentaire sur la discussion du texte
Elle
commence par une transformation (I) : la forêt, tout le monde connaît : c'est
une forêt aménagée en espace de jeux pour enfants ; ruisseau, barrage, obstacles
intégrés au site. On l'appelle aussi le bois. La transformation est possible car elle
conserve le sens.
Pour la première fois, se greffe sur cette transformation une
réflexion sur la correspondance des termes. Et, par chance, on met en correspondance
forêt et bois. En conséquence, on déduit : à la à au.
Sont
proposées ensuite des expansions portant non sur un mot comme dans les discussions
précédentes, mais sur une phrase ou partie de phrase.
Le bois, on
y va pour faire. Il faut donc un savoir sur ce faire. D'où les propositions, suite au
renseignement donné par Marie-Neiges, (II) puis (III), dans laquelle est appliquée la
transformation (I). Ces propositions s'intègrent au texte, reprennent la phrase et la
prolongent. Il n'en va pas de même avec la proposition (IV) qui transforme la proposition
précédente (III) sans se soucier de son intégration au texte.
Texte n°4
Il
était une fois un bateau de pirates qui arriva à l'île au trésor. Ils voulaient
trouver le trésor alors ils creusaient. Enfin ils trouvent le trésor.
Après
ils embarquent dans le navire et ils repartent dans leur pays.
Ils
l'ont enterré sous la terre.
Jean-Henri
Discussion du texte 11 octobre
I - Un bateau, c'est plus petit qu'un navire.
II - Un bateau et un navire, c'est pareil.
III - On creuse avec des pelles, des pioches.
IV - Alors ils creusaient longtemps, longtemps. Enfin ils
trouvent le trésor.
V--Le trésor n'est pas enterré trop profond. Ils vont
doucement.
VI + Le trésor est enterré, profondément.
On ne
retrouve pas dans ce texte l'aspect fortement connecté des précédents. Il est construit
selon une structure qui se répète en s'inversant (répétition syntagmatique dans la
terminologie de Clanché) :
arrivée en bateau dans
l'île : A
départ en bateau dans leur pays : nonA
A ---> B --> C --> nonA ---> nonB
Ils creusent : B
Ils enterrent : nonB
Commentaire
sur la discussion du texte
Yvan, qui
fait la remarque (I), a-t-il senti la structure du texte ? Peut-on arriver en bateau
et repartir en navire ? On s'accorde, avec Florence (II) pour dire que bateau et
navire sont des termes équivalents qui renvoient au même signifié.
Suit une
réflexion sur le mot « creuser », auquel on propose des expansions.
Pour
Sylvie, (IV), les pirates creusaient longtemps. Et l'association de ces deux termes amène
à une relativisation, et à la venue d'un troisième terme, d'une troisième notion
dépendante des deux autres : la profondeur. Le temps mis pour creuser est
relatif :
- pour
Sylvie (V), à la vitesse (ils creusaient doucement) et à la profondeur faible,
- pour Jean-Henri (VI), à la distance, la profondeur.
En effet,
l'équation qui relie temps t, vitesse V et distance d est :
t = d/V
Si d est faible, d/V sera élevé seulement si V est faible
(raisonnement de Sylvie).
Si d est
élevé, par contre, d/V sera élevé (V ne pouvant passer un certain seuil)
raisonnement de Jean-Henri.
Texte n°5
Le cochon dInde a peur.
Il est
mignon. Le maître l'a ramassé et l'a mis dans une cage. Le pauvre !
Sylvie
Discussion du texte 14 octobre
I - Le maître, c'est le maître de l'école.
Il - Il s'est échappé de sa cage. Le maître l'a ramassé,
rattrapé et l'a mis dans sa cage.
III - Pour le rattraper, il faut courir après pour le
ramasser, il faut se baisser.
IV - Il est mignon. Qui c'est qui est mignon ?
V - Le mot qui dit que c'est le cochon d'Inde, c'est il.
Commentaire sur le texte de Sylvie
C'est un
texte réaliste, qui parle d'un événement vécu par tous dans le cadre de la classe. Il
est construit sur une opposition que le commentaire va mettre en
évidence :liberté/cage.
Commentaire sur la discussion du texte
Ici, et
contrairement aux textes précédents, la réflexion sur les identités est
explicite :: le maître (I), le cochon d'Inde (V).
Il faut une
expansion pour savoir qui est le maître en question. Par contre, le texte lui-même
indique qui est « il ». La question de Laure (IV), ne se justifie que dans la
mesure où elle lit la phrase : il est mignon, en l'enlevant de son contexte. Effet de
lecture, effet de l'écrit.
Le vécu
commun de l'événement décrit dans le texte amène un remaniement : le texte n'est
pas assez précis. Le remaniement opéré donne au texte une architecture nouvelle, celle
d'une structure qui se symétrise en s'inversant (II) :
il s'est échappé de sa
cage : A
le maître l'a remis dans sa
cage : nonA
le maître l'a
rattrapé : B
A
B nonA
Une
alternative dans l'énoncé (II) : le maître l'a ramassé ou le maître l'a
rattrapé.
Curieusement,
ici, le ou est exclusif (justification dans l'explication (III). Il pourrait tout à fait
être inclusif (les deux actions successives).
Texte n°6
Un jour, des Martiens ont vu les Terriens et les Terriens ont vu
les Martiens et les Martiens sont en colère.
Yvan
Discussion du texte 18 octobre
I - Pourquoi les Martiens sont-ils en colère ?
II + Les Martiens sont en colère parce que les Terriens se
moquent d'eux.
II - Deux fois les Terriens en suivant. On pourrait enlever le
deuxième.
IV - Un jour, des Martiens ont vu les Terriens et les Martiens
ont vu les Terriens.
V - Un jour, les Terriens et les Martiens se sont rencontrés
dans le ciel.
VI - Comment étaient les Martiens ?
Dessin des Martiens.
Commentaire
sur le texte d'Yvan
Fortement
connecté, il possède une symétrie d'agencement qui structure partiellement le texte.
Des Martiens ont vu des Terriens
a
V b
et
&
Les Terriens ont vu les Martiens
b V a
a V b
&
b
V a
Il se pourrait bien que l'on ait :
(a V b)
mais non (b V a). La symétrie est d'agencement, non d'implication. Elle est rendue
nécessaire par l'utilisation du connecteur logique « et ».
La fin
rapide rend ce texte ouvert Yvan en imagine, en sait sans doute plus sur la colère des
martiens qu'il n'en dit.
Commentaire sur la discussion du texte
La
première intervention est destinée à rendre le texte fermé. Pourquoi la colère ?
Et la raison invoquée par Yvan n'est pas celle qu'on attendrait logiquement du
texte : ils ont été vus. C'est qu'en plus, Yvan a un savoir sur le voir : on
se moque d'eux ! (III).
Sylvie
apporte (III) une remarque sur la forme : deux fois le mot terriens en suivant. Ce
n'est pas la répétition qui gêne Sylvie, mais le fait que les deux mots se suivent.
Elle ne cherche pas à enlever un des termes, malgré ce qu'elle dit, mais seulement à
les séparer. Aussi, elle propose une inversion qui, si elle sépare formellement les deux
termes, place en suivant deux fois la même séquence
(a V b)
&
(a
V b)
Mais
personne, à ma grande surprise, n'a saisi ce phénomène ! Effet d'écriture, une
telle phrase n'aurait jamais été dite par personne ! Une transformation (V) de la
séquence, compatible avec la langue, évacue le problème.
Texte n°7
Une
poupée qui a fait un baiser à la tourterelle et la tourterelle a fait un baiser à la
poupée et toutes les tourterelles sont venues.
Laure
Discussion du texte 25 octobre
I - Pourquoi les tourterelles sont venues ?
II + Toutes les tourterelles sont venues pour faire un baiser
à la poupée.
III - Comment sont venues les tourterelles ?
IV + La tourterelle a fait venir toutes les tourterelles en
sifflant. La tourterelle, ça a un bec.
V - Comment la poupée a connu la tourterelle ?
VI + La tourterelle est arrivée chez la poupée. Elles se sont
fait un baiser.
VII - La poupée et la tourterelle
elles
Le chat et la souris
ils
Le chien et le cochon
ils
Commentaire du texte de Laure
Que dire de
plus de ce nouveau texte, après les autres ? Il est fortement connecté, est
structuré partiellement par une symétrie d'agencement de la même forme que celle du
texte précédent d'Yvan !
a : poupée
b : tourterelle
a
B b
&
b
B a
Une nuance qui n'est pas sans importance : la présence dans
ce texte d'un « qui » qui fait découler l'ensemble du texte du
syntagme : la poupée. On reverra ce problème plus loin.
Commentaire sur la discussion du texte
Des
questions amènent à des expansions de nature à rendre le texte plus précis. La
réponse de Laure (II) à la question (I) généralise la relation tourterelles-poupée.
- Il
existait une tourterelle b telle que :
a R b
&
b
R a
On
traduirait cette proposition en logique formelle à l'aide du quantificateur
existentiel :
j b (a R b &
b
R a)
-
Maintenant, toutes les tourterelles ont fait de même. Il me semble en effet qu'on peut
déduire de la réponse de Laure que les tourterelles et la poupée se sont fait un
baiser. On peut à nouveau écrire la relation, en considérant maintenant que b est une
variable, désignant l'une quelconque des tourterelles.
On pourrait
associer à ce b variable le quantificateur universel de la logique formelle :
" b (a B b
&
b
B a)
Après la
question sur le pourquoi, celle sur le comment, de Sylvie (III). Au-delà, dans le
prolongement du texte, comment est-on passé d'une à toutes les tourterelles ? Le
connecteur « et » ne suffit pas. Il décrit un état de fait mais ne dit rien
des implications sous-jacentes. Même question ensuite, mais en deça du texte (V), et
toujours posée par Sylvie : comment la poupée a connu la tourterelle ?
A cette question, Laure trouve réponse (VI) en reprenant la
structure du texte : de même que les tourterelles sont venues, la tourterelle aussi
est arrivée. Ce qui complète la structure du texte en :
la tourterelle est venue
&
a
fait un baiser à la poupée
V
B
les tourterelles sont venues
&
ont
fait un baiser à la poupée
(j b) [Vb&(a B b&bB
a)] & "b) [Vb&(a B b & b B
a)]
D'une
structure partielle portée par le texte, on en est arrivé, dans la discussion, à une
structure totale, et qui ferme le texte (Voir commentaire de la première partie).
Premier bilan
Ces sept
premiers textes et discussions, je les ai regroupés sous une rubrique : la fermeture
de l'ouvert, titre attribué a posteriori pour indiquer une dominante, parmi d'autres sans
doute, mais au moins dominante dans mon commentaire. Quelques caractéristiques de cette
dominante :
- La réflexion sur l'identité :
On
distingue classiquement, dans l'acte de parole ou d'écriture, le sujet de l'énonciation
et le sujet de l'énoncé. Le « je » qui écrit n'est pas forcément le
« je » du texte, ainsi que nous le montre Betty, dès le premier texte. Mais
ici la réflexion sur l'identité quand elle existe, porte uniquement sur les mots et les
personnes du texte, pronoms qui, par substitutions, peuvent renvoyer à une personne
désignée (texte III : à la forêt). Elle semble liée à une saisie, une lecture
partielles d'une phrase ou d'une séquence. La réponse, pour faire écho, doit prendre en
compte l'entier du sens, mais d'un sens littéral, qui trouve dans le texte son contenu.
Pas d'ailleurs où se trouverait le « je » de l'énonciation. Ou alors,
peut-être, à l'inverse, une proximité trop grande avec celui-ci : l'auteur est ici
toujours présent, il détient la clé du sens du texte. Vouloir faire signifier ce
dernier au-delà de ce qu'il dit revient à interroger l'auteur, ou à inférer à sa
place des propositions toujours conditionnelles et liées à sa sanction en dernier
ressort. Et l'au-delà du texte trouve son statut : ou bien il n'existe pas, ou bien
il est déterminable, connaissable. Avoir du sens : on transforme ou on questionne ou les
deux à la fois. Logique de l'inclusion. Le possible, c'est ce qui se combine sur le
matériau existant, non ce qui vient par l'aléa extérieur. Celui-là est maîtrisable.
L'impossible, c'est ce que ne permet pas le texte, les combinaisons impossibles, les
transformations illicites.
On peut, du
point de vue du sens, clore, fermer un texte, même si, en fait, on ne le clôt pas
toujours !
- La réflexion sur la structure du texte :
On l'a vu,
elle n'intervient pas à l'apparition du premier texte structuré, celui de Jean-Henri
(4) : les pirates, ou de facon seulement allusive, mais, à partir du suivant, de
Sylvie (5) : le cochon d'Inde.
Faut-il
s'étonner d'abord de ces textes étudiés, construits sur des répétitions, symétries
partielles ou totales ? Sûrement pas si on en croit P.Clanché qui indique (p.
126) :
« Il
n'est pas une série de textes dans laquelle on ne puisse repérer une structure
répétitive sur au moins la moitié des textes ».
Dans cette structure, il ne faut bien sûr
pas voir l'effet d'un hasard heureux, ni l'utilisation systématique d'un calque, d'une
matrice préconstruite et formellement employée. Comme le souligne encore P.Clanché,
elle est le soubassement d'une pensée qui s'emploie à maîtriser un contexte
relationnel, elle est matérialisation de réseaux, de flux
qui s'annulent, se complètent, se bouclent, ou se transportent, se généralisent. Et se
transforment.
Comment la
réflexion vient-elle jouer dans la structure ? En l'approfondissant, en la
généralisant : c'est le cas par exemple dans la discussion du texte de Sylvie
(V) : le cochon d'Inde qui consignait un moment vécu par tous : le texte
n'appartenait plus exclusivement à son auteur, il était possible de le transformer
au-delà de sa littéralité, et de lui donner une structure totale là où il n'y avait
que du partiel, de l'imprécis. Le sens amène la structure. Mais il y a plus : la
réflexion, vient saisir la structure dans ses propriétés formelles mêmes, dans son
agencement. C'est le cas de la réflexion de Sylvie sur le texte d'Yvan : les
Martiens. On peut, par permutation, éloigner deux mots voisins (ici deux fois le même
mot). Mais, évidemment, le sens en prend un coup ! Pourtant, dans cette discussion,
personne n'y a rien vu ! Il n'y avait ni non-sens, ni contre-sens, simplement
répétition, redondance.
Si un
travail sur la structure est possible indépendamment du sens (indépendance contenue
cependant dans des limites étroites), un travail sur la structure rend possible, aussi,
l'élargissement du sens. C'est ce que montre la réflexion sur le texte de Laure :
la tourterelle. Les questions posées à l'auteur ont leur réponse contenue dans la forme
du texte : au départ, une symétrie partielle et une phrase-amorce, ouverture. Cette
ouverture se referme par l'adjonction de la structure symétrique. Elle est ensuite
placée au début.
On voit se
dessiner un éventail de possibilités, sur les rapports entre sens et structure :
p1 - Le
sens permet l'élargissement de la structure ; (texte 5 : Sylvie).
p2 - La
structure permet l'élargissement du sens ; (texte 7 : Laure).
p3 - La
structure est indépendante du sens ; (texte 6 Yvan).
p4 - Le
sens est indépendant de la structure ; (textes 1 Betty et 2 : Florence).
Pour
comprendre cette dernière proposition, p4, il faut rappeler qu'ici structure ne signifie
pas « structure de la phrase », mais jeu de répétitions, symétries,
inversions, entre divers termes, séquences, syntagmes. Sous ce terme structure, il faut
voir à l'oeuvre un souci de réversibilité. Les textes « ouverts,
intransitifs » de Betty et Florence produisent du sens mais non de la structure.
- La
réflexion sur le statut des connecteurs : Un troisième aspect que je voudrais
soulever à propos de ces textes et de leur discussion, concerne le statut des
connecteurs, de ce qui relie et qui relativise.
On le sait
assez, la pensée de l'enfant relie. A l'oral, on obtient, lorsque les enfants racontent
un événement, d'impressionnantes suites de alors... alors... alors. Mal vues de
l'adulte, d'ailleurs, qui s'efforce de les « corriger », de les faire
disparaître. Si ce « pouvoir relier » relève théoriquement de la
compétence linguistique, il n'en constitue pas moins une « performance »
médiocre : à tout relier, on en vient à tout mélanger !
A l'écrit, même
phénomène ! des séries de et... et... et viennent connecter entre elles des
phrases qui ne sont pourtant pas dans un rapport de simple continuité. Ce n'est pas
purement le flux du vécu que portent ces connecteurs, contrairement à ce que peut
laisser penser le discours oral. Ils ne traduisent pas toujours au niveau du discours la
continuité chronologique ou celle des activités. Leur statut semble plutôt de l'ordre
du logique, de l'ordre du raisonnement. Tout est lié parce que tout est relatif, tout
s'imbrique, tout s'emboîte, s'implique : la table n'est pas indépendante du tigre
qui mange une glace, elle est impliquée dans l'acte de manger, idéologique promu
logique.
Au lieu de gommer purement et simplement toutes ces
articulations fines, pour laisser apparaître dans toute sa candeur la phrase simple,
élément minimal (mais non maximal) de sens, interrogeons plutôt là-dessus la
réflexion que peuvent opérer les enfants sur ce savoir qui leur est propre.
Cette
réflexion montre que ces connections peuvent être approfondies, diversifiées.
L'implication qu'elles marquent est encore à préciser : ce n'est pas parce que la
tourterelle a fait la bise à la poupée que toutes les tourterelles sont venues, il a
bien dû se passer autre chose pour qu'elles arrivent : d'où la nécessité de
précisions, d'expansions. Il faut hiérarchiser prémisses-conséquences, délimiter
l'étendue, le champ de la relation et du relatif qu'elle apporte. L'ennui, c'est que,
bien souvent, les raisons de l'implication sont implicites, le texte ne les contient
pas : « Pourquoi les Martiens sont-ils en colère ? » La réponse ne
manque pas de surprendre ! L'enfant en sait plus qu'il n'en écrit, et ce savoir sera
à négocier ou à inventer au moment de la discussion. Il est simplement induit dans le
texte par des connecteurs-indices.
D'abord relier. Préciser ensuite, si besoin, le ou les opérateurs de la relation. Et non pas supprimer la relation sous prétexte de clarification, de simplification !
L'ouverture du fermé
Texte
n°8
Un petit
tigre qui avait perdu sa maman et il pleurait, il pleurait. Son papa arrive, il dit :
« mais je vais aller la chercher !
- Mais,
papa, s'il tarrive quelque chose ?
- Mais
non, je suis le plus fort du monde !
-
D'accord, je te laisse partir !
- Mais,
dit le papa, reste ici !
- D'accord ! »
Marie-Neiges
Discussion du texte 5 novembre
I
C'est le petit tigre qui s'est perdu.
II
C'est la maman.
III + La maman ne peut pas parler, parce qu'elle est loin.
IV + Les autres tigres ont pris la maman.
Commentaire
du texte de Marie-Neiges
C'est un
texte-ialogue que l'enfant a écrit ainsi, d'un jet. On n'y trouve pas la répétition
traditionnelle :il dit... il dit... Il débute sur un qui. Son contenu est aussi à
prendre en considération : il parle directement d'angoisses enfantines et de leur
rapport au père et à la mère. Le commentaire des enfants ne prend en compte ce contenu
que de façon médiate.
Commentaire
sur la discussion du texte
La
discussion a été brève car ce texte m'a servi de prétexte pour montrer comment on
traduit un dialogue dans la langue écrite. Le changement d'interlocuteur, qu'il a fallu
d'ailleurs identifier à chaque fois, se marque par un signe annexe, le tiret.
Cette
discussion brève a mis à jour une symétrie partielle assez inattendue (I).
La
phrase : le petit tigre avait perdu sa maman, dit-elle vraiment qui est perdu ?
Cette phrase est parfaitement réversible, mais aussi ambiguë :
le petit tigre est perdu
le petit tigre avait perdu sa maman
la maman est perdue
Se perdre, c'est très relatif : on se perd par rapport à quelqu'un, mais aussi par rapport à quelque chose, un lieu le plus souvent : le petit tigre a perdu sa maman, il est donc perdu par rapport à elle, puisqu'il pleure, mais il n'est pas pour autant perdu puisqu'il est en un lieu où son papa arrive. Et la maman, qui est la véritable perdue, ne peut pas parler, indique l'auteur du texte, elle est loin, dans un lointain inaccessible. Précisions qui viennent renforcer le dialogue du texte. Mais ici, pour pouvoir avancer dans la compréhension, il faut détruire l'effet de symétrie préliminaire : transformer le perdre, binaire et réversible, en être perdu, unaire et non-ambigu.
Texte
n°9
J'ai été à la mer.
L'eau était froide.
J'ai été voir la goëlette
de Christophe Colomb.
Jean-Christophe
Discussion du texte 12 novembre
I - Le bateau de Christophe Colomb, ce n'est pas une goëtette.
II - Où c'était à la mer ?
III + J'ai été à la mer, à Cambrils et à Barcelone.
IV - A quelle saison ?
- le printemps
- l'été
- l'automne
- l'hiver
V + J'ai été à la mer à Cambrils, en automne.
VI - Il faisait l'automne (6 voix).
VII - Il était l'automne (1 voix).
VIII - Il était en automne (ça ne va pas).
IX - C'était l'automne (2 voix).
X - Qui faisait l'automne ?
XI - Le vent.
XII - La pluie.
XIII - Dieu.
Commentaire
sur le texte de Jean-Christophe
C'est un
texte très bref, très concis, le début d'une lettre. Il appelle à des précisions.
Commentaire
sur la discussion du texte
Elle est très fournie et animée. Où ? Quand ? Il faut des précisions, pour donner un contexte à ces courtes phrases. La question de la saison, posée par Yvan, a amené à un inventaire des saisons possibles. Jean-Christophe intègre sa réponse, l'automne, à la phrase (V). Mais Florence (VI) avance une formulation non intégrée au texte : il faisait l'automne. Cette formulation en appelle d'autres, dont l'une au moins est reconnue comme ne correspondant pas au sens recherché. Pour choisir parmi les autres, les enfants ont proposé un vote désignant à leurs yeux la formulation la plus vraisemblable. Ils ont choisi celle de Florence (6 voix). Mais Yvan, qui a avancé la proposition 7, essaie de mettre en défaut ce choix, et pose la question : Qui faisait l'automne ? (X). Question non dépourvue de réponses ! L'impersonnel est encore ici identifiable, personnifiable, des référents cosmiques ou cosmologiques en apportent la preuve.
Texte n°10
Il
était une fois une famille de vautours.
Dès
qu'ils voyaient un serpent,
ils sautaient dessus. Les pauvres
serpents !
Jean-Henri
Discussion du texte 18 novembre
I - Combien de vautours ?
II + Il était une fois une famille de 20 vautours
Vrai
III - Il était une fois 20 familles de vautours
Faux
IV - Combien de serpents ?
V - Qui sautaient sur qui ?
VI + Les vautours sautaient sur les serpents ; les
serpents ne peuvent pas sauter sur les vautours.
VII + On dit : les pauvres serpents parce que les vautours
les mangent.
VIII - On dit : les vilains serpents parce qu'ils nous
piquent.
IX - On dit : les gentils vautours parce qu'ils nous
débarrassent des serpents.
X - On dit : les vilains vautours parce qu'ils nous
soulèvent par les cheveux.
Commentaire sur le texte de Jean-Henri
Peu de
commentaires à faire sur ce texte, fermé du point de vue du sens, mais non du point de
vue de la forme.
Commentaire sur la discussion du texte
Elle
débute par une question : combien ? Et, sur la réponse de l'auteur, un jeu de
permutation sur le déterminant numérique 20. (Peut-être, après tout, que de tels jeux
et interprétations se passent aussi lors des situations numériques-calcul !). Mais
la permutation modifie le sens (III).
La question
symétrique : combien de serpents ? n'a pas eu de réponse (IV). C'est que la
réponse était, sinon impossible, du moins très difficile à fournir. Il faudrait
déterminer rien moins que le cardinal de l'ensemble des serpents ! Pour tout serpent
de l'ensemble, en effet, il se trouve au moins un vautour qui saute sur lui s'il se
montre. Situation qui ne manque pas de quantification, à défaut de cardinaux. On peut la
traduire à l'aide du quantificateur universel ".
Soit B l'ensemble des serpents, A l'ensemble des vautours (cardinal 20). La proposition
ci-dessus se formalise en :
("
y ? B) (" x ? A) (x R y)
R traduit la relation : sauter sur.
Relation
dont on éprouve tout de suite d'ailleurs que sa réciproque n'est pas vraie : on a
bien x R y mais non y R x (explication VI).
Pour terminer cette panoplie très complète de questions,
Jean-Henri indique le pourquoi du qualificatif « pauvres » appliqué aux
serpents (VII) : ils sont pauvres parce que les vautours les mangent. Mais ce
« pauvres » est, me semble-t-il, à comprendre relativement à nous qui nous
mettons à la place des serpents mangés. S'identifiant aux serpents, Jean-Henri leur
attribue un qualificatif à connotation positive. Par contre, toujours de notre point de
vue, l'attitude des serpents par rapport à nous, mérite un qualificatif à connotation
négative : vilains.
Ce
raisonnement sous-jacent s'explicite d'ailleurs lorsqu'on passe aux vautours :
ceux-ci méritent, de notre point de vue, le qualificatif à connotation positive :
« gentils », dans leur attitude face aux serpents : ils nous débarrassent
des serpents. Une connotation négative, par contre, dans leur attitude face à nous,
toujours de notre point de vue. Aux « pauvres serpents » qui clôt le texte,
la discussion montre qu'on peut associer, au début du texte, le syntagme nominal
« les gentils vautours ». Ainsi, avec ces remarques de la discussion, le texte
se structure dans sa forme :
Gx désigne le prédicat gentils attribué aux vautours
Py désigne le prédicat pauvres attribué aux serpents.
Texte n°11
LA PETITE FILLE
Une
petite fille avait vu un animal qui était perdu. La petite fille qui approche, le lion
grogne : « GRE ! GRE ! » Elle s'est approchée du lion quand
même.
Marie-Neiges