2ème PARTIE

CLASSE DE PERFECTIONNEMENT

De Jean LE GAL Ecole de Ragon à Rezé (44)

INTRODUCTION

1.LES CONDITIONS DE L'EXPÉRIENCE ACTUELLE

2. ANALYSE DE L'EXPÉRIENCE

3. LA DÉVIANCE

CONCLUSION

INTRODUCTION

Aider à la naissance d'un homme qui saura lutter pour une société dont la liberté, la justice, la fraternité et le travail désaliéné seront les fondements, une société d'où aura été bannie l'exploitation de l'homme par l'homme : tel est le but que FREINET, dès l'origine de son action, offrait aux éducateurs populaires s'engageant à ses côtés.

Aujourd'hui, dans un monde en mutation où la misère et la guerre continuent d'exercer leurs ravages, alors que l'homme réalise son rêve ancestral de conquérir la Lune et le ciel, il est plus que jamais nécessaire que l'enfant soit préparé :
- à prendre fermement sa vie en main ;
- à comprendre les autres et à les accepter dans leur originalité ;
- à établir avec eux des relations d'amitié et de coopération ;
- à développer en lui le sentiment de l'unité de l'humanité.

Nous savons que cet enfant, qui vit avec nous seulement six heures par jour, est le produit d'une société qui ignore ou combat les valeurs qui sont les nôtres.

Nous savons que notre action va à contre-courant et que ses résultats sont sans cesse remis en cause; mais nous continuons à lutter pour une organisation scolaire qui permette à l'enfant :
- d'être HEUREUX, car c'est dans le présent que chacun doit pouvoir vivre sa joie, et non dans un avenir hypothétique ;
- de S'EXPRIMER LIBREMENT au sein d'un groupe qui l'écoute et lui répond ;
- de CRÉER UN MILIEU où il puisse par son expérience organiser sa propre connaissance des êtres et des choses;
- de se forger une TECHNIQUE DE VIE fondée sur une connaissance profonde de lui-même dans ses relations avec les autres.

Depuis plusieurs années nous cherchons, les enfants et moi, cette organisation coopérative, humaine, libératrice et enrichissante, et chaque année elle est différente de la précédente, car les données de cette recherche que sont les enfants, le maître, le milieu scolaire, le milieu familial, le milieu social, évoluent elles aussi.

Nous ne prétendons pas aujourd'hui avoir répondu à tous les problèmes qui se posent tant au niveau des relations humaines qu'à celui des institutions. C'est pourquoi ce bilan ne peut être qu'un moment de réflexion, de retour sur soi, pour reprendre avec plus de lucidité la marche en avant, marche qui d'ailleurs ne devra jamais s'arrêter, sous peine de tomber dans le dogmatisme et la sclérose.

1 ‑ LES CONDITIONS DE

L'EXPERIENCE ACTUELLE

Il est impossible de comprendre l'expérience actuelle si l'on ne possède quelques éléments qui la situent dans l'espace et dans le temps et la conditionnent :

-          le milieu social
-          le milieu scolaire
-          les enfants
-          le maître
-          l'historique de l'expérience.

LE MILIEU SOCIAL

Le quartier de Ragon est demeuré agricole, dans une ville-dortoir en pleine expansion démographique, et il est connu pour ses campements de gitans sédentaires ou nomades, et ses baraques où s'entassent les parents avec leurs nombreux enfants, dans une promiscuité peu propice à des relations affectives sécurisantes.

Les enfants de ma classe sont issus de familles de travailleurs, et quelques-uns d'un sous-prolétariat vivant dans des conditions matérielles précaires.

J'entretiens en général de bonnes relations avec les parents.

LE MILIEU SCOLAIRE

1. L'ECOLE

Le groupe scolaire comprend une école de filles de 9 classes (5 primaires, 2 enfantines, 2 cdp) et une école de garçons de 6 classes (5 primaires, 1 cdp).

Jusqu'à cette année, aucune classe ne pratiquait une pédagogie se rapprochant de la nôtre, mais le changement de directeur et le vent de rénovation qui souffle sur l'école française ont modifié le climat et les institutions :

-Toutes les classes sont mixtes, ce qui permet aux filles et aux garçons de notre coopérative de ne plus être séparés, comme ils devaient le faire antérieurement, au moment des récréations.

- Plusieurs collègues pratiquent l'étude du milieu. Une sortie collective à Nantes est prévue, qui groupera 4 classes, dont la nôtre ; les enfants seront répartis en 3 groupes hétérogènes.

- Chaque classe a sa coopérative et une fête est prévue pour Noël.

- Le CM2 se lance dans la correspondance. Nous lui avons prêté des lettres et un album, pour que nos camarades voient les possibilités qui leur sont offertes, et ils nous ont présenté leur étude sur Rezé.

- Chaque lundi et mercredi après-midi, de 15h15 à 16h45, des ateliers sont organisés, chaque maître ayant opté pour une spécialité, et les enfants se répartissent librement. Je reçois, pour ma part, ceux qui veulent dessiner et peindre. Mes enfants sont très heureux d'offrir leur local et leurs outils, et d'aller travailler eux-mêmes avec d'autres maîtres et d'autres enfants.

Cette mutation de l'école influe favorablement sur le climat de notre propre collectivité et nous a amenés à modifier notre plan de travail hebdomadaire.

2. NOTRE CLASSE

Notre local, qui est un bungalow Sofaco, est situé en dehors du groupe scolaire, dans un petit jardinet et à proximité du plateau d'éducation physique. Cela nous donne une autonomie totale pour nos activités.

L'intérieur de la classe est peint en bleu, et sur les murs éclatent des dessins aux riches couleurs. Les meubles sont neufs et offrent de grandes surfaces d'exposition. L'ensemble constitue un milieu chaud et agréable.

Nous nous regroupons selon différentes formations, suivant les activités. Cette possibilité constitue un facteur important, car le seul fait de pouvoir s'asseoir en cercle, au coude-à-coude, contribue à créer un courant de sympathie et une atmosphère amicale.

Pour l'entretien du matin et le conseil de classe du soir, nous sommes assis sur des tabourets autour du bureau, devenu table d'exposition. Pour les autres activités et les conseils extraordinaires en Philips 66, les enfants sont assis à leur pupitre.

Ils se sont constitués librement en 4 groupes. Catherine a été déplacée par le conseil du groupe 3 dans le groupe 4, sa présence perturbant ses 3 camarades, et elle a été remplacée par Fabien, un garçon volontaire.

 

Pour le conseil de coopé hebdomadaire, nous adoptons une formation en U, chacun demeurant à son pupitre et le maître prenant la place du président

3. LES INSTITUTIONS EXTERNES

Nous travaillons dans une totale liberté. Notre Inspecteur spécialisé est très favorable aux recherches poursuivies depuis cinq ans dans la classe.

Nous recevons des normaliennes et des maîtres du Centre de Formation des maîtres de l'Enfance Inadaptée en stage, mais ni l'Ecole normale, ni le Centre n'interviennent dans nos activités.

LES ENFANTS

Les enfants sont entrés dans la classe pour déficience intellectuelle. Ils savent tous lire. La plupart viennent de la classe de perfectionnement (niveau initiation) de l'école des filles, où ils se sont initiés à plusieurs techniques que nous utilisons.

GROUPE 1 (niveau scolaire : CE‑CM)

(Pour chaque élève, sont indiqués successivement : le prénom ‑ l'âge l'ancienneté dans la classe ‑ la provenance ‑ les observations).

Jacky : 14 ans – 3e  année ‑ cdp initiation
Enfant instable et très agressif lors de son arrivée. Il s'est calmé peu à peu mais a encore des crises d'opposition. Il a eu du mal à accepter la présidence des filles, car il a d'importants problèmes relationnels avec sa mère. Il est le leader naturel des garçons et supporte mal d'être réduit au rôle de simple participant.

Alain : 13 ans – 2e année ‑ cdp initiation
Enfant très calme, issu d'un milieu familial qui le traumatise, Très coopérant. Ses problèmes lui ôtent parfois une grande partie de son dynamisme.

Patrick : 14 ans – 2e année ‑ cdp initiation
Enfant efféminé lors de son arrivée, Il est le benjamin de sa famille et a été « surcouvé » par sa mère. Il s'est affirmé très rapidement. Très coopérant.

Marcel : 14 ans – 2e année ‑ CM1
Enfant passif; a eu des difficultés à s'intégrer à des activités qui supposent un choix personnel, Actuellement il fait partie du groupe. Il a d'importants problèmes affectifs familiaux. Se dit heureux en classe et est très coopérant.

GROUPE 2 (niveau : CE‑CM)

Jeannick : 13 ans 2 mois – 2e année ‑ fin d'études
A eu d'importants problèmes d'intégration. Elle avait été rejetée à cause de son agressivité. Elle est chez une nourrice (sa mère étant morte) et parle peu chez elle, Peu à peu elle a été acceptée, et cette année elle a un rôle actif.

Jeannette : 11 ans 5 mois – 2e année ‑ cdp initiation
Enfant qui s'est affirmée au fil des jours. Timide et boudeuse à son arrivée, elle est maintenant très ferme lors de ses interventions,

Josée : 13 ans 5 mois – 2e année ‑ CE2
Enfant venant d'un CE où se pratiquait la pédagogie Freinet, Elle s'est affirmée tout de suite et est le leader naturel des filles. Son niveau de réflexion est nettement au-dessus de celui des autres enfants. Instable lors de son arrivée, elle se contrôle maintenant beaucoup mieux.

Violette : 12 ans 2 mois – 2e année ‑ cdp initiation
Enfant timide lors de son arrivée, elle parle maintenant sans appréhension. Elle est l'élément modérateur et conciliateur du groupe. Elle montre une grande maturité.

GROUPE 3 (niveau : CP‑CE1)

Fabien : 12 ans – 2e année ‑ CP
Ne savait pas écrire ni compter à son arrivée. Délaissé dans l'école privée où il était auparavant. ll réagit d'une manière très infantile. Le groupe l'a pris sous sa protection et encourage ses moindres progrès, Il vit un rêve éveillé et dit aux visiteurs : « La classe, c'est les vacances ! » Il travaille pourtant sans arrêt.

Monique : 10 ans 7 mois – 1re année ‑ cdp initiation
Monique est très timide et avait grand peur d'avoir un maître. Elle parle peu aux discussions du matin, mais a accepté d'être présidente de jour. Dans ses lettres, elle se dit heureuse.

Andrée : 11 ans, 10 mois – 1re année ‑ cdp initiation
Elle a subi un traumatisme crânien. A peu de dynamisme mais participe maintenant activement aux activités.

Marina : 10 ans 4 mois – 1re année ‑ cdp initiation
La plus petite et la plus jeune du groupe, Elle adore taquiner les autres. Elle intervient peu dans les discussions, sauf lorsqu'elle est interpellée par un camarade ou par le président ; alors elle se défend avec énergie.

GROUPE 4 (niveau CP‑CE1)

Catherine : 11 ans 4 mois – 1re année ‑ cdp initiation
Enfant qui se sent toujours agressée et réagit violemment, verbalement ou physiquement. Le groupe a tendance à la rejeter; mais elle fait des efforts pour s'intégrer, en apportant de nombreux textes, des fleurs, des objets divers, Catherine vit dans un milieu familial perturbé.

Jacky P. : 12 ans 6 mois – 2e année ‑ cdp initiation
Agressif et sale lors de son arrivée, il est en voie de complète transformation, Son langage s'est affiné et son comportement est beaucoup plus amical, En général coopérant et actif.

Christian : 14 ans – 2e année ‑ cdp initiation
Christian a beaucoup manqué l'école à cause d'une santé fragile. Il a conscience de son retard et en éprouve un sentiment d'infériorité. Ce sentiment et son manque de tonus le conduisent à la passivité dans l'effort, Par contre, il est très actif au cours des discussions, qu'il fait avancer par son esprit logique.

LE MAITRE

Quelle que soit son attitude, le maître demeure l'élément fondamental du groupe-classe. C'est lui qui conditionne l'évolution du groupe par ce qu'il EST dans ses relations avec lui-même et avec les enfants.

L'important est qu'il soit à l'écoute des autres, afin de saisir leurs motivations profondes, de comprendre leur comportement, de répondre à leur demande ou à leur attente, et aussi afin de toujours demeurer en mouvement.

Il lui est cependant indispensable de bien se connaître, et pour cela de se poser la question : « Qui suis-je ici et maintenant dans ma classe ? » et de solliciter dans ce but l'analyse critique de ceux qui le regardent vivre. A cette question puis-je répondre avec objectivité ?

Je me sens un éducateur engagé qui a choisi de lutter, dans sa classe et dans la société, pour des valeurs auxquelles il est fermement attaché : Paix ‑ Justice sociale ‑ Liberté d'expression ‑ Droits de l'homme et de l'enfant ‑ Droit de chacun à participer à la gestion de sa vie et à celle du groupe auquel il appartient (autogestion) ‑ Amitié entre les hommes.

Ce faisant, je me sens pleinement en accord avec la Charte des Droits de l'Enfant, adoptée le 20 novembre 1959 par l'Assemblée Générale des Nations Unies, à l'unanimité de ses 78 pays membres. Charte qu'aucun éducateur ne peut se permettre d'ignorer, encore moins de ne pas respecter :

Principe 10. – « L'enfant doit être protégé contre les pratiques qui peuvent pousser à la discrimination raciale, à la discrimination religieuse, et à toute autre forme de discrimination.

« Il doit être élevé dans un esprit de compréhension, de tolérance, d'amitié entre les peuples, de paix et de fraternité universelle, et dans le sentiment qu'il lui appartient de consacrer son énergie et ses talents au service de ses semblables. »

Je fais miens ces vers de Dorothy ROIGT (Ride with the Sun), extraits de la plaquette que l'UNICEF vous enverra gracieusement : « L'UNICEF et les Droits de l'Enfant »

LA CHARTE DES ENFANTS

La paix viendra sur terre ; mais pas avant
que chaque enfant mange chaque jour à sa faim,
qu'il affronte chaudement vêtu le vent de l'hiver
et qu'il apprenne ses leçons l'esprit tranquille,
Lorsqu'il sera délivré de la faim, de la crainte et du besoin,
quelle que soit sa couleur, sa race ou sa foi,
il lèvera la tête et sourira au ciel,
et dans ses yeux se reflétera sa foi en l'homme.

Dans la classe, je me veux AUTHENTIQUE, car « il n'y a de dialogue possible qu'entre gens qui sont ce qu'ils sont et qui parlent vrai » (A. CAMUS). Je me refuse à être un enseignant neutre, qui s'abstient de mettre en discussion les sujets-tabous ou qui évite d'y participer (cf. Educateur n°1, sept.-oct. 68 : « Laïcité et Engagement de l'Educateur »).

Notre groupe a débattu des problèmes graves de la vie, à la suite de textes libres ou de questions posées à propos d'articles de journaux ou d'émissions de télévision :

- Comment viennent les enfants ?
- Comment est venu le premier homme ?
- Pourquoi y a-t-il la guerre au Vietnam, au Biafra ?
- Pourquoi dépense-t-on de l'argent pour aller sur la lune, alors que les gens meurent de faim ?
- Pourquoi y a-t-il des bombes atomiques ? ‑ Pourquoi les travailleurs font-ils grève ?
- Qui nous trouvera une place à 14 ans ? Le patron pourra-t-il nous renvoyer ?
- Quels sont les droits des parents sur les enfants ?

J'ai participé à ces débats, j'ai dialogué d'une manière authentique, en respectant les opinions de chacun, et je me suis vu contesté, car la parole du maître n'est plus synonyme de vérité à croire inconditionnellement.

Ainsi je me veux fidèle à la riche voie d'humanisme que nous traçait Jean ROSTAND :

Former les esprits sans les conformer,
les enrichir sans les endoctriner, les armer sans les enrôler,
leur communiquer une force dont ils puissent faire leur force,
les séduire au vrai
pour les amener à leur propre vérité,
leur donner le meilleur de soi
sans attendre ce salaire qu'est la ressemblance.

Plus qu'enseignant, je suis UN HOMME qui vit avec les enfants. Comme chacun d'eux je m'exprime librement par l'expression orale, écrite, graphique, picturale, gestuelle et je suis VRAI dans mes réactions: Si je suis heureux, je vis et j'exprime ma joie.

Si je suis mécontent, je vis et j'exprime mon mécontentement. Mais que suis-je dans mes relations avec les enfants ?

Je me veux permissif, libérateur, amical, membre participant de la collectivité, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs que les enfants.

Mais suis-je véritablement ce maître que je voudrais être ? Seule une analyse objective de la vie de la classe, faite par un observateur, pourrait répondre à cette question. Voici donc quelques images renvoyées par des stagiaires qui ont vécu avec nous ; elles ont la valeur de flashes qui fixent un moment dans un processus en constante mouvance :

Le maître est quelqu'un qui fait prendre conscience au groupe de ses intérêts, qui essaie de les harmoniser pour permettre à chacun de s'exprimer, d'apprendre, et pour faciliter les relations à l'intérieur du groupe, Nous nous sommes trouvés en face de la non-directivité promue au rang d'institution éducative... (2 étudiants en psychologie, janvier 1968).

Il me semble que vous vous efforcez d'être un membre du groupe, à part entière et au même titre que les enfants. Vous demandez la parole comme eux. Vous ne profitez pas de votre position de maître pour inculquer quelque chose... N'êtes-vous pas pour eux malgré tout une figure de l'autorité ? (Etudiant en psychologie, janvier 1968).

Il m'est apparu ici que le maître vivait vraiment l'activité et même vivait vraiment tout simplement Il utilisait les techniques d'expression libre institutionnalisées pour son propre compte...

Dans ses relations avec les enfants, il établit une simple relation, je dirai d'homme à homme. Il ne joue aucunement sur l'affectivité et place les enfants face à leurs responsabilités. (Normalienne, mai 1969).

Le maître en lui-même : il montre aussi bien son plaisir que son mécontentement. Il est très sûr de lui. Il en impose. Il essaie de ne pas s'imposer en tant que « le maître ». Il respecte les enfants en tant qu'individus, Le maître et les enfants forment un groupe dans lequel le maître essaie le plus possible d'avoir la même place que les élèves. C'est difficile : les enfants ont de la peine à le considérer comme leur égal. Ils semblent le craindre, mais ils ont une grande confiance en lui qui leur permet de s'exprimer librement, Il n'existe aucune gêne dans le groupe. Les enfants se disent ce qu'ils ont à se dire sans provoquer de rancunes, Le climat est très cordial, très amical, malgré quelques petits heurts. C'est un climat de confiance, (Deux normaliennes, novembre 1969).

Mais peut-être sera-t-il possible de cerner avec plus de précision l'image du maître et ses relations avec les enfants, dans l'analyse que représente le bref historique d'une expérience qui, partie de la coopérative, tend aujourd'hui à déboucher sur l'autogestion. Cette analyse permettra aussi de mieux connaître ce qu'était le groupe actuel lors de son démarrage le lundi 8 septembre 1959.

HISTORIQUE DE L'EXPÉRIENCE

SEPTEMBRE 1959. A la suite du choc affectif que j'ai subi en visitant l'école Freinet à Vence, pendant les vacances, je me lance avec résolution dans une pédagogie qui m'est totalement inconnue. J'ai acheté, pour m'y aider, deux ouvrages de Freinet : « Les Dits de Mathieu » et « Les Méthodes Naturelles dans la Pédagogie Moderne ».

Fini l'auditorium-criptorium où l'on reste assis toute la journée finies les punitions, finis les classements ;place à la démocratie !

J'apprends alors, à mes dépens, que des enfants habitués à obéir ne peuvent user subitement et avec discernement de la liberté, et je médite les conseils de Freinet aux débutants :

« Ne commettez pas l'erreur d'accorder sentimentalement trop vite et trop brusquement, la liberté à vos élèves.

« Non seulement parce qu'ils n'y sont pas habitués et risquent fort, en conséquence, d'en faire un mauvais usage, mais parce qu'il faut surtout éviter de considérer la liberté comme une sorte d'entité intellectuelle. Or cette liberté n'existe que dans les livres, On est libre de faire quelque chose ou de ne pas le faire.

« C'est dans le travail et la vie que l'enfant doit sentir et posséder la liberté… La liberté ne sera pas au début. Elle sera l'aboutissement de la nouvelle organisation du travail. »

Ayant pris conscience de la difficulté de la mutation que je demande aux enfants de réaliser, j'essaie d'organiser rationnellement avec eux la mise en place d'un travail vivant et motivé. Je m'attache en particulier aux conditions matérielles et aux règles de la vie en commun. Dans des discussions libres, nous abordons tous les problèmes qui se présentent à nous.

Je leur propose d'écrire librement ce qu'ils voient, entendent, pensent, rêvent, et de présenter ces textes à leurs camarades, qui en choisiront un pour être tiré dans le journal. Je les mets en contact avec d'autres enfants par la correspondance interscolaire.

Une à une, les techniques Freinet pénètrent dans la classe, au fil de ma propre information. Au 2e trimestre, après la correspondance, viennent successivement : les fichiers, qui les libèrent de ma tutelle ; le calcul vivant et les ateliers d'expression, qui nous conduisent au travail par équipes.

Nous voici placés devant la nécessité d'organiser la classe sur une base coopérative, avec répartition des responsabilités. Chaque samedi après-midi, une assemblée générale étudie les succès, les échecs, les heurts. Peu à peu les critiques constructives apparaissent et notre loi s'élabore.

A la fin de l'année, nous avons un code de coopérative, que vont respecter ces 35 enfants de Cours Elémentaire 1re année, pour qui la règle a encore un caractère sacré.

Article 1 ‑ CHACUN APPORTE SA PART A L'CEUVRE COMMUNE

‑ textes libres ;
‑ lettres propres et bien illustrées ;
‑ effort pour apprendre le calcul afin de pouvoir aider aux comptes de coopérative ;
‑ participation au rangement.

Article 2 ‑ CHACUN RESPECTE LES TRAVAUX DES AUTRES ET LES OUTILS COLLECTIFS

Article 3 ‑ CHACUN DOIT RESPECTER LES REGLES ETABLIES PAR TOUS:

- 3 en circulation dans les allées au maximum ;
- 1 à la bibliothèque ;
- 1 au bureau du maître ;
- celui qui est dans un atelier ne peut le quitter sans l'accord du responsable ;
- on ne peut ni courir, ni stationner dans le couloir ;
- lorsqu'un camarade parle à voix haute à tous, on se tait et on écoute ;
- au cours d'une discussion, si l'on veut la parole, on la demande au président ; le maître doit respecter aussi la règle ;
- si le silence est nécessaire au travail, le responsable du travail le demande ; sinon, on parle à voix basse (même règle pour le maître) ;
- celui qui fait tort à la coopérative ou ne respecte pas les règles devra une réparation.

Article 4 ‑ LES DROITS

Chacun pourra participer à toutes les activités de la coopérative :
peinture ‑ bibliothèque ‑ journal
ateliers de calcul
correspondance
enquêtes ‑ étude du milieu
Chacun pourra être chef d'équipe, membre du bureau de coopé­rative, président de coopérative,
Chacun pourra écrire ses critiques et ses désirs au journal mural.

*

De cette première expérience je tire un bilan positif, tant sur le plan des acquisitions scolaires figurant à notre programme, que sur celui des relations humaines au sein de la classe, et je décide de recommencer l'année suivante avec d'autres enfants, car l'organisation de l'école ne me permet de garder les mêmes qu'une seule année.

Je prends conscience des difficultés de ma propre mutation. J'ai du mal à respecter les règles de la coopérative, et en particulier la discipline de parole. Je me rends compte que le maître doit être :

- un HOMME accueillant, compréhensif, à l'écoute des enfants

- un TECHNICIEN capable d'apporter un conseil pour toutes les activités et sans cesse désireux de posséder parfaitement les techniques à utiliser ;

- un ORGANISATEUR sachant aider à la mise en place de nouvelles structures, harmoniser travaux collectifs et travaux individuels, et ne pas se disperser dans une coopérative aux multiples activités.

En 1960, je découvre Makarenko, et je propose aux enfants d'instituer un président de jour qui remplacera le président de coopérative élu pour une certaine durée. Cette institution, qui permet à chacun d'être responsable à son tour, est adoptée par tous avec plaisir. Elle fait disparaître les heurts nés du refus de suivre les directives d'un président de coopérative qui tend parfois à devenir un chef plus autoritaire que l'ancien maître.

Durant cinq années de cours élémentaire 1re ou 2e année, je n'assiste jamais à la remise en cause des techniques de travail par les enfants. Cela provient peut-être du fait que, progressant moi-même au fil de mon tâtonnement expérimental en suivant attentivement nos activités et en les confrontant avec celles d'autres classes, je suis conduit à proposer des modifications des techniques existantes et à en instituer de nouvelles. Je réponds sans doute souvent à l'attente des enfants ; mais je ne leur laisse pas le temps d'en prendre conscience et de l'exprimer.

En 1965, je suis nommé dans une cdp qui accueille des déficients intellectuels de 10 à 12 ans, à la suite d'un stage d'un an qui m'a permis de faire le point après ces quelques années de tâtonnement, de lire beaucoup, d'étudier de près de nouvelles expériences pédagogiques et de découvrir Rogers et la non-directivité.

Je redémarre cependant avec les mêmes techniques qu'au C.E., techniques alors pour la plupart officialisées et que j'estime propres à permettre l'épanouissement d'enfants inadaptés. Mais dès le départ je propose le conseil de classe quotidien animé par le président de jour, au cours duquel on fait le bilan de la journée et on prévoit le plan de travail du lendemain. Ici, la dimension « temps » nous est favorable : les enfants resteront de 2 à 4 ans dans la classe.

Les deux premières années, on voit les enfants prendre progressivement en main, avec mon aide, la gestion des activités et des institutions.

En 1967-68, je décide de me retirer quasi totalement du groupe et de ne répondre qu'à la demande. Les techniques, remises en cause, évoluent (voir chapitre Evolution des Techniques), mais les enfants ont maintenant entre 13 et 14 ans, et certains sont perturbés par leur entrée dans la période pubertaire. Des agressivités se manifestent. Mon attitude ne constitue plus une barrière pour deux enfants caractériels dont l'instabilité augmente. Les heurts physiques deviennent fréquents.

Dans de telles conditions, les enfants peuvent difficilement prendre des décisions et les appliquer. Plusieurs projets de sorties ne peuvent aboutir à cause de l'opposition systématique de Martine, qui est une déviante (voir chap. La déviance).

Je me décide alors à reprendre ma place de maître-participant. Je neutralise les éléments perturbateurs et, ce faisant, je rétablis une autorité que je voulais faire totalement disparaître. Mais je n'interviens que pour demander l'application des règles que le groupe s'est données.

La vie coopérative retrouve peu à peu son rythme, et au 3e trimestre le conseil de coopérative fonctionne à nouveau sans mon aide (ci-dessous compte rendu du conseil du 10 mai). En mai, la révolte des étudiants contribue à la maturation des membres du groupe, qui discutent chaque jour des événements et prennent conscience qu'ils ont pouvoir de se gérer.

CONSEIL DE COOPERATIVE DU VENDREDI 10 MAI 1968

Président : DOMINIQUE ‑ Compte rendu : DOMINIQUE et PHILIPPE.

Quand nous avons commencé le conseil, nous avons parlé de la semaine de travail. Le président a donné une feuille à chacun pour qu'il marque ce que nous ferons la semaine prochaine. La secrétaire ANNIE inscrit ensuite toutes les propositions au tableau, et nous avons décidé :

LUNDI

MARDI

MERCREDI

VENDREDI

SAMEDI

Lecture ‑ Disc

Lecture ‑ Disc.

Lecture ‑ Disc.

Lecture ‑ Disc.

Lecture ‑ Disc.

Grammaire

Texte libre

Travail indiv.

Texte libre

A programmer

au

Conseil

de

vendredi

Nos comptes

Calcul indiv.

Texte chiffré

Educ. Phys. et saute‑mouton

Chant

Chant

Chant

Calcul indiv.

       

Ed. phys.: atel.

de sport, indiv.

Foot‑ball

Cimetière :porter des fleurs sur la tombe de notre camarade Annick

Conseil de coopérative

Code de la Rte

Code de la Rte

Travail indiv

Travail indiv.

Travail indiv.

Ateliers

Ateliers

Conseil

Conseil

 

Conseil

Le Plan de travail décidé est présenté à Monsieur Le Gal. Il accepte la part qu'on lui demande.

*

EXAMEN DU JOURNAL MURAL

Gérard, le responsable, lit les critiques.

- Patrick a critiqué Gérard qui s'est battu avec un garçon de Fin d'Etudes,

Gérard dit que Patrick est un menteur.

M. Le Gal dit que c'est le garçon de F.É. qui a commencé.

Nous avons décidé que : « Celui qui se battrait serait exclu de nos activités pendant un jour, si c'est lui qui attaque. »

- Patrick est félicité par Martine, parce qu'il a apporté des graines pour le jardin de la coopérative.

Ces trois années de recherche m'amènent à cerner une partie du problème posé par l'évolution du groupe enfants-maître vers l'autogestion, autour de quatre points que nous retrouvons tant pour les activités que pour les institutions de la collectivité. (Analyse publiée dans Cahiers Pédagogiques n°81 : La Relation maître-élèves : Qu'est-ce qu'une classe autogérée ?)

1.       Proposer
2.       Discuter
3.       Décider
4.       Appliquer.

I. PROPOSER

QUI propose des activités ou des institutions ?
-          le maître (structure directive)
-          les élèves ? (structure non-directive)
-          le maître et les élèves ? (structure démocratique avec le maître participant).
COMMENT ? oralement ? par écrit ? (journal mural, cahier spécial de propositions, etc.)
QUAND ? au moment du conseil ? ‑ à tout moment ?

II. DISCUTER

QUI discute ? les élèves seuls ? le maître et les élèves 
QUAND ?
-          chaque jour ?
-          chaque semaine ?
-          à quel moment de la journée (le matin ou le soir) ?
-          à quel moment de la semaine ?
COMMENT ?
-          Quelle sera la structure de la réunion ?
-          Qui présidera ? le maître ? un élève ?
-          Qui choisira le président (et comment) ?
-          Quel sera le rôle du maître ? participant au même titre que chaque élève ? non participant ? animateur ? président ?

III. DECIDER

QUI ?
-          le maître ? (structure directive et autoritaire)
-          les enfants seuls ? (structure non-directive)
-          le groupe enfants-maître ? (structure démocratique avec le maître comme membre du groupe coopératif).
COMMENT ?
-          par vote ?
-          à l'unanimité ? à la majorité (laquelle) ? à mains levées ? à bulletin secret ?

IV. APPLIQUER

QUI ?
-          le maître ?
-          les enfants seuls ?
-          le président du jour ?
-          un responsable d'activité ?
COMMENT ?
-          Sanctions pour ceux qui ne respectent pas les décisions ? punitions ? Réparations ?
-          Récompenses ?
-          Ni punitions ni récompenses ?
-          Qui prend les décisions de sanctions éventuelles ? le maître ? le président ? le conseil ?

Les heurts entre les enfants, ainsi que les événements de mai 1968 m'ont permis de mesurer combien l'amitié est nécessaire pour que les hommes puissent agir et construire ensemble. Sans elle, aucune autogestion n'est possible. Elle naît de l'action en commun et elle la conditionne.

D'autre part, l'analyse des difficultés d'expression de quelques enfants me fait prendre conscience que le problème de l'écoute du groupe est fondamental. Il n'y aura expression profonde de soi que si chacun trouve des auditeurs permissifs, attentifs, compréhensifs, qui écoutent et acceptent de répondre.

Je fais mienne l'idée de Carl Rogers, que « l'obstacle majeur aux communications entre personnes, c'est notre tendance très naturelle à juger, évaluer, approuver ou désapprouver les dires de l'autre personne ou de l'autre groupe » (« Liberté et Relations humaines », d'A. de Peretti).

Faire naître l'amitié en proposant aux enfants des activités qui les amènent à oeuvrer ensemble... et libérer l'expression par un climat d'écoute et de compréhension sont les deux buts premiers que je me fixe.

Dès le premier jour, j'institue un nouveau lieu de rencontre le BUREAU, devenu table-exposition au milieu de la classe, et autour duquel nous nous regroupons sur des tabourets. Ce coude à coude me paraît plus propice à la circulation du langage que notre formation de pupitres en U.

Effectivement, c'est à cet endroit qu'au fil des jours nous apprenons à nous parler, à nous dire, à nous donner un beau poème découvert dans un recueil, un texte libre, une découverte, une invention, un bouquet de fleurs, ou simplement un sourire.

Je lis moi aussi mes textes et je découvre que l'on peut avoir la gorge nouée lorsqu'on essaie de communiquer aux autres l'émotion que l'on ressent. Je me mets à créer des chansons.

L'entretien du matin devient un moment privilégié, un moment de joie et de plénitude libératrices, pas seulement pour les enfants, mais aussi pour tous les adultes vivant en classe.

« Au fur et à mesure du stage, il me semblait que je me libérais et m'ouvrais à toutes sortes de choses que je croyais avoir oubliées, telle la poésie faite de sentiments simples, que l'on éprouve, enfant, quand il fait beau, que la nature s'offre à vous. » (Une normalienne).

Voici quelques-uns de ces textes libres, dont la motivation n'est plus le journal, mais le don aux autres ;

J'aime la Loire,
le soir,
lorsque ses eaux roulent
Roulent
et s'enroulent.
J'aime la Loire
lorsque lentement
ses flots calmes
elle descend
vers l'immense Océan
J'aime la Loire
et ses plages ombragées
où il fait bon
se parler
et rêver.
J'aime la Loire
lorsque s'y reflètent
la lune brillante
et les lumières de Nantes.
J'aime la Loire.

Jean LE GAL

 

La Route mène au bonheur
Le chemin arrive à la paix..
Petit oiseau
va toujours dans son arbre ;
un pays pleure
un autre rit.
Poème,
on l'écoute toujours
car un poème
est toujours beau.

RENEE

 

 

J'aime la vie, Elle est belle. J'aime les camarades qui sont polis et gentils.
Ma maman, parfois, n'est pas gentille avec moi. Elle a une raison mais je ne la connais pas.
Certains garçons ne pensent qu'à taper et à embêter les autres.
Peut-être un jour aimeront-ils les autres.
Ce jour-là, ils seront des hommes.

PATRICK

 

 

 

 

 

Des cheveux doux à caresser,
Des yeux faits pour consoler,
Une bouche qui dit le mot aimer :
C'est ton portrait,
Amitié !

GENEVIEVE (stagiaire)

 

Toi,
Toi qui as une tête ronde, des yeux, un nez,
deux oreilles et une bouche,
Toi,
Toi qui penses à la vie, au monde,
à ce que tu dis,
Toi,
Toi qui as une bouche pour parler,
Crier, rire et dire l'amitié,
Toi,
Toi qui as un nez
pour sentir la pauvreté,
Toi,
Toi qui as deux yeux pour regarder,
pour voir et pleurer,
Toi,
Toi qui as la vie triste, tu travailles,
Tu as un patron, tu le bouscules, tu dis pardon,
Toi,
Toi qui es célibataire,
tu travailles seul sur la terr
e
Toi,

Toi qui as une femme, des enfants,
Tu travailles pour les nourrir, tout le temps.
Toi,
Toi qui as ta famille loin,
loin, très loin,
Toi,
Toi qui voudrais aller auprès d'eux,
tu sais penser, ça se voit,
ça se voit dans tes yeux.
Toi,
Toi qui te mets à genoux
devant le ciel pour prier,
Toi,
Toi qui penses au bonheur,
Toi qui penses à l'amitié,
Toi,

ANITA

Outre l'entretien du matin, je propose toutes les activités permettant la liberté d'expression et la relation humaine :
-          expression libre écrite, graphique, picturale, gestuelle, chantée ;
-          correspondance interscolaire ‑ journal ‑ rencontres d'enfants étude du milieu ;
-          activités manuelles ;
-          activités physiques.

Je propose aussi :

UN MODELE D'ORGANISATION:
-          coopérative avec président de jour ;
-          journal mural pour les critiques, les félicitations, les propositions ;
-          conseil de classe chaque soir, pour faire le bilan des activités de la journée et programmer celles du lendemain ;
-          conseil de coopérative le samedi, pour :
faire le bilan général de la semaine
prévoir les perspectives pour la semaine suivante
discuter des problèmes relationnels et des institutions.

DES REGLES DE VIE FONDEES SUR LE RESPECT :
-          respect des outils collectifs ;
-          respect des camarades : pas de brutalités, pas d'injures ni de moqueries ;
-          respect du travail des camarades pendant l'activité et respect des travaux réalisés ;
-          respect du calme de la classe : chacun parle à voix basse durant les activités individuelles ; chacun se déplace silencieusement.

Durant la 1re semaine, nous vivons ces propositions acceptées par tous. Plusieurs enfants ont des troubles du comportement ; j'interviens lorsque le président du jour ne suffit pas pour les amener à inhiber leur agressivité.

Au premier conseil du samedi, je demande que chacun écrive sur une feuille : CE QUE J'AIMERAIS FAIRE DANS LA CLASSE. J'affiche au mur toutes les propositions, afin que les enfants puissent s'y référer pour établir leur plan de travail. Ils reprennent d'ailleurs la structure de l'année précédente, qui leur est proposée par un ancien.

Durant toute l'année au cours des conseils j'aide le groupe à réfléchir sur lui-même et sur ses institutions. En Philips 66, nous étudions :
-          Qu'est-ce que le maître ?
-          Qu'est-ce que le président de jour ? (v. chap. Evolution des Techniques)
-          Pourquoi un journal ?
-          Pourquoi lire les textes libres,

Je demande, avant que les perspectives soient établies pour la semaine suivante, que chacun fasse le bilan de ses travaux commencés et qu'ensemble nous fassions le bilan des travaux collectifs en cours. A plusieurs reprises nous nous demandons : « Que voulons-nous faire ? »

Peu à peu le groupe s'affirme et prend conscience de ses responsabilités. Il décide en particulier que seul le Conseil aura pouvoir de décision et que le président de jour sera chargé de l'application s'il est défaillant, le maître fera appel au suivant.

Bien entendu, des heurts ont encore lieu, et un Code de coopérative prévoyant des réparations se constitue :

PAROLE Voix haute : Code Discussion. Pour un travail collectif, un seul parle à la fois. Le président

donne la parole.

DEPLACEMENT:

a) Je peux me déplacer en travail individuel pour aller chercher un outil, demander un renseignement, aller me laver les mains ;

b) Je ne peux pas me déplacer en travail collectif.

On se déplace sur la pointe des pieds. On ne se promène pas.

TRAVAIL NON EFFECTUE
ARRIVEE EN RETARD SANS
MOTIF
IMPOLITESSE
OUTIL CASSE PAR NEGLIGENCE
MOQUERIES ‑ BRUTALITES
INJURES ‑ GROSSIERETE

REPARATION

1.Mise au silence après un rappel

2.Exclusion des ateliers.

 

 

1.Demande de s'asseoir

2.Travail utile à tous

 

Rattrapage pendant les ateliers ou après la classe

Aller s'excuser

Remplacement de l'outil

a)Avertissement et excuses
b) Exclusion des activités pour une journée.

COMMENT EST LA CLASSE A LA FIN DE L'ANNEE ?

« Un milieu plein de stimulation, où l'on se sent au chaud, chez soi. »‑ (Etudiant en psycho.) ;

Avec une atmosphère qui étonne : « Ce qui me frappa lorsque je suis arrivée dans ta classe, c'est le calme qui y régnait. J'ai trouvé les enfants à leur place; en travail individuel tout se passait bien, chacun travaillait à son rythme, décontracté, paisible. » (Stagiaire CAEI).

Les deux buts fixés au départ :                        faire naître l'amitié

                                                                     libérer l'expression

sont atteints, et les enfants ont appris à vivre ensemble, à travailler ensemble, à gérer ensemble leur vie et leurs activités.

Onze d'entre eux vont revivre une nouvelle année dans la classe. Cette fois je me mettrai momentanément hors du groupe afin de les obliger à se prendre tout de suite en mains. Ainsi nous éviterons la passivité et chacun sera tenu d'être un créateur.

2 - ANALYSE DE L'EXPERIENCE

Dans un groupe qui agit, les institutions et les activités sont en étroite relation. Il est difficile de les dissocier. Mais, pour l'analyse de leur naissance et de leur évolution, je me vois contraint de faire un choix. J'étudierai d'abord les institutions, après avoir, dans un premier temps, décrit les premiers jours de classe.

LES PREMIERS JOURS

LUNDI 8 SEPTEMBRE

Ma voiture s'arrête près du portail de l'école. Quatre anciens sont là qui attendent : on se retrouve comme si on ne s'était pas quittés. Ils sont impatients de revoir notre maison commune. Ils rassemblent leurs camarades et rentrent seuls, car la maman d'une ancienne élève, soucieuse de l'avenir problématique de sa fille, me retient.

Lorsque, au bout de trente minutes, je les rejoins, je trouve les onze anciens assis à leurs pupitres habituels et discutant avec animation. Par contre, les quatre nouvelles sont demeurées debout dans un coin et se taisent. Je les invite à s'asseoir aux pupitres inoccupés et je m'installe moi-même sur une chaise, car je n'ai plus de bureau. Les pupitres sont demeurés en U depuis notre départ en juin ; les murs sont décorés de nos peintures et, sur les panneaux, les lettres de nos correspondants nous rappellent des joies anciennes.

Je ne dis rien. Brusquement le silence se crée. Il dure deux, trois minutes... Christian lève la main et me regarde. Je ne dis toujours rien... Il prend alors la parole pour demander pourquoi toute l'école est maintenant géminée.

Le groupe se tourne vers moi, qui suis seul à détenir la réponse. Je la donne, puis je me tais. Le silence réapparaît et dure. Je me retire alors à l'atelier-journal, afin de libérer les enfants qui attendent que je prenne l'initiative. Christian reprend la parole : « Il faudrait un président… Il n'y a qu'à reprendre la liste des noms. » (Christian propose là une structure de l'année précédente).

ALAIN : « Oui, mais il y a des nouveaux ! »

JACKY : « Qui veut être président ? Levez la main ! » (Jacky F. est le leader naturel des garçons, et il prend ici l'initiative).

Fabien est élu ; or il est capable d'assumer l'animation du groupe. Aussi Jacky lui conseille aussitôt : « Et fais respecter le calme ! » Fabien prend ses fonctions suivant le rituel des conseils de l'an passé.

FABIEN : Qui a quelque chose à dire ?
JACKY P. : Et pourquoi on ferait pas le jardin cet après-midi ?
JEANNICK : On est le matin !
CHRISTIAN : On pourrait cueillir quelques fleurs pour la classe, pour décorer.
PATRICK C. : Il faut faire les groupes pour le jardin.
JACKY P. : On pourrait faire après un peu de foot pour s'exercer !
CHRISTIAN : Je propose qu'on fasse jardin ce matin.
PRESIDENT : Qui vote pour ?
JOSEE : Avant de faire jardin on pourrait faire sport.
CHRISTIAN : Je propose d'entraîner deux filles. Josée et Jeannette, pour remplacer les deux garçons qui sont partis.
JOSEE : C'est à moi de décider si je joue ou pas.
(Rires nerveux dans le groupe).
PRESIDENT: Qui veut jouer au foot cet après-midi ?
(Jacky va au tableau et écrit : Après-midi, foot-ball).
CHRISTIAN : Après le foot on pourrait faire jardin ; il faudrait apporter des vieux pantalons, (Rires et bavardages).
PRESIDENT : Taisez-vous ! Coupez le courant !
(attitude de relaxation en position assise).
(Manifestations d'opposition et rires des nouvelles ; le calme revient peu à peu).
MARCEL : Mais après le jardin qu'est-ce qu'on fait ?
PRESIDENT : Coupez le courant puisque tout le monde parle.
(Personne n'obéit à cette injonction. La cloche sonne. Je rentre dans le groupe).
JLG : Je suis de service. Les maîtres se réunissent en conseil pour discuter des classes mixtes. NOUS DEVONS TOUS SORTIR. Vous n'avez rien décidé. En rentrant vous verrez ensemble ce que vous pouvez faire.
(La rentrée se fait en désordre. Je m'installe dans un coin de la salle et j'écris. Il y a beaucoup de bruit ; le président est incapable de ramener l'ordre. On chante, on crie. Puis la discussion reprend) :
CHRISTIAN : Il vaudrait mieux arrêter le foot. On en a assez du foot !!
JEANNICK : Qu'est-ce qu'on fait maintenant ?
CHRISTIAN : On pourrait se mettre d'autres habits et faire le jardin... Ils ne respectent pas le président !...
(On me regarde. Je demande la parole).
JLG : Je ne prendrai pas de décision à votre place. C'est à vous de savoir ce que vous voulez faire et de décider.
JACKY P. : Quand les coings vont être mûrs, on fera la confiture.
JACKY F. : Si vous ne marquez rien au tableau, ça veut rien dire. Les paroles, ça part...
JACKY P. (à Fabien) : Il faut que tu désignes quelqu'un pour écrire au tableau. (Jacky P. est choisi par Fabien). ALAIN : On fait des groupes pour le jardin ?
SECRETAIRE: Qui veut aller au jardin ?
(Il écrit : Sous le cognassier, Alain, Chapeau, Christian ; il fait voter pour désigner le 4e. Marcel est choisi et décide : « Il n'en faut que quatre ». Le secrétaire est alors pris a partie par les anciens, parce qu'il remplace le président et est renvoyé à sa place).
ALAIN. : Les filles causent même pas; elles s'amusent !
CHRISTIAN : Il faudrait aller voir s'il y a de l'herbe dans les fleurs.
PRESIDENT : Taisez-vous, Jeannette et Jeannick !!... Personne ne veut obéir au président !
MARCEL : Et les autres, que vont-ils faire ?
JOSEE : Faire dessin, nettoyer les bahuts.
(La cloche sonne. On sort en désordre). (A 13h45, lors de la rentrée) :
JLG : Vous n'avez pris aucune décision ce matin (Je vais m'asseoir hors du groupe).
ALAIN : On ne devrait pas être quatre au cognassier ! Que feront les autres ? Un dessin pour décorer la classe ?
CHRISTIAN : Les filles époussettent les bahuts pendant que nous sommes au jardin.
PATRICK C. : On fait visiter la classe aux quatre nouvelles.
(Cette proposition n'est pas reprise par le président).
JEANNETTE : Il faudrait prévoir aussi ce qu'on fait demain.
MARCEL : Au Conseil.
JEANNICK : Quand aurons-nous nos affaires ?
(Jacky F. va chercher le ballon).
JOSEE : Les propositions sont finies.
CHRISTIAN : Le secrétaire doit aller à sa place.
JEANNICK : Jacky P. dit tout au président !
JACKY P. : Il est dans la lune.
JEANNICK : Il n'y a qu'à changer de président !
(Le groupe hésite à aller en foot-ball).
PRESIDENT (après hésitation) : Allez sur le plateau !

PROPOSITIONS

Plusieurs propositions sont faites, en particulier par Christian, mais le président ne les reprend pas pour les faire discuter, afin qu'elles aboutissent à des décisions. Il est incapable d'éviter l'agitation.

 

 

 

 

C'est Jacky qui prend l'initiative. C'est un leader personne ne proteste.

 

 

Personne n'obéit au président. C'est le désordre complet.

 

Mon intervention est motivée par l'institution externe qui interdit aux enfants de rester en classe sans la présence du maître.

Je refuse tout pouvoir de décision au niveau du choix des activités.

 

Jacky fait ici une excellente analyse qui aboutit à la désignation d'un secrétaire chargé d'écrire les propositions au tableau.

 

Le secrétaire destitue le président, dirige les débats, prend des décisions. Mais le groupe prend conscience de l'usurpation et le renvoie à sa place. Nous retrouverons ce phénomène à plusieurs reprises.

 

 

 

Je note cet essai d'intégration des 4 nouvelles, qui demeurent silencieuses depuis ce matin.

 

Le conseil semble se réinstituer.

 

Jeannick pose le problème du remplacement d'un président incapable. Mais le groupe ne la suit pas.

Personne ne m'ayant demandé de jouer, j'assiste en spectateur au jeu, qui est assez brutal. Lorsque, après 45 minutes, une des filles reçoit le ballon dans la figure, après un shoot volontaire, je stoppe le match. Je suis intervenu ici au niveau du pouvoir exécutif, pour suppléer à la carence du président de jour, qui laisse les agressivités se défouler au détriment des plus faibles. Les enfants rentrent alors et spontanément discutent des brutalités.

La sortie et la rentrée de récréation se font dans le même désordre. Le président de jour abandonne son rôle. Le leader Jacky F. reprend alors le pouvoir : « On pourrait faire le jardin et ranger la classe ?. Les garçons font le jardin et les filles la classe. »

Proposition acceptée sans discussion. Chacun se met au travail. Catherine va au jardin avec les garçons. Je participe au rangement. Dès que la cloche sonne, chacun reprend rapidement son cartable et disparaît.

MARDI 9 SEPTEMBRE

8h45. Les enfants attendent sous le préau lorsque la cloche sonne. Je ne dis rien. Après 3 minutes d'attente, ils se décident à entrer et s'installent en silence à leur place.

Je prends la parole : « Jeannette avait proposé hier de prévoir les activités d'aujourd'hui. Marcel avait demandé que cela soit fait au conseil, mais on n'a rien décidé ! » Et je me retire du groupe.

Jeannette prend le pouvoir immédiatement et avec fermeté : « Qui veut être président ? » Plusieurs mains se lèvent. Elle fait voter et décide : « Jacky F. est élu président ». Cette fois, c'est le plus ancien et le leader de la classe qui est choisi. Les enfants paraissent avoir pris conscience de l'échec de la veille.

Et Jeannette se retire, avec un sourire satisfait.

PRESIDENT : Qui a quelque chose à dire ?
(Silence).
PATRICK C. : Il faudra finir le jardin.
PRESIDENT : Il faut quelqu'un pour écrire au tableau.
(Des mains se lèvent).
PRESIDENT : Ce sera Marcel... Qui veut finir le jardin ?
PATRICK C. : Ceux qui ont fait hier.
PRESIDENT : Ceux qui ont été hier vont faire le jardin.
JACKY P : Les fèves (fournitures), il faudrait les distribuer.
CHRISTIAN : On demande aux filles ce qu'elles veulent faire. Que voulez-vous faire ?
PRESIDENT : Voulez-vous faire un dessin pour décorer la classe ?
JEANNETTE : Catherine ne veut plus être au jardin.
PATRICK : Que vont-elles faire, les filles ?
CHRISTIAN : Dans quels ateliers ont-elles travaillé hier ?
PATRICK : Elles ont nettoyé et décoré.
(Quelques filles sont d'accord pour dessiner).
PRESIDENT : Les filles iront en dessin.
CATHERINE : Que fait-on maintenant ?
PRESIDENT : On ne décide pas pour maintenant, on décide pour tantôt : que fait-on tantôt ? Rien ? ‑ On va rester comme ça à rien faire ?
ALAIN : On n'a qu'à ranger les casiers.
CHRISTIAN : Ranger les caisses.
(Quelques-uns se mettent à ranger les casiers).
JEANNETTE (au président) : Ils sont en train de ranger les casiers,
PRESIDENT : C'est tantôt, c'est pas ce matin
CHRISTIAN : J'ai une idée... acheter une éponge !
JACKY P. : Et qu'est-ce qu'on fait comme sport ?
JEANNETTE : On peut faire passe à dix, ou balle au camp.
ALAIN : Epervier.
PRESIDENT : D'autres ? Moi, course.
(Une longue discussion s'ensuit. Le président fait voter à mains levées : ce sera balle au camp).
PATRICK C. : J'ai apporté des radios, Je peux montrer ?
(Il les montre ; il explique. Je participe en répondant aux questions ; je présente la colonne vertébrale, les hanches, les malformations. Discussion intéressante. A un moment, Christian a la parole. Il parle, parle...)
PRESIDENT : Tu n'as plus la parole !
CHRISTIAN : Tu me l'as donnée !
PRESIDENT : Ah ! oui !
JEANNETTE : Il faudrait maintenant continuer la journée.
(Jacky P., sans demander la parole, raconte une histoire drôle qui fait rire. Catherine s'énerve, parle fort).
PRESIDENT : On ne parle plus de ça.
CHRISTIAN : On ne va pas faire que ça !
(Jacky P., sans demander la parole, reprend son histoire et provoque une nouvelle perturbation).
FABIEN : Il faudrait faire discussion et lecture, comme l'année dernière.
CHRISTIAN : Il faudrait mettre le réveil à l'heure !
(Je fais le bilan des propositions et je constate que beaucoup n'ont pas été entendues. J'interviens) :
JLG : Comment faire pour que les propositions ne soient pas perdues ?
CHRISTIAN : Marquer les propositions derrière un tableau, ou bien le président prend un secrétaire qui écrit les propositions sur une feuille.
JOSEE: Pendant la journée y en a qui écrivent des propositions, et au conseil on regarde.

 

 

L'institution du secrétaire choisi par le président se consolide. Le président décide sans demander l'avis du groupe.

Les garçons essaient de prendre en main les filles, qui, à part Jeannette, demeurent passives.

 

 

 

Le président essaie de stimuler le groupe passif qui ne fait aucune proposition.

 

 

 

 

 

J'interviens au titre de membre participant. Je réponds à la demande verbalisée du groupe.

Le président semble fatigué.

Jacky P. a besoin d'attirer l'attention du groupe sur lui.

 

 

Le président ne renvoie pas la proposition de Fabien. Le président met le réveil à l'heure.

 

J'interviens en observateur qui renvoie au groupe son image, mais ma question dépasse ce rôle. Elle a pour but d'aider le groupe à s'organiser.

L'arrivée d'une personne étrangère à la classe vient provoquer une rupture dans l'équilibre qui s'était établi. Ma présence sécurise les enfants, même si je participe peu. Dès que je suis occupé, quelques enfants se perturbent.

Après quelques minutes d'essais infructueux pour poursuivre la discussion, le président met tout le groupe au silence. Il donne fermement sa directive et obtient le calme ; mais dès que la cloche sonne la récréation, les enfants se précipitent.

Je décide alors d'intervenir dès la rentrée en classe, car avec ce désordre et les cris qui l'accompagnent, nous dérangeons la classe enfantine voisine.

JLG : Tout à l'heure, la sortie s'est passée dans le bruit. J'ai entendu des bousculades et des cris dans le couloir, Lorsque la cloche a sonné, vous vous êtes tous précipités en vous bousculant, alors que les autres classes se mettaient en rang calmement.
PRÉSIDENT : Il faudrait faire une règle de sortie. Qui a des propositions ?
JLG : Comment pourrait-on faire pour les propositions ?
CHRISTIAN : On les écrit au tableau.
JOSEE : On cherche les propositions par groupe, puis on les présente et on discute. (C'est la technique du Philips 66, que nous avons utilisée déjà l'an passé).
PRESIDENT : Qui veut faire ainsi ?
(Le groupe est d'accord. Le président me propose d'être l'animateur. J'accepte et je pose une première question) :
JLG : Comment voulez-vous sortir ? Dans dix minutes, un rapporteur donnera les propositions et dira pourquoi il les fait.

*

RAPPORT

Gr. 4 : rapporteur Christian ; 3 garons (anciens)
« Les filles entrent d'abord et les garçons ensuite en groupe. Le président fait entrer les filles, puis ensuite les garçons. »

Gr. 3: rapporteur Catherine ; 4 filles (nouvelles) :
« Les filles se mettent deux par deux, Il ne faut pas se bousculer dans l'allée et le couloir. Il ne faut pas crier, parce que cela dérange toutes les autres classes. Il faut obéir à M. Le Gal. Le soir il faut bien se ranger pour traverser la cour des garçons. »
JOSEE trouve que ça perd du temps d'écrire les propositions au tableau.
JLG : Comment pourrions-nous faire pour nous rappeler sans écrire au tableau ?
JOSÉE : Vous écrivez vous sur le papier, puis vous les dites une par une.
JLG : Tu proposes que je fasse le secrétaire ?
PRÊSIDÉNT : Qui est d'accord ? (Unanimité).

Gr. 2 : rapporteur Jeannick ; 4 filles (anciennes) :
«  Nous proposons de sortir en deux groupes, les garçons devant et les filles derrière, Celui qui n'applique pas sera privé d'atelier. »

Gr. 1 : 4 garçons (anciens) :
« Nous proposons de sortir en groupe, parce que nous voulons montrer l'exemple aux nouveaux, Celui qui n'appliquera pas la règle de sortie aura une réparation, le conseil décidera de cette réparation. Le président doit conduire jusqu'à la route, et M. Le Gal devra nous faire sortir. »

Je relis toutes les propositions et les résume.

*

JLG : Maintenant il faut choisir.
JEANNETTE : Le président doit faire sortir.
JOSEE : Amener les filles d'abord, puis les garçons après, ça fait perdre du temps.
ALAIN : Faisons comme avant: M. Le Gal prend les garçons, et Mme D. les filles.
JOSEE : On n'a plus le droit d'aller dans la cour des filles.
JEANNICK : C'est les petits qui vont dans la cour des filles.
JEANNETTE : C'est le maître qui est responsable de la sortie.
JLG : Il n'y a plus de cour des filles ni de cour des garçons, Il y a deux cours mixtes : une de petits, une de grands.
JOSEE : On sort et on rentre tous ensemble, les garçons devant, les filles derrière en deux groupes. Il faut demander si on est d'accord.
PRESIDENT : Qui est d'accord ? (Unanimité).
JLG : Pour nous rappeler la règle, que pourrions-nous faire ?
PATRICK C. : On prend une grande feuille et on marque dessus.
CHRISTIAN : On la met dans le couloir.
JOSEE : On la met dans le couloir, et en classe on met les propositions.

J'écris notre première règle sur une feuille que j'affiche dans le couloir : « On sort et on rentre tous ensemble, les garçons devant, les filles derrière, en deux groupes, C'est le président qui diirige la sortie,

*

A 13h45, dès le coup de cloche, les enfants se rassemblent en deux groupes. Le président hésite. Je lui rappelle : « C'est toi qui fais entrer ! » Les enfants entrent, vont s'asseoir.

Reprenant une habitude que le groupe 68-69 avait instituée Josée distribue un gâteau à chacun. Le président propose d'aller voir le terrain de sport ; je précise que nous n'avons le terrain que jusqu'à 14h30. Personne ne m'ayant invité à participer à la partie de balle au camp, je demeure spectateur.

En rentrant, le président réclame une discussion sur le sport.

JOSEE : Catherine ne veut pas passer la balle à Monique.
FABIEN :  Jeannick se laisse faire.

PRESIDENT : Qu'est-ce qui a bien marché ?
FABIEN : La balle au camp.
JOSEE : La mise en groupe.
PRESIDENT : Qu'est-ce qui a mal marché ?
PLUSIEURS : L'épervier.
JOSEE : Catherine elle parle, mais elle ne demande pas la parole.
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