Pourquoi ? Comment ?

 

 

La pédagogie Freinet
au collège et au lycée

 

 

Secteur Second Degré
ICEM

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Sommaire 

Avant-propos                                           

Travailler autrement dans les collèges et les lycées aujourd’hui et demain, pourquoi ?
- Pour répondre avec efficacité aux exigences institutionnelles
- Pour placer l’enfant, l’adolescent au centre de l’apprentissage
- Pour se donner le moyen de gérer efficacement l’hétérogénéité des élèves dans une classe
- Pour ne pas enfermer l’enfant ou l’adolescent dans une situation d’échec
- Pour intégrer des outils, médiateurs d’apprentissages méthodologiques fondamentaux
- Pour contribuer à la professionnalisation de la fonction enseignante     

Et comment répondre à ces questions ?
- Par la personnalisation, l’autonomie, les outils
- Par la communication, la socialisation, l’évaluation
- Par l’expression libre
- Par le tâtonnement expérimental
- En théorisant les pratiques  

- Par la coopération

Témoignages
Notes
Bibliographie


« L'enfant n'est, à l'origine, ni un être passif,
ni une marionnette, ni une cire molle
extraordinairement docile... »
 

Célestin Freinet

Avant-propos

 

La Pédagogie Freinet est née et s'est développée à l'école primaire autour des années 1920. C'est une pédagogie de l'engagement total, de la globalité des connaissances qui a difficilement pénétré l'enseignement du Second Degré dont les structures éclatées semblaient peu propices à son implantation.

La journée continue qui se déroule avec un enseignant unique, dans un lieu permanent, contraste, bien sûr, avec la journée du collège ou du lycée durant laquelle interviennent plusieurs adultes, dans des lieux spécialisés et diversifiés. Ces contraintes du Second Degré sont des obstacles certains à l'application de la Pédagogie Freinet. S'ils sont importants, ils ne sont pas pour autant insurmontables.

Transposer la Pédagogie Freinet du primaire au secondaire n'est pas possible. C'est assurément courir au devant d'un échec retentissant, mais l'adapter, la façonner en respectant les principes fondamentaux d'expression, de tâtonnement et de coopération est parfaitement envisageable.

Il est aussi possible d'introduire des techniques spécifiques, compte tenu de l'âge du public concerné.

Les enseignants du secteur Second Degré de l'ICEM (Institut coopératif de l'École moderne) s'attachent à cette constante recherche. C'est ce que nous avons voulu montrer dans ce « Pourquoi ? Comment ? ».

Nous n'avons pas voulu donner de leçons à quiconque, mais rapporter le plus objectivement possible, l'état de nos recherches qui conduisent à des conclusions toujours provisoires pour s'inscrire dans une pédagogie vivante et en mouvement.

Travailler autrement dans les collèges et les lycées aujourd'hui et demain

Pourquoi ? 

Pour répondre avec efficacité aux exigences institutionnelles 

Quelles sont-elles ? 

Nous rapportons ici quelques extraits de la loi d'orientation promulguée au Journal Officiel du 14 Juillet 1989 dont les principes affirmés guident l'action pédagogique de demain, en particulier au sein de l'enseignement secondaire.

« Art. 1er - L'éducation est la première priorité nationale. Le service public de l'éducation est conçu et organisé en fonction des élèves et des étudiants. Il contribue à l'égalité des chances.

Le droit à l'éducation est garanti à chacun afin de lui permettre de développer sa personnalité, d'élever son niveau de formation initiale et continue, de s'insérer dans la vie sociale et professionnelle, d'exercer sa citoyenneté.

L'acquisition d'une culture générale et d'une qualification reconnue est assurée à tous les jeunes, quelle que soit leur origine .sociale, culturelle ou géographique. Les collèges, les lycées sont chargés de transmettre et de faire acquérir connaissances et méthodes de travail.

Dans chaque collège ou lycée, la communauté éducative rassemble les élèves et tous ceux qui, dans l'établissement scolaire ou en relation avec lui, participent à la formation des élèves.

Les élèves élaborent leur projet d'orientation scolaire et professionnelle en fonction de leurs aspirations et de leurs capacités avec l'aide des parents, des enseignants, des personnels d'orientation et des professionnels compétents. Les administrations concernées, les collectivités territoriales, les entreprises et les associations y contribuent. 

Objectifs à atteindre 

Le collège accueille l'ensemble d'une classe d'âge. Ceux-ci y apprennent le raisonnement et l'observation à travers différentes disciplines, y pratiquent une langue étrangère dans son expression courante et commencent à en étudier une seconde.

Pour parvenir à ce résultat, la pédagogie englobe l'acquisition des savoirs et des savoir-faire, des méthodes de travail et d'assimilation des connaissances, la formation de l'esprit critique et le développement de la sensibilité et de la curiosité.

L'élève construit un premier projet d'orientation. L'ensemble de ces impératifs confère au collège sa spécificité.

Le lycée permet à chaque jeune de réaliser un projet personnel. En offrant aux élèves des parcours diversifiés, il leur assure une solide formation générale autorisant la poursuite ultérieure de leurs études et l'accès à une vie professionnelle et sociale de qualité. Il cultive les capacités de travail personnel, de raisonnement, de jugement, de communication, de travail en équipe et de prise de responsabilités.

Les droits et les devoirs des jeunes en formation :
Vers un contrat de formation 

Les élèves, en tant que bénéficiaires du service public de l'enseignement scolaire, ont des droits et des devoirs. L'exercice de ces droits et de ces devoirs constitue un apprentissage de la citoyenneté. L'élève doit prendre conscience des liens entre les objectifs pédagogiques que les enseignants lui demandent d'atteindre et la réalisation de son projet d'orientation.

Les enseignants ont donc à fixer ces objectifs de manière réaliste, à les expliquer aux élèves et à effectuer avec eux des bilans réguliers. L'élève saura ainsi se situer par rapport aux objectifs qui lui sont assignés et sur quels points il doit fai­re porter ses efforts.

Il s'agit ainsi d'instaurer dans la formation une véritable pédagogie du contrat. 

Offrir une formation moderne :
L'élève au centre du système éducatif 

L'école doit permettre à l'élève d'acquérir un savoir et de construire sa personnalité par sa propre activité. La réalisation de cet objectif demande du temps : son utilisation optimale par l'élève est le problème essentiel de l'école. Le temps scolaire est partagé entre des cours, des travaux dirigés et d'atelier; le travail personnel assisté et le travail personnel autonome. » 

Chacun des aspects mis en valeur dans ce texte sera évoqué dans les différents chapitres, à plusieurs reprises et sous des facettes diverses.  

Le travail autonome (ou indépendant) des élèves est depuis longtemps recommandé. II est la seule alternative à la disparité des niveaux et des intérêts. De plus, il prépare mieux à des études ultérieures dans lesquelles sa part ira en se développant.

 

Pédagogie de la vie 

La Pédagogie Freinet prépare à la vie démocratique de la cité habituellement passée sous silence. 

Pédagogie de la coopération 

Pédagogie du travail de groupe, elle répond à l'exigence du « travail en équipe », de la « prise de responsabilité » qu'exige aujourd'hui le monde moderne.

Quel meilleur entraînement alors, pour les jeunes, que des classes offrant des structures de travail coopératives ? 

Pédagogie de la création 

Actuellement, les pays industrialisés se disputent les « cerveaux », chaque année voit diminuer la part relative des brevets industriels déposés par notre pays, les pays du Tiers monde réclament désespérément des solutions technologiques « inventives », adaptées à leurs besoins et ressources.

Pour donner aux élèves toutes les chances de réussir leur entrée dans la vie active et dans la vie sociale, l'enseignement se doit de favoriser l'esprit de création, dont la pédagogie Freinet a toujours fait un moteur essentiel des apprentissages.

Par création, nous entendons aussi bien les productions artistiques, qu'elles soient plastiques, graphiques ou littéraires, que la création manuelle, scientifique ou technologique, y compris par l'utilisation des technologies nouvelles. 

Pédagogie de la communication 

Le 2e objectif défini par les Instructions de 1985 pour le collège dit : « Les élèves doivent apprendre à maîtriser ces trois moyens d'expression et de communication que sont l'écrit, l'oral et l'image ». En effet le monde de la communication est omniprésent et ne se résume pas à l'écrit manuscrit que représente la « copie ». De plus, observer ne suffit pas pour maîtriser, il faut passer à l'acte.

Produire un message pour d'autres avec l'assurance d'une réponse, en utilisant toutes les formes et tous les moyens de communication, cela seul permet :
- de « décrypter », par la connaissance expérimentale des procédés employés, l'information qui nous parvient à travers les médias,
- de partager des connaissances,
- de s'affirmer en tant qu'individu à travers une expression personnelle,
- de se remettre en cause à travers une évaluation collective exigeante,
- de se confronter aux formes et moyens de communication actuels (journal, affiche, vidéo, télématique, télécopie, réseaux informatiques, Internet...). 

 

Pour placer l'enfant, l'adolescent au centre de l'apprentissage

Bien avant l'actuelle loi d'orientation et en accord avec les courants de recherche en sciences de l'éducation, la Pédagogie Freinet cherche, depuis toujours, à donner à l'enfant ou l'adolescent, considéré comme un « apprenant », la place prépondérante dans l'acquisition de son savoir.

« Apprendre, est ici, comme le souligne Louis Not, construire des représentations et développer des comportements [...] qui serviront à construire, reconstruire ou transformer, matériellement ou symboliquement (notamment par le langage), les contenus de notre univers matériel, social ou culturel. » 

Pédagogie Freinet et personnalité de l'enfant, de l'adolescent (1) 

Avant tout, placer l'enfant, l'adolescent, « apprenant » au centre des apprentissages signifie le prendre en compte dans son unicité et sa globalité.

Chaque être est unique, il a droit à ses chemins personnels pour développer au mieux sa personnalité. L'enfant, l'adolescent vivent la classe avec une histoire, un milieu de vie, une culture et des besoins, des potentialités, des projets plus ou moins explicites. Respecter cette richesse implique :
- des contrats de travail propres à chacun,
- des enseignants travaillant en équipe et collaborant au sein des disciplines diverses,
- une recherche menée avec l’enfant sur ce qui est le plus pertinent, le plus efficace pour lui.

« Ce respect de la personnalité ne signifie absolument pas laisser faire le jeune selon des désirs parfois régressifs, bien au contraire. Nous ne pensons pas qu'il suffise de dire aux apprenants : organisez-vous pour qu'ils s'organisent, « exprimez-vous » pour qu'ils s'expriment, ou « socialisez-vous » pour qu'ils soient... sociables et démocrates. La Pédagogie Freinet est une éducation au travail, mais travail motivé, finalisé,  non scolastique. A travers lui, l'enfant ou l'adolescent trouvera les conditions favorables à l’expression, à la communication et à la confrontation de ses sentiments, de ses jugements, de ses projets, de ses représentations » (Janou Lèmery )

Pédagogie Freinet et acquisition du concept (2) 

Les recherches en psychologie cognitive montrent que : 

1) Le processus de formation d'un concept est long et n'est pas linéaire.

Le processus de formation d'un concept se fait par approximations successives, à des niveaux différents de connaissance et d'activité, à des moments parfois éloignés les uns des autres. 

2) La répétition d'une règle n'est pas synonyme de l'avoir conceptualisée.

On peut distinguer quatre niveaux : la reproduction, l'application stricte, le transfert, la résolution de problème (3).

La répétition s'apparente à la reproduction, le plus bas niveau de l'intégration du savoir. En toute rigueur, elle n'est même pas intégration d'un savoir mais un moyen de favoriser son réinvestissement ultérieur. Dans le cadre strictement scolaire, la vérification d'un savoir par reproduction appartient plus à la liturgie qu'à l'exercice de l'intelligence.

Dans l'application stricte, le savoir est réinvesti dans les conditions mêmes où il a été acquis. Une règle de calcul est, par exemple, appliquée dans un exercice semblable à ceux qui ont permis de l'enseigner.

Dans le transfert, l'enfant sera invité, devant une situation-problème nouvelle, à évoquer et à choisir les règles ou les concepts préalablement appris dans d'autres situations. Ces règles et concepts lui permettront de comprendre la situation nouvelle et de résoudre le problème qui lui est proposé.

Il se peut aussi que l'enfant éprouve le besoin de résoudre un problème ou de comprendre une autre situation sans posséder encore les instruments de cette résolution ou de cette compréhension. 

3) La pensée divergente, qui permet d'emprunter des parcours d'apprentissage personnalisés, est de plus en plus nécessaire.

C'est une des conditions de l'acquisition des concepts.

Selon Feuerstein, elle permet de s'adapter aux nouvelles situations pour :

- former de nouvelles structures de pensée,

- développer une autoplasticité (capacité de se modifier, de créer des fonctions cognitives nouvelles). 

4) L'individu n'est semblable à aucun autre et il y a divers chemins possibles d'acquisition des concepts.

Il est donc nécessaire d'adapter autant que possible l'apprentissage à chaque enfant. 

Ces analyses convergent de manière étonnante avec le « tâtonnement expérimental », où les situations de recherche multipliées et diversifiées sont des conditions permanentes de cette autoconstruction des savoirs.

La personnalisation des apprentissages 

Une pédagogie favorisant les itinéraires personnalisés d'apprentissage se distingue d'une pédagogie différenciée tout en l'incluant, elle n'est pas non plus synonyme d'individualisation.

Dans la pédagogie différenciée, on pratique une alternance, pendant le cours, entre l'oral, les manipulations, les exercices écrits, les fiches... Dans la plupart des cas, elle fait appel à la phase répétitive de l'apprentissage, mais on respecte les rythmes. Cette variété permet à chaque élève de trouver la méthode la plus efficace d'appropriation mais ne bouscule pas l'application de la logique démonstrative qui intervient pour justifier, inventorier, classer... en allant du simple au complexe. L'efficience est améliorée, mais pas de façon profonde car on agit au niveau de la remédiation et non des apprentissages premiers, c'est-à-dire de la formation des concepts.

Quand nous permettons à l'enfant ou à l'adolescent, « expression libre », « création », « tâtonnements », nous mettons en place les conditions qui permettent l'acquisition des concepts par la voie heuristique (4). Chacun prend l'initiative de sa propre recherche, par les voies les mieux adaptées à lui, et à son rythme. La personnalisation permet, pour chaque individu, de prendre en compte sa situation psychologique et sociale, ses acquis et ses méthodologies d'apprentissage.

Ce type d'activité nécessite d'identifier acquis et lacunes pour proposer des travaux adaptés, un programme d'objectifs élaboré sous forme d'un plan de travail individuel (5).  

 

Club de grec, 5e
Elaboration d'une maquette de maison grecque.
Les calculs ont été faits d'après un dessin.

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Pour se donner des moyens de gérer efficacement l'hétérogénéité des élèves dans les classes 

Habituellement le terme « hétérogénéité » évoque la cohabitation involontaire de jeunes bien adaptés aux exercices scolaires, avec d'autres qui, dès l'entrée au collège, ont déjà une longue habitude de l'échec, ceux qui « ne savent pas lire en 6° », ceux qui « font tout ce qu'ils peuvent » ou ceux qui « ne travaillent pas ».

En ajoutant les conditions du secondaire : classes surchargées, découpage horaire, changements de salles, comment s'étonner des écarts qui se creusent chaque jour un peu plus ? 

Dans ces conditions, pourquoi la Pédagogie Freinet ?
- Parce qu'elle donne un autre sens à l'hétérogénéité. Celle-ci n'est plus définie en terme de réussite ou d'échec scolaire mais en terme de personnalité, de diversité culturelle, de singularité individuelle.
- Parce qu'elle établit les rapports interindividuels en terme d'échanges et d'apports respectifs, non en terme de concurrence « sauvage ».
- Parce qu'elle favorise la valorisation de chacun à travers des actions et des situations réelles.
- Parce que la gestion coopérative permet, à travers l'entraide et les responsabilités, la prise de conscience par chacun de ses possibilités.
- Parce que l'autonomie et le travail personnalisé offrent à chacun la possibilité de travailler à son rythme et selon ses besoins.
- Parce qu'elle permet le respect de l'identité culturelle et sociale, la compréhension des expériences différentes, la gestion des conflits dans le respect mutuel.

Ainsi envisagée, l'hétérogénéité devient constructive, source de richesses. 

L'enfant, l'adolescent prennent en charge leur formation parce qu'ils comprennent ce qu'on leur demande et qu'ils donnent un sens à leurs erreurs.

 

Pour ne pas enfermer l'enfant ou l'adolescent dans une situation d'échec 

Évaluons autrement (6) 

Nous ne comprenons pas l'intérêt d'une évaluation moralisatrice restreinte à des modalités « c'est bien, c'est mal, travaille davantage, etc. ». Certes l'intention de l'enseignant est de faire comprendre à l'élève qu'il a « réussi », qu'il a « acquis » ce qui était visé ou qu'il l'a « raté ». Mais la connotation affective l'emporte sur ce point de vue.

D'ailleurs, combien d'élèves recommencent-ils une épreuve « ratée » ? La note obtenue, ils considèrent l'affaire close et attendent la suite.

Nous ne rejetons en aucune façon la notion d'évaluation, mais nous refusons de la restreindre à l'attribution de notes de 0 à 20.

Une évaluation à visée « formative » cherche à se situer clairement dans un processus d'apprentissage. Chaque « résultat » est prévu comme une étape objective, c'est cette étape qui est évaluée, pas l'enfant. Elle s'associe aux procédés d'apprentissage personnalisé, au respect des rythmes d'acquisition de chacun.

Selon les disciplines et les activités, l'apprenant découvre une série de modes d'évaluation, adaptés aux apprentissages. Leur multiplication permet de valoriser des compétences, des capacités rarement prises en compte dans la notation et qui ont pourtant une grande place dans notre vie d'adulte. 

Le jeune devient surtout acteur de son évaluation :
- à travers des grilles dont les critères sont explicités ; il peut réfléchir, il peut les faire évoluer quand il en ressent le besoin ;
- à travers des pratiques d'auto-évaluation et de coévaluation.

Il est nécessaire de reconstruire des comportements de réussite.

A propos d'auto-évaluation 

« Nous définissons l'auto-évaluation comme « l'opération par laquelle un individu évalue Par lui-même ses productions, ses actions, ses comportements, ses capacités, ses goûts, etc. » Placée dans le cadre particulier d'une discipline, cette notion peut être alors définie comme « une opération par laquelle un individu porte par lui-même un jugement :
- sur lui-même, indépendamment de toute tâche précise, en se situant relativement à la discipline ;
- sur lui-même et en général en se situant par rapport aux autres (élèves ou professeurs) ;
- sur l'adéquation entre les objectifs assignés et la production réalisée dans le cas d'une tache à remplir ;
- sur sa propre évolution et sur ses progrès accomplis tout au long du processus éducatif ;
- sur sa propre progression dans un apprentissage centré sur un contenu donné. »

Le choix de cette définition conditionne l'élaboration des instruments d'évaluation correspondants. »

J.-C. Régnier

 Nous avons pu observer que :
- les élèves acceptent mieux les constats établis à l'issue d'une évaluation ;
- ils « désacralisent » peu à peu les notes et la moyenne ;
- ils se trouvent plus motivés pour les tâches à accomplir et comprennent mieux la nécessité des retours sur les apprentissages ;
- ils se trouvent valorisés par la mise en évidence de compétences et capacités diverses ignorées dans la pratique évaluative habituelle ;
- l'aide apportée à l'élève par l'enseignant, mais aussi par d'autres élèves, facilite son travail d'évaluation. 

Nous désignons par « apprentissages à l'auto-évaluation » les procédures pédagogiques organisées qui mettent en jeu intentionnellement la pratique de l'auto-évaluation par l'élève (individu apprenant) et par « formation à l'auto­évaluation », l'éducation qui résulte de ces apprentissages.

 

Pour intégrer des outils, médiateurs d'apprentissages méthodologiques fondamentaux 

Les premières pages des Instructions Officielles définissent ces apprentissages méthodologiques fondamentaux :

« Toutes les disciplines sont fondamentales et concourent à la formation. Elles permettent d'atteindre, outre leurs objectifs propres, les trois objectifs généraux retenus comme prioritaires...

1) Les élèves doivent devenir progressivement capables d'observer les réalités, d'analyser des idées et des concepts, de les organiser pour construire des raisonnements… Seul le développement de la pensée logique permet à l'élève d'exercer son jugement et de penser par lui-même.

2) Les élèves doivent apprendre à maîtriser ces trois moyens d'expression et de communication que sont l'écrit, l'oral et l'image.

3) Seuls ou en groupe, les élèves doivent enfin apprendre à travailler par eux-mêmes afin d'accéder à l'autonomie et à la responsabilité. Pour progresser, il ne suffit pas de savoir, il faut savoir travailler. »

Les outils seront distingués et analysés avec leur mode de fonctionnement ultérieurement. Il s'agit ici d'établir une synthèse des objectifs que leur médiation permet d'atteindre. 

Pour permettre une démarche autonome 

« Contrairement à l'idée fausse que certains se font de la Pédagogie Freinet et, en particulier, de son manque de rigueur quant à l'apprentissage systématique, Célestin Freinet a toujours cherché à augmenter le plus possible les connaissances de l'enfant en respectant son rythme d'acquisition. Pour cela, il a créé très rapidement des outils autocorrectifs qui permettent le travail individualisé. » (André Mathieu) (8) 

Lire, s'exprimer, communiquer nécessitent la maîtrise de savoirs ; grâce à l'outil, l'élève peut :
- parfaire ses connaissances de base,
- travailler à son rythme,
- devenir responsable de ses apprentissages.
 

Pour développer l'esprit d'analyse et de synthèse 

- par un contact personnel avec une documentation adaptée, mise librement à leur disposition Ainsi se trouvent respectés et encouragés le goût de la découverte et la curiosité envers tous les aspects de notre environnement (7) ;

- par l'aide apportée au besoin de communiquer: des fiches guident l'enfant ou l'adolescent dans l'élaboration de stratégies de communication claire, structurée, adaptée à sa recherche. 

Pour aborder l'apprentissage de la responsabilité 

La poursuite de cet objectif est favorisée par l'introduction des outils et techniques de gestion 

« Ici les outils ne sont pas uniquement matériels (bilans, plans de travail), le langage aussi, est un outil primordial dans la gestion puisqu'il est le vecteur essentiel  de la pensée de chacun lorsqu'il s'agit de prendre des décisions permettant fonctionnement du groupe.

L'institution de base de l'organisation de la classe est, sans contestation possible, le conseil de coopérative. L'outil de gestion fondamental, puisqu'il permet de concrétiser l'espace temps, est le plan de travail. » (André Mathieu) (8)

pc-2deg-0003.JPG (26931 bytes)conseil en 4e

Pour contribuer à la professionnalisation de la fonction enseignante 

Bertrand Girod de l'Ain écrit dans Le Monde du 29 juin 1989 : « Le professeur français est peut-être le plus scientifiquement compétent et le plus dépourvu de, instruments didactiques nécessaires pour motiver et faire acquérir son savoir- à des populations scolaires de plus en plus hétérogènes. » 

Or la transmission du savoir passe par la mise en oeuvre de la personnalisation avec la planification personnelle du travail. Ceci montre l'importance de « la part du maître ».

« La part du maître est la part de responsabilité de l'adulte dans l'organisation et le fonctionnement de la classe. Il est illusoire et irresponsable de croire que puisse naître spontanément une dynamique par le seul fait de la présence d'un outil ou de la seule initiative des enfants. C'est pour cela, qu'au-delà des outils et des techniques, nous plaçons un élément prépondérant : l'adulte, le maître. Élément prépondérant car la classe est un lieu artificiel d'où ne peuvent surgir, naturellement, des projets individuels ou collectifs. Notre pédagogie étant fondée sur le travail (au sens d'activité), le groupe des enfants ou des adolescents s'organise pour mener à bien les tâches choisies mais, auparavant, l'adulte a créé une situation propice pour que naissent les projets. Nous éliminons de ce fait le mythe du "maître-camarade" car l'adulte use de son autorité pour prendre la décision de "mettre la classe en coopération ". C'est encore lui qui prend la parole le premier pour rappeler les exigences de l'institution externe, exprimer le pourquoi de son attitude et les limites de son intervention. Il attend et pousse le groupe à s'organiser, à définir ses objectifs et ses systèmes de régulation. L'adulte participe aux discussions, répond à la demande, fait aussi des propositions qui peuvent ne pas être retenues. C'est encore à lui qu'il incombe de faire que le milieu soit le plus riche possible car "on n'organise pas le vide".

Dans l'enseignement du Second Degré, la part de l'adulte est déterminante car il a à recréer un milieu riche, pratiquement à chaque heure, lors de ses changements d'élèves et de lieu, malgré les nombreux obstacles qui peuvent entraver son action »

André Mathieu (9)

 

Le professeur prend alors pleinement conscience des composantes de la « Part du Maître » :
- définir des objectifs et élaborer des outils pédagogiques ;
- analyser les réactions des élèves, qu'elles soient individuelles ou collectives ;
- comprendre que ces réactions peuvent être diverses et accepter leurs différences ;
- travailler en groupe, pour donner un sens et une réalité à la notion d' « équipe éducative » ;
- évaluer ;
- se remettre en cause.

L'ICEM offre à l'enseignant la possibilité de compléter sa formation dans ses instances de travail (groupes départementaux, secteurs de production d'outils) et dans ses rencontres (congrès, journées d'études, stages...).

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Et comment répondre à ces questions ?

Par la personnalisation, l'autonomie, les outils (l0)

Pour organiser coopérativement un environnement pédagogique permettant des activités personnelles et collectives, nous avons recours à des médiateurs d'apprentissage et à des dispositifs « instituants » variés.

Les conditions de la personnalisation

Mettre en place des apprentissages personnalisés suppose de :

·          Créer un climat favorisant

- accueillant tous les adolescents ;
- offrant un milieu riche en découvertes et expériences ;
-mettant en oeuvre des activités diverses, certaines développant l'expression orale et écrite ;
- facilitant la communication entre enfants et adultes.

·          Diagnostiquer les besoins et les intérêts des enfants :

Comment faire pour développer l'autonomie des élèves et assurer des rythmes d'apprentissage personnalisés ?

La mise en route dans les premiers jours de l'année s'avère déterminante. Les activités (fondamentales pour la création d'une dynamique) peuvent se construire autour de plusieurs axes :
- découverte des autres,
- déblocage de l'expression orale et écrite,
- prise de contact avec le « programme », autrement dit les objectifs généraux de l'année.

C'est à partir de ce dernier point que l'autonomie et la diversification peuvent progressivement se mettre en place. 

Dès les premières heures, on peut proposer des « tests » de connaissances et de méthodes, dont la forme ne sera pas seulement scolaire. Une règle du jeu précise sera donnée, par exemple: que chacun, à partir d'autocorrection et de l'élaboration d'une fiche de suivi personnelle tente d'expliciter ses qualités, ses acquis et ses lacunes pour mieux établir sa propre stratégie d'apprentissage.

L'enseignant détermine les objectifs généraux de l'année à partir du programme, les expose clairement ou mieux les fait découvrir, établit un contrat avec les élèves.

D'une part il y a les apprentissages nouveaux, effectués en commun, ménageant possibilités de remédiation ; d'autre part il y a les éléments de rattrapage que chacun s'engage à réaliser en fonction des besoins décelés.

Cela suppose la mise en place de règles de vie qui favorisent la confiance, source obligée de l'autonomie, mais aussi délimitent les exigences sans lesquelles aucun apprentissage ne peut se réaliser.

Les chemins de l'apprentissage personnalisé 

Ils s'appuient sur des techniques diverses :
- le travail collectif y compris le cours magistral,
- le travail autonome à l'aide d'outils...

Cela suppose des outils diversifiés mis à la disposition des élèves et l'apprentissage de leur emploi. Cet apprentissage ne pose pas trop de problèmes : chacun peut dans la classe devenir le spécialiste d'un outil et ainsi aider les autres. Le libre accès aux outils risque d'être plus difficile avec les contraintes horaires et les changements de lieux. Toutefois des solutions peuvent se trouver par une négociation adaptée à chaque établissement :
- contrat avec le CDI,
- salle privilégiée,
- placard facile d'accès...

«  L'inventaire qui va suivre, sans être exhaustif, se veut révélateur de la variété des situations authentiques d'expression, d'approche des savoirs que permet la Pédagogie Freinet selon les niveaux de maîtrise atteints par l'apprenant.

Quelques médiateurs « individualisant » d'apprentissage
(incluant les démarches créatives, les autoconstructions du savoir et les remédiations).
- Fiches-guides de recherches séquentielles, synthétiques, méthodologiques ;
- Fichiers d'apprentissages personnalisés ;
- Fichiers et situations incitatrices de recherches et de créativité mathématiques ;
- Fichier documentaire avec entrées diversifiées : graphiques, iconographie, textes, tableaux ;
- Fiches d'autocorrection avec « progressivité » et choix ;
- Fiches d'auto-évaluation de compétences, de connaissances ;
- Plans de travail-projet, plans de travail-bilan ;

- Certains manuels à structures souples, autocorrectifs ou semi-programmés ;
- Didacticiels, correspondance et journal télématique ;

- Classeur à dossiers référencés personnalisés ;
- Classeur à dossiers thématiques ou conceptuels ou lexico-ouverts ;
- L'encyclopédie constituée par les BT offrant une documentation sur tous les supports et adaptée au niveau de maîtrise des codes de communication, selon l'âge des apprenants."

 (Janou Lèmery)

 Sans oublier les outils modernes d’apprentissage : logiciels et CD-Rom.

Cette liste d’outils a certes le mérite d’offrir à l’enseignant des pistes multiples, pistes parmi lesquelles chacun pourra choisir le moment venu et qui permettront d’apporter l’aide ou la réponse au problème spécifique d’un élève. 

Il n'en reste pas moins utile de cerner de plus près la technique de travail individualisé mise à l'étude par Célestin Freinet dès 1931. 

Les outils et techniques de recherche et d'enrichissement des connaissances (11) 

Les fichiers autocorrectifs renferment des fiches sur lesquelles sont proposés des problèmes ou des pistes de recherche. Dans le même boîtier se trouvent les fiches indiquant les réponses. 

Cet outil, pour quoi faire ? 

A l'aide des fiches, l'enfant peut travailler à son rythme et aborder les difficultés sur lesquelles il bute. Il prévoit son travail. Il est responsable de son propre apprentissage L'autocorrection supprime tout esprit de compétition. Si la pédagogie Freinet fait une très grande place à l'expression libre, il n'en demeure pas moins que la manifestation de cette expression est tributaire de connaissances indis­pensables, nécessaires pour se faire comprendre des autres et comprendre autrui. La maîtrise de ce savoir devient un impératif et les outils d'individualisation permettent à chacun de parfaire ses connaissances de base en étant responsable de son travail et de sa programmation.

Tous les apprentissages systématiques qui demandent des entraînements spécifiques sont servis par ces outils : le calcul, les mathématiques, l'orthographe, des expériences scientifiques... 

Sur quels principes fondamentaux s'appuie le travail sur fichier ? 

Le principe essentiel est une démarche autogestionnaire puisque l'enfant se trouve débarrassé de la tutelle de l'adulte, même si celui-ci reste toujours un recours possible pendant des travaux entrepris individuellement. L'enfant devient véritablement autonome puisqu'il programme lui-même les exercices dont il éprouve le besoin ; le maître vérifie, à l'aide de tests, si les connaissances sont acquises et si le travail prévu pour l'année se fait normalement. Il peut aussi conseiller certains exercices systématiques pour éliminer des erreurs par trop fréquentes. L'essentiel de l'acte pédagogique est alors fondé sur la confiance, sur l'aide et non plus seulement sur la sanction. 

Les outils et les techniques de documentation

Les enfants, autonomes par rapport à l'adulte, éprouvent rapidement, lors de leurs exposés, recherches ou enquêtes, le besoin de disposer de sources de documentation à leur portée. C'est ainsi qu'est née, dès 1930, la collection de la Bibliothèque de Travail (BT) qui, aujourd'hui, compte près de mille cinq cents titres.

Nous utilisons aussi toutes les autres publications: les quotidiens, les périodiques et les manuels scolaires qui demeurent des sources précieuses de renseignements ; des élèves se servent également d'Internet.

Cet outil, pour quoi faire ? 

Les sujets qui intéressent les enfants sont nombreux, variés et quelquefois inattendus. Il est important que les élèves puissent avoir accès à des sources d'information à leur portée. Matériellement, ils doivent pouvoir se procurer les renseignements nécessaires sans un recours constant à l'adulte. Les collections BT et BT2 remplissent ce rôle par des textes souvent élaborés et toujours contrôlés par des enfants. 

L'outil documentaire est là pour permettre à l'enfant d'acquérir, seul ou avec l'aide du groupe, les premiers éléments de l'esprit d'analyse et de l'esprit de synthèse. 

Le travail autonome n'est pas solitaire 

Il se fait avec : 

L'aide du maître 

Le maître est le témoin sécurisant, aidant discrètement, il approuve et engage l'en­fant à poursuivre et à analyser les situations de blocage et tension. Il va apporter au moment du besoin les informations qui permettront le dépassement des difficultés. 

L'aide du groupe

Les résultats sont communiqués au groupe qui est incitateur, aidant, exigeant et évaluateur.

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Par la communication, la socialisation, l'évaluation (12) 

Communication 

Pour établir une communication, les élèves passent avant tout par la mise en place de situations réelles de communication dans la classe et à l'extérieur à travers par exemple:

- la mise au point en groupe d'une production spontanée conduisant à un produit fini jusqu'à la diffusion de ce produit ;

- la pratique de l'exposé pour communiquer une découverte à un groupe ;

-la pratique du débat structuré, planifié, aboutissant à une synthèse des idées-forces ;

- « l'élaboration, en équipe, d'un projet de recherche et de création avec ses différents stades: brassage d'idées, critiques, plan de recherche, production, communication, exposition, diffusion, voire commercialisation ;

- la réalisation d'un journal scolaire incluant toutes les étapes cogérées de l'écriture, du traitement de texte, de la mise en page, de l'illustration, du tirage, de la vente et éventuellement, la participation à un journal télématique ;

- les activités pluri- et transdisciplinaires comme moyen de motiver et de faire accéder à la compréhension des règles formelles des disciplines abstraites ;

- la correspondance scolaire avec d'autres établissements ;

- le recours à des personnes-ressources, des institutions ou des entreprises lors d'enquêtes ou de visites par exemple ;

- la participation à des animations ou des concours culturels faisant office de sanction sociale positive. » (Janou Lèmery) ;

- une forme originale de travail consistant en la participation aux chantiers de production d'outils tels que la BT2. Des classes entières, des groupes ou des individus participent à leur élaboration, à la mise au point en tant que « classe-lectrice » ou plus directement alimentent par des textes les rubriques « magazine ». Le retour sous forme d'une publication imprimée représente indiscutablement une grande valorisation pour les élèves et un moyen efficace d'éveiller en eux l'esprit critique à l'égard de la production écrite ;

- les nouvelles technologies horizontales de communication écrite (télématique, fax, CD Rom, pagers, etc.) offrent autant d'occasions d'expression, d'échanges et de communication exploitées par les classes Freinet qui s'y retrouvent toujours largement en pointe.

Le tout s'améliore constamment d'une évaluation collective exigeante, d'une réflexion approfondie et d'une théorisation toujours en prise avec la pratique de classe.

De telles confrontations naissent de nouveaux problèmes, surgissent de nouvelles pistes de recherche, de nouvelles pratiques, souvent révolutionnaires, telle par exemple celle de l' « écrit bref ». Selon les études de l'école de journalistes, l'écrit requis par notre siècle de « communication » se doit d'être très concis. La composition de pages télématiques, comme celle d'affiches, de « news » ou de télécopies, constitue autant d'occasions de s'exercer à un écrit performant, en prise avec le monde (13).

Socialisation 

Ces situations de communication représentent déjà des éléments de socialisation puisque les productions sont souvent élaborées en groupe, toujours destinées à « l'autre ». L'objectif de socialisation amène à mettre en valeur d'autres aspects. 

Une organisation en groupes d'interactions 

II peut s'agir de groupes hétérogènes modulables en effectifs et en objectifs, qui se font et se défont après des temps plus ou moins longs, selon les projets, jusqu'à l'accomplissement du contrat. Chaque élève appartient à plusieurs équipes selon la discipline et le moment. Ces groupes favorisent les aides mutuelles et les synergies des compétences semblables ou complémentaires. 

Ils n’excluent pas le fonctionnement d’un groupe-classe stable permettant une sécurité affective, des échanges étendus, la planification du travail et l’engagement coopératif. 

Le collège et le lycée doivent devenir des lieux de vie et de production en prise sur la vie sociale et l’environnement des adolescents d’aujourd’hui, adultes de demain.

L'adolescent, lui-même médiateur d'apprentissages

Il est:

- incitateur par des questionnements, des défis, par l'apport d'informations ;
- instructeur par des apports cognitifs acquis ;
- créateur et porteur de démarches différentes qui induisent l'originalité, dérangent le conformisme et l'habitude, favorisent dans les équipes la créativité. 

Le conseil de coopérative : lieu d'apprentissage de la démocratie

C'est sans conteste l'institution de base de la classe, le lieu où les enfants établissent leurs lois, règlent leurs conflits, examinent les propositions concernant les activités et les relations au sein du groupe, mettent au point leur plan de travail, discutent de leurs réalisations. C'est un lieu d'échange, un lieu de parole où se trouvent confrontées parole du groupe et parole de l'individu. C'est un lieu de conflits où s'expriment la lutte entre les dominants, les conflits dominants-dominés et les conflits entre groupe et individu.

- Le conseil a un rôle instituant : il définit les lois régissant les relations entre individus (règles de vie) et celles prévoyant le fonctionnement de la classe ;
- Le conseil a un rôle d'adaptation : c'est le lieu où l'« on » propose, « on » discute, « on » décide, « on » organise et « on » fait les bilans ;
- Le conseil permet aux enfants une prise progressive du pouvoir.

Les fonctions du conseil peuvent être éclatées en :

- tableaux d'évaluation-bilan (j'aime.... je critique..., je souhaite...)
- séances d'organisation-planification (projets),
- séances de règlement des conflits. 

Le journal mural ou le cahier de classe constituent un aide-mémoire collectif et un panneau d'expression où chacun peut émettre par écrit son avis. Les remarques sont ensuite discutées lors du conseil qui suit. 

Ce conseil est le lieu institutionnel où s'effectue l'apprentissage de la responsabilité. L'expression orale y bénéficie d'un champ d'application très vivant : lors des conseils, elle doit être rigoureuse afin que chacun puisse être compris par les autres. De même l'expression écrite est sollicitée, que ce soit pour mémoriser les décisions prises, pour afficher les lois décidées ou pour communiquer avec l'extérieur de la classe. 

L'adulte joue son rôle comme partout ailleurs, mais ici avec en plus un rôle sécurisant de recours et un rôle de barrière lorsque le groupe tend à transgresser les lois qu'il s'est lui-même données. 

Le conseil de coopérative est le lieu où les enfants établissent leurs lois, règlent leurs conflits, examinent les propositions concernant les activités et les relations au sein du groupe, mettent au point leur plan de travail pour la ou !es semaines à venir, discutent leurs réalisations.

Évaluation 

Les objectifs en ont été présentés dans la partie Pourquoi ; il s'agit ici de présenter rapidement quelques procédures pratiques (la partie Témoignages intégrant des exemples de grilles utilisées par plusieurs collègues, pour diverses disciplines et à divers niveaux).

 

Pour mettre en place une évaluation à visée « formative » qui permet de réguler la progression de l'apprentissage en fonction de chaque enfant, nous pouvons procéder à :

- une explicitation des périodes (par l'enseignant ou mieux, par débat) ;

- une évaluation en cours de travail (exemples : Pour cette heure de cours, je prévois..., je fais... ; pour réaliser tel projet, ma part de travail est... ; à telle date je dois avoir réalisé..., j'ai fait...) ;

- une multiplication des procédures d'évaluation et une diversification de ses objets : par le professeur (note, appréciation, bilan...), par l'élève (auto-évaluation, contrat personnel), par la classe (évaluation de la production d'un individu ou d'un groupe à partir de critères précis, évaluation de la classe pendant le conseil), par des correspondants ou des intervenants extérieurs à la classe (réponses, lettres)

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Evaluation par un groupe d'un travail des correspondants

 

Par l'expression libre 

Les conditions favorisantes que nous avons évoquées avec le travail autonome ou la socialisation, et que nous reverrons avec la coopération, sont ici tout aussi nécessaires. D'autres conditions sont spécifiques à l'expression libre. Ce sont :

- la maîtrise de la parole;
- le droit pour l'enfant de parler de ce qui le concerne, l'intéresse, de ses émotions, ses représentations mentales, dans les limites fixées coopérativement et à l'intérieur d'un programme qui est imposé ;
- le droit à l'erreur qui autorise l'enfant à dire ce qui est en lui, même si c'est faux.
 

Les formes de l'expression libre 

L'expression libre pour nous se réalise à travers :
- le texte libre,
- les 3 minutes,
- les écrits brefs,
- le débat,
- le journal,
- le conseil... 

Ces diverses formes d'expression, comme les conditions de démarrage et de mise en oeuvre, sont détaillées dans tout l'ouvrage puisqu' elles ont pour vocation la communication comme l'apprentissage de l'autonomie et celui de la coopération. 

L'expression libre ne peut se faire sans garde-fou 

- Elle s'exerce à partir de règles intérieures (comme : « on n'agresse pas ») et en fonction du seuil de tolérance de l'enseignant.

On ne peut pas tout dire ni tout faire. Les enfants connaissent les règles du jeu, les limites territoriales de ces règles ont été fixées, le contrat (permission, protection, pouvoir d'interdire) a été négocié ;

- mais il faut bien rappeler aux enfants les lois de la société telles qu'elles s'exercent en dehors de la classe, préciser les risques encourus, et qu'ils sachent bien qu'il ne faut pas généraliser des conduites internes propres à la classe ;

- et plus tard, quand les enfants se retrouveront dans le monde professionnel, ils auront besoin d'agir, de se défendre, de protester. Ils auront appris à évaluer l'en­droit, le moment, à qui on s'adresse, à comprendre quel est le rapport de forces. 

Les prolongements de l'expression libre 

En pratiquant l'auto-évaluation, en entrant en correspondance avec d'autres établissements, en échangeant les journaux des classes et en organisant des rencontres de classes, les enfants prennent conscience de l'utilité de l'expression libre.

Par le tâtonnement expérimental (l4) 

Le tâtonnement expérimental est une théorie de l'apprentissage qui « sous-entend la pratique de la Pédagogie Freinet » (15), pédagogie dans laquelle l'enfant ou l'adolescent est maître de son apprentissage et de sa démarche lors de l'appropriation du savoir.

« A l'opposé de certaines théories directives prétendant que nul apprentissage ne peut se faire s'il n'est imposé de .façon coercitive, le tâtonnement expérimental s'appuie sur le fait qu'un individu placé dans un milieu matériel et humain favorable cherche à élargir ses connaissances par tâtonnement, c'est-à-dire par essais, analyse, hypothèse, vérification individuelle et collective, et par cette recherche, construit, intègre son savoir par les voies qui lui sont propres. » (16)

Freinet a développé sa théorie dans son ouvrage Essai de psychologie sensible. Il signale que les lois principales du tâtonnement expérimental sont l'acte réussi et la perméabilité à l'expérience. 

L'acte réussi 

Tout acte, réussi ou non réussi, laisse une trace dans notre organisme. L'acte réussi, par le plaisir qu'il procure à son auteur, incite celui-ci à la répétition, alors que l'échec amène le déplaisir et entraîne le rejet de l'acte qui a provoqué cette sensation désagréable. Il est important de noter que la théorie du tâtonnement expérimental a été proposée par Freinet après la Seconde Guerre mondiale, et qu'on retrouve ces mêmes notions chez le biologiste Henri Laborit, qui parle de « réenforcement des expériences agréables » (17). Hubert Montagner, professeur à l'université de Montpellier, parle de «jubilation » (18). 

Si l'enseignant offre à l'adolescent la possibilité du tâtonnement, celui-ci va acquérir, au cours de ses essais, des automatismes qui passeront à l'état réflexe et qui permettront alors d'envisager d'autres tâtonnements et d'autres appropriations des connaissances.

Nous ne procédons pas autrement lorsqu'il s'agit d'apprendre à marcher, à parler, à lire, à écrire et pour tout autre apprentissage.

Pour que chaque adolescent puisse, lors des apprentissages scolaires, effectuer les tâtonnements dont il a besoin, il est nécessaire de mettre en place une structure pédagogique qui permette cette diversité de cheminements :
- du temps: heures de cours consacrées à des recherches (élaboration de dossiers, recherches en mathématiques avec un itinéraire original à découvrir pour chacun, approche d'un concept par découverte progressive menée en commun...), heures « en baguette », bloc d'heures qui permettent l'interdisciplinarité et l'action commune de plusieurs enseignants, heures « institutionnelles » en 6°, 5°, modules dans le second cycle ;

- des lieux : dans la classe, une armoire et des « coins-recherche », le CDI ...
- des outils : fichiers d'incitation à la recherche, dictionnaires...

Les processus pédagogiques utilisant ce schéma d'apprentissage sont appelés par Freinet « Méthodes naturelles » (ce qui est naturel étant le processus et non le savoir à intégrer). 

Le processus d'apprentissage que nous tentons d'organiser se fonde sur l'activité de l'apprenant au travers du « tâtonnement expérimental », en introduisant une interaction avec l'objet et sa structure.

La perméabilité à l'expérience 

Elle est, pour Freinet, « le premier échelon de l'intelligence » car « c'est à la rapidité et à la sûreté avec lesquelles l'individu bénéficie intuitivement des leçons de ses tâtonnements que nous mesurons son degré d'intelligence » (Essai de psychologie sensible) (19).

Les tâtonnements de chaque individu sont très différents et il faut installer dans la classe une pédagogie permettant aux enfants de faire en toute liberté leurs tâton­nements. Certains ne terminent pas leurs exercices parce qu'ils ont compris le système qu'ils étudient ; d'autres vont jusqu'au bout et d'autres sont obligés de recommencer un nombre incalculable de fois le même processus avant de comprendre le problème posé et avant de l'intégrer. Il est évident que les premiers, plus perméables à l'expérience, seront jugés plus intelligents. Il est vrai qu'ils progresseront beaucoup plus vite dans l'acquisition d'un certain type de connaissances.

Si nous tentons de résumer la théorie du tâtonnement expérimental qui s'appuie aussi sur les principes du Pavlovisme et de la cybernétique, nous obtenons ce schéma dont le principe a été tracé par Élise Freinet dans L'Itinéraire de Célestin Freinet (20). 

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Le recours-barrière 

Dans les rapports qu'il entretient avec son milieu, l'adolescent rencontre des élé­ments qui autorisent et favorisent des initiatives : les « recours » ; par contre, d'autres limitent les actions : les « barrières ».

Freinet indique que le « milieu est plus ou moins complaisant, plus ou moins docile, plus ou moins utile... C'est de la position et du jeu de ces recours-barrières que résulte en définitive le comportement de l'individu vis-à-vis du milieu avec :

- les recours-barrières famille
- les recours-barrières société
- les recours-barrières nature

- les recours-barrières individus. » (21)

L'ensemble du processus du tâtonnement expérimental ne peut se développer qu'avec l'aide de l'enseignant: par sa permissivité, par son esprit d'à-propos, par sa prise de risques, il va permettre de dégager les moyens sans lesquels la recherche ne peut avoir lieu. L'enseignant doit accepter la lenteur apparente de ce processus d'apprentissage sans la hantise du « programme à boucler » et il doit savoir perdre du temps pour mieux en gagner ensuite.

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En théorisant les pratiques 

Il est important que l'enseignant qui démarre puisse exprimer ses attentes, trouver l'information et l'aide qui lui sont nécessaires. 

Par l'introduction raisonnée de techniques

L'enseignant qui « démarre » n'introduira pas tout d'un coup dans sa classe le travail de groupe, l'expression libre, le contrat de travail, la correspondance, les débats...

La mise en oeuvre, au sein d'une classe, d'une technique amène l'enseignant à adopter une stratégie cohérente.

Par exemple, mettre en place le conseil de coopérative et la concertation, c'est amener les élèves à organiser le temps, la parole, à animer le conseil en se donnant des structures, à garder une trace dans un cahier de décisions qui permettra d'en vérifier l'exécution, à écouter l'autre en acceptant son point de vue. Ainsi se mettent en place les conditions nécessaires à la planification du travail et des projets, à l'élaboration et au respect du contrat de travail, au partage des responsabilités, à l'expression libre, à l'autonomie. L'élargissement du champ de ces techniques se fera progressivement.

A l'inverse, ne pas avoir mis en place les conditions d'introduction d'une technique comporte des risques. Le travail de groupe dans la classe nécessite l'utilisation du plan de travail, d'outils ; il suppose que les élèves ont appris à travailler seuls. Et lorsque ces conditions réunies permettent le démarrage du travail de groupe, celui-ci peut être progressif afin d'éviter le bruit et l'agitation ; les groupes très motivés travaillant seuls, l'enseignant peut s'occuper des autres.

Par l'écoute active d'un groupe de travail 

L'enseignant qui a mis en place une technique doit vérifier que la méthodologie utilisée l'a bien amené aux objectifs qu'il voulait atteindre. Cette vérification se fera par discussion, échange critique entre adultes partageant les mêmes recherches.

L'ICEM offre des lieux, des structures permettant une théorisation à l'occasion de l'échange de pratiques.

Les réunions du groupe départemental, les rencontres nationales, les stages sont des lieux où l'échange est organisé, où la réflexion sur les pratiques permet de cerner et dépasser les difficultés, de valoriser les réussites. 

Par la recherche et la réflexion 

Les publications du mouvement : Le Nouvel Éducateur, Coopération pédagogique, les écrits des secteurs, les bulletins divers, complétés par les échanges télématiques et informatiques permettent la communication des expériences conduites par chacun dans sa classe pour entretenir des échanges d'idées.

A travers ses structures (groupes départementaux, commissions, secteurs...), ses publications, les rencontres qu'il organise, l'ICEM incite les enseignants à exprimer leurs projets pédagogiques et à agir à partir de ceux-ci.

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Par la coopération 

Il peut sembler paradoxal de voir ce chapitre à la fin de cette partie alors que le terme de « pédagogie coopérative » définit l'esprit de la Pédagogie Freinet et que le mot est déjà bien souvent apparu dans les pages précédentes. Cette fréquence a prouvé que la coopération représente le moyen de réaliser les autres points (répondre aux pourquoi, pratiquer les comment). Des techniques et des outils qui permettent de mettre pratiquement en place des éléments de coopération ont été évoqués dans les pages précédentes et réapparaîtront au travers des témoignages. Il s'agit ici d'en esquisser une définition, des conditions de mise en oeuvre et des limites. 

Qu'est-ce que coopérer ? (22) 

« Opérer c'est réaliser une œuvre.

Coopérer c'est être plusieurs à réaliser une œuvre »

(J. Roucaute)

Mais cette pluralité renvoie aussi aux termes de « partenariat » et de « collaboration ». L'originalité de la coopération dans la Pédagogie Freinet tient dans la notion de parité : la coopération repose sur l'entraide, la solidarité, la reconnaissance de la spécificité du travail et de la personnalité de chacun, l'écoute,...

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La coopération est apparue d'abord dans la société pour mener à bien une tâche commune et concrète dont la réussite est directement mesurable : les vendanges faites en commun, une troupe de théâtre amateur, etc. Actuellement, les bureaux d'étude, les réunions « remue-méninges », les groupements d'étudiants, les cabi­nets de lecture montrent l'efficacité de cette forme de travail.

La transposition dans l'école n'est valable que si elle permet de répondre au but premier de l'école : apprendre. 

Qui peut coopérer dans le cadre de l'école? 

La coopération entre enseignant et enfant

Entre l'enfant et l'enseignant, il y a :

- une part où le maître impose, qui échappe donc à la coopération. Il s'agit des programmes (encore qu'il soit bon de ne pas confondre Instructions Officielles, manuels et habitudes), des examens avec leurs dates et leurs exigences, des horaires et des lieux ;

- une part de liberté absolue de l'enfant à travers, entre autres, l'expression libre ;

- une part de coopération par négociation à travers les plans de travail, les projets...

Il faut ici reprendre et préciser la place de l'éducateur : c'est la part du maître.

Il est (23) :

- l'informateur, celui qui apporte son savoir. Il en a préparé une présentation rationnelle et les élèves écoutent ;

- l'aide et l'organisateur qui a préparé des outils pour que les élèves manipulent et soient à même de résoudre les problèmes proposés ;

- la personne-ressource qui sait que ce sont les enfants qui doivent fournir l'effort d'apprentissage ; son approche est centrée sur l'enfant. 

« Pour apprendre, il faut aller de l'avant, il faut changer, il faut abandonner un équilibre et oser :

- oser penser,
- oser agir,
- oser dire. » (24)

Par la coopération, l'éducateur favorise cette « prise de risques ». Le tâtonnement expérimental garantit le droit à l'erreur non pénalisant comme le temps nécessaire pour comprendre. Et sur le plan psychologique, « si j'ai choisi de considérer l'enfant comme un "pair" potentiel, c'est bien que j'ai fait l'hypothèse qu'il a les capacités nécessaires pour accéder aux savoirs qui sont compatibles avec son âge. » (25) 

L'adulte est celui qui aide à organiser un environnement pédagogique tissé de réseaux interactifs « sollicitants », favorisant l'adéquation entre les projets personnels et les projets du groupe.

La coopération entre enfants

 La coopération peut reposer sur :
- l'entraide, si elle n'établit pas une hiérarchie, ce qui suppose...
- la complémentarité, chacun étant important dans son rôle,
- l'écoute à travers le Conseil, les débats,...
- le choix, car toute proposition n'aboutit pas à une exploitation collective. 

La coopération entre adultes 

On devrait retrouver bien des éléments des définitions précédentes : entraide, complémentarité, écoute...

Même si la parité n'existe pas sur le plan institutionnel, et même si, à l'intérieur de l'équipe éducative, la coopération se limite à la réalisation de projets précis et ponctuels, la coopération implique le respect d'attitudes pédagogiques différentes. 

La coopération favorise-t-elle l'apprentissage ? 

Par la mise en place de la classe dite « coopérative » , au centre de laquelle se trouve le Conseil, s'instaure un climat de confiance et de sérénité : chaque enfant peut se tromper sans encourir de punitions ni de remarques désagréables, il peut créer et être inventif sans être rappelé à l'ordre, il peut se borner pendant un temps à des travaux concrets jugés ailleurs secondaires : dessin, maquette, enregistrement. Et les moments de réflexion nécessaires dans la vie de la classe (projet, bilan, évaluation...) développent l'esprit critique utile pour les apprentissages. Dans le groupe a lieu la confrontation entre les représentations mentales de chacun, indispensable pour la découverte effective des concepts.

Enfin, grâce au partage des responsabilités propre à ce type de classe, chacun, en fonction de ses compétences, est responsable d'une tâche, ou aidé par un pair ; en tout cas, il est concerné par l a réalisation de cette tâche, donc motivé. Et comme il est utile au groupe, il est stimulé dans son désir de travailler.

Pour toutes ces raisons, la coopération permet l'apprentissage. 

Quelles en sont les conditions et les limites?

 Il y a coopération chaque fois que :
- on se trouve dans une situation proche de la vie courante : la sanction est immédiate
- la tâche que s'est donnée le groupe est accessible : l'enfant se reconnaît alors dans l'objectif proposé ;
- le résultat recherché nécessite l'action conjuguée des membres de la classe : le groupe est lié à l'action de chaque individu et vice versa;
- l'enfant a une responsabilité qui lui permet d'être reconnu : la responsabilité, parce qu'elle profite au groupe, valorise l'individu.

Ces deux derniers points impliquent une « atmosphère » (chacun sait qu'il est possible de coopérer et que sa tâche sera reconnue) et une « parole » : chacun s'exprime et on doit aboutir à un accord viable.

- Le groupe a droit au tâtonnement, à l'erreur formatrice.
- Le groupe se donne du temps, et maîtrise ce temps.
- Le groupe dispose d'un espace vivable et d'une communication interne satisfaisante.

Mais la coopération pose déjà quelques problèmes généraux :
- elle n'est pas naturelle (surtout entre enfants et adultes) ;
- elle n'est pas une idylle (le mot ne suffit pas à éliminer les conflits, et dans le groupe les gratifications ne seront pas égales) ;
- elle n'est pas une norme et ses formes évoluent ;
- elle demande que chacun prenne conscience des écarts (et les domine) : écarts entre les attentes idéales et la réalité des différences dûes aux conditions socio-­culturelles et socio-économiques. 

Au Second Degré, le temps est compté et découpé en « séquences », ce qui rend difficile pour les enfants la vision globale d'une « oeuvre ». Le professeur est obligé de composer avec ce temps qui file, et avec la demande de l'Institution, d'une évaluation fréquente et individuelle. Les intervenants d'une même classe sont nombreux, souvent différents, voire opposés.

Voilà pourquoi il est plus facile de réaliser des moments de travail coopératifs autour d'un projet extraordinaire (PAE, voyage, sortie, dossier...) que de réussir de façon permanente une véritable classe coopérative. 

De plus, il y a des moments où l'assimilation d'un concept, la préparation d'une épreuve spécifique, la difficulté d'une tâche particulière requièrent un travail solitaire: entraînement sur des fichiers autocorrectifs, aide du maître, mémorisation... Et certains enfants ont besoin, pour comprendre, d'exercices qui ne nécessitent ni esprit d'initiative, ni invention ; d'autres aiment travailler seuls... 

L'essentiel est dans la souplesse de l'articulation entre ces deux modes de travail. L'organisation de la classe, quand elle permet l'émergence de projets collectifs « extraordinaires », change à long terme les mentalités : les adolescents se mettent à prendre part à certaines procédures de l'apprentissage, au lieu de rester passifs : ils « négocient », par exemple, telle ou telle forme de travail, ou acceptent de faire leur auto-évaluation... 

Le travail coopératif n'est donc pas constamment du travail fait en groupe ; il permet aussi le travail individualisé et personnalisé, dans une dialectique enrichissante pour tous ; c'est ainsi qu'on aura des moments différents, des formes différentes d'apprentissage.

Cependant, chaque individu, conscient de l'intérêt qu'il peut tirer d'une participation au déroulement de la classe, aménage le plan de travail en décidant autant que possible comment il veut apprendre et prend des responsabilités.

C'est ainsi qu'une classe coopérative est un lieu où chaque adolescent devient le sujet de son apprentissage. II agit sur son environnement. Il s'entraîne à défendre son point de vue en argumentant. Il apprend le respect de l'autre. Bref, il acquiert peu à peu toutes les qualités qui pourront faire de lui un citoyen démocrate.

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Coopération : à plusieurs... c'est plus facile

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Témoignages

Développer des apprentissages méthodologiques fondamentaux

Pratique d'une recherche coopérative

La correspondance scolaire

Le journal scolaire

S'approprier une langue étrangère

Prendre conscience des différences culturelles et des compétences cachées

Des traces positives : le rite du Conseil

Initiation à l'argumentation

La motivation chez les plus réfractaires

La socialisation par la coopération

L'expression-création et la communication

Équipement pour démarrer

Pratiques d'évaluation en mathématiques au lycée

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Témoignages 

Développer des apprentissages méthodologiques fondamentaux 

Nous illustrerons ce point par des propos centrés sur l'enseignement de l'histoire-géographie

Il y a quelques années, ces disciplines ont fait l'objet de nombreuses interventions, communications et colloques qui n'ont abouti qu'au réaménagement des programmes, hissant l'histoire-géographie au rang de matière d'examen. Nous sommes donc de plus en plus confrontés aux problèmes des apprentissages, de la transmission des savoirs, cependant que nos élèves nous interpellent :

-A quoi ça sert l'histoire ?
- Ça ne nous aidera pas à vivre !
- L'industrie ? Pouah !... Ça sert à rien
- De toute façon, c'est le destin, on n'y peut rien !

Mais alors, faut-il donc en conclure que la géographie ne sert qu'à rêver de plages de sable fin bordées de palmiers, quelque part sous les Tropiques ?

Comme dit M. Ferro dans Phosphore : « Il faudrait que l'histoire soit mieux associée à l'existence des élèves, de leur famille de leur avenir. La difficulté, c'est de faire la greffe entre les problèmes d'aujourd'hui et ceux du passé... » Pour lui, l'utilité sociale de l'histoire, c'est de « nous expliquer les phénomènes actuels et leurs origines ».

De notre point de vue, cette conception nous apparaît par trop restrictive, par trop utilitariste. En effet, si on considère l'histoire comme l'étude du « temps social », il convient de distinguer temps social et temps chronologique, à savoir d'opérer des différences entre les temps forts et les périodes d'immobilité relative, de repérer les rythmes d'évolution selon les secteurs géographiques, sociaux ou économiques.

Qui plus est, cette histoire nous montre que rien n'est écrit à l'avance, que l'action consciente de l'homme en constitue un des déterminants. L'histoire peut être considérée comme un « antidestin », une réserve d'éner­gie pour l'action future.

En ce qui concerne la didactique de l'histoire ou de la géographie, des études portant sur le sens de la « transmission du savoir » mettent en évidence qu'il ne s'agit pas « d'un simple problème de pratique pédagogique mais surtout d'un problème de rapport au savoir ».

Ainsi il ne suffit pas que l'enseignant «boucle » son programme avec des cours sérieux pour assurer une acquisition de savoir chez l'élève. Ceci nous incite toutefois à nous interroger sur la nature de ce savoir évoqué ici : s'agit-il de simples accumulations de connaissances ponctuelles comme celles mises en valeur dans certains jeux, ou de découverte et d'appropriation de concepts qui formeront autant de clés, de grilles d'analyse et de lecture du monde actuel ?

La plupart des travaux convergent avec nos intuitions, nos observations ou nos expérimentations conduites dans nos classes et dans nos stages. Il convient de placer l'individu et son activité au centre de notre pratique pédagogique.

Ainsi, grâce à une diversification des modes d'expression, nous tentons de mieux cerner les « représentations mentales initiales individuelles » avec lesquelles nous devons composer pour assurer un développement cognitif pertinent. Les préjugés et les stéréotypes alimentent aisément ces représentations initiales.

Nous mettons en place différentes techniques. Ainsi la libre recherche documentaire, associée à une communication à la classe, à l'ensemble du collège ou aux correspondants, ou l'organisation de voyages-échanges, de PAE, de visites, de débats, etc., tout cela dans une structure de vie coopérative, offrent des conditions favorables aux acquisitions méthodologiques fondamentales parmi lesquelles nous citerons : savoir lire, savoir résumer, savoir analyser, savoir réaliser une synthèse, savoir critiquer, savoir se documenter, savoir prendre des notes...

Chacun s'entraide sans faire le travail à la place de l'autre. Cette attitude s'inscrit en rupture avec l'idéologie dominante actuelle de la réussite individuelle au mépris de l'échec d'autrui. Il y a là une situation formatrice pour les hommes de l'an 2 000, développant l'idée d'une réussite personnelle s'appuyant sur une attitude coopérative.

Par ailleurs de telles pratiques amènent chaque élève à un contact avec d'autres individus et d'autres réalités, à une remise en cause de ses représentations du moment lorsqu'elles sont en défaut avec ces réalités.

Selon nous, à une connaissance conçue comme un fardeau à assimiler, il faut opposer un savoir qui réponde aussi aux besoins individuels.

La Pédagogie Freinet cherche à créer les conditions d'une approche de l'histoire-géographie intégrant l'expérience de vie des élèves.

« Pour nous, l'histoire et la géographie sont avant tout une démarche d'investigation du réel, un moyen pour l'individu de donner un sens à son vécu, de se situer par rapport à un environnement social, économique, politique, écologique [...] de l'accepter ou de participer à sa transformation. »

Marcel Caucheteux
Jean-Pierre Bourreau

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Pratique d'une recherche coopérative 

Dans la mesure où elle essaie d'harmoniser le comportement, les apprentissages et les compétences de l'individu, nous avons choisi la pédagogie coopérative.

Ce qui nous a attirés vers la pédagogie coopérative c'est la prise en compte, chez l'enfant, de la personne et de ses compétences. Il ne vient pas sans culture ni savoirs mais l'école trop souvent ignore ces acquis car ils lui sont extérieurs.

La reconnaissance de la personne prend tout son sens au sein d'un conseil de coopérative, ou dans l'expression, dans la recherche libre comme dans la participation à un projet.

La pédagogie coopérative donne une nouvelle dimension à l'existence du groupe-classe en le faisant fonctionner différemment. Cela signifie d'abord un changement d'attitude de l'enseignant : il ne doit pas être celui qui régente de manière autoritaire, ni celui qui n'intervient pas et laisse faire. Il sera celui qui aide la classe à s'organiser en cellule vivante, en structure coopérative, formatrice et éducative, conduisant l'enfant vers l'autonomie et son statut d'être social responsable.

Ce déplacement du rôle de l'enseignant s'accompagne d'un développement des actions et stratégies interindividuelles. Un fonctionnement efficace et contrôlé parce que discuté par les membres qui le consti­tuent va s'instaurer dans le groupe. Ce fonctionnement va s'accompagner d'échanges alternatifs entre la personne membre du groupe et celui-ci, échanges qui peu à peu vont faire évoluer le groupe dans le sens d'une amélioration de son fonctionnement au service de chaque personne mais aussi de la classe.

L'inertie de l'enfant en échec devant les apprentissages de nouveaux savoirs peut être surmontée par les actes suivants :

- Incitation à la réflexion : « Il faut attendre qu'ils (les enfants) soient disposés à réfléchir avant de commencer à travailler sur des abstractions. Sinon ils deviendront dociles mais sans compréhension. Avec le temps, ils prendront l'habitude de réfléchir à ce que vous dites ou faites. J'insiste sur ce point car je crois que c'est la chose que les enfants rencontrent rarement à l'école et je pense qu'il est bon qu'ils se servent de leur tête pour résoudre un problème, en réfléchissant sur ce qu'ils savent déjà, sur ce qu'ils ont déjà appris. » (J. Bruner)

- Activation: c'est amener l'enfant à se rendre compte de son aptitude à résoudre les problèmes, avec des résultats assez bons pour qu'il ait l'impression d'avoir été récompensé de ses efforts de réflexion. Le plaisir de réussir constitue la récompense de l'activité, forme de motivation « qui est efficacité et compétence. Les autres récompenses peuvent masquer ce plaisir. Quand les enfants s'attendent à recevoir une récompense de quelqu'un, ils ont tendance à s'écarter du comportement qui fournit les récompenses intrinsèques. » (J. Bruner) 

- Compatibilité: permettre à l'enfant de trouver le moyen de rattacher toute connaissance nouvelle à un ensemble structuré de connaissances qu'il possède déjà ; trouver la liaison avec quelque chose qu'il connaît déjà. 

- Entraînement et savoir-faire : entraîner l'enfant à travailler ses capacités en rapport avec le problème, à résoudre et à utiliser ses connaissances. « Les enfants doivent acquérir, entre autres, l'art de pousser une idée au bout de ses possibilités [...] Les outils de l'esprit sont aussi des concepts-outils organisés et puissants qui proviennent des disciplines étudiées. » (J. Bruner) 

- Retour sur soi, auto-évaluation : La réussite précède la compréhension des raisonnements qui y conduisent. Par la réflexion sur l'action et ses résultats, on parvient à une compréhension et une connaissance plus profondes.

Le travail personnalisé, articulé sur ces points, trouve sa place dans les instances de médiation coopératives. 

Le travail de l'enfant et du groupe doivent aboutir à une production qui, socialisée, valorise les efforts de