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Les POURQUOI-COMMENT

de la Pédagogie Freinet

  

CORRESPONDANCE

SCOLAIRE

et                                          

VOYAGE-ECHANGE

 

 

Guides pratiques de l'École Moderne


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Plan général 

POURQUOI ?        3 à 15 
COMMENT ?          17 à 47 
TEMOIGNAGES   49 à 77

 

Mots-clés 

Maternelle                         58
1er degré                             55 – 73
Enseignement
Spécialisé                           51 – 53
Collèges
Lycées                                54 – 69 – 75
Français                             13 – 62 - 64

Math                                  66
Histoire-géo                       69
Langues                             14 – 51
Sciences                             68 

Sommaire détaillé page 2 

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SOMMAIRE

POURQUOI la correspondance ?      

Être et agir vrai, plus des élèves mais des enfants     
La correspondance et le voyage-échange permettent d'ouvrir l'école sur la vie  
En même temps qu'ils répondent à un besoin naturel de relations             
Ils aident l'individu à se construire
à acquérir son autonomie            
à se situer         
à se socialiser                    
au sein d'un groupe qui lui-même se construit et évolue       
Et les apprentissages ?       

Mais COMMENT introduire cette vie dans la classe ?    

La correspondance peut prendre différentes formes  
Avec qui correspondre ?                                                
Qui dit choix, dît engagements                                  
La correspondance placée au centre des activités                       
La prise en charge de la correspondance par le groupe-classe
L'enfant, l'adolescent choisit son corres
Il écrit à son corres
La gestion des échanges
Le rythme des échanges
Le groupe-classe écrit à l'autre groupe-classe
La gestion des échanges collectifs
Autres échanges
Les cadeaux ce n’est pas si facile que ça
Le désir de rencontrer les correspondants
L’intégration de tous au projet du voyage-échange
Il est possible de se rencontrer en un même lieu
Attention aux écueils
La correspondance permet à l'enseignant d'approfondir ses recherches
Et pour les parents ?                                                                                           


POURQUOI la correspondance ?


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« Nous cultiverons avant tout ce désir inné chez l'enfant de communiquer avec d'autres personnes, avec d'autres enfants, surtout de faire connaître autour de lui ses pensées, ses sentiments, ses rêves, ses espoirs. Alors, apprendre à lire, à écrire, se familiariser avec l'essentiel de ce que nous appelons la culture sera pour lui une fonction aussi naturelle que d'apprendre à marcher ».

C. Freinet - L 'Éducation du travail

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Etre et agir vrai,plus des élèves mais des enfants, en situation d'apprentissage à même la vie

 

L'école est encore trop souvent un milieu artificiel, où la vie n'existe qu'en marge, qu'en infraction pourrait-on dire.
Ici l'élève se plie à des rites,
l'enfant parfois les transgresse. 

Or dans cet univers factice, proposez aux élèves d'avoir des correspondants et tout à coup vous les verrez se mettre à vivre vrai : ce sont des enfants qui vous répondront, qui vous crieront leur enthousiasme. 

Et cette manifestation de vie risque de vous surprendre à tel point qu'il vous faudra sans doute prendre sur vous pour l'accueillir, tant sont lourdes les peurs sans fondement que cultive l'école pour protéger ses rites. 

 

De toutes les techniques de l'École Moderne, la correspondance (avec le voyage-échange qui la vivifie) est peut-être celle qui influence le plus sensiblement le climat de la classe...

... encore faut-il qu'elle y ait une place privilégiée et ne soit pas une sorte de fantaisie marginale, quelque chose qu'on fait « en plus ».

 

La correspondance et le voyage-échange permettent d'ouvrir l'école sur la vie...  

Grâce à la correspondance, la vie extérieure se mêle à celle des élèves, le contact s'établit avec le monde extérieur par l'intermédiaire de la vie d'une autre classe ou de plusieurs autres classes avec laquelle ou lesquelles on coopère, on échange, on travaille. C'est aussi un moyen d'établir une liaison plus facile avec les parents toujours sensibles à la vie affective de leurs enfants, à leur désir d'écrire, à leur soif de recherches, stimulés par l'ambiance nouvelle que la correspondance ne manque pas de faire s'instaurer dans la classe. 

1. Ouverture sur un milieu différent 

C'est plus la connaissance par l'intérieur que l'aspect purement documentaire qui importe dans cet échange. Étudier ce qu'est un bassin minier peut se faire de façon livresque, mais connaître la vie des travailleurs, l'ambiance d'une cité, peut-être les problèmes d'une grève, d'un accident, n'est-ce pas l'élément le plus important, le plus passionnant parce que le plus humain ; le reste (l’organisation du travail, la technique, les aspects scientifiques et économiques) sera donné en plus. 

2. Regard neuf sur son propre milieu 

Nous croyons, bien à tort souvent, connaître notre cadre de vie mais les questions parfois naïves des correspondants nous montrent à quel point nous ignorons ce qui nous entoure et cela nous amène à étudier des problèmes que nous ne nous étions jamais posés. D'où vient l'eau de nos- robinets ? Pourquoi y a-t-il tant de parents cheminots dans le quartier ? Que signifie tel nom de rue ? Pourquoi telle coutume bizarre ?

 

Parce qu'il a besoin de les décrire, l'enfant prend conscience de ses conditions de vie personnelle, de la vie de son village ou de son quartier, de sa province même. Il découvre le travail de ses parents, des ouvriers de la région, les circuits commerciaux... Alors qu'il vivait trop près des choses, voilà qu'il prend de la distance pour mieux les pénétrer, établir des relations.

en même temps qu'ils répondent a un besoin naturel de relations 

La correspondance touche d'abord l'affectif, auquel elle apporte une nourriture nouvelle.

Dans cette microsociété qu'est une classe, une école, chaque enfant sans doute s'était forgé un réseau relationnel, avec plus ou moins de réussite. Voici que s'offre à lui une ouverture nouvelle. Et que cette ou­verture soit le fait de l'école. Voilà qui rapproche singulièrement celle-ci de la vie.

L'école doit accepter la vie comme elle vient et s'en nourrir. 

On voit rarement une classe ne pas accueillir avec enthousiasme la pro­position « d'avoir des correspondants », même lorsque la chose est tout à fait nouvelle pour les enfants.

A chaque rentrée, ceux qui y ont déjà goûté le réclament. Et il est fré­quent de voir dans une école cette pratique faire tache d'huile, les enfants dont le maître ne s'y est pas encore lancé demandant à avoir « des corres » eux aussi.

 

Dans l'échange, l'émotionnel prédomine. Il faudra y souscrire sous peine d'oubli et de stérilité.

Le refus individuel d'un enfant de s'intégrer à ce nouveau réseau d'échanges est très rare et révélateur de blessures antérieures souvent décelables à d'autres signes qui confirment cette importance de la vie affective. Et très fréquemment, au contraire, pour les enfants mal intégrés à leur propre milieu, la correspondance offre un recours.

Pour eux, avoir un correspondant personnel était particulièrement important c'était l'assurance, pour ces enfants souffrant de l'indifférence ou même de l'hostilité de leurs parents, d'un regard ami posé sur eux. 

Même dans un milieu accueillant, tel enfant reste, quoiqu’il fasse, celui qui mouille encore son lit, le brutal qui a toujours des histoires à la récréation, le fils du travailleur émigré qu'entoure un racisme latent. Par contre, pour les correspondants, seul existe celui qui a écrit une si belle lettre, rédigé un texte si intéressant, fait un si joli dessin. Aussi n'est-il pas surprenant que certains « enfants-problèmes » trouvent dans la correspondance l'occasion d'échapper à leurs difficultés, de se rééquilibrer, de devenir enfin eux-mêmes, malgré leur passé, malgré leur milieu.

  

La construction de l'individu n'est réelle que si elle intègre dans sa globalité l'affectif, le sensoriel, le social.

Les échanges, correspondance et voyage, font rentrer dans le domaine scolaire la dimension qu'il refusait : la reconnaissance de l'échange affectif, apportant ainsi à l'enfant une plus grande motivation pour s'investir, se construire.

Ils aident l'individu à se construire. . . 

Par la motivation affective dynamisante, la correspondance oblige l'enfant à se décentrer pour communiquer à l'autre des nouvelles de lui, de son village, de son milieu immédiat.

Lorsqu'il écrit, l'enfant s'arrête pour prendre conscience de ses goûts, de ses espoirs, de ses actes.

Pour communiquer il se regarde vivre et exister. 

En retour il devra peu à peu apprendre à se mettre à la place de l'autre pour écouter, entendre, comprendre ses questions afin de leur apporter une réponse satisfaisante.

La connaissance du monde ne passe plus alors uniquement par ses yeux. L'autre l'oblige à avoir un changement de point de vue, à relativiser sa perception des connaissances. 

Pour la réalisation de ses envois, petit à petit il se mettra à la place de l'autre pour imaginer comment il réagira, ce qu'il comprendra, ce qu'il pensera au reçu d'une lettre, d'un texte, d'un colis.

Il est confronté à un autre système de compréhension, de recherche.

à acquérir son autonomie 

Sur le plan proprement scolaire, la correspondance pousse l'enfant à se confier, elle suscite des entretiens où le professeur joue plus profondément encore son rôle d'éducateur, elle crée des liens affectifs nouveaux.

(M. Bertrand, professeur d'anglais)

 

Auto-évaluations, responsabilités, engagements sociaux contribuent à dépasser l'égocentrisme par l'ouverture au monde et à autrui.

Voir témoignages page 69

  

La correspondance, comme le texte libre, favorise une prise de contact avec chacun des élèves et une connaissance profonde de ceux-ci.

Elle peut être le premier pas vers l'individualisation du travail et la recherche des différentes personnalités.

Elle favorise l'accès à l'autonomie progressivement.

à se situer.. 

La correspondance, le voyage-échange sont des portes importantes pour la prise de conscience du temps et de l'espace.

Savoir qu'au même moment, dans un autre espace, quelqu'un que l'on connaît ou que l'on ne connaît pas encore mais qui cependant se manifeste, vit dans un monde identique au nôtre et cependant différent, cela met l'enfant à un autre degré dans la situation de relativiser son vécu.

S'efforcer de comprendre quand a été vécu, écrit, envoyé ce dont on reçoit la trace, quand sera lu, entendu ce que l'on transmet aujourd'hui, évaluer la distance qui nous sépare en la confrontant à l'étalon des déplacements qu'on a déjà vécus, quelles conquêtes difficiles et primordiales !

Là se réalise l'approche de la conscience du temps et de l'espace par le vécu affectif. Elle se fera, certes, progressivement, plus ou moins rapide, plus ou moins profonde suivant l'âge des enfants, mais toujours de façon solide, intégrée, parce qu'elle est une véritable construction « de l'intérieur » de notions que l'école s'épuise souvent en vain à tenter de faire acquérir par une gamme d'exercices artificiels. 

 

Moi, ce qui m'intéresse dans la correspondance, c'est de savoir qu'il y a quelqu'un que je ne connais pas mais que je connais quand même, qui vit là-bas sur un point de la carte de France. Et puis après, je vais aller le voir. C'est drôle tout ça

Fannette  - C.M.2

 

L'enfant va peu à peu construire ses notions de temps et d'espace avec toute l'efficacité qu'apporte la motivation affective.

à se socialiser... 

Après un voyage-échange, il est intéressant de voir comment les enfants analysent leur vécu par rapport à ce qu'ils connaissent déjà : « Les algues, c'était pas les mêmes qu'à la mer où je vais en vacances ». La connaissance se construit toujours sur du solide. Et puis c'est ce qui touche l'enfant dans sa vie quotidienne qu'il retient : « Ils vont faire du sport dans une salle ».

Ces échanges élargissent son champ visuel si l'on peut dire ; ils invitent à une ouverture d'esprit. L'enfant prend tout à coup conscience qu’il existe d'autres façons de vivre : « Ils mangent ceci et comme cela ! » Comparaison de vies quotidiennes : jeux, loisirs, alimentation, habitat, école, habillement, équipement.

A travers cinq jours de vie intense il éprouve des sentiments : appréhension, mal du pays parfois, accueil chaleureux. Il éprouve aussi des sensations qui éduquent son goût: « Ils ont des belles maisons, les falaises étaient hautes, les vagues puissantes ».

Et puis il y a toute la partie dialogue avec la famille qui reçoit : « Comment c'est chez toi ? », famille qui voit vivre en son sein d'autres enfants, cela peut permettre de mieux voir comment sont les siens (une couleur ne s'apprécie que par rapport à une autre).

Je crois que c'est cet aspect social, humain, qui marque le plus les enfants. Beaucoup plus que le géographico- touristique dont ils parlent finalement assez peu.

Positif, le fait qu'ils vivent au moins une pleine journée dans la famille. Bien sûr il y a les enfants qu'on a bousculés un peu, qui n'avaient pas bien envie de venir, qui ont suivi le mouvement; ceux qui d'habitude sont les marionnettes de leurs parents ou ceux qui vivent dans l'ombre d'une copine. Ils se retrouvent à se prendre par la main, seuls chez le corres : ils faut devenir grand tout d'un coup et c'est dur parfois mais c'est toujours salutaire.

Enfin positif, les parents qui s'écrivent et invitent. La correspondance devient un mouvement social dans un village.

Jacques Querry

 

Nous sommes persuadés que la multiplication des échanges, favorisant la connaissance des autres, permettant de comprendre leurs mentalités est un moyen de faire prendre conscience des valeurs que nous voulons faire « passer » : tolérance, respect des différences, acceptation d'autres modes de vie, création de liens affectifs en acceptant les autres tels qu'ils sont... 

Militer pour la paix universelle, contre les chauvinismes stupides et l'effacement des frontières de tous ordres doit passer nécessairement par des expériences vécues...

Jacques Masson 

Voir témoignages pages 51, 74

au sein d'un groupe qui lui-même se construit et évolue 

Si les échanges permettent à l'enfant de se construire en tant qu'individu et en tant qu'être social, ils ont le même effet sur le groupe-classe, qui, confronté aux exigences de la communication, est amené à prendre conscience de sa propre identité, à l'affirmer, la renforcer même, tout en apprenant à tenir compte d'identité autres, de valeurs autres faisant ainsi l'apprentissage de la tolérance. 

La correspondance a été pour mes élèves de classe enfantine une des rares occasions régulières de regroupement Les deux, trois ans ont beaucoup de mal à adhérer à une activité collective, mais l'envoi et la réception du courrier sont des moments privilégiés où ils s'insèrent pleinement dans le groupe-classe, autour de la grande lettre collective.

 

Avec les plus grands (5 ans et plus) la correspondance commence à sus­citer un certain nombre de travaux collectifs, en particulier en mathé­matiques, ou encore en psychomotricité (exemple, symbolisation d'une évolution). Les enfants prennent l'habitude de chercher des idées de tra­vail à proposer aux correspondants.

Colette Brouard

Confrontation entre deux groupes 

Très vite, on s'aperçoit qu'au sein de deux classes, les points de vue sont loin d'être identiques. Dans telle classe, la majorité des enfants réprouve la chasse ; chez les correspondants c'est l'inverse, parce que les pères sont chasseurs. A propos de problèmes souvent très simples, les valeurs traditionnelles qui ont cours dans le milieu se trouvent contestées par les correspondants qui en respectent d'autres.

Les enfants prennent alors conscience de la relativité de certaines données qu'ils croyaient intangibles et ils se libèrent, dans une certaine mesure, de leurs conditionnements familiaux et sociaux pour s'ouvrir à la tolérance et à une vue plus large des problèmes humains.

 

Je pense que la correspondance peut enrichir la vie de la classe et amener à débattre des problèmes qui n'y seraient pas sans cela (en 5e , nous avons reçu deux débats enregistrés sur les handicapés et les prisons, cela a fait naître des débats chez nous aussi). Les enfants apprennent à faire quelque chose pour d'autres et à accepter la critique. Je m'aperçois également que tous les travaux d'équipe spontanés sont partis de la correspondance.

 

Voir témoignages pages 58, 60, 69

Et les apprentissages ? 

Mais si nous tenons à introduire dans l'école une vie vraie, nous sommes aussi dans l'école lieu d'apprentissage, direz-vous. Il n'y a là aucune contradiction.

Placée au centre des activités de la classe la correspondance est source de réalisations. Elle induit les apprentissages et favorise des activités qui n'étaient que scolaires et deviennent fonctionnelles. Ainsi la lecture, l'écriture, l'histoire, la géographie, les mathématiques, l'observation, l'acquisition d'une langue étrangère, entre autres, seront fortement mo­tivées. Programmes et instructions officielles n'en sont pas pour autant oubliés, ils y trouvent leur compte mais avec « un petit quelque chose en plus ». 

Je me suis lancée dans cette technique, la première fois, pour essayer de sortir mes élèves de leur désintérêt notoire - sinon de leur franche opposition – vis-à-vis de la chose scolaire en particulier et de toute acti­vité tant soit peu astreignante et continue en général.

Je n'ai pas été déçue : les enfants se sont vite investis dans la corres­pondance et surtout, ont été capables de maintenir leur intérêt tout au long de l'année, et d'accepter certaines contraintes (s'obliger à répondre

régulièrement à son correspondant personnel, ce n'est pas évident pour un caractériel et même pour un enfant dit normal).                            

Colette Brouard

 Pour les petites classes, pour les enfants qui démarrent le code écrit, elle leur permet de s'exercer, de produire leur propre écrit, de jouer avec comme l'enfant joue avec le langage quand il commence à parler. Quand il reçoit une lettre, il décode, repère les mots, prend plaisir à lire le message important.

Les enfants qui ont passé ce stade ont encore beaucoup à faire pour s'emparer des ressources infinies de l'écriture. La motivation, les exi­gences de la correspondance vont les amener peu à peu, avec l'aide du maître ici naturellement sollicitée, avec l'aide du groupe-classe aussi, des parents souvent, à explorer ce domaine toujours plus avant. La rédaction n'est plus un exercice, un devoir, elle répond à un besoin. La valorisation n'est plus une note, un bon-point, une place dans une hiérarchie illusoire, mais la joie de donner et de recevoir.

Ainsi en classe de langue, au second degré, par la correspondance, l'en­fant est au contact direct de la langue vivante, il y a peu de décalage entre le vocabulaire qu'il acquiert ainsi et celui nécessaire pour s'exprimer à peu près correctement avec un Anglais, par exemple.

En ce qui concerne la grammaire, peu de points importants restent dans l'ombre au hasard des textes qui arrivent. Et c'est bien compréhen­sible : l'acquisition d'une langue, c'est l'acquisition d'un comportement, d'un ensemble d'habitudes et d'automatismes, et quel exercice plus natu­rel que la pratique de la correspondance pourrait mieux favoriser cette acquisition ?       

M. Bertrand, professeur d'anglais

  

La correspondance est source de réalisations. Elle motive les apprentissages et établit un cadre souple pour le travail écrit qu'elle rend nécessaire.

Voir témoignages pages 62, 66, 68, 69

 

Rééquilibrant psychique, moyen d'enrichissement et d'approfondissement de l'expression (sous toutes ses formes) et de communication, outil d'un nécessaire déconditionnement et d'une bonne formation de l'esprit, équilibrant social, source sans cesse renouvelée de petits plaisirs et de grandes joies, la correspondance scolaire ne peut être assimilée à quelque accessoire supplémentaire mis à la disposition d'un corps d'enseignants en mal de rénovation pédagogique !

Si l'on souhaite mener à bien une correspondance scolaire vraie, il est nécessaire de savoir que l'on ne s'engage pas à la légère dans une entreprise sans conséquence dans une expérience susceptible d'être à tout moment interrompue sans dommage.

Il faut être sûr que l'utilisation de cette technique entraînera à elle seule et de manière infaillible la mise en place de nombreuses autres pratiques dans la classe : enquête, production de textes et d'albums, édition d'un journal scolaire, discussions en réunions coopératives ou en conseil, élaboration commune de lois nécessaires à une bonne organisation peut-être moins que cela, peut-être plus encore.

Il faut être persuadé que l'existence même des correspondants, la fréquence et la richesse (ou la pauvreté) des échanges auront des incidences importantes sur la vie et l'équilibre du groupe-classe et des individus qui le composent.

Il faut être conscient de l'importante responsabilité que l'on prend aussi bien vis-à-vis de ses propres élèves que de ceux de la classe correspondante.

Somme toute, pourquoi correspondre sinon parce que l'on ressent la pratique de cette technique comme une nécessité vitale pour sa classe et pour soi-même ?     

Renée Bideaux

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Mais COMMENT introduire cette vie dans la classe ?


 De nombreux modes de fonctionnement existent et je ne pense pas qu'on puisse définir un mode type.

L'essentiel est de préserver le plaisir que le groupe ou l'enfant à titre individuel peut éprouver à travers la correspondance.

Sans nier les contraintes qu'elle impose. Il faut à tout prix qu'elle soit

dépourvue de tout aspect routinier.                                                                                 Monique Bru

La correspondance peut prendre différentes formes :

correspondance ponctuelle, occasionnelle... 

Tentative de définition : « Ecrit adressé à un individu ou à un organisme, une collectivité dans un but bien précis et en utilisant les formes et les codes de la correspondance universelle » (ceci pour faciliter et augmenter la rapidité et la qualité des échanges).

Le message /à a toute son importance.

L'échange est réel. Lecture/recherche d'information, mais /à au contraire de la correspondance collective où l'on ne sait pas toujours ce qu'on va recevoir, de par la demande que l'on a faite, on pourra anticiper, décoder plus facilement la question.

Cette correspondance était très importante dans ma classe. Elle présente aussi l'avantage de n'être pas « scolaire » et de donner la possibilité à l'enfant de communiquer avec les adultes. Elle était collective, mais très vite des enfants ont voulu écrire à leur grand-mère, à leur marraine... On se servait bien sûr de la présentation classique, de l'enveloppe...

Elle est souvent utilisée dans les classes Freinet et depuis longtemps, par nécessité. Je pense cependant qu'elle n'est peut-être pas assez exploitée. Elle apporte comme la photo des avantages certains : lecture, information, écrit synthétisé... Je réécrivais en grand la lettre reçue, je polycopiais pour tous la lettre envoyée. C'était pour moi un véritable « outil » de travail.

C'est la seule qui donne bien la dimension de ce que doit être la correspondance : dialogue-échange véritable entre individus en passant par un code écrit particulier.

correspondance de classe à classe 

Une classe correspond avec une autre classe et chaque élève de la première est en principe « couplé » à un camarade de la seconde, en même temps que s'instaurent des échanges collectifs.

Les circuits (ou réseaux) de correspondance naturelle. 

Un circuit de correspondance, quant à lui, comporte 10 à 20 classes de cours différents. Le circuit peut être national, régional ou local.

De nombreuses formes d'échanges sont possibles : lettres individuelles, collectives, par groupes, d'un individu à un groupe ou à une classe, d'enfants du C.M. à des enfants de maternelle... Tout comme dans la correspondance classe à classe, on peut échanger beaucoup de choses : lettres, dessins, recherches de maths ou de français ou d'éveil, enquêtes, journaux, bandes sonores, montages audiovisuels, cadeaux... En outre peut paraître une « gerbe », sorte de bulletin de liaison à laquelle les classes envoient ce qu'elles veulent communiquer à l'ensemble du groupe. Une gerbe « adultes » ou des multilettres peuvent de même répondre au désir de communication des maîtres. 

En correspondance naturelle, l'affectif trouvera-t-il son compte ? 

On nous a souvent demandé ce que devenait dans cette forme de correspondance, la part affective, si importante au cours des échanges de correspondant à correspondant.

Cette affectivité n’est pas ignorée ; bien au contraire. Elle se manifeste au maximum, puisque l'enfant est libre de ses choix et qu'il peut, suivant ses désirs, la reporter sur un seul camarade ou sur plusieurs (dans nos classes, certains enfants correspondent avec sept ou huit camarades et assument totalement leurs engagements), sur une ou plusieurs classes. Elle se manifeste aussi en respectant la personnalité de l'enfant, ce qui nous semble primordial: dès le début de l'année pour ceux qui ont besoin de se lier immédiatement, beaucoup plus tard et selon la sensibilité de chacun pour ceux que certaines contraintes empêchent d'écrire trop vite ou trop tôt à un camarade inconnu.

« Cette forme de correspondance comble réellement mes enfants. Mes filles de 9- 10 ans ont écrit à toutes les maternelles, aux C. P., et uniquement pour des raisons affectives. La preuve, c'est que ce sont les mêmes qui, dans la cour, jouent avec les petits de S.E., les chouchoutent, les portent.. »

« Pour l'instant, beaucoup ont un ou plusieurs correspondants et des liens affectifs se sont établis. Pour certains, ce n'est même que cela. Ainsi, une certaine Nicole (13 ans), qui correspond avec une petite Valérie de 5 ans qu'elle chouchoute ». 

Voir témoignages page 55

Les circuits d'échange de journaux scolaires 

Échanger son journal au sein d'une ou plusieurs équipes de six classes, disséminées dans toute la France, permet de découvrir les autres, de comparer, d'enrichir ses propres techniques d'impression et même parfois de faire naître spontanément des correspondances de types collectif ou individuel.

 

Comment trouver une correspondance de type classe à classe ?

            - Par relation personnelle.

            - Beaucoup de revues pédagogiques et syndicales publient des listes de demande de correspondance.

            - Dans un stage, une rencontre, un congrès, etc.

            - En s'adressant à un groupe départemental I.C.E.M.

            - En s'adressant au service de correspondance nationale et internationale de l'I.C.E.M. qui permet de

   répondre au besoin de chacun

 

Comment s'intégrer à un réseau de correspondance naturelle ?

- S'adresser au chantier : « Correspondance naturelle » de l'I.C.E.M. On recevra alors une liste de classes et des indications pour démarrer et continuer.

- On peut créer soi-même un réseau à condition de trouver des collègues désireux de tenter l'expérience.

Avec qui correspondre ?

Correspondants proches ou éloignés 

Ce qui compte n'est pas la distance mais un certain dépaysement et le dépaysement, selon les âges, n'a pas la même signification.

Pour les petits, des camarades qu'on ne voit pas chaque jour c'est déjà l'inconnu et certaines classes correspondent avec profit au sein d'une même ville, entre quartiers. Cela permet des rencontres régulières qui rendent l'échange moins abstrait.

Avec de plus grands, il n'est pas toujours nécessaire d'aller bien loin pour trouver un milieu très différent (petit bourg rural et grande banlieue, quartier ancien et grand ensemble, vocation industrielle ou commerciale). Même au sein du département, l'échange peut être très riche et surtout permettre aux enfants de se rencontrer plusieurs fois dans l'année. 

Le correspondant éloigné apporte un dépaysement parfois souhaitable. 

« Une correspondance avec Marseille avait été très enrichissante, car les enfants de l’Aveyron n'avaient aucune idée de la mer ».

L'avantage du correspondant proche est la possibilité de contacts 

« Ce qui m'a donné le plus de satisfaction : une classe de perfectionnement à 30 km de notre école. 

A vantages :

1. Nous ne passons pas un mois sans nous voir entre maîtres. 

2. Les enfants se rencontrent une fois par trimestre dans une sortie commune. 

3. Les frais engagés par ces rencontres ne sont pas excessifs. 

4. Le correspondant devient rapidement une réalité humaine et non un mythe affectif ».

 Beaucoup de camarades voudraient concilier dépaysement et proximité ce n'est pas souvent facile.

 

Des questions parmi d’autres que l'on se pose parfois 

Ancien ou débutant ? 

Là n'est pas le problème. Ce n'est pas tant la compétence que la bonne volonté, le sérieux, le sens de la réciprocité qu'il faut voir.

Est-il souhaitable de garder plusieurs années le même correspondant? 

C'est en tout cas souhaité parfois par les élèves. En septembre, mes en­fants étaient contents de retrouver leur correspondant. A la fin de l'année ils avaient d'ailleurs voté pour garder les mêmes.

La correspondance deux années de suite est une preuve de la réussite pendant la première année. En juin, nous étions d'ailleurs sollicités par deux classes : les enfants ont préféré garder leurs camarades d’Abbe­ville. // faut dire que pendant plusieurs années, ils avaient eu l'impression de donner plus qu'ils ne recevaient.

En mars, l'intérêt continue, et pas seulement sur le plan affectif. Nos camarades nous apportent encore plus que l'an passé : l'album sur la ferme d'un correspondant a été très apprécié et a suscité des enquêtes chez nous. Nous attendions avec impatience des silex préhistoriques.

En cas de voyage-échange, on reçoit la première année, et l'on rend la visite l'année suivante.              

P. Yvin

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Correspondance ponctuelle, correspondance de classe à classe, parti­cipation à un réseau de correspondance naturelle, correspondants proches ou éloignés, de niveaux semblables ou différents, de milieux équivalents ou non votre choix se fera selon votre personnalité, vos conditions de vie, vos possibilités matérielles, vos désirs.

Et puis, vous aussi vous tâtonnerez, multipliant les expériences au fil des années, la correspondance n'est pas une technique figée. 

Voir témoignages pages 55, 58

Qui dit choix, dit engagements 

N'entreprenez rien que vous ne pourrez tenir.

Demander, accepter de correspondre n'implique pas seulement vous-­même et votre classe. 

Lorsque nous décidons d'utiliser dans notre classe la correspondance, nous nous engageons et nous engageons de ce fait le groupe-classe à respecter le contrat de travail qui va nous lier aux autres, à ceux qui, quelque part, attendent quelque chose de nous.

L'enseignant est alors garant du contrat, de la nature, de la qualité des envois.

                   Monique Bru

 Une bonne entente préalable entre les maîtres est essentielle

-           Sur l'esprit dans lequel ils abordent la correspondance.

-           Sur les modalités de sa mise en oeuvre que cela implique.

-           Sur leur propre investissement qui se traduira en relations étroites et régulières entre eux parallèlement aux relations entre leurs classes.

 

Certaines classes appuyant toute l'activité sur l'échange, il serait malhonnête de les priver en cours d'année de cette puissante motiva­tion. Si vous êtes hésitant, commencez modestement, mais soyez régulier.

Les échanges me semblent plus riches si - moi aussi - je les attends avec curiosité - cas d'un collègue que je ne connais pas.

La lettre du maître, dans l'enveloppe collective est importante aussi pour les gamins - elle est preuve que les exigences sont appliquées pour tous - le délai c'est le délai et si ce jour-là on n'a pas terminé, on atten­dra l'envoi suivant. Quelquefois, il m'arrive de la leur lire pour leur mon­trer que je ne trame rien dans leur dos mais que je complète éventuelle­ment des informations, que je signale les absents...

... en fait il faut être clair avec ce qu'on attend personnellement de la correspondance, pas seulement sur le plan pédagogique - une reconnaissance ? Un soutien ? Une émulation ? Une soupape ?

Catherine Mérat

Je corresponds depuis septembre dernier avec une instit. de La Roche-sur-Yon. L'expérience a si bien réussi que nous les accueillons en mai prochain.

Comment en sommes-nous arrivés /à ? La collègue a cinq ou six ans d'expérience ; moi je débute, et ce ne fut pas un handicap. La réussite est due au fait que nous avons dépassé un mode de relations, purement professionnel. Nous avons un peu échangé nos vies privées par courrier. Elle n’hésite pas à me téléphoner, non seulement (et c'est important) pour parler boulot, mais aussi, tout simplement pour me souhaiter, comme dernièrement à Pâques, de bonnes vacances.            

François Guignouard 

Je ne peux pas dissocier pour ma part la correspondance entre les enfants et la correspondance entre instits.

D'expérience, je constate, que plus je sens d'affinités avec mon ou ma collègue correspondant(e), plus la correspondance générale de la classe marche. Je crois que je ne pourrais pas ne pas être dérangée, pertur­bée dans le rythme et la qualité de la correspondance si je ne m'entendais pas ave c l'autre instit. . .

                    Françoise Champroux

 

Il me semble effectivement très important que les échanges entre élèves soient complétés (et même précédés) d'une connaissance entre enseignants.

Ceci permet une meilleure coordination entre le travail de chaque classe, une connaissance plus profonde des buts poursuivis et de ce que chacun attend de la correspondance scolaire.

Mais à mes yeux, le plus important, au-delà des progrès en français dus à la correspondance et de la motivation pour écrire qu'apporte cette technique, est le contact entre élèves et la connaissance entre correspondants afin de  « libérer » les échanges et pour sortir des sentiers battus que sont les échanges de photos, la composition de la famille.. .

Pour cela il est évident que les rapports entre collègues sont primordiaux. C'est la raison pour laquelle, jusqu'à présent mes élèves correspondaient avec une classe semblable dont je connaissais bien la maîtresse. J'appliquais donc le processus inverse. La classe étant peu éloignée, cela nous permettait à peu de frais d'avoir des rencontres entre classes ce qui enrichissait les échanges qui en découlent.           

Pierre Léonard

La correspondance placée au centre des activités 

La correspondance casse la classe. On laisse ce qui est en cours. Tout chauffe.          

Hubert Heintz

 

On ne « fait » pas correspondance de telle heure à telle heure, mais on accepte qu'elle bouleverse les structures de la classe, le groupe-classe étant ainsi amené à repenser l'organisation de sa vie et par là-même de son travail.

 

Si on accepte que la correspondance modifie l'activité en cours, parce qu'elle a introduit une rupture avec la quotidienneté, c'est qu'on éprouve la nécessité de mettre en place une organisation souple qui n'est pas

Sacro-sainte, une organisation capable d'accepter des parenthèses et sus­ceptible d'être remise en cause : cela dans un souci de cohérence par rapport à la notion de plaisir mais aussi dans le souci de préserver cet aspect dynamique, moteur de bien des activités.              

              Monique Bru

 

Dans certaines classes secondaires, on distribue aux élèves des corres­pondants étrangers mais les échanges se situent hors du travail scolaire qui ne peut donc en bénéficier que très indirectement. Nous voulons au contraire que la correspondance soit partie intégrante de la vie pédagogique. Toute activité du groupe (enquête, album, débat) est communiquée à la classe correspondante.

 

Pas moyen de coincer ça entre deux leçons ou deux exercices ! Ça prend tout de suite sa place, et pas une place de parent pauvre.

Tout vrai outil de notre pédagogie est ainsi: si on veut qu'il apporte toute sa richesse, il faut lui donner toute la place dont il a besoin.

Jean-Marie Marty, Henriette Gruel

Pratiquer la correspondance impose la mise en place d'une organisa­tion souple de la classe dans son fonctionnement. Le facteur est prio­ritaire sur l'emploi du temps ou le plan de travail prévu.

 

Voir témoignages page 60

La prise en charge de la correspondance par le groupe-classe

 

La proposition en est faite d'abord aux enfants, aux adolescents. Elle n'est généralement pas introduite d'autorité mais il est rare qu'ils ne s'en emparent pas.

Une réflexion s'engage alors dans la classe sur ce qu'entraînera la corres­pondance et les premiers contacts sont pris.

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                                Voir témoignage page 60

L’enfant, l'adolescent choisit son corres… 

Cas de la correspondance classe à classe 

L'attribution à chaque enfant d'un correspondant individuel ne se pratique pas toujours de la même façon. Tantôt les maîtres se mettent d'accord pour le jumelage d'après ce qu'ils savent de chaque enfant (son niveau, ses intérêts, etc.) ou ce qui est préférable d'après la présentation écrite par l'enfant lui-même dans le premier échange ; tantôt ils attendent que le besoin de correspondance individuelle se fasse sentir, parfois après quelques mois ; les premiers qui ressentent ce besoin choisissent alors leur correspondant et progressivement s'établit le jumelage.

Avec les plus grands, il arrive aussi qu'un enfant ne garde pas toujours le même correspondant : c'est d'après les échanges de textes, de tra­vaux qu'il décidera d'écrire à Jean-Pierre sur le karting, sa passion, puis à Claude à propos de son texte sur les gitans.

Ainsi s'établit une correspondance libre, très souple où chaque enfant vit en contact direct avec tous les camarades de l'autre classe.

Nous ne devons toutefois pas nous cacher que ce système qui favorise les plus dynamiques, peut laisser sur la touche, si nous n'y prenons pas garde, les timides, les hésitants, les amorphes.

Ce qui compte c'est que l'évolution vers une pédagogie plus vivante pro­fite réellement à tous et notamment aux élèves faibles et lents. C'est pourquoi nous introduisons généralement les techniques nouvelles avec un relatif systématisme qui s'assouplira progressivement. L'essentiel est que jamais cette rigueur ne vienne contredire l'esprit que nous voulons introduire et que les garde-fous ne deviennent des murailles indestruc­tibles. Tout est là affaire de bon sens et de doigté.

  

Tant que maîtres et enfants sont peu familiarisés avec la correspon­dance, les contacts entre les maîtres pour guider les choix individuels seront importants.

Avec l'habitude, l'expérience, les échanges s'établiront naturellement.

Jusqu'à présent dans le premier envoi, je recevais ou j'envoyais une liste d'élèves avec leur âge et une appréciation sur chacun. Ça permettait de répartir au mieux les correspondants.

Cette année rien de tout ça.

Nous avions inscrit dans notre planning, un jour, de parler de la correspondance. Je devais informer les enfants sur ma demande au 38, la réponse de Mireille et nous devions débroussailler un peu (c'était mon but) les notions de correspondance, les procédés, etc., établir aussi quelques projets.

Par pure coïncidence, ce jour-là est arrivé un colis. Jamais je n'avais assisté à pareille fête spontanée en classe. Quelle effervescence ! Quelle joie ! Quand on a pu à nouveau se parler, on a ouvert. il n'y avait que des lettres individuelles, sans liste accompagnatrice. Qui donner à qui ?Rapidement un plan : chacun prend une lettre, la lit et puis... j'ai été dépassé. Tout s'est fait sans moi, les brouillons de réponse ont été com­mencé, certains avaient échangé leurs lettres sur quels critères ? Pas plus mauvais que ceux que j'aurais pu établir sans doute.

Un os ! Chez Mireille ils sont moins nombreux que chez nous. Mais ici personne ne voulait partager un corres parce qu'on ne savait pas où il coucherait quand ils viendraient à Cadenet et personne n'était prêt à le laisser aller dormir chez quelqu'un d'autre.

Nous avons réglé ça en coop. Mais quand ce sera l'échéance...

Depuis, chaque arrivée de colis déclenche la même fête, la distribution faite par le responsable, c'est à nouveau la ruche. Et moi là-dedans ?

Je me sens avant tout correspondant comme eux ; j'éprouve, je crois, une j oie très proche de la leur, j'attends la lettre de ma corres et je lui réponds, comme eux, avec empressement.     

Jacques rey

 

On ne change pas sans arrêt de corres pour un oui pour un non.

 

Cas de la correspondance naturelle 

Quand le maître reçoit la liste, il la communique aux élèves. Chaque enfant volontaire choisit alors la classe dans laquelle il souhaite avoir un correspondant. (Il peut prendre autant de correspondants qu'il le désire, pour peu qu'il s'engage à leur écrire à tous). Il écrit alors une lettre de présentation qui arrive dans la classe de son choix. Là-bas elle est lue par le collègue qui demande si un enfant veut bien correspondre avec l'expéditeur. Dans l'affirmative, la correspondance démarre entre les deux enfants à leur rythme. (Il faut veiller toutefois à ce que les envois ne soient pas trop espacés dans le temps). Dans la négative, la lettre est retournée à son auteur à qui il ne reste plus qu'à tenter sa chance ailleurs.

Voir témoignages page 55

Il écrit à son corres 

Quand ? 

Suivant les classes, l'écriture des lettres individuelles se place à différents moments.

Un moment privilégié étant tout de même l'arrivée d'un colis qui donne envie de répondre.

Certains enfants écrivent, bricolent en continu pour leur corres dans la plupart des classes coopératives, des moments de travail personnel sont prévus au cours desquels on peut, entre autres choses, écrire à son corres. 

Comment ? 

L'enfant étant ici en situation naturelle d'apprentissage de l'écriture puisqu'il désire communiquer, l'intervention du maître sera donc plus ou moins importante suivant le degré d'autonomie de l'enfant.

L'enfant trouvera une aide aussi auprès de ses camarades. 

Il est important que les lettres soient présentables, propres et corrigées, car elles vont dans les familles.   

Françoise et Alain Raynaud

 A la maternelle 

Des lettres individuelles sous enveloppes cachetées ou non - écrites par moi à la demande puis décorées, - écrites par les enfants avec modèle, - écrites par les enfants librement (lettres, mots, chiffres), - dessins publicités découpés, - petits carnets fabriqués par les enfants où ils ont écrit leur nom, quelques mots et que les corres. termineront peut-être.

 

Il faut limiter l'envoi des cadeaux bidons, vieilles gommes, trognons de crayons.              

Françoise et Alain Raynaud

 Au collège 

Je ne vérifie l'orthographe et l'expression que de ceux qui en font la demande - laissant tranquilles ceux qui cachettent leur lettre en l'apportant en classe : ce qu'ils écrivent les concerne. J’essaie toutefois de les aider à développer leur lettre - surtout les premières. Cela me paraît être un garant de la richesse des échanges, la réception d’une lettre courte les laisse souvent amers : « Mon correspondant S. quand je lui envoie une lettre avec beaucoup de choses il ne me répond qu’une lettre sans rien dedans, pas longue et pleine de fautes » (Laurent - remarque sur son bilan de travail).

J'interviens pour une aide en orthographe, et sur la présentation des lettres. Pourtant la correspondance individuelle se situait le plus souvent « hors classe » mais parfois « dans la classe ». Certains me demandaient de corriger leurs lettres, ou demandaient des conseils sur ce qu'ils pouvaient envoyer. Jintervenais uniquement d'après leurs demandes.

D'autres préféraient se faire aider par leur mère.     

Jacqueline

 

L'orthographe est un code social. Sans surestimer son importance, il convient de ne pas la négliger surtout lors des premiers contacts.

 

L'illustration de la lettre 

Elle n'est pas indispensable mais elle égaie, flatte l'oeil comme les images dans un livre, comme un beau papier enveloppant un cadeau.

Chez les petits, elle naît naturellement. On dirait qu'ils complètent de cette manière une expression écrite dont ils ne se sentent pas encore les maîtres. Graphismes aux crayons de couleur, aux pointes feutres, collages prolifèrent. On est même parfois obligés de freiner cette profusion surtout pour les collages - et de s'orienter vers un choix...

Pour les grands, l'illustration offre l'occasion pour eux de tâtonner dans l'art décoratif et je suis émerveillée en feuilletant les lettres de voir la richesse, l'originalité du graphisme.

Avec les lettres, il y a une stimulation renouvelée pour trouver mieux que le camarade de classe, que le correspondant, que son propre graphisme de la précédente lettre, compétition non pas dégradante mais source de création dans la joie.

 

La recherche de la qualité 

Le respect des correspondants implique des lettres bien écrites, bien corrigées, illustrées avec goût. Le temps qu'on y passera ne sera pas du temps perdu, mais un moment d'éducation (peut-être plus utile que l'application au « cahier du jour »).

La gestion des échanges 

Gérer l'envoi des lettres 

Nous avons évoqué la nécessité de garder individuellement les traces des échanges mais, Pour savoir où on en est et accessoirement pour rendre des comptes, il est bon de tenir à jour un cahier (ou planning ou autre support) de correspondance de la classe, avec indications précises des envois et de ce qu'on a reçu. Grâce à cela on peut veiller à ce que personne ne soit oublié. 

Gérer les lettres reçues 

Les enfants sont-ils tous capables de gérer ce qu'ils reçoivent ? Savent-ils ranger ? (classeur, pochette).

Il semble préférable de laisser aux enfants la liberté de ne pas montrer ce qu'ils reçoivent mais de les habituer à conserver un moment leur courrier.

 

Inciter, si nécessaire, les enfants à écrire davantage 

Les envois individuels sont parfois assez pauvres parce que l'enfant pense que l'autre sait déjà. Il est difficile pour lui de prendre conscience qu'il y a tout à lui dire et dans les moindres détails.

Faire s'imaginer l'enfant (est-ce possible ?) dans la situation de récepteur.        (revoir p. 9)</