Les POURQUOI-COMMENT de la Pédagogie
Freinet CORRESPONDANCE SCOLAIRE et
VOYAGE-ECHANGE Guides pratiques de
l'École Moderne |
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Plan général POURQUOI ? 3 à 15 Mots-clés Maternelle
58 Sommaire détaillé page
2 |
SOMMAIRE
Être
et agir vrai, plus des élèves mais des enfants
La correspondance et le voyage-échange permettent d'ouvrir l'école
sur la vie
En même temps qu'ils répondent à un besoin naturel de relations
Ils aident l'individu à se construire
à acquérir son autonomie
à se situer
à se socialiser
au sein d'un groupe qui lui-même se construit et évolue
Et les apprentissages ?
Mais COMMENT introduire cette vie dans la classe ?
La
correspondance peut prendre différentes formes
Avec qui correspondre ?
Qui dit choix, dît engagements
La correspondance placée au centre des activités
La prise en charge de la correspondance par le groupe-classe
L'enfant, l'adolescent choisit son corres
Il écrit à son corres
La gestion des échanges
Le rythme des échanges
Le groupe-classe écrit à l'autre groupe-classe
La gestion des échanges collectifs
Autres échanges
Les cadeaux ce nest pas si facile que ça
Le désir de rencontrer les correspondants
Lintégration de tous au projet du voyage-échange
Il est possible de se rencontrer en un même lieu
Attention aux écueils
La correspondance permet à l'enseignant d'approfondir ses
recherches
Et pour les parents ?
POURQUOI
la correspondance ?
« Nous cultiverons avant tout ce désir inné chez l'enfant de communiquer avec d'autres personnes, avec d'autres enfants, surtout de faire connaître autour de lui ses pensées, ses sentiments, ses rêves, ses espoirs. Alors, apprendre à lire, à écrire, se familiariser avec l'essentiel de ce que nous appelons la culture sera pour lui une fonction aussi naturelle que d'apprendre à marcher ».
C. Freinet - L 'Éducation du travail
Etre et agir
vrai,plus des élèves mais des enfants,
L'école est encore trop
souvent un milieu artificiel, où la vie n'existe qu'en marge, qu'en infraction
pourrait-on dire.
Ici l'élève se plie à des rites,
l'enfant parfois les transgresse.
Or dans cet univers
factice, proposez aux élèves d'avoir des correspondants et tout à coup vous les
verrez se mettre à vivre vrai : ce sont des enfants qui vous répondront, qui vous
crieront leur enthousiasme.
Et cette manifestation de vie
risque de vous surprendre à tel point qu'il vous faudra sans doute prendre sur vous pour
l'accueillir, tant sont lourdes les peurs sans fondement que cultive l'école pour
protéger ses rites.
De toutes les
techniques de l'École Moderne, la correspondance (avec le voyage-échange qui la vivifie)
est peut-être celle qui influence le plus sensiblement le climat de la classe...
... encore faut-il
qu'elle y ait une place privilégiée et ne soit pas une sorte de fantaisie marginale,
quelque chose qu'on fait « en plus ».
La correspondance et
le voyage-échange
Grâce à la
correspondance, la vie extérieure se mêle à celle des élèves, le contact s'établit
avec le monde extérieur par l'intermédiaire de la vie d'une autre classe ou de plusieurs
autres classes avec laquelle ou lesquelles on coopère, on échange, on travaille. C'est
aussi un moyen d'établir une liaison plus facile avec les parents toujours sensibles à
la vie affective de leurs enfants, à leur désir d'écrire, à leur soif de recherches,
stimulés par l'ambiance nouvelle que la correspondance ne manque pas de faire s'instaurer
dans la classe.
1. Ouverture sur un
milieu différent
C'est plus la
connaissance par l'intérieur que l'aspect purement documentaire qui importe dans cet
échange. Étudier ce qu'est un bassin minier peut se faire de façon livresque, mais
connaître la vie des travailleurs, l'ambiance d'une cité, peut-être les problèmes
d'une grève, d'un accident, n'est-ce pas l'élément le plus important, le plus
passionnant parce que le plus humain ; le reste (lorganisation du travail, la
technique, les aspects scientifiques et économiques) sera donné en plus.
2. Regard neuf sur son
propre milieu
Nous croyons, bien à
tort souvent, connaître notre cadre de vie mais les questions parfois naïves des
correspondants nous montrent à quel point nous ignorons ce qui nous entoure et cela nous
amène à étudier des problèmes que nous ne nous étions jamais posés. D'où vient
l'eau de nos- robinets ? Pourquoi y a-t-il tant de parents cheminots dans le
quartier ? Que signifie tel nom
de rue ? Pourquoi telle coutume bizarre ?
Parce qu'il a besoin de
les décrire, l'enfant prend conscience de ses conditions de vie personnelle, de la vie de
son village ou de son quartier, de sa province même. Il découvre le travail de ses
parents, des ouvriers de la région, les circuits commerciaux... Alors qu'il vivait trop
près des choses, voilà qu'il prend de la distance pour mieux les pénétrer, établir
des relations.
en même temps qu'ils répondent a un besoin naturel de relations
La correspondance touche
d'abord l'affectif, auquel elle apporte une nourriture nouvelle.
Dans cette microsociété qu'est
une classe, une école, chaque enfant sans doute s'était forgé un réseau relationnel,
avec plus ou moins de réussite. Voici que s'offre à lui une ouverture nouvelle. Et que
cette ouverture soit le fait de l'école. Voilà qui rapproche singulièrement celle-ci
de la vie.
L'école doit accepter
la vie comme elle vient et s'en nourrir.
On voit rarement une
classe ne pas accueillir avec enthousiasme la proposition « d'avoir des correspondants
», même lorsque la chose est tout à fait nouvelle pour les enfants.
A chaque rentrée, ceux
qui y ont déjà goûté le réclament. Et il est fréquent de voir dans une école
cette pratique faire tache d'huile, les enfants dont le maître ne s'y est pas encore
lancé demandant à avoir « des corres » eux aussi.
Dans l'échange,
l'émotionnel prédomine. Il faudra y souscrire sous peine d'oubli et de stérilité.
Le refus individuel d'un
enfant de s'intégrer à ce nouveau réseau d'échanges est très rare et révélateur de
blessures antérieures souvent décelables à d'autres signes qui confirment cette
importance de la vie affective. Et très fréquemment, au contraire, pour les enfants mal
intégrés à leur propre milieu, la correspondance offre un recours.
Pour eux, avoir un
correspondant personnel était particulièrement important c'était l'assurance, pour ces
enfants souffrant de l'indifférence ou même de l'hostilité de leurs parents, d'un
regard ami posé sur eux.
Même dans un milieu
accueillant, tel enfant reste, quoiquil fasse, celui qui mouille encore son lit, le
brutal qui a toujours des histoires à la récréation, le fils du travailleur émigré
qu'entoure un racisme latent. Par contre, pour les correspondants, seul existe celui qui a
écrit une si belle lettre, rédigé un texte si intéressant, fait un si joli dessin.
Aussi n'est-il pas surprenant que certains « enfants-problèmes » trouvent dans la
correspondance l'occasion d'échapper à leurs difficultés, de se rééquilibrer, de
devenir enfin eux-mêmes, malgré leur passé, malgré leur milieu.
La construction de
l'individu n'est réelle que si elle intègre dans sa globalité l'affectif, le sensoriel,
le social.
Les échanges,
correspondance et voyage, font rentrer dans le domaine scolaire la dimension qu'il
refusait :
la reconnaissance de l'échange affectif, apportant ainsi à l'enfant une plus grande
motivation pour s'investir, se construire.
Ils aident
l'individu
Par la motivation
affective dynamisante, la correspondance oblige l'enfant à se décentrer pour communiquer
à l'autre des nouvelles de lui, de son village, de son milieu immédiat.
Lorsqu'il écrit,
l'enfant s'arrête pour prendre conscience de ses goûts, de ses espoirs, de ses actes.
Pour communiquer il se
regarde vivre et exister.
En retour il devra peu à
peu apprendre à se mettre à la place de l'autre pour écouter, entendre, comprendre ses
questions afin de leur apporter une réponse satisfaisante.
La connaissance du monde
ne passe plus alors uniquement par ses yeux. L'autre l'oblige à avoir un changement de
point de vue, à relativiser sa perception des connaissances.
Pour la réalisation de
ses envois, petit à petit il se mettra à la place de l'autre pour imaginer comment il
réagira, ce qu'il comprendra, ce qu'il pensera au reçu d'une lettre, d'un texte, d'un
colis.
Il est confronté à un
autre système de compréhension, de recherche.
à acquérir son autonomie
Sur le plan proprement
scolaire, la correspondance pousse l'enfant à se confier, elle suscite des entretiens où
le professeur joue plus profondément encore son rôle d'éducateur, elle crée des liens
affectifs nouveaux.
(M. Bertrand, professeur
d'anglais)
Auto-évaluations,
responsabilités, engagements sociaux contribuent à dépasser l'égocentrisme par
l'ouverture au monde et à autrui.
Voir témoignages page 69
La correspondance,
comme le texte libre, favorise une prise de contact avec chacun des élèves et une
connaissance profonde de ceux-ci.
Elle peut être le
premier pas vers l'individualisation du travail et la recherche des différentes
personnalités.
Elle favorise l'accès
à l'autonomie progressivement.
à se situer..
La correspondance, le
voyage-échange sont des portes importantes pour la prise de conscience du temps et de
l'espace.
Savoir qu'au même
moment, dans un autre espace, quelqu'un que l'on connaît ou que l'on ne connaît pas
encore mais qui cependant se manifeste, vit dans un monde identique au nôtre et cependant
différent, cela met l'enfant à un autre degré dans la situation de relativiser son
vécu.
S'efforcer de comprendre
quand a été vécu, écrit, envoyé ce dont on reçoit la trace, quand sera lu, entendu
ce que l'on transmet aujourd'hui, évaluer la distance qui nous sépare en la confrontant
à l'étalon des déplacements qu'on a déjà vécus, quelles conquêtes difficiles et
primordiales !
Là se réalise
l'approche de la conscience du temps et de l'espace par le vécu affectif. Elle se fera,
certes, progressivement, plus ou moins rapide, plus ou moins profonde suivant l'âge des
enfants, mais toujours de façon solide, intégrée, parce qu'elle est une véritable
construction « de l'intérieur » de notions que l'école s'épuise souvent en vain à
tenter de faire acquérir par une gamme d'exercices artificiels.
Moi, ce qui m'intéresse
dans la correspondance, c'est de savoir qu'il y a quelqu'un que je ne connais pas mais que
je connais quand même, qui vit là-bas sur un point de la carte de France. Et puis
après, je vais aller le voir. C'est drôle tout ça
Fannette - C.M.2
L'enfant va peu à peu
construire ses notions de temps et d'espace avec toute l'efficacité qu'apporte la
motivation affective.
à se socialiser..
Après un
voyage-échange, il est intéressant de voir comment les enfants analysent leur vécu par
rapport à ce qu'ils connaissent déjà : « Les algues, c'était pas les mêmes qu'à la
mer où je vais en vacances ». La connaissance se construit toujours sur du solide. Et
puis c'est ce qui touche l'enfant dans sa vie quotidienne qu'il retient : « Ils vont
faire du sport dans une salle ».
Ces échanges
élargissent son champ visuel si l'on peut dire ; ils invitent à une ouverture d'esprit.
L'enfant prend tout à coup conscience quil existe d'autres façons de vivre : «
Ils mangent ceci et comme cela ! » Comparaison de vies quotidiennes : jeux, loisirs,
alimentation, habitat, école, habillement, équipement.
A travers cinq jours de
vie intense il éprouve des sentiments : appréhension, mal du pays parfois, accueil
chaleureux. Il éprouve aussi des sensations qui éduquent son goût: « Ils ont des
belles maisons, les falaises étaient hautes, les vagues puissantes ».
Et puis il y a toute la
partie dialogue avec la famille qui reçoit : « Comment c'est chez toi ? », famille qui
voit vivre en son sein d'autres enfants, cela peut permettre de mieux voir comment sont
les siens (une couleur ne s'apprécie que par rapport à une autre).
Je crois que c'est cet
aspect social, humain, qui marque le plus les enfants. Beaucoup plus que le géographico-
touristique dont ils parlent finalement assez peu.
Positif, le fait qu'ils
vivent au moins une pleine journée dans la famille. Bien sûr il y a les enfants qu'on a
bousculés un peu, qui n'avaient pas bien envie de venir, qui ont suivi le mouvement; ceux
qui d'habitude sont les marionnettes de leurs parents ou ceux qui vivent dans l'ombre
d'une copine. Ils se retrouvent à se prendre par la main, seuls chez le corres : ils faut
devenir grand tout d'un coup et c'est dur parfois mais c'est toujours salutaire.
Enfin positif, les
parents qui s'écrivent et invitent. La correspondance devient un mouvement social dans un
village.
Jacques Querry
Nous sommes persuadés
que la multiplication des échanges, favorisant la connaissance des autres, permettant de
comprendre leurs mentalités est un moyen de faire prendre conscience des valeurs que nous
voulons faire « passer » : tolérance, respect
des différences, acceptation d'autres modes de vie, création de liens affectifs en
acceptant les autres tels qu'ils sont...
Militer pour la paix
universelle, contre les chauvinismes stupides et l'effacement des frontières de tous
ordres doit passer nécessairement par des expériences vécues...
Jacques Masson
Voir témoignages pages 51, 74
au sein d'un groupe qui lui-même se construit et évolue
Si les échanges permettent à
l'enfant de se construire en tant qu'individu et en tant qu'être social, ils ont le même
effet sur le groupe-classe, qui, confronté aux exigences de la communication, est amené
à prendre conscience de sa propre identité, à l'affirmer, la renforcer même, tout en
apprenant à tenir compte d'identité autres, de valeurs autres faisant ainsi
l'apprentissage de la tolérance.
La
correspondance a été pour mes élèves de classe enfantine une des rares occasions
régulières de regroupement Les deux, trois ans ont beaucoup de mal à adhérer à une
activité collective, mais l'envoi et la réception du courrier sont des moments
privilégiés où ils s'insèrent pleinement dans le groupe-classe, autour de la grande
lettre collective.
Avec les plus grands (5
ans et plus) la correspondance commence à susciter un certain nombre de travaux
collectifs, en particulier en mathématiques, ou encore en psychomotricité (exemple,
symbolisation d'une évolution). Les enfants prennent l'habitude de chercher des idées de
travail à proposer aux correspondants.
Colette Brouard
Confrontation entre
deux groupes
Très vite, on
s'aperçoit qu'au sein de deux classes, les points de vue sont loin d'être identiques.
Dans telle classe, la majorité des enfants réprouve la chasse ; chez les correspondants
c'est l'inverse, parce que les pères sont chasseurs. A propos de problèmes souvent très
simples, les valeurs traditionnelles qui ont cours dans le milieu se trouvent contestées
par les correspondants qui en respectent d'autres.
Les enfants prennent
alors conscience de la relativité de certaines données qu'ils croyaient intangibles et
ils se libèrent, dans une certaine mesure, de leurs conditionnements familiaux et sociaux
pour s'ouvrir à la tolérance et à une vue plus large des problèmes humains.
Je pense que la
correspondance peut enrichir la vie de la classe et amener à débattre des problèmes qui
n'y seraient pas sans cela (en 5e , nous avons reçu deux débats enregistrés
sur les handicapés et les prisons, cela a fait naître des débats chez nous aussi). Les
enfants apprennent à faire quelque chose pour d'autres et à accepter la critique. Je
m'aperçois également que tous les travaux d'équipe spontanés sont partis de la
correspondance.
Voir témoignages pages 58, 60, 69
Et les apprentissages ?
Mais si nous tenons à
introduire dans l'école une vie vraie, nous sommes aussi dans l'école lieu
d'apprentissage, direz-vous. Il n'y a là aucune contradiction.
Placée au centre des
activités de la classe la correspondance est source de réalisations. Elle induit les
apprentissages et favorise des activités qui n'étaient que scolaires et deviennent
fonctionnelles. Ainsi la lecture, l'écriture, l'histoire, la géographie, les
mathématiques, l'observation, l'acquisition d'une langue étrangère, entre autres,
seront fortement motivées. Programmes et instructions officielles n'en sont pas pour
autant oubliés, ils y trouvent leur compte mais avec « un petit quelque chose en plus
».
Je me suis lancée dans
cette technique, la première fois, pour essayer de sortir mes élèves de leur
désintérêt notoire - sinon de leur franche opposition vis-à-vis de la chose
scolaire en particulier et de toute activité tant soit peu astreignante et continue en
général.
Je n'ai pas été déçue
: les enfants se sont vite investis dans la correspondance et surtout, ont été
capables de maintenir leur intérêt tout au long de l'année, et d'accepter certaines
contraintes (s'obliger à répondre
régulièrement à son
correspondant personnel, ce n'est pas évident pour un caractériel et même pour un
enfant dit normal).
Colette Brouard
Les enfants qui ont
passé ce stade ont encore beaucoup à faire pour s'emparer des ressources infinies de
l'écriture. La motivation, les exigences de la correspondance vont les amener peu à
peu, avec l'aide du maître ici naturellement sollicitée, avec l'aide du groupe-classe
aussi, des parents souvent, à explorer ce domaine toujours plus avant. La rédaction
n'est plus un exercice, un devoir, elle répond à un besoin. La valorisation n'est plus
une note, un bon-point, une place dans une hiérarchie illusoire, mais la joie de donner
et de recevoir.
Ainsi en classe de
langue, au second degré, par la correspondance, l'enfant est au contact direct de la
langue vivante, il y a peu de décalage entre le vocabulaire qu'il acquiert ainsi et celui
nécessaire pour s'exprimer à peu près correctement avec un Anglais, par exemple.
En ce qui concerne la
grammaire, peu de points importants restent dans l'ombre au hasard des textes qui
arrivent. Et c'est bien compréhensible : l'acquisition d'une langue, c'est
l'acquisition d'un comportement, d'un ensemble d'habitudes et d'automatismes, et quel
exercice plus naturel que la pratique de la correspondance pourrait mieux favoriser
cette acquisition ?
M. Bertrand, professeur
d'anglais
La correspondance est
source de réalisations. Elle motive les apprentissages et établit un cadre souple pour
le travail écrit qu'elle rend nécessaire.
Voir témoignages pages
62, 66, 68, 69
Rééquilibrant
psychique, moyen d'enrichissement et d'approfondissement de l'expression (sous toutes ses
formes) et de communication, outil d'un nécessaire déconditionnement et d'une bonne
formation de l'esprit, équilibrant social, source sans cesse renouvelée de petits
plaisirs et de grandes joies, la correspondance scolaire ne peut être assimilée à
quelque accessoire supplémentaire mis à la disposition d'un corps d'enseignants en mal
de rénovation pédagogique !
Si l'on souhaite mener
à bien une correspondance scolaire vraie, il est nécessaire de savoir que l'on ne
s'engage pas à la légère dans une entreprise sans conséquence dans une expérience
susceptible d'être à tout moment interrompue sans dommage.
Il faut être sûr que
l'utilisation de cette technique entraînera à elle seule et de manière infaillible la
mise en place de nombreuses autres pratiques dans la classe : enquête, production de
textes et d'albums, édition d'un journal scolaire, discussions en réunions coopératives
ou en conseil, élaboration commune de lois nécessaires à une bonne organisation
peut-être moins que cela, peut-être plus encore.
Il faut être persuadé
que l'existence même des correspondants, la fréquence et la richesse (ou la pauvreté)
des échanges auront des incidences importantes sur la vie et l'équilibre du
groupe-classe et des individus qui le composent.
Il faut être conscient
de l'importante responsabilité que l'on prend aussi bien vis-à-vis de ses propres
élèves que de ceux de la classe correspondante.
Somme toute, pourquoi
correspondre sinon parce que l'on ressent la pratique de cette technique comme une
nécessité vitale pour sa classe et pour soi-même ?
Renée Bideaux
Mais COMMENT
introduire cette vie dans la classe ?
L'essentiel est de
préserver le plaisir que le groupe ou l'enfant à titre individuel peut éprouver à
travers la correspondance.
Sans nier les
contraintes qu'elle impose. Il faut à tout prix qu'elle soit
dépourvue de tout
aspect routinier.
Monique
Bru
La correspondance peut
prendre différentes formes :
correspondance
ponctuelle, occasionnelle...
Tentative de définition
: « Ecrit adressé à un individu ou à un organisme, une collectivité dans un but bien
précis et en utilisant les formes et les codes de la correspondance universelle » (ceci
pour faciliter et augmenter la rapidité et la qualité des échanges).
Le message /à a toute
son importance.
L'échange est réel.
Lecture/recherche d'information, mais /à au contraire de la correspondance collective où
l'on ne sait pas toujours ce qu'on va recevoir, de par la demande que l'on a faite, on
pourra anticiper, décoder plus facilement la question.
Cette correspondance
était très importante dans ma classe. Elle présente aussi l'avantage de n'être pas «
scolaire » et de donner la possibilité à l'enfant de communiquer avec les adultes.
Elle était collective, mais très vite des enfants ont voulu écrire à leur
grand-mère, à leur marraine... On se servait bien sûr de la présentation classique, de
l'enveloppe...
Elle est souvent
utilisée dans les classes Freinet et depuis longtemps, par nécessité. Je pense
cependant qu'elle n'est peut-être pas assez exploitée. Elle apporte comme la photo des
avantages certains : lecture, information, écrit synthétisé... Je réécrivais en grand
la lettre reçue, je polycopiais pour tous la lettre envoyée. C'était pour moi un
véritable « outil » de travail.
C'est la seule qui
donne bien la dimension de ce que doit être la correspondance : dialogue-échange
véritable entre individus en passant par un code écrit particulier.
correspondance de
classe à classe
Une classe correspond avec une autre classe et chaque élève
de la première est en principe « couplé » à un camarade de la seconde, en même temps
que s'instaurent des échanges collectifs.
Les circuits (ou
réseaux) de correspondance naturelle.
Un circuit de
correspondance, quant à lui, comporte 10 à 20 classes de cours différents. Le circuit
peut être national, régional ou local.
De nombreuses formes
d'échanges sont possibles : lettres individuelles, collectives, par groupes, d'un
individu à un groupe ou à une classe, d'enfants du C.M. à des enfants de maternelle...
Tout comme dans la correspondance classe à classe, on peut échanger beaucoup de choses :
lettres, dessins, recherches de maths ou de français ou d'éveil, enquêtes, journaux,
bandes sonores, montages audiovisuels, cadeaux... En outre peut paraître une « gerbe »,
sorte de bulletin de liaison à laquelle les classes envoient ce qu'elles veulent
communiquer à l'ensemble du groupe. Une gerbe « adultes » ou des multilettres peuvent
de même répondre au désir de communication des maîtres.
En correspondance
naturelle, l'affectif trouvera-t-il son compte ?
On nous a souvent
demandé ce que devenait dans cette forme de correspondance, la part affective, si
importante au cours des échanges de correspondant à correspondant.
Cette affectivité
nest pas ignorée ; bien au contraire. Elle se manifeste au maximum, puisque
l'enfant est libre de ses choix et qu'il peut, suivant ses désirs, la reporter sur un
seul camarade ou sur plusieurs (dans nos classes, certains enfants correspondent avec sept
ou huit camarades et assument totalement leurs engagements), sur une ou plusieurs classes.
Elle se manifeste aussi en respectant la personnalité de l'enfant, ce qui nous semble
primordial: dès le début de l'année pour ceux qui ont besoin de se lier immédiatement,
beaucoup plus tard et selon la sensibilité de chacun pour ceux que certaines contraintes
empêchent d'écrire trop vite ou trop tôt à un camarade inconnu.
« Cette forme de
correspondance comble réellement mes enfants. Mes filles de 9- 10 ans ont écrit à
toutes les maternelles, aux C. P., et uniquement pour des raisons affectives. La preuve,
c'est que ce sont les mêmes qui, dans la cour, jouent avec les petits de S.E., les
chouchoutent, les portent.. »
« Pour l'instant,
beaucoup ont un ou plusieurs correspondants et des liens affectifs se sont établis. Pour
certains, ce n'est même que cela. Ainsi, une certaine Nicole (13 ans), qui correspond
avec une petite Valérie de 5 ans qu'elle chouchoute ».
Voir témoignages page
55
Les circuits d'échange
de journaux scolaires
Échanger son journal au sein d'une ou plusieurs équipes de six classes, disséminées dans toute la France, permet de découvrir les autres, de comparer, d'enrichir ses propres techniques d'impression et même parfois de faire naître spontanément des correspondances de types collectif ou individuel.
Comment trouver une
correspondance de type classe à classe ?
- Par relation personnelle.
- Beaucoup de revues pédagogiques et syndicales publient des listes de demande de
correspondance.
- Dans un stage, une rencontre, un congrès, etc.
- En s'adressant à un groupe départemental I.C.E.M.
- En s'adressant au service de correspondance nationale et internationale de
l'I.C.E.M. qui permet de
répondre au besoin de chacun
Comment s'intégrer à
un réseau de correspondance naturelle ?
- S'adresser au
chantier :
« Correspondance naturelle » de l'I.C.E.M. On recevra alors une liste de classes et
des indications pour démarrer et continuer.
- On peut créer
soi-même un réseau à condition de trouver des collègues désireux de tenter
l'expérience.
Avec
qui correspondre ?
Correspondants proches ou
éloignés
Ce qui compte n'est pas
la distance mais un certain dépaysement et le dépaysement, selon les âges, n'a pas la
même signification.
Pour les petits, des
camarades qu'on ne voit pas chaque jour c'est déjà l'inconnu et certaines classes
correspondent avec profit au sein d'une même ville, entre quartiers. Cela permet des
rencontres régulières qui rendent l'échange moins abstrait.
Avec de plus grands, il
n'est pas toujours nécessaire d'aller bien loin pour trouver un milieu très différent
(petit bourg rural et grande banlieue, quartier ancien et grand ensemble, vocation
industrielle ou commerciale). Même au sein du département, l'échange peut être très
riche et surtout permettre aux enfants de se rencontrer plusieurs fois dans l'année.
Le correspondant
éloigné apporte un dépaysement parfois souhaitable.
« Une correspondance
avec Marseille avait été très enrichissante, car les enfants de lAveyron
n'avaient aucune idée de la mer ».
L'avantage du
correspondant proche est la possibilité de contacts
« Ce qui m'a donné
le plus de satisfaction : une classe de perfectionnement à 30 km de notre école.
A vantages :
1. Nous ne passons pas
un mois sans nous voir entre maîtres.
2. Les enfants se
rencontrent une fois par trimestre dans une sortie commune.
3. Les frais engagés
par ces rencontres ne sont pas excessifs.
4. Le correspondant
devient rapidement une réalité humaine et non un mythe affectif ».
Des questions parmi
dautres que l'on se pose parfois
Ancien ou débutant ?
Là n'est pas le problème. Ce n'est pas tant la compétence que la bonne volonté, le sérieux, le sens de la réciprocité qu'il faut voir.
Est-il souhaitable de
garder plusieurs années le même correspondant?
C'est en tout cas
souhaité parfois par les élèves. En septembre, mes enfants étaient contents de
retrouver leur correspondant. A la fin de l'année ils avaient d'ailleurs voté pour
garder les mêmes.
La correspondance deux
années de suite est une preuve de la réussite pendant la première année. En juin, nous
étions d'ailleurs sollicités par deux classes : les enfants ont préféré garder leurs
camarades dAbbeville. // faut dire que pendant plusieurs années, ils avaient eu
l'impression de donner plus qu'ils ne recevaient.
En mars, l'intérêt
continue, et pas seulement sur le plan affectif. Nos camarades nous apportent encore plus
que l'an passé : l'album sur la ferme d'un correspondant a été très apprécié et a
suscité des enquêtes chez nous. Nous attendions avec impatience des silex
préhistoriques.
En cas de
voyage-échange, on reçoit la première année, et l'on rend la visite l'année suivante.
P. Yvin
Correspondance
ponctuelle, correspondance de classe à classe, participation à un réseau de
correspondance naturelle, correspondants proches ou éloignés, de niveaux semblables ou
différents, de milieux équivalents ou non votre choix se fera selon votre personnalité,
vos conditions de vie, vos possibilités matérielles, vos désirs.
Et puis, vous aussi
vous tâtonnerez, multipliant les expériences au fil des années, la correspondance n'est
pas une technique figée.
Voir témoignages pages
55, 58
Qui dit choix, dit engagements
N'entreprenez rien que
vous ne pourrez tenir.
Demander, accepter de
correspondre n'implique pas seulement vous-même et votre classe.
Lorsque nous décidons
d'utiliser dans notre classe la correspondance, nous nous engageons et nous engageons de
ce fait le groupe-classe à respecter le contrat de travail qui va nous lier aux autres,
à ceux qui, quelque part, attendent quelque chose de nous.
L'enseignant est alors
garant du contrat, de la nature, de la qualité des envois.
Monique
Bru
-
Sur l'esprit dans lequel ils
abordent la correspondance.
-
Sur les modalités de sa
mise en oeuvre que cela implique.
-
Sur leur propre
investissement qui se traduira en relations étroites et régulières entre eux
parallèlement aux relations entre leurs classes.
Certaines classes
appuyant toute l'activité sur l'échange, il serait malhonnête de les priver en cours
d'année de cette puissante motivation. Si vous êtes hésitant, commencez modestement,
mais soyez régulier.
Les échanges me semblent
plus riches si - moi aussi - je les attends avec curiosité - cas d'un collègue que je ne
connais pas.
La lettre du maître,
dans l'enveloppe collective est importante aussi pour les gamins - elle est preuve que les
exigences sont appliquées pour tous - le délai c'est le délai et si ce jour-là on n'a
pas terminé, on attendra l'envoi suivant. Quelquefois, il m'arrive de la leur lire pour
leur montrer que je ne trame rien dans leur dos mais que je complète
éventuellement des informations, que je signale les absents...
... en fait il faut être
clair avec ce qu'on attend personnellement de la correspondance, pas seulement sur le plan
pédagogique - une reconnaissance ? Un soutien ? Une émulation ? Une soupape ?
Catherine Mérat
Je corresponds depuis
septembre dernier avec une instit. de La Roche-sur-Yon. L'expérience a si bien réussi
que nous les accueillons en mai prochain.
Comment en sommes-nous
arrivés /à ? La collègue a cinq ou six ans d'expérience ; moi je débute, et ce ne fut
pas un handicap. La réussite est due au fait que nous avons dépassé un mode de
relations, purement professionnel. Nous avons un peu échangé nos vies privées par
courrier. Elle nhésite pas à me téléphoner, non seulement (et c'est important)
pour parler boulot, mais aussi, tout simplement pour me souhaiter, comme dernièrement à
Pâques, de bonnes vacances.
François Guignouard
Je ne peux pas dissocier
pour ma part la correspondance entre les enfants et la correspondance entre instits.
D'expérience, je
constate, que plus je sens d'affinités avec mon ou ma collègue correspondant(e), plus la
correspondance générale de la classe marche. Je crois que je ne pourrais pas ne pas
être dérangée, perturbée dans le rythme et la qualité de la correspondance si je ne
m'entendais pas ave c l'autre instit. . .
Françoise Champroux
Il me semble
effectivement très important que les échanges entre élèves soient complétés (et
même précédés) d'une connaissance entre enseignants.
Ceci permet une meilleure
coordination entre le travail de chaque classe, une connaissance plus profonde des buts
poursuivis et de ce que chacun attend de la correspondance scolaire.
Mais
à mes yeux, le plus important, au-delà des progrès en français dus à la
correspondance et de la motivation pour écrire qu'apporte cette technique, est le contact
entre élèves et la connaissance entre correspondants afin de « libérer » les échanges et pour
sortir des sentiers battus que sont les échanges de photos, la composition de la
famille.. .
Pour cela il est évident
que les rapports entre collègues sont primordiaux. C'est la raison pour laquelle,
jusqu'à présent mes élèves correspondaient avec une classe semblable dont je
connaissais bien la maîtresse. J'appliquais donc le processus inverse. La classe étant
peu éloignée, cela nous permettait à peu de frais d'avoir des rencontres entre classes
ce qui enrichissait les échanges qui en découlent.
Pierre Léonard
La correspondance placée
au centre des activités
La correspondance casse
la classe. On laisse ce qui est en cours. Tout chauffe.
Hubert Heintz
On ne « fait » pas
correspondance de telle heure à telle heure, mais on accepte qu'elle bouleverse les
structures de la classe, le groupe-classe étant ainsi amené à repenser l'organisation
de sa vie et par là-même de son travail.
Si on accepte que la
correspondance modifie l'activité en cours, parce qu'elle a introduit une rupture avec la
quotidienneté, c'est qu'on éprouve la nécessité de mettre en place une organisation
souple qui n'est pas
Sacro-sainte, une
organisation capable d'accepter des parenthèses et susceptible d'être remise en cause
: cela dans un souci de cohérence par rapport à la notion de plaisir mais aussi dans le
souci de préserver cet aspect dynamique, moteur de bien des activités.
Monique
Bru
Dans certaines classes
secondaires, on distribue aux élèves des correspondants étrangers mais les échanges
se situent hors du travail scolaire qui ne peut donc en bénéficier que très
indirectement. Nous voulons au contraire que la correspondance soit partie intégrante de
la vie pédagogique. Toute activité du groupe (enquête, album, débat) est communiquée
à la classe correspondante.
Pas moyen de coincer
ça entre deux leçons ou deux exercices ! Ça prend tout de suite sa place, et pas une
place de parent pauvre.
Tout vrai outil de
notre pédagogie est ainsi: si on veut qu'il apporte toute sa richesse, il faut lui donner
toute la place dont il a besoin.
Jean-Marie Marty,
Henriette Gruel
Pratiquer la
correspondance impose la mise en place d'une organisation souple de la classe dans son
fonctionnement. Le facteur est prioritaire sur l'emploi du temps ou le plan de travail
prévu.
Voir témoignages page
60
La prise
en charge de la correspondance par le groupe-classe
La proposition en est
faite d'abord aux enfants, aux adolescents. Elle n'est généralement pas introduite
d'autorité mais il est rare qu'ils ne s'en emparent pas.
Une réflexion s'engage
alors dans la classe sur ce qu'entraînera la correspondance et les premiers contacts
sont pris.
Voir témoignage page 60
Lenfant,
l'adolescent choisit son corres
Cas de la
correspondance classe à classe
L'attribution à chaque
enfant d'un correspondant individuel ne se pratique pas toujours de la même façon.
Tantôt les maîtres se mettent d'accord pour le jumelage d'après ce qu'ils savent de
chaque enfant (son niveau, ses intérêts, etc.) ou ce qui est préférable d'après la
présentation écrite par l'enfant lui-même dans le premier échange ; tantôt ils
attendent que le besoin de correspondance individuelle se fasse sentir, parfois après
quelques mois ; les premiers qui ressentent ce besoin choisissent alors leur correspondant
et progressivement s'établit le jumelage.
Avec les plus grands, il
arrive aussi qu'un enfant ne garde pas toujours le même correspondant : c'est d'après
les échanges de textes, de travaux qu'il décidera d'écrire à Jean-Pierre sur le
karting, sa passion, puis à Claude à propos de son texte sur les gitans.
Ainsi s'établit une
correspondance libre, très souple où chaque enfant vit en contact direct avec tous les
camarades de l'autre classe.
Nous ne devons toutefois
pas nous cacher que ce système qui favorise les plus dynamiques, peut laisser sur la
touche, si nous n'y prenons pas garde, les timides, les hésitants, les amorphes.
Ce qui compte c'est que
l'évolution vers une pédagogie plus vivante profite réellement à tous et notamment
aux élèves faibles et lents. C'est pourquoi nous introduisons généralement les
techniques nouvelles avec un relatif systématisme qui s'assouplira progressivement.
L'essentiel est que jamais cette rigueur ne vienne contredire l'esprit que nous voulons
introduire et que les garde-fous ne deviennent des murailles indestructibles. Tout est
là affaire de bon sens et de doigté.
Tant que maîtres et
enfants sont peu familiarisés avec la correspondance, les contacts entre les maîtres
pour guider les choix individuels seront importants.
Avec l'habitude,
l'expérience, les échanges s'établiront naturellement.
Jusqu'à présent dans
le premier envoi, je recevais ou j'envoyais une liste d'élèves avec leur âge et une
appréciation sur chacun. Ça permettait de répartir au mieux les
correspondants.
Cette année rien de tout
ça.
Nous avions inscrit dans
notre planning, un jour, de parler de la correspondance. Je devais informer les enfants
sur ma demande au 38, la réponse de Mireille et nous devions débroussailler un peu
(c'était mon but) les notions de correspondance, les procédés, etc., établir aussi
quelques projets.
Par pure coïncidence,
ce jour-là est arrivé un colis. Jamais je n'avais assisté à pareille fête spontanée
en classe. Quelle effervescence ! Quelle joie ! Quand on a pu à nouveau se parler, on a
ouvert. il n'y avait que des lettres individuelles, sans liste accompagnatrice. Qui donner
à qui ?Rapidement un plan : chacun prend une lettre, la lit et puis... j'ai été
dépassé. Tout s'est fait sans moi, les brouillons de réponse ont été commencé,
certains avaient échangé leurs lettres sur quels critères ? Pas plus mauvais que ceux
que j'aurais pu établir sans doute.
Un os ! Chez Mireille ils
sont moins nombreux que chez nous. Mais ici personne ne voulait partager un corres parce
qu'on ne savait pas où il coucherait quand ils viendraient à Cadenet et personne
n'était prêt à le laisser aller dormir chez quelqu'un d'autre.
Nous avons réglé ça en
coop. Mais quand ce sera l'échéance...
Depuis, chaque arrivée
de colis déclenche la même fête, la distribution faite par le responsable, c'est à
nouveau la ruche. Et moi là-dedans ?
Je me sens avant tout
correspondant comme eux ; j'éprouve, je crois, une j oie très proche de la leur,
j'attends la lettre de ma corres et je lui réponds, comme eux, avec empressement.
Jacques rey
On ne change pas sans
arrêt de corres pour un oui pour un non.
Cas de la correspondance
naturelle
Quand le maître
reçoit la liste, il la communique aux élèves. Chaque enfant volontaire choisit alors la
classe dans laquelle il souhaite avoir un correspondant. (Il peut prendre autant de
correspondants qu'il le désire, pour peu qu'il s'engage à leur écrire à tous). Il
écrit alors une lettre de présentation qui arrive dans la classe de son choix. Là-bas
elle est lue par le collègue qui demande si un enfant veut bien correspondre avec
l'expéditeur. Dans l'affirmative, la correspondance démarre entre les deux enfants à
leur rythme. (Il faut veiller toutefois à ce que les envois ne soient pas trop espacés
dans le temps). Dans la négative, la lettre est retournée à son auteur à qui il ne
reste plus qu'à tenter sa chance ailleurs.
Voir témoignages page 55
Il écrit à son corres
Quand ?
Suivant les classes,
l'écriture des lettres individuelles se place à différents moments.
Un moment privilégié
étant tout de même l'arrivée d'un colis qui donne envie de répondre.
Certains enfants
écrivent, bricolent en continu pour leur corres dans la plupart des classes
coopératives, des moments de travail personnel sont prévus au cours desquels on peut,
entre autres choses, écrire à son corres.
Comment ?
L'enfant étant ici en
situation naturelle d'apprentissage de l'écriture puisqu'il désire communiquer,
l'intervention du maître sera donc plus ou moins importante suivant le degré d'autonomie
de l'enfant.
L'enfant trouvera une
aide aussi auprès de ses camarades.
Il est important que les
lettres soient présentables, propres et corrigées, car elles vont dans les familles.
Françoise et Alain
Raynaud
Des lettres individuelles
sous enveloppes cachetées ou non - écrites par moi à la demande puis décorées, -
écrites par les enfants avec modèle, - écrites par les enfants librement (lettres,
mots, chiffres), - dessins publicités découpés, - petits carnets fabriqués par les
enfants où ils ont écrit leur nom, quelques mots et que les corres. termineront
peut-être.
Il faut limiter l'envoi
des cadeaux bidons, vieilles gommes, trognons de crayons.
Françoise et Alain
Raynaud
Je
ne vérifie l'orthographe et l'expression que de ceux qui en font la demande - laissant
tranquilles ceux qui cachettent leur lettre en l'apportant en classe : ce qu'ils écrivent
les concerne. Jessaie toutefois de les
J'interviens pour une
aide en orthographe, et sur la présentation des lettres. Pourtant la correspondance
individuelle se situait le plus souvent « hors classe » mais parfois « dans la classe
». Certains me demandaient de corriger leurs lettres, ou demandaient des conseils sur ce
qu'ils pouvaient envoyer. Jintervenais uniquement d'après leurs demandes.
D'autres préféraient se
faire aider par leur mère.
Jacqueline
L'orthographe est un code
social. Sans surestimer son importance, il convient de ne pas la négliger surtout lors
des premiers contacts.
L'illustration de la
lettre
Elle n'est pas indispensable mais elle égaie, flatte l'oeil comme les images dans un livre, comme un beau papier enveloppant un cadeau.
Chez les petits, elle
naît naturellement. On dirait qu'ils complètent de cette manière une expression écrite
dont ils ne se sentent pas encore les maîtres. Graphismes aux crayons de couleur, aux
pointes feutres, collages prolifèrent. On est même parfois obligés de freiner cette
profusion surtout pour les collages - et de s'orienter vers un choix...
Pour les grands,
l'illustration offre l'occasion pour eux de tâtonner dans l'art décoratif et je suis
émerveillée en feuilletant les lettres de voir la richesse, l'originalité du graphisme.
Avec les lettres, il y a
une stimulation renouvelée pour trouver mieux que le camarade de classe, que le
correspondant, que son propre graphisme de la précédente lettre, compétition non pas
dégradante mais source de création dans la joie.
La recherche de la
qualité
Le respect des
correspondants implique des lettres bien écrites, bien corrigées, illustrées avec
goût. Le temps qu'on y passera ne sera pas du temps perdu, mais un moment d'éducation
(peut-être plus utile que l'application au « cahier du jour »).
La gestion
des échanges
Gérer l'envoi des
lettres
Nous avons évoqué la
nécessité de garder individuellement les traces des échanges mais, Pour savoir où on
en est et accessoirement pour rendre des comptes, il est bon de tenir à jour un cahier
(ou planning ou autre support) de correspondance de la classe, avec indications précises
des envois et de ce qu'on a reçu. Grâce à cela on peut veiller à ce que personne ne
soit oublié.
Gérer les lettres
reçues
Les enfants sont-ils tous
capables de gérer ce qu'ils reçoivent ? Savent-ils ranger ? (classeur, pochette).
Il semble préférable de
laisser aux enfants la liberté de ne pas montrer ce qu'ils reçoivent mais de les
habituer à conserver un moment leur courrier.
Inciter, si nécessaire,
les enfants à écrire davantage
Les envois individuels sont parfois assez pauvres parce que l'enfant pense que l'autre sait déjà. Il est difficile pour lui de prendre conscience qu'il y a tout à lui dire et dans les moindres détails.
Faire s'imaginer l'enfant
(est-ce possible ?) dans la situation de récepteur.
(revoir
p. 9)