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En Chantier n°2 : Points de vue d’athée sur l’athéisme

 

Pourquoi écrire sur l’athéisme?
 
Il est arrivé que les religions définissent comme athées ceux qui étaient d'une autre religion. Elles pensaient détenir seules la vérité. Mais l'athéisme se définit d'abord comme un refus des croyances religieuses. Il s'est construit très tôt par la critique de l'idée de religion et des textes sacrés, l'explication scientifique du monde, la volonté de libérer les consciences, les pensées, en se basant sur l'être humain responsable seul de ses actes. Il n'est pas le simple négatif des croyances religieuses, il est aussi une affirmation.
Il y avait un besoin d'information sur l’athéisme. Les religions sont visibles et ont une empreinte forte dans tous les pays. Pourtant la pensée non-religieuse existe depuis très longtemps : c'est un autre aspect de l'histoire humaine qui est rarement mis en lumière. Et les athées, plus ou moins convaincus ou conscients, sont nombreux. Cela mérite qu'on connaisse leur pensée.
 
Pourquoi les gens sont-ils athées ?
 
Il est difficile de se dire athée dans un pays de tradition religieuse (aux USA, un président athée est impensable). Ce mot suppose un manque, une opposition seulement négative. Les causes, la force, la persistance de l'athéisme, sont très variées. Elles vont du simple comportement à l'argumentation. On peut être athée parce que les parents, l'entourage le sont ou n'ont pas suggéré une religion.
Inversement, l'adolescent peut refuser la religion initiée par les parents : c’est une remise en question pour aller vers un équilibre adulte.
Souvent, le besoin de divinité n'est pas ressenti comme nécessaire : on vit sans. Il semble inutile de suivre une religion précise : l'existence éventuelle d'un dieu n’a pas de conséquences sur le comportement.
De plus, le monde devient de plus en plus technicisé, ce qui tend à faire oublier une action divine.
Par ailleurs, les grandes religions semblent en retard sur le monde moderne, semblent vieillir après avoir remplacé des religions mortes (des nouvelles se créent).
On peut aussi rejeter une morale définie par des autorités religieuses qui voudraient contrôler la sexualité, la fécondité, la place des femmes dans la société.
D’autre part, le décalage entre ce qui est enseigné et la réalité, l'absurdité de la vie et de la mort, peuvent amener à l'incroyance.
Et puis, les religions ont beaucoup massacré pour défendre ou imposer leurs dogmes.
D’autres personnes sont sensibles aux arguments fournis par la raison (critique des fondements des religions et soutien des sciences).
Des théories scientifiques expliquent l'univers, la venue de l'homme, l'expérience du mal, de la souffrance en se passant de l'existence d'une divinité. L'esprit critique amène à penser que tout a un support matériel, que la science explique peu à peu ce qui paraît mystérieux pour des religieux.(sans envisager une fin à la curiosité ).
La haine manifestée par certains milieux religieux contre les athées peut être refusée par les croyants qui reconnaissent à un individu le droit à ne pas être soumis à une croyance ainsi que celui de rechercher une amélioration de la condition humaine hors d'un hypothétique au-delà.
 
Que pensent les athées des religions ?
 
Le mot athée conserve une coloration péjorative qui vient des siècles de persécutions envers ceux qui osaient ne pas croire en une divinité. Même de nos jours, des écrivains (Tasreen, Hirsi Ali, Rushdie) sont menacés de mort pour des écrits qui déplaisent à des intégristes religieux. Il en est résulté des oppositions qui ont pu mener à des actions inverses pendant des révolutions et des régimes totalitaires.
Mais nous vivons un monde de doutes, de difficultés à comprendre son évolution rapide. Chacun croit ou ne croit pas. La majorité des croyants et des incroyants ne semble pas prête à l'intolérance. Le rôle des religions contre l'oppression des pouvoirs, leur critique de l'utilisation des scientifiques dans des recherches hasardeuses (clonage humain?) est pris en compte.
La frontière entre croyance et incroyance n'est pas toujours nette. On peut distinguer diverses attitudes : l'indifférence envers toutes les religions (on peut vivre sans) le refus d'en choisir une, de faire confiance aux rites. C'est un sujet d'étude, comme les mythologies, l'opposition théorique, une critique individuelle ou collective. L'affrontement ne se fait plus guère sur l'existence de Dieu qui n'est plus abordée pour elle-même mais contre les menaces intégristes.
 
Que font les athées face à la mort ?
 
Les athées pensent que la vie procède d'une transformation de la matière sans des conditions données, à l'échelle de millions d'années, sans aide d'une volonté extérieure. L'esprit, ou l'âme, ou la pensée, trois mots pour un même phénomène. Il n'existe pas de pensée indépendante de tout cerveau matériel. Quand le cerveau est détruit, la pensée disparaît, elle ne se détache pas du corps pour aller dans un autre monde. On peut comparer la mort à la flamme d'une bougie lorsqu'elle s'éteint. La flamme ne va pas ailleurs, elle disparaît.
L'athée aime la vie, ne souhaite pas la mort, ne la craint pas. Le moment venu, il souhaite mourir sans regret, son devoir accompli, entouré des êtres chers, en leur souhaitant bon courage pour continuer sans lui l'aventure humaine.
Les cérémonies d'enterrement civil, hors de toute intervention religieuse, se déroulent avec accompagnement de témoignages sur le souvenir qui sera laissé à la postérité.
 
Les athées ont-ils des rituels, des cérémonies ? Se réunissent-ils ?
 
Les athées n'ont ni symbole, ni sigle, ni logo, ni drapeau, ni hymne, ni rites, ni tenue vestimentaire particulière. Et aussi ni temple, ni prophète, ni texte sacré. Ils veulent être indépendants de la tutelle de tous ceux qui voudraient les représenter.
Ils n'ont pas de fête spéciale, mais ils marquent certaines cérémonies (par exemple un rassemblement devant la statue du chevalier de la Barre). Ils considèrent les fêtes religieuses comme des occasions de retrouvailles familiales ou amicales, facilitées par les possibilités de repos et de déplacement.
Ils n'ont pas de grandes organisations, car leurs militants sont peu nombreux. On peut citer : la Libre Pensée; l'Union Rationaliste, des sites sur internet.
 
Quelle est la différence entre athée et agnostique ? 
 
Ne pas croire n'est pas pareil qu'affirmer l'inexistence d'un dieu. Beaucoup de personnes ne pratiquent plus dans une religion, mais sont au fond, croyantes. Elles pensent qu'il existe des faits que l'on ne peut pas expliquer ou prouver, sauf par l'intervention d'une force extérieure au monde. Elles croient au destin (même à l'astrologie).
D'autres ne croient pas parce qu'elles doutent de l'existence de dieux. Car rien ne le prouve-(ni leur inexistence). Ce sont des agnostiques. Ils ne veulent ni se soumettre aux contraintes de la religion, ni la combattre.
Enfin, certains nient l'existence des dieux. Elles s'opposent aux religions qui voudraient diriger leur vie. Ce sont des athées. Ils pensent que le monde s'explique par des faits indépendants d'une volonté extérieure au monde. Pour l'athée, aucune intervention divine n'a créé le monde, mais seulement une réaction de la seule matière sur elle-même, que nous pouvons ou pourrons expliquer. Ils ne croient pas à une "révélation divine". Ils pensent que l'être humain doit se libérer des croyances pour être libre. Ils affirment que l'être humain est un animal pensant à la suite d'une évolution et qu'il est seul responsable de ses actes et de son avenir.-
 
Combien y a-t-il d’athées ?
 
L'athéisme est un fait de société. Mais il semble difficile d'en connaître l'importance numérique. La réponse varie selon la question : parle-t-on de la croyance en l'existence d'un dieu ? de l'accord avec une religion ?
Dans les pays largement sécularisés, la réponse semble plus facile.

On compterait 28% d'athées en Europe.
Dans la France laïque, 60% ne croiraient pas en Dieu (tout en respectant souvent des traditions religieuses -par exemple lors des enterrements- et en se tournant vers des cultes de substitution : astrologie, boudhisme, vénération de célébrités...).
43% des Français ne croiraient pas à une vie après la mort.
24% qu'on n'a pas besoin d'une religion pour distinguer le bien du mal. (selon l’institut Gallup 2005).
Aux Pays-Bas, on compterait 41% d'athées.
En République Tchèque, marquée par une période communiste, ils seraient 49%(selon GFK en 2004)
En Grèce, où l'on vient à peine de supprimer l'indication de la religion sur la carte d'identité, ils seraient 8%.

Aux USA, les 1% d'athées sont très mal vus.
Selon le quid 2002 :
Agnostiques et athées seraient 16% dans le monde, 1% en Afrique ; 11% en Amérique du nord;1% en Amérique latine ; 21% en Asie ; 13% en Océanie ; 19% en Europe.
Dans les pays où l'islam autoritaire domine, on ne peut s'organiser en tant qu'athées. En Arabie Saoudite, en Indonésie, l'athéisme est interdit et puni.
 
 
Y a-t-il des athées célèbres ?
 
Chaque religion a engendré des sceptiques ou des athées depuis longtemps. Dés l'Antiquité des écrits critiquent la religion en Egypte, en Inde. En Grèce, Parménide, Héraclite, Démocrite, pensent un univers sans justice céleste, ni loi surnaturelle.
A Rome, Lucrèce (mort en 55 avant J-C) affirme son matérialisme.
Au Moyen-Age, Jinasena (Inde) s'oppose à l'idée d'un dieu créateur.
D'autres lettrés arabo-persans tentent de séparer foi et raison et refusent les révélations, les clergés (Abou Bakr El Razi).
A la même époque, l'empereur Frédéric II, le roi de Castille Alphonse X le Sage sont accusés d'irréligion.
Au XVII° siècle, Giordano Bruno, Etienne Dolet, Michel Servet sont brûlés au nom de la religion. Au XVIII° , d'Holbach, La Mettrie Sylvain Maréchal, Sade, Diderot,affirment leur incroyance,comme le curé Meslier.
Au XIX°, ce sera Nietzsche,Bakounine,Marx,Freud,Paul Lafargue, Louise Michel.
Au XX°,on relève : Clémenceau, J.Rostand, J.Prévert, Hémingway, Aragon, Comte-Sponville, A.Jacquard, P.Curie, Sartre, Simone de Beauvoir, l'Hindou Gora, le pédagogue J.Dewey ; les artistes J.Brel, Léo Ferré, Y.Montand, Hirsi Ali, Taslima Nasreen...
 
L’athéisme est-il récent ou moderne ?
 
Ce mot est employé de nos jours pour indiquer la négation de l'existence d'un dieu. Pendant longtemps il a signifié "d'une autre religion", donc adversaire. Le doute, la critique sont aussi anciens que les religions.
On trouve dès l’Antiquité des refus des cultes des divinités, des lien entre le pouvoir et la religion.
Au Moyen-Age, des écrivains opposent leur raisonnement à l'idée d'un dieu créateur (en Inde, Jinasena ; en Perse, Abou Bakr El Razi, mort en 985).
En France, Saint thomas d’Aquin (1227-1274) demande la mise à mort des incroyants.
A la Renaissance, la philosophie se détache de la théologie. On trouve des impossibilités dans la Bible, on critique la richesse, le dévergondage du clergé, son appui aux puissants. Au nom de la religion, on brûle Giordano Bruno (1600), Etienne Dolet (1546), Jacques Guest (1547), Michel Servet (1553), Giulio Vanini (1619).
Au XVII° siècle, un courant sceptique se développe : par exemple Meslier, curé athée (1664-1729), Diderot (1713-1784), La Mettrie (1709-1781), d'Holbach (1723_1789), Sade (1740-1814), Sylvain Maréchal (1750-1803), Feurbach (1775-1833).
Au XIX° siècle, on proclame l'inutilité de Dieu, par l'effet de la théorie de l'évolution de Darwin (1809-1882); Nietzsche (1844-1900) écrit que la mort de dieu est la condition de la liberté humaine; Freud répand l'idée que la religion est une névrose de la civilisation que le besoin de sécurité de l'enfance mène à croire à un Père tout puissant. On pense que la science est le remède aux malheurs humains.
Mais au XX° siècle, les guerres mondiales, les massacres, la peur atomique, les interrogations sur l'environnement, l'échec des espoirs communistes, des promesses capitalistes, la misère d'une grande partie du monde, minent les certitudes de la foi et de l'incroyance. Un athéisme humaniste revendique désormais sa volonté de visibilité.
Maurice André

 Pour continuer
- quelles réactions suscitent chez vous ces textes ou un de ces textes ? est-ce qu’ils répondent selon vous à la question posée ?
- que faut-il changer, améliorer, mieux expliquer ? quelles propositions pourriez-vous faire ?
- êtes-vous d’accord avec les avis formulés par l’auteur ? qu’auriez-vous envie de lui écrire, de lui demander ?
- quelles recherches faudrait-il mener pour approfondir et compléter ce travail? (histoire ou portrait d’un des personnages athées cités, théorie de l’évolution….)
On recherchedes documents iconographiques sur l’athéisme
En effet, les religions produisent des images en nombre, certaines même s’en nourrissent (cérémonies, bâtiments, représentation des dignitaires qui font partie des “puissants” de la société, “visualisation” des dogmes, etc etc…) L’athéisme par contre n’a pas  cette production d’images.
Connaissez-vous des associations athées qui pourront donner des images ?
Mais aussi, quel travail peut-on mener sur le thème des « images et des religions » ?
 
Contact auteurs :
andre.maurice2[arobase]libertysurf.fr (Maurice André)
jean-noel.even[arobase]laposte.net (Jean-Noël Even)

 

Ce travail a été réalisé par le groupe Doc2d (Recherche documentaire au second degré)
Pour nous contacter : bt[arobase]icem-freinet.org
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