Un projet personnel : l'exposé

Janvier 2001

 

Dans le cadre d’une correspondance scolaire, la classe de CM1 CM2 de Juvisy sur Orge, pratique l’échange d’exposé. A travers l’exemple d’Aurélie, Catherine Chabrun l’enseignante de cette classe, nous montre l’évolution de ce travail, tout au long de l’année.
 
Catherine Chabrun ,
institutrice à Juvisy sur Orge,
membre du groupe
départemental 91 de l’ICEM

 

 

Cette année, je trouve les enfants pétillants de projets qui se réalisent.
C'est un CMI-CM2 depuis deux ans, dont la moitié des élèves sont des "anciens". Ce double niveau est volontaire mais très difficile à garder dans une école de 16 classes.
 
L'année dernière, nous avions commencé à mettre en place des échanges de savoirs, il y avait quelques exposés, sans plus. Par contre, une séance d'EPS était issue de leurs projets, sous forme d'ateliers.
 
Cette année, suite je pense à ces quelques expériences, les enfants ont proposé très vite. J'ai dû réfléchir à l'organisation de la classe, car il n'y avait pas assez de temps pour réaliser ces projets ; le plan de travail a évolué pour qu'ils y trouvent leur place et ainsi élargir les moments de travail personnel.
 
Un projet personnel issu d'un projet de classe : l'exposé
 
Dans le cadre de la correspondance, nous échangeons des exposés par cassette vidéo. Pour le moment, les enfants proposent le sujet de leur exposé. En général, ils le préparent seul ou à deux. Voici le cas d'Aurélie qui a réalisé quatre exposés depuis la rentrée.
 
Premier exposé
 
C'est elle qui a proposé le premier de l'année : « le lapin ». Elle a préparé son exposé seule. Deux feuilles qu'elles nous a lues, puis elle nous a passé son lapin pour le caresser et sa nourriture. 
 
Je l'ai filmée et nous avons regardé la cassette. Il y eut des critiques sur l'exposé : Aurélie lisait, ne regardait pas souvent la classe (et sur ma façon de filmer : on entendait trop le zoom ). Par contre le passage où elle passait le lapin dans les bras de ses camarades et parlait de lui sans lire, plut beaucoup.
 
Il y eut après elle un autre exposé «La préhistoire en Bretagne» où l'enfant avait préparé des grands panneaux attrayants avec de nombreuses photos, schémas et dessins,
 
En regardant la cassette, les enfants échangèrent sur les différentes présentations.
 
Les panneaux permettaient de lire d'une manière plus vivante en regardant souvent la classe.
 
Deuxième exposé
 
Aurélie proposa alors un deuxième exposé sur le squelette humain. Elle fit des panneaux, me demandant du matériel (affiches, photocopies de documents) et la correction des textes qu'elle tapa à l'ordinateur. Elle travailla pendant plus d'une semaine.
 
Le jour de l'exposé, elle apporta aussi un petit squelette. Elle s'aida donc des panneaux pour lire et décrivit son squelette sans feuille, de mémoire. Puis elle posa des questions à la classe sur ce qu'elle venait de raconter.
 
Lorsqu'on regarda la cassette, tout le monde vit la différence et les progrès réalisés par Aurélie.
 
Troisième exposé
 
Peu de temps après, elle proposa un troisième exposé quiparlerait des chats et des félins. Entre temps nous avions fait un petit film pour se présenter à nos correspondants italiens et nous avions eu une présentation du violon par Daphnée. La caméra devenait plus naturelle...
 
Pour ce nouvel exposé, Aurélie a réalisé quatre panneaux, textes, dessins, photos personnelles, et une partie "Compliments" où les enfants devaient écrire ce qu'ils pensaient.
 
Son exposé fut très riche : une partie personnelle qui fut très émouvante car son chat avait fugué (il est rentré depuis), une partie générale sur les félins, les chats dans les légendes, une poésie et comment bien s'occuper de son chat. A la fin de chaque partie, elle posait des questions. Petit galop d'essai pour une timide. A la fin de l'exposé, une petite fille de CMI l'a rejointe pour présenter un classeur qui renfermait une collection de photos et de documents sur les chats qu'elle collectionnait.
 
Aurélie a su ce jour là accaparer l'attention de la classe et sa participation pendant 25 minutes !
 
Moi, j'avais l'oeil dans la caméra et je suis restée extérieure, sauf une fois suite à un questionnement.
 
Je crois là que le projet personnel d'Aurélie était de réussir un exposé. Et elle l'a réussi.
 
Quatrième exposé
 
Aurélie s’est associée avec Valérie pour nous parler de l’Egypte. Ce fut un travail long et très méticuleux, portant un regard artistique sur les coutumes égyptiennes avec un point fort sur les hiéroglyphes.
 
Dans le cadre des échanges de savoirs, un nouvel atelier était né validé par un brevet  :
“ Coder et décoder avec des hiéroglyphes ”.
Depuis, les exposés continuent. Mais d'autres projets prennent le relais, très souvent liés à la correspondance, aux échanges de savoirs, au journal de classe…
 
Les compétences mises en œuvre, lors de ces exposés, sont multiples aussi bien dans le domaine de la langue que transversales.
 
La coopération, l'entraide, les échanges dans un climat de confiance en sont certainement les révélateurs.
 
Catherine Chabrun
 



Un projet de la classe lié à la correspondance :
l’exposé filmé
 
L’objectif premier quand j’ai proposé aux enfants de filmer les exposés, était d’en faire profiter nos correspondants. C’était aussi un moyen de se voir et de s’entendre.
 
Le film du premier exposé, “ le lapin ” d’Aurélie a tout déclenché. Juste après, les enfants ont reproché un peu de n’avoir pas tout entendu lorsqu’elle lisait, mais ils étaient restés sous le charme de la fin de l’exposé qui était très vivante avec le lapin.
 
Lorsque les enfants ont visionné la cassette, la discussion est partie d’Aurélie qui trouvait qu’elle lisait de trop et qu’elle avait le nez sur sa feuille. Les enfants ont vite cerné ce qui n’allait pas pour récapituler ce que devait être un exposé. Certains ont donné des idées de présentation : panneaux, documents à faire passer…
 
Cette alternance exposé / visionnage a provoqué une prise de conscience plus rapide de ce qu’il devrait être. La dynamique dans la classe était déclenchée.
 
Nous avons envoyé une première cassette à nos correspondants avec nos premiers exposés (sauf un, car l’enfant se trouvant  très “ statique ” a refusé). Entre temps, nous avons reçu la leur. A la fin du premier exposé, nous avons discuté comme nous en avions pris l’habitude. Mais après le deuxième, nous avons remarqué que les exposés avaient été filmés le même jour et étaient donc tous présentés de la même façon. Le but là, n’étant pas la recherche d’une manière d’exposer mais plutôt la transmission d’une connaissance. Nous les avons donc regardé autrement et discuté plus du contenu que de la forme.
 
Nous leur avons envoyé une autre cassette d’exposés plus tard dans l’année et entre temps les enfants ont réalisé un petit film sur l’école pour nos correspondants italiens et un autre plus long sur notre classe transplantée. Ma vieille caméra est un peu lourde mais ils ont beaucoup aimé.
 
Du côté des correspondants, ils trouvaient nos exposés un peu long à regarder. Je laissais le questionnement des enfants par exemple. C’est la perspective d’un autre travail à faire avec eux qui sera des plus intéressants et qui leur permettra de comprendre qu’avec la même situation, on peut faire passer des choses différentes quand on arrange les images.
 
C’est en faisant soi-même des montages, des coupures qu’on devient peut-être moins naïf.
 
En espérant avoir un caméscope plus léger, je continuerai à utiliser la caméra. Je ne suis qu’au début de mes expériences vidéo avec les enfants.