CréAtions N° 82 – Créer avec le corps / mai juin 1998

Mai 1998

 


CréAtions N° 82Créer avec le corps

 

mai/juin 1998
 

 

Ont participé à l'élaboration de ce numéro: Jacqueline BENAIS, Joël BLANCHARD, Sophie DESCAMPS, Nicole BIZIEAU, Jeannette GO ROUDIER, Philippe LAVIS , Hervé NUNEZ, Eliane SAYOU, Annie SOLAS.

Photographies: Martial PIETRAS, Isabelle PALISSIER, jacqueline BENAIS, Nicole FABRE.


 
Titre
Niveau classe
thème
Techniques utilisées
artiste
Edito        
Bibliographie                                                              

 

Myrmée, le geste en mouvement

Groupe scolaire

Un spectacle puisé dans la vie des insectes et dans l'imagination des enfants

geste, mouvement, danse

M-F Meunier, chorégraphe; D Chartier, musicien

 

Oh ! les mains

Maternelle: Petite section

De l'illustration de comptines à la réalisation d'un panneau tactile

Recherche de matériaux Peinture

 

La danse contemporaine entre à l’école

Maternelle : grande section

Une équipe engagée dans une réflexion sur la danse à travers un atelier de pratique.

Danse, Improvisation

 

Dis-moi qui tu peins, je te dirai qui tu es

Collège

A l'occasion d'un événement dans la ville

Maquillage

 
 

Corps, mouvement, volumes

Maternelle: GS

Après une animation au musée autour de La Danse de Matisse

Dessin,              
Pâte à modeler, Volumes
 

Et la communication passe…

 

Paroles de professionnels

   

L’Atelier de l’orage

Compagnie de théâtre

Notion de "théâtre pauvre"

Travail corporel et vocal

Compagnie "L'Atelier de l'orage"

Théâtre, service public

       
Carnaval à Recife 

 

Ecole Freinet Brésil Les écoles maintiennent les traditions de la fête

Musique,
Danse,

Carnaval

 
Musique et théâtre Elémentaire: CE2

Naissance d'un projet d'enfants

Théâtre
Musique

 

Etre peintre avec seulement quelques mots

Lycée professionnel

Un voyage à travers l'exploration des images et des mots.   

Ecriture  

 

Edito

Juin 1998

 

 

           

CréAtions 82 - Créer avec le corps - publié en mai-juin 1998

 

Edito

  

« Il est urgent de redonner à nos préoccupations pédagogiques leur vraie place sociale : place d’honneur certes, dans un régime d’exploitation, une tâche dont ils doivent sentir toute la portée émancipatrice pour être mieux préparés à mener cette lutte urgente sur tous les terrains. » C. Freinet, 1933.

Nous vivons une période où vont s’aggravant les effets du capitalisme mondial avec, dans les pays riches comme la France, chômage, diminution du pouvoir d’achat, misère dans les foyers, SDF, sans-papiers… En ces temps néfastes, il ne parait pas inintéressant de relire certains écrits de Freinet (dont quelques-uns datent des années qui précèdent la montée du fascisme !) afin de repréciser les choix politiques faits par l’ICEM.

Cette réflexion m’est venue en réaction à la lecture d’un article du Monde diplomatique d’avril 1998 dont voici le chapeau : « La firme de M. B. Crates, invitée à une collaboration très étroite « en matière » de recherche et de formation, vient de lancer l’opération Compétences 2000 en direction de l’Education nationale. Ce programme de formation aux technologies Microsoft, doté de 30 millions de francs, est l’illustration caricaturale des pratiques commerciales de cette société.» Et un peu plus loin un commentaire : « On peut mettre sur cédérom l’ensemble des connaissances. On peut installer un site Internet dans chaque classe. Rien de tout cela n’est fondamentalement mauvais, sauf si cela nous berce de l’illusion que l’on s’attaque à tous les maux de l’éducation. » Wired- Sans Francisco

En effet, l’aménagement de la vie des enfants qui leur permettrait de mener une existence normale ne peut se concevoir sans un changement profond de nos principes et sans un important effort d’imagination. On ne peut continuer à prévoir les mêmes établissements, à prévoir les mêmes programmes et les mêmes horaires, les mêmes techniques qu’à l’époque de Jules Ferry où plus des deux tiers de la population vivaient dans des villages, exerçant des métiers agricoles ou artisanaux.

La seule mission de l’école était alors d’instruire les enfants qui trouvaient dans leur environnement des activités de jeux dans la nature, de participation à la vie familiale et professionnelle des parents. Or, l’univers familial de l’enfant s’est rétréci considérablement aussi bien humainement que matériellement et l’école est amenée à prendre en charge la vie de l’enfant dans sa globalité. On considère scandaleux, à juste titre, que des familles de plusieurs enfants s’entassent dans une ou deux pièces, mais on ne trouve pas anormal que plus de trente enfants s’entassent dans une salle de classe et que tout l’effectif d’un établissement se retrouve dans une cour trop petite et parfois même sans abri contre les intempéries.

Les enfants ont besoin d’espace à leur table, autour de leur table, ils ont besoin de locaux multiples avec ateliers de travail adaptés aux nécessités nouvelles, autant que les adultes sans leurs activités professionnelles.

Le besoin de mouvement fait partie, chez les enfants, des besoins fondamentaux. Ils ont autant besoin d’une activité libre que d’exercices organisés ou de jeu, qui sont inséparables du travail ; c’est leur mode d’apprentissage du monde qui les entoure.

« Il ne saurait y avoir de progrès normaux de l’individu si les divers organes du corps ne remplissent pas leur fonction naturelle. Nous n’avons jamais cru que l’idée soit une parcelle du divin mystérieusement tombée du ciel et enchaînée à une chair terrestre et périssable. L’idée n’est qu’une fonction de la complexe nature humaine et la preuve, simple et vulgaire, qu’il n’y a plus d’idée là où il n’y a plus de vie. » C. Freinet.

La pédagogie Freinet est une pédagogie matérialiste. Le corps n’est pas ce dont on doit se défaire au profit de l’esprit. La réduction de l’enfant à l’esprit est soumission à la scolastique et en survalorisant l’esprit, on crée déjà des rapports de domination de classe.

Il arrive souvent que les individus les plus rebelles à l’enseignement formel et aux acquisitions précises soient ceux qui, dans le domaine de l’expression corporelle ou artistique, mettent en valeur leur personnalité et découvrent un être qui se réalise.

On ne saurait trop insister sur l’importance des pratiques fondées sur la totalité de l’être, des pratiques qui mettent en œuvre l’identité de l’enfant.

Jeannette Roudier Go

 

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Bibliographie

Juin 1998

 

 

           

CréAtions 82 - Créer avec le corps - publié en mai-juin 1998

 

Bibliographie

  

Ouvrages théoriques :

- Le Langage de la danse, Mary Wigman, 1990, Editions Chiron.
- L’Eau et les rêves, poétique de l’espace, l’air et les songes,
Gaston Bachelard, 1991 Corti, 1993, LGF.
- L’Enfant et la relaxation,
Geneviève Manent, 1990, Editions Souffle d’or.

 

Articles fondateurs, didactiques sur l’école :

- La Danse à l’école, Marcelle Bonjour, consultante à la direction des Ecoles au ministère de l’Education nationale.
- Danse et enseignements, Marcelle Bonjour, revue Marsyas n° 18, juin 1991, Cité de ka musique, La Villette.
- Expression corporelle, Francette et Jean-Paul Levieux, revue EPS, 11, avenue du Tremblay, 75012 Paris.
- Danse, Guerber-Walsch, Leray, Maucouvert, revue EPS.

 

Documents

- Danse au cœur, 1, rue du 14 Juillet, 28000 Chartres, tél : 02 37 28 33 06

 

Exemple de mise en situation :

- Si on jouait au chorégraphe ou au danseur ? P. Laurens-Hueber, Editions MDI-SNEP.
- EPS-Danse: Perez- Thomas, CRDP Pays de Loire.


 

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Myrmée, le geste en mouvement

Juin 1998

 

CréAtions 82 - Créer avec le corps - publié en mai-juin 1998

Ecole Louis Buton, Aizenay (Vendée) – Enseignante : Isabelle Beaulier - Intervenante: Maryline Charneau (danseuse)

Myrmée, le geste en mouvement 

 

Le projet

Myrmée ? Murmex veut dire fourmi en grec et c’est le mot clé de l’aventure qu’ont vécue 450 enfants et leurs maîtres, soit 17 classes maternelles et élémentaires du département de Vendée.
« Car c’est une vraie aventure » commente Eliane Seguin, une des maîtresses des fourmis. Elle a saisi, il y a quatre ans, la proposition de l’Inspecteur d’Académie de s’initier à la danse contemporaine avec le Centre national d’Angers (CNDC) : L’Esquisse. Seize autres collègues la rejoignent pour cette formation et au bout de trois ans, elles décident de mettre en place un projet commun avec leurs élèves : faire vivre aux enfants une année de découverte et de pratique de la danse avec l’objectif d’un spectacle imaginé, crée à partir de leurs propositions. A cette étape, les enfants ont pu pendant trois mois travailler avec une danseuse intervenante, Maryline Charneau.
Un autre de leurs objectifs : mettre les enfants en situation vraie, afin qu’ils vivent les émotions des artistes au travers des répétitions, couloirs, loges, coulisses, régie… pour donner un sens à ce qu’ils auront appris.

Un travail de fourmis

Myrmée a été un travail de fourmis impulsé par les objectifs de Marie-France Meunier : « Ne pas apprendre le geste, apprendre à le faire vivre. »

Deux étapes vont se succéder :

- La pratique de la danse :explorer le mouvement, le geste, l’espace au sein d’un groupe et s’initier, lregarder, écouter, se relaxer, faire le calme pour devenir disponible, attentif.

- Créer un spectacle : pour celui-ci, les enseignants choisissent le thème des Fourmis de Bernard Werber*. Les enfants ont cherché comment les insectes communiquent, ils ont étudié le corps des bestioles et le leur par la même occasion. L’histoire de leur spectacle, ils l’ont puisée dans la vie des insectes et dans leur imagination.

Etaient associés à ce travail en partenariat :

- 17 écoles, 450 enfants dont 50 étaient impliqués dans la création musicale ;

- une chorégraphe : Marie-France Meunier;

- un musicien : David Chartier, assisté par deux enseignants, Christian Lesot et François Bonnet ;

- trois danseuses : Maryline Charneau, Anne-Marie Faugeon, Christelle Pitré-Barreau.

- l’équipe technique de la scène du Manège de la Roche-sur-Yon, avec le soutien de la DRAC des Pays de Loire et des communes associées.

 

*Les Fourmis, Bernard Werber, « Le livre de poche » n°9615, Ed. LGF, 1993.

Marie-France Meunier a fondé en 1972, à Meudon, la compagnie Arcane. En 1986, elle s’associe à la compagnie L’Esquisse au Centre chorégraphique national de Haute-Normandie, et, en 1993, poursuit son travail de formation au CNDC d’Angers où L’Esquisse s’est implantée.


David Chartier dirige l’école du musique de Chantonnay, en Vendée, se consacre à la composition depuis 1986 et travaille en partenariat avec la DRAC des Pays de Loire.

 

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  geste, mouvement, danse

 

Oh ! les mains

Juin 1998

 

CréAtions 82 - Oh ! les mains - publié en mai-juin 1998

 

Petite Section, Ecole maternelle Joliot-Curie, Lanester (Morbihan) – Enseignante : Jacqueline Benais

Au départ de ce travail sur les mains : des comptines, jeux de doigts à illustrer pour les cahiers individuels, mémoire de chacun ; un long couloir à habiller pour que les moments d’attente soient plus agréables aux parents.

Avec pour objectif la réalisation d’un panneau tactile, j’ai mis à la disposition des enfants un grand panier rempli de divers matériaux : tissus, dentelles, laines, cuir, toile à canevas, toile émeri, papier de verre, cache-pots en plastique, filets en plastique, scotch brite, etc.

 

           

C’est une feuille de toile émeri, rapportée d’une exposition sur le toucher et où sont découpées deux mains, une grande et une petite, qui retient en priorité l’attention des enfants : « C’est ta main, maîtresse ? »
Démonstration à l’appui, les enfants constatent que la grande main est plus grande que la mienne, et la petite, plus petite que la leur. Et chacun de poser sa main sur la feuille placée sur un tissu, stimulé par un enthousiasme général.


Nouvelle piste de travail

Chaque enfant va choisir une matière et réaliser aussi sa main.
Je dessine chaque main sur un carton, que je découpe afin d’obtenir le positif et le négatif.
Pour remplir les vides, le choix se porte essentiellement sur les matières « douces ». Je propose alors de les opposer à une matière rugueuse, par exemple la peinture à la semoule que les enfants avaient beaucoup appréciée quelque temps auparavant.

Au fur et à mesure qu’elles sont réalisées les mains sont exposées à leur hauteur et touchées, caressées, frottées, grattées avec beaucoup de bonheur dans un aller-retour de geste sensuels.
Quand chacun a terminé sa main, je les rassemble toutes en un grand panneau collectif placé dans le couloir.
Les enfants les commentent et les manipulent pour les parents et les copains de la classe voisine.


 

 

Mélange de couleurs !

Revenant aux mains en carton plein, les enfants jouent avec et trouvent qu’elles font penser à des papillons. Je dessine alors sur une feuille blanche quatre mains de façon à évoquer deux papillons et je propose un travail à l’encre sur papier mouillé.
Nous cherchons des « livres de papillons », nous observons les couleurs, la disposition des taches.
« Les ailes sont pareilles ! » « Pas les miennes ! » Je mets alors en place un atelier de peinture pliage. Tous les papillons découpés sont épinglés sur un panneau. Comment les exposer ?
Les enfants reprennent les papillons à l’encre, y ajoutent le corps et les antennes.


 

"Les papillons, ils volent dehors, dans le jardin , pas dans la terre, dans le ciel. Il faut les accrocher. » (c’est-à-dire les suspendre). En raison de problèmes techniques, ils sont finalement plantés dans les jardinières où nous avons fait germer des graines.

Pour finir, nous avons utilisé le reliquat de certaines chutes de découpage et réalisé un panneau collectif.

 

     

 

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  Recherche de matériaux Peinture

 

La danse contemporaine entre à l'école

Juin 1998

 

CréAtions 82 - Créer avec le corps - publié en mai-juin 1998

 

Ecole maternelle Jean Moulin, Pernes-les-Fontaines – Enseignante : Eliane Sayou

 

 

La danse contemporaine entre à l’école

 Le projet d’école

Dans les nouveaux programmes pour l’école primaire, la danse prend place comme domaine artistique possible avec l’objectif « d’amener les élèves à développer leur sensibilité, leur capacités de création, à découvrir des œuvres d’art et à saisir des démarches d’artistes ».
Dans le projet d’école de l’école maternelle Jean Moulin à Pernes-les-Fontaines, un volet s’ouvre sur la danse avec pour intervenante Danielle Talbot, professeur à l’école de danse en Avignon (1995-1966).


Comment enseigner la danse contemporaine aux enfants de maternelle ?

Il faut commencer par la formation des enseignants. Ce n’est qu’à cette condition que je peux intervenir dans ce projet. Vous êtes plus capables que moi de faire travailler vos élèves. J’interviendrai dans vos séances afin de faire des propositions de pistes pour aller plus loin. Il faut danser soi-même, sentir une démarche et l’analyser pour pouvoir la faire passer aux enfants. Je voudrais donner à l’enseignant la possibilité de faire sa fiche lui-même à partir de son vécu. J’ai aussi retenu dans le projet la mise en relation étroite avec le spectacle, avec les autres disciplines artistiques : le spectacle de Josette Baïs, le parcours-cheminement de sculptures à Gigondas, l’exposition Rodin à Avignon, un spectacle de danse.
C’est ainsi que l’équipe éducative (enseignants et aides maternelles) se trouve engagée dans une réflexion sur la danse à travers un atelier de pratique.


L’enfant créateur

Le travail de chorégraphie est basé sur l’improvisation. Celle-ci est en relation avec le processus de création.

L’enfant n’est pas conscient de sa création. Il va l’organiser avec l’enseignant pour avoir le plaisir de la faire voir (autres enfants, parents) mais il comprend le processus.

Il est créateur au moment du spectacle (ce n’est pas appris). Le processus imaginaire ne s’arrête pas au moment où on met en place, mais se poursuit pendant celui-ci. Il est à l’œuvre au moment où l’enfant est créateur de son geste. Ce geste deviendra « acte d’expérience » et va nourrir les autres expériences à venir pour aboutir au plaisir. Chaque réalisation naît ainsi de l’improvisation.

 


 

 

Il faut donner les moyens à l’enseignant d’être autonome et éveillé afin qu’il puisse proposer de multiples expériences à l’enfant. Il faut créer un tissu artistique autour de lui. Le mettre en contact avec d’autres artistes.

Les enfants ne sont pas « artistes ». Ils construisent leur savoir. Ils se construisent.


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Danse, Improvisation

 

Dis-moi qui tu peins, je te dirai qui tu es ...

Juin 1998

 

CréAtions 82 - Créer avec le corps - publié en mai-juin 1998

 

Collège Saint-Louis-des-Français, Nice (Alpes Maritimes) – Enseignante : Nicole Fabre

Dis-moi qui tu peins, je te dirai qui tu es ...

 

Origine du projet

Le projet a pris sa source lors d’un événement bien connu du monde entier : le carnaval de Nice. Le quartier Saint-Augustin, ayant décidé de faire « son carnaval » un climat fiévreux, envahit l’établissement, se propageant jusqu’à la salle d’arts plastiques, au troisième étage.
Madame, on doit se maquiller et maquiller les « petits » pour le défilé. Comment faut-il faire ? Pourrait-on s’entraîner durant le cours d’arts plastiques ? Dites oui, s’il vous plaît !

Organisation

Les élèves de troisième proposent leurs services, mais aimeraient bien créer leurs propres maquillages, car le jour de carnaval, les couleurs seront imposées à cause des costumes.
Les associations du quartier fournissent les produits de maquillage. Pour le reste, nous nous débrouillerons.
Il est décidé que le travail se fera en deux temps car les cours ne durent que cinquante-cinq minutes et il faudra aller vite pour pouvoir prendre des photos des réalisations.

Déroulement

Dans un premier temps, chaque élève réalise sur papier un projet de maquillage qu’il souhaiterait pour lui-même (une séance de cinquante-cinq minutes).
Le deuxième temps constitue l’acte important et unique, un art éphémère, puisque détruit à la fin de la séance.

Par groupe de six, les élèves investissent le local adjacent à la classe. Ils se choisissent par deux.
Dans un coin, on a disposé un projecteur et un tabouret. L’appareil photo est prêt à être utilisé (pellicules ASA couleur).

 

 

Le « maquilleur » s’inspire du projet de son camarade « support ». Il trouve que c’est difficile : Ça ne rend pas pareil que sur le papier.

Quelques réflexions émergent :
- On peut travailler avec les doigts, mais, avec le pinceau, ça reste plus net ;
- Regarde, j’ai tracé le dessin, avant, avec un crayon blanc ; au moins, même si ça se mélange avec la couleur, c’est moins dégoûtant ;
- Arrête de bouger, c’est déjà glissant
, etc.

  

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Maquillage

 

Corps, mouvement, volumes

Juin 1998

 

 

CréAtions 82 - Créer avec le corps - publié en mai-juin 1998

IMF à l’école maternelle Franc-Moisin à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), Philippe Lavis, du groupe Freinet ICEM 93.

Corps, mouvement, volumes 


 

Travail en grande section de maternelle sur le corps, le mouvement, le volume et les matériaux, à partir d’une visite au musée.

Cette visite a eu lieu dans le cadre d’un partenariat entre le ministère de l’Education nationale et le ministère de la Culture et de la Communication. Il s’exerçait depuis plusieurs années dans es domaines de l’action culturelle, des enseignements et des activités artistiques. Les écoles de la ZEP et les institutions culturelles, le musée d’Art moderne de la ville de Paris en l’occurrence, s’étaient engagés dans une démarche de jumelage que le gouvernement avait décidé d’encourager en conseil des ministres le 2 octobre 1991.


 

Ce jumelage entre les écoles et le musée était un projet de la circonscription et avait pour but de mieux faire découvrir et connaître les musées aux élèves de la ZEP et des zones sensibles. Pour cela, les écoles et le musée avaient organisé ensemble des actions en direction des enfants, des enseignants et, d’une manière générale, de l’ensemble de la population de ces quartiers.

Cette année-là (1994), mon école (maternelle Presles-Sud à Epinay-sur-Seine en Seine-Saint-Denis) était jumelée avec le musée d’Art moderne de la ville de Paris. Nous avions également comme partenaire la RATP qui a assuré nos déplacements en autobus avec un chauffeur volontaire pour ce partenariat (je me rappelle qu’il nous avait confié que sa femme étaient enseignante en maternelle).

La participation au jumelage impliquait la réalisation d’expositions permanentes dans les écoles et la réalisation finale d’une grande exposition des travaux des enfants dans la ville, en partenariat avec cette dernière.

 

    

 

Le 25 octobre 1994, nous étions attendus par un conférencier du musée pour une animation autour de La Danse, œuvre de Henri Matisse.

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Dessin,              
Pâte à modeler

Volumes

 

Et la communication passe...

Juin 1998

 

 


CréAtions 82 - Créer avec le corps - publié en mai-juin 1998

 

Paroles de professionnels


Et la communication passe ...


PAROLES DE PROFESSIONNELS

Le théâtre, c’est le regardant et le regardé : c’est l’enfant qui danse ou qui joue une fable de La Fontaine devant sa mère. Ce n’est rien d’autre que ce contact.

Maurice Béjart

 La distinction introduite, dans l’art de l’expression corporelle, entre danse et théâtre est le fait de certaines conventions européennes assez récentes. Auparavant la frontière n’existait pas. On ne la trouve ni dans le théâtre antique grec ou latin, ni dans celui du Moyen-Age, ni dans le théâtre élisabéthain ou la commedia dell’arte. On ne la trouve pas non plus dans les théâtres classiques d’Asie. 

J. Copeau, l’un des principaux rénovateurs de l’art dramatique de ce siècle, affirmait que le drame, par essence, est danse.

Quand j’observe un acteur ou une actrice qui sait puiser aux sources de la vie, je cherche la danse cachée qui donne intensité à sa présence. Je cherche à découvrir les ondes d’un rythme, d’une action forte qui l’habite dans les profondeurs du corps, car son action n’est réelle que lorsqu’elle engage le corps tout entier.

E. Barba, Le Rythme caché

Dans leur pratique scénique, ils savent tous danser, même si la danse se cache dans une interprétation théâtrale qui ne correspond pas au genre appelé danse.

 

La danse est un langage universel, un moyen d’union universelle. Dans les danses du peuple, partout, le premier geste est de se donner la main. La danse est un moyen de communication sociale, politique, religieuse. Et le peuple participe de cette magie, de cette empathie. Son cœur bondit, son âme s’élargit, son corps voudrait se déployer. Il ne s’agit plus de transmettre un message codé hypersymbolique, mais un élan intérieur. La danse est désormais une cérémonie de partage, de participation.

Maurice Béjart

L’homme d’aujourd’hui subit son corps, son poids, et tasse sa colonne vertébrale. Submergé d’images et de sons consommés passivement, il s’agite, mais il n’est pas en mouvement […]
Loin de la passivité de l’homme de tous les jours, ainsi que de la tension de l’exploit sportif, le danseur est « l’homme corporel normal ». Lieu d’échange entre l’intérieur et l’extérieur, il communie. Il n’entre en compétition ni avec lui-même ni avec les autres. On ne peut danser collectivement qu’en harmonie. Le danseur découvre l’espace dans n transport qui n’est pas loin du « transport de l’âme […]
La danse atteste l’appartenance de l’homme à l’univers et à ses composantes les plus profondes : la gravité, le silence, le sacré […]
Le travail du danseur pour atteindre à la danse retentit sur lui-même et le transforme. Le danseur résume et concentre en lui tous les mouvements des règnes végétal et animal. Mais le mouvement profond de la danse émerge du silence, du vide. Sa résonance interne est tirée du souffle.
Le danseur est transporté comme il transporte qui le regarde.

D. Dupuy

 

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L'Atelier de l'orage

Juin 1998

 

 


CréAtions 82 - Créer avec le corps - publié en mai-juin 1998


L'Atelier de l'orage, une compagnie implantée en sud Essonne 


Chercher une autre forme de théâtre aide à se construire dans une société que l’on conteste.
Karine Tripier, comédienne

Karine, Hernan, Lionel, Sylvain et leur metteur en scène Gilles se sont constitués en groupe de recherche théâtrale en quête des sources d’un théâtre populaire authentique.
L’Atelier de l’orage est une compagnie de théâtre professionnelle installée depuis 1991 dans le sud rural de l’Essonne. Implantée en résidence à Vert-le-Petit, elle est parrainée par le théâtre de l’Agora, scène nationale d’Evry.
Venus d’horizons différents, les comédiens ont su mettre en commun leurs expériences et développer, à partir des enseignements d’Eugenio Barba et de Jerzy Grotowski, une activité originale qui repose sur un travail corporel et vocal quotidien, qui introduit la notion de « théâtre pauvre » et affirme le théâtre comme une manière de vivre.

La compagnie

Karine Tripier, 29 ans : cofondatrice de la compagnie, a reçu une formation de mime à l’Ecole internationale du mimodrame Marcel Marceau. Elle a effectué pendant un an plusieurs stages à l’Ecole du passage de Paris.
 Depuis que je suis petite, j’ai envie de faire du spectacle. J’ai fait « mes débuts » quand j’étais petite à l’école Steiner. Mon entrée chez Marceau a été décisive.

Lionel Larrouquière, 31 ans : a suivi les cours Simon à Paris pendant deux ans, puis a fait deux stages de sis mois à l’Ecole du passage. Il a rejoint la compagnie en 1990.
Comédien, j’ai toujours été sûr que c’était ce que je voulais faire.

Hernan Bonnet, 30 ans, né en Argentine : rencontre Brontis Jodorowski en 1986 et travaille sous sa direction pendant trois ans. Il effectue ensuite un stage d’un an au Workcenter de Grotowski en Italie. Il rejoint la compagnie en 1992.
J’ai essayé le théâtre après avoir essayé le sport. Au fil des rencontres, c’est devenu un choix. 

Sylvain Gagnier, 26 ans : suit une formation universitaire en lettes et participe à quelques stages de théâtre. Il rejoint la compagnie en 1997.

Gilles Cuche, 28 ans : metteur en scène, fondateur de l’Atelier de l’orage en 1987. Parallèlement à ses premières créations, il suit des études théâtrales à Paris X et prépare, sous la direction de Robert Abichared, un mémoire de maîtrise sur Eugenio Barba, qu’il soutient en 1990 ; Il a réalisé son stage de maîtrise à l’Odin Teatret de Barba, au Danemark – avec Karine, sa compagne. Voyage décisif, qui a permis la découverte des vertus d’un travail régulier et quotidien : le training.

Nous sommes des artisans du théâtre. Pour nous, l’essentiel est de toucher directement les spectateurs, de renouer avec la convivialité du théâtre d’antan, celui des saltimbanques.

Les points forts de ce choix de représentation

Ce théâtre est fondé sur l’idée que « la force vitale réside dans le matériel humain », valorisé aux dépens du matériel technique, et se trouve ainsi en opposition avec l’exploitation industrielle et financière d’un art théâtral fort répandu.
Dans ce mode de création, l’initiative est au metteur en scène et à ses comédiens dès le début, lors de l’élaboration de la forme.

L’acteur

L’accent est mis sur l’unité psycho-physiologique de l’être, par réaction contre la dichotomie, qui serait propre à notre temps, de la vie mentale et de la vie instinctive. L’acteur, prenant conscience de ses ressources corporelles, doit apprendre à parler et à penser avec tout son corps, à exercer son imagination à travers celui-ci.   Jerzy Grotowski


Le comédien doit témoigner, descendre en lui-même, afin de communiquer sa vie intérieure. Il lui faut donc, pour s’exprimer, inventer un langage de signes afin d’organiser « la matière à communiquer ».
Une grande importance est attachée à l’expression corporelle, à l’émission vocale, à l’improvisation comme moyen de mettre à jour des matériaux qui seront ensuite incorporés au spectacle.
L’entraînement du comédien lui permet d’explorer ses moyens physiques. Sur une base d’exercices acrobatiques, physiques ou plastiques exécutées quotidiennement (le training) et servant de point d’appui à l’improvisation, il apprend à mettre en jeu ses associations personnelles.
Dans sa conception, le but du training n’est pas d’atteindre à une virtuosité technique. Il est d’éliminer les résistances physiques et psychiques susceptibles de gêner l’acteur dans son travail créateur. Cet entraînement comprend également le travail de la voix, identique à celui du corps, pour dépasser les résistances et libérer une expression vocale engageant tout le corps et la vie psychique, travail abordé à travers la répétition de chants.

Le metteur en scène

Le rôle du metteur en scène est d’être l’animateur du groupe, parfois l’initiateur, tout au plus l’inspirateur. Il donne les grandes lignes du travail, il fixe les grands objectifs, il crée le cadre. Il propose des spectacles simples, rigoureux et vivants.
Le public, en milieu rural, n’a aucune habitude du théâtre ; c’est un public neuf, et il faut l’habituer à sortir, à partager. Il faut le bouleverser.
Au théâtre, on vient participer à un jeu qui nous renvoie à la vie, avec ses tensions, ses conflits, ses problèmes à résoudre.
Gilles Cuche

Thèmes choisis

Ils sont en rapport avec les archétypes, notre héritage culturel, le fonds mythique de notre civilisation et un certain désir aussi d’avoir une emprise sur l’époque. Ils voudraient représenter « l’existence d’un lieu commun à tous les membres d’une société où il serait possible de provoquer une confrontation des traditions ancestrales et de la contemporanéité, du contenu mythique avec la conscience moderne. »

   

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 Travail corporel et vocal

 

Théâtre, service public

Juin 1998

 

 


CréAtions 82 - Créer avec le corps - publié en mai-juin 1998

 


Théâtre, service public
  

Le théâtre n’est pas qu’un phénomène artistique. Il n’est pas qu’un phénomène social. Il est aussi, et avant tout – du moins, dans certaines grandes périodes de son histoire – un phénomène politique. Il n’est pas né un jour dans un bistrot ou dans un studio ; il est né sur le forum ou dans la sacristie […] De tous les métiers, de tous les arts, il est le seul, semble-t-il, qui ne peut s’éloigner (sans s’appauvrir, sans perdre de son acuité) des misères, des troubles, des inquiétudes morales, confessionnelles, politiques, sociales de son temps.        Jean Vilar

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans la Grèce antique où il est né, le théâtre était un art communautaire. Il s’est développé à partir des rites et célébrations officielles de la cité et des fêtes villageoises et paysannes. Les sujets des tragédies étaient tirés des mythes et des légendes communs aux principales cités grecques. Les comédies étaient les fêtes de la vie, des plaisirs, où l’on aimait transgresser les interdits.

Chez les Romains, on vit se développer une comédie populaire pratiquée par des troupes itinérantes et ancêtres des jongleurs, saltimbanques et bateleurs du Moyen Age et, plus tard, à la Renaissance, de la commedia dell’arte.

« La tragédie classique française elle-même n’est pas née dans les théâtres, mais dans les jeux de paume, c’est-à-dire sur un terrain de sport […] Elle est née aussi, jadis, sur des tréteaux. » Jean Vilar

Le XIXe siècle, qui voit l’essor de la bourgeoisie capitaliste, possède un théâtre à l’image et au service de cette classe sociale. Le public populaire, qui a peu de moyens pour vivre, ne peut que rarement s’offrir un divertissement au théâtre.

« Depuis trois siècles, de nombreux efforts furent tentés pour ramener à ses origines populaires le théâtre aristocratisé, puis embourgeoisé et snobinisé… Il fallait de toute urgence ramener au théâtre tout un immense public qui s’en était détaché, qu’on avait détaché ». Léon Chancerel, élève de Jacques Copeau.

Firmin Gémier tente le pari du vrai théâtre populaire. En 1911, il part sur les routes de France vers la grande aventure du Théâtre national ambulant pour retrouver la formule d’un théâtre de masse qui rappelle les grandes fêtes civiques de la Révolution.

Cette aventure est interrompue parla Première Guerre mondiale, mais, en 1920, Gémier crée le TNP au Trocadéro.

« L’histoire du théâtre en France se caractérise désormais la lutte acharnée de certains amateurs, acteurs, directeurs, auteurs, contre la commercialisation du spectacle qui ne fait que s’accentuer. » Léon Moussinac.

Des expériences marquantes jalonnent alors cette première moitié du XXe siècle, avec Copeau, Jouvet, Dullin…, puis Barrault, jusqu’à l’arrivée de Vilar et son festival d’Avignon.

« J’ai rappelé souvent que l’expérience menée pendant cinq ans en Avignon (1947-1951) nous fut extrêmement précieuse. C’est là qu’il nous fut donné de vérifier que le seul véritable avenir du théâtre était dans le théâtre populaire, dans le théâtre où allaient devoir être assumées conjointement ces trois obligations majeures : un public de masse, un répertoire de haute culture, une régie qui ne s’embourgeoise pas, ne falsifie pas les œuvres. » Jean Vilar

Avignon, lieu « magique » où vont se rencontrer chaque été des milliers de spectateurs, de jeunes enthousiastes, tel celui dont le témoignage de P. Paux suit : « Je n’oublierai jamais notre arrivée à Avignon, quelques jours avant le début du festival. Nous voulions vivre avec la ville. Nous arrivions de bonne heure pour voir surgir les centaines de spectateurs accueillis par de jolies Provençales en costume. Il y avait aussi les rencontres, ces moments de paix où acteurs, artisans des spectacles venaient dialoguer avec nous, le public… au Verger, dans les cours d’écoles, les centres de jeunes et de séjour, dans les lumières, sans maquillage : occasion nouvelle et différente de se connaître. »
« La première grâce d’Avignon, c’est d’avoir rendu au théâtre le caractère sacral de ses origines […] Car ce lieu est un lieu culte ; il a son autel, le tréteau de bois… » M.T. Serrière

Le rapport au spectacle est changé par une préparation, une réflexion, la pratique d’activités d’expression, pour une participation active.

« Le festival d’Avignon a dix-huit ans d’existence. Cette manifestation annuelle est désormais ferme et durable. Bien, parfait, victoire… Cependant, où en sommes-nous ? […] Tout le monde est heureux, tout le monde se réjouit, c’est parfait. Cependant, est-ce que les festivals n’ont d’autre ambition que de faire désormais partie de la panoplie du bonhomme moderne : frigidaire, télévision, 2CV ? […] Le théâtre n’est valable, comme la poésie et la peinture, que dans la mesure où, précisément, il ne cède pas aux coutumes, aux goûts, aux besoins souvent grégaires de la masse. Il ne joue bien son rôle, il n’est utile aux hommes que s’il secoue ses manies collectives, lutte contre ses sclérose, lui dit comme le père Ubu : « Merde ! » Jean Vilar

En effet, les risques d’enlisement ne sont-ils pas dans le conservatisme qui suit les périodes de conquête ?

Quid de la vocation du festival de « changer l’ordre des choses » ?

Mais bientôt, c’est la contestation de mai 68.

Parallèlement, Jean Vilar, à la tête du TNP, impose son optique théâtre-service public « tout comme le gaz, l’eau, l’électricité ! » dit-il.

« Notre ambition : faire partager au plus grand nombre ce que l’on a cru devoir réserver jusqu’ici à une élite. » Comités d’entreprises, collectivités locales, syndicats, associations culturelles, mouvements de jeunesse… aident à drainer un public des quartiers populaires, des banlieues, qui n’a jamais franchi les portes d’un théâtre. Les autocars affluent. Dans les entreprises, dans les associations, des comédiens viennent dialoguer avec ce nouveau public. « Pas de répertoire pauvre ni de spectacle bon marché. Il n’y a que les places qui doivent être bon marché. » Jean Vilar

L’aventure de TNP s’est poursuivie avec R. Planchon, P. Chéreau, et elle fut décentralisée.

Des critiques débattent :
« Malgré les efforts du TNP, le théâtre demeure l’apanage des privilégiés.» Simone de Beauvoir
« Le grand art est accessible à tous, mais l’erreur serait de croire qu’il le soit sans préparation aucune. »
M. Delarue, Travail et culture.

« Je crois que le public a du mal à franchir les portes d’un théâtre traditionnel… Le public s’y rendra plus facilement, si c’est un lieu disponible plus ouvert… » J. Boucher.
« Il me faudrait un théâtre vide, très grand, très haut, très large, très long, qui ne soit pas en béton… Un théâtre doit être simple. »
Ariane Mnouchkine, 1968.

« Après tout, si le théâtre n’est pas encore absolument populaire, c’est aussi parce que la culture n’est pas encore devenue populaire, non plus que la philosophie, les sciences et le reste. » Jean Vilar

Est-ce au théâtre de faire l’initiation culturelle des plus défavorisés ? L’Etat et son système éducatif ne doivent-ils pas faire en sorte que les plus démunis soient initiés à la culture pour aller ensuite au théâtre ?
Dans quelques classes, en France, le théâtre est intégré aux disciplines artistiques. Des enfants créent ou récrivent un conte, une légende, qu’ils mettent en forme dramatique avec l’aide d’un adulte enseignant ou professionnel. Ils peignent des décors, préparent des masques et des costumes. Ils deviennent ainsi les acteurs actifs d’une culture vivante.
Pour avoir appris à jouer et aimer le théâtre très jeunes, ces enfants devenus adolescents, puis adultes, fréquentent plus assidûment les théâtres tout en faisant preuve d’une plus grande lucidité devant la représentation.

                                                                                                    

 

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Carnaval à Recife

Juin 1998

 

 


CréAtions 82 - Créer avec le corps - publié en mai-juin 1998

Ecole Freinet Recanto, Recife (Brésil) – Enseignante : Fatima Marais – Correspondant : André Lefeuvre

Carnaval à Recife

 

 


Le Brésil entretient une culture musicale et dansée très forte et sa renommée de pays du rythme n’est pas surfaite.

La musique envahit les rues, les bars, les soirées chez les amis.

Si le carnaval de Rio est celui de la richesse en provenance de milieux très divers, Recife offre un carnaval très populaire qui plonge encore ses racines dans des habitudes anciennes. Il dure plus d’une semaine : tous les soirs a lieu un défilé, ainsi que les samedi et dimanche après-midi, et tard dans la nuit. Durant la journée on travaille moins, pour se reposer de la nuit !

On n’est pas surpris d’apprendre que les écoles maintiennent très souvent les traditions de la fête avec les enfants. C’est ainsi qu’à l’école Freinet REcanto, de Recife, se déroulent chaque année des soirées de fête et, entre autres, celle du carnaval.

Il est difficile de rendre compte de l’animation bruyante qui règne dans la salle de gymnastique. Un orchestre de six musiciens entraîne les enfants dans des danses aux rythmes divers. Ce spectacle attire les parents qui, eux-mêmes, peuvent participer à la dernière danse.

Les costumes, les étendards sont réalisés par les professeurs et les enfants. La préparation de la fête se fait durant des séances de gymnastique et des moments d’ateliers. On demande davantage aux enfants de s’exprimer en rythme plutôt que d’essayer de reproduire un pas bien défini. Ils ont tous vu leurs parents danser ; ils font comme eux !

A Recife, le prevo, rythme populaire très agité, est dansé joyeusement dans les rues : les traditions africaines ont toujours leur influence.

Les groupes de danseurs et de musiciens qui parcourent les rues traversent la foule, suivis ensuite par elle.
De la musique rythmée, des couleurs, beaucoup de couleurs, des danses… Il est difficile de rester insensible à ce mouvement bruyant !

 

   

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 Musique,
Danse,

Carnaval

 

Musique et théâtre

Juin 1998

 

 


CréAtions 82 - Créer avec le corps - publié en mai-juin 1998

 

CE2, Ecole F. Mireur, Draguignan (Var) – Enseignante : Sophie Descamps

Musique et théâtre

 

Le chant et la musique sont naturels à l’enfant, nous n’avons qu’à servir l’expression de ce besoin.  Célestin Freinet, Educateur, septembre 1965

 

 Naissance d'un projet d'enfants

Après la présentation d’une pièce de théâtre pour les CM2, à l’école, mes élèves de CE2 proposent en réunion coopérative de préparer, eux aussi, une pièce.

Je suggère d’adapter avec eux le conte Romarine d’Italo Calvino, qu’ils connaissent tous et dont ils apprécient particulièrement l’humour et la fantaisie qui a beaucoup frappé leur imaginaire.
Pour ne pas laisser d’enfants « sur la touche », soit parce qu’ils n’ont pas pu se déterminer sur un rôle, soit parce qu’ils n’ont pas envie de jouer, nous constituons deux groupes : l’un travaillera en théâtre avec jeannette Roudier Go, l’autre procèdera avec moi à une recherche en musique libre, destinée à accompagner ou à compéter certains passages de la pièce.

 

    Mise en place des séances de travail

Nous avons, à l’école, une mallette d’instruments de base comprenant des claves, des wood-blocks, des tambourins, des cymbales, des appeaux et autres tuyaux ou objets hétéroclites, et nous utilisons un magnétophone pour enregistrer les improvisations et s’en souvenir d’une séance à l’autre. Tout ce matériel instrumental, utilisé par les enfants avec un libre choix, leur permet une grande autonomie et contribue à favoriser leur tâtonnement expérimental.
Toutes les séances vont suivre à peu près le même schéma :
-discussion sur les éléments de l’histoire que l’on veut soutenir ou illustrer et sur les moyens que l’on a de les transcrire en sons ;
-phase libre de recherche individuelle ou à deux, à trois… ;
-présentation au groupe, écoute, critiques ;
-choix des rythmes, des effets à retenir ;
-reprise en groupe, recherches pour améliorer, diversifier : ajout d’instruments, contrepoint, rythme syncopé, accélération du rythme, variation de l’intensité, recherche d’une fin.

 

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Etre peintre avec seulement quelques mots

Juin 1998

 

 


CréAtions 82 - Créer avec le corps - publié en mai-juin 1998

Lycée professionnel Jean Moulin, Le Blanc-Mesnil (Seine Saint-Denis) – Céline Baliki, professeur de lettres, Josep Rossetto, proviseur adjoint.

Etre peintre avec seulement quelques mots…



L’atelier Art et écriture n’est pas un lieu ou l’on apprend le nom des peintres et des poètes mais un voyage à travers l’exploration des images et des mots. Nous délaissons toute étude purement technique : les recherches sur la composition, les couleurs ou la perspective sont trop scolaires et les questions posées sur ces thèmes induisent les réponses que nous attendons, sans favoriser l’expression. Nous disons simplement la lumière et l’ombre ici ou là sur le visage, le regard… A partir d’un morceau d’image, d’une forme née parfois de la seule intuition, nous nous laissons aller à la rêverie.

 

L'art comme médiation

Avant de passer à l’écriture, nous observons pendant plusieurs semaines les œuvres de la renaissance italienne, florentine ou vénitienne. L’Italie est la terre des images par excellence. Le choc pour les élèves est d’autant plus violent que ces images sont à l’opposé de celles qu’ils perçoivent habituellement et qui montrent désastres et massacres. L’atelier art « n’est pas un cours » comme disent les élèves, il sort « du système scolaire », c’est un lieu où « l’on apprend à voyager, rêver, imaginer à travers l‘écriture et la peinture… ». Les images et les mots sont donc un ailleurs. Mais nous ne voulons pas fuir un présent difficile pour nous réfugier dans un ailleurs utopique : en puisant dans les images et la pensée de la Renaissance italienne, nous cherchons à comprendre le monde que nous vivons. La Renaissance est une époque de rénovation de la pensée, de la société et de la vie. Le culte de la beauté, la connaissance, la philosophie de l’amour, la recherche d’une cité harmonieuse et idéale ont eu pour conséquence d’élever l’esprit humain. L’art est un savoir qui a transformé la société.
Nous suscitons l’envie de l’élève en le faisant construire lui-même et de façon progressive ses propres connaissances. Nous favorisons sa réflexion en reliant la recherche sur Renaissance au monde dans lequel nous vivons. Ainsi les thèmes de l’harmonie avec la nature dans les jardins Médicéens et les fleurs de La Primavera ont été l’occasion d’aborder les déséquilibres écologiques qui mettent en danger la planète. Nous avons beaucoup parlé d’amour à partir de L’Amour sacré, l’Amour profane de Titien : « Aimer, c’est sortir de soi, se déposséder pour atteindre l’autre, établir le partage… »
Au départ, les élèves n’ont pratiquement aucune connaissance artistique ou historique.


Sonia, élève de terminale BEP a dit de l’atelier : « Que dire, que c’est magnifique, qu’on voyage et qu’on rêve, tout le monde le sait… Mais peut-être tout le monde ne sait qu’on est un autre univers, que nous suivons le chemin d’une autre vie… Ne dites rien, fermez les yeux et écoutez. »

Après l’étude approfondie des œuvres de Giorgione, partant d’un fait historique, nous avons commencé à écrire La Storia di Chiara : Chiara, jeune femme solitaire, hors du monde, est envoyée par Isabelle d’Este au mois de mai 1510 à Venise pour rechercher une toile de Giorgione quelques jours après sa mort. La découverte de l’atelier du peintre et d’un visage inconnu vont provoquer une brisure… Chiara cherche l’absolu, trouve sur son chemin des toiles qui n’existent pas, découvre des couleurs jamais vues qui sont les lieux de la mémoire, des rêves de l’enfance et de la poésie.

 

Le module art est un moyen d’évasion de l’esprit. Il nous permet de nous évader, de quitter le domaine de l’école. Il permet d’écrire en toute liberté.  Viviane

L’atelier art et écriture est un lieu où j’ai appris à voyager, rêver, imaginer à travers l’écriture (la nouvelle), la peinture (tableaux : Le Printemps, La Tempête, Le Concert champêtre, etc.) et d’individus historiques (Giorgione, Isabelle d’Este). Maryline

J’ai beaucoup aimé lorsqu’on étudiait les tableaux. Je pense que lorsque je verrai des tableaux hors des cours, je les regarderai plus profondément, je voudrai connaître leur signification. La musique du temps de Laurent de Médicis m’a plus. Cela m’a permis d’écouter un autre genre de musique.  Donut

Le module n’est pas un cours comme les autres, ce n’est d’abord pas un cours car chacun de nous apporte quelque chose à l’autre. Chacun fait part de ses connaissances et de ses talents d’écriture, on y parle de peinture, de philosophie, on écoute même de la musique et des poèmes. On y apprend avec plaisir, chaque semaine il y a quelque chose à découvrir. Arlène

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