Des cerfs-volants

Janvier 2010

Nouvel Educateur spécial CréAtions
Annoncé dans le Nouvel Educateur de février 2010

Grande section, école maternelle du Chat Perché, Cergy-Saint-Christophe (Val-d’Oise)
Enseignantes : Claude Duval, Agnès Joyeux.

 

Des cerfs-volants, médiateurs culturels,
des cerfs-volants, porteurs de messages de paix

 

En 2006/07, nous apprenons que se tiendra à Marines, village proche de notre commune, un Festival des Cerfs-volants du Monde, organisé par le comité des fêtes et l’association « Hanoumane ». Nous décidons d’y amener les enfants.
Quelques semaines avant le festival, chaque enfant prépare un cerf-volant qu’il décore avec des encres à l’eau rehaussées de graphismes aux feutres.
Le jour J, nous arrivons dès le matin sur le lieu du festival. Nous visitons tout d’abord l’exposition des cerfs-volants du monde : nous découvrons les cerfs-volants coréens rectangulaires et percés d’un trou, les cerfs volants en feuilles d’arbres tressés, le gigantesque dragon chinois, etc.

 

 

 

 

Le pays invité d’honneur est le Guatemala. Leurs cerfs-volants sont de forme hexagonale, ils sont souvent très grands (plusieurs mètres de diamètre), décorés avec des papiers découpés et portent des messages adressés aux ancêtres morts. Une grande fête des cerfsvolants a lieu à la Toussaint. Les Guatémaltèques nous montrent également leurs tissages traditionnels et invitent les enfants à participer à un atelier culinaire.

 

 

Après le pique-nique, les enfants assistent à des démonstrations de grands cerfs-volants et apprennent à faire voler le leur. Ils reviennent à l’école enchantés de leur journée.

Quelques jours plus tard, les cerfvolistes guatémaltèques viennent à l’école pour faire une démonstration des papiers découpés qui décorent leurs cerfs-volants.
Nous lisons des albums sur les cerfsvolants, notamment « le cochon
Amarillo* ».
Par équipe de six, les enfants décorent trois cerfs-volants guatémaltèques et nous décidons d’adresser des messages à tous ceux qui verront nos cerfs-volants, et ils seront nombreux car nos cerfs-volants seront exposés au Congrès international de l’ ICEM-Pédagogie Freinet organisé à Paris en août 2007.
Quelques messages :
Il faut protéger la terre.
Il ne faut jamais gâcher la nourriture.
Le papier coûte cher.
J’ai besoin de l’eau.
Au revoir les Guatémaltèques, c’était bien, le Guatemala.

 En 2007/08, nous retournons au festival des Cerfs-volants du Monde de Marines. Cette fois, c’est l’Inde qui est l’invitée d’honneur. Les enfants rencontrent Abdul, fabricant de cerfs-volants. Trois enfants de la classe, originaires du Pakistan, parlent une langue proche de l’Hindi d’Abdul !

 

 

Nous le regardons qui prépare un cerf-volant en papier de soie avec un motif d’oiseau blanc porteur de paix.
La semaine suivante, les enfants, réunis en conseil de coopérative, décident d’acheter à Abdul le cerfvolant avec l’oiseau blanc...
À travers les pays et les langues, faisant fi des conflits économiques ou idéologiques, les cerfs-volants rassemblent des hommes et des femmes tolérants, ouverts aux autres et curieux des savoir-faire venus d’ailleurs.

Dans nos classes de ZEP les origines familiales sont variées : Afrique noire, Afrique du Nord, Asie, France… La rencontre de ces deux microcosmes est particulièrement riche : nombreux sont les parents d’origine étrangère qui ont pratiqué les jeux de cerfs-volants dans leur enfance. Plusieurs papas, qu’on ne voit d’habitude jamais à l’école, viennent nous montrer comment ils bridaient** traditionnellement leurs cerfs-volants, ils nous expliquent quels matériaux ils utilisaient... Les enfants, déjà porteurs d’une double culture, s’ouvrent à d’autres modes de vie, à d’autres savoir-faire, à d’autres arts. Ils forgent ainsi petit à petit leur culture personnelle, singulière et mosaïquée plutôt que métissée, car elle n’est souvent pas bipolaire mais plutôt multiculturelle.

 

 

Ces rencontres ont un fort impact sur les enfants et sur les adultes de l’école : Abdul leur a apporté l’esprit de tolérance et de paix à travers notre toute petite planète puisque trois fillettes de l’école, coïncidence si heureuse, parlent sa langue. Les Guatémaltèques auront permis à chaque enfant d’envoyer un message de tolérance et d’ouverture au monde.

Des enfants reviendront pendant le week-end avec leur famille, des adultes qui nous accompagnaient également.
L’an prochain, nous retournerons au Festival des Cerfs-volants du Monde. D’autres classes de l’école souhaitent connaître aussi ce festival et y participer.
Qui rencontrerons-nous ?
* « mon cochon Amarillo » par Satomi Ichikawa édité par l’école des Loisirs.
** « brider » un cerf-volant, c’est attacher des cordes directement sur sa structure. À ces cordes sera fixé le fil qui relie le cerfvolant au cerf-voliste. Cela se fait selon des règles précises dont le respect influence directement la tenue de vol du cerf-volant.

 

 

 

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CréAtions N°196
OUVERTURES

 cerfs-volants, paix.