Edito

D├ęcembre 1999

 

 

 

CréAtions 89 - Coopérativement - publié en novembre-décembre 1999

 

Edito


 


« L’enfant qui peint, dessine, brode… librement… ne s’ouvre-t-il pas à lui-même, ne descend-il pas au plus profond de ses perceptions, de son émerveillement, de sa tendresse, de ses peines, de ses rêves, de ses découvertes, mais encore devient-il capable, les mains pleines, l’esprit libre, de se retourner vers les autres, d’entrer dans leur univers, de s’en enrichir par la communication et l’échange. » Madeleine Porquet

« Car tout commence par l’ambiance d’amitié et de confiance qui est la part première du maître… Il faut être avec chacun et avec tous, attentif à toutes les éclosions pour qu’elles arrivent à terme aussi parfaites que possible, et accèdent à l’honneur d’être présentées à toute la classe pour en recevoir l’approbation. » Célestin et Elise Freinet

« Ce mot d’atelier me semble particulièrement évocateur d’une réalité complexe et multiple, d’un conditionnement à la fois matériel et social d’un compagnonnage où la spontanéité donne naissance au projet. » Madeleine Porquet

Le rôle de la coopération au sein de la classe, les fondateurs de la pédagogie Freinet l’ont, dès le départ perçu, expérimenté, analysé comme un outil indispensable à la construction de l’individu et à sa socialisation. Cinquante, soixante ans plus tard, dans le contexte socio-économique actuel, n’avons-nous pas, plus que jamais, le devoir d’aider l’enfant à exister individuellement et socialement, à utiliser son énergie créative pour résister ?

De l’atelier d’expression en maternelle à l’organisation d’une fête où la créativité est sollicitée, valorisée par la communication et l’échange, tous les événements relatés ici témoignent de l’action profonde de la vie coopérative, de l’importance de son esprit, de son organisation pour sous-tendre l’expression individuelle. Car au départ, il y a l’individu avec toute sa complexité, ses possibilités et ses peurs, qui doit apprendre à puiser en lui-même pour agir, mettre en œuvre sa propre impulsion créatrice. Si, en outre, il se perçoit, dès son plus jeune âge, comme étant élément d’un groupe dont l’ »coute, la tolérance, l’esprit critique participent à sa construction, s’il utilise la diversité, la multiplicité de la pensée et des productions pour s’enrichir et exister encore davantage, alors, se sentant écouté, respecté, il puisera dans le groupe la force de s’exprimer et d’agir, jusqu’à acquérir les capacités et les compétences d’un créateur, acteur, co-organisateur.

Quand cette capacité créatrice, cette capacité d’agir s’élargissent à la société, et qu’on voit d’anciens élèves revenir aider les plus jeunes, mus par le même désir et le même plaisir ; et quand on constate que la créativité vécue dans une politique de vie coopérative peut jouer le rôle de régulateur et être une ouverture à de vraies valeurs humaines, on ressent pleinement la richesse et les infinies possibilités sociales de ce chois éducatif.


Annie Solas

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