L'├ęcole populaire...

Juin 2000

L’école populaire, un enjeu pour les années 2000

Certes, il ne s’agit pas seulement de déclarations de principes, de slogans. Il convient de montrer comment les pratiques actuelles de la pédagogie Freinet constituent une rupture de l’école actuelle, en s’opposant à la logique du profit, du rendement et de la compétitivité, à la sélection sociale à la hiérarchie...
C’est au quotidien, dans les classes, dans les écoles, que l’on peut avancer notre idéal d’école populaire tout en dénonçant le mythe de l’égalité des chances ainsi que tous les obstacles au fonctionnement de l’école : classes surchargées, suppressions de classes..

Célestin Freinet avait bien compris les limites de l’action à l’école, dans ce complexe processus social, au service de l’exploitation humaine. Qu’on ne s’étonne guère de l’échec de l’école populaire, en régime capitaliste.
Cependant ce n’est plus d’un changement d’orientation politique que viendra la transformation presque magique du système éducatif. Il ne peut y avoir de révolution politique que sous-tendue par une révolution éducative et culturelle, et c’est à celle-là que nous travaillons.
Citons encore Freinet, dans la revue « Clarté », il écrit de nombreux articles. « L’école actuelle est fille et servante du régime capitaliste et l’ordre nouveau doit correspondre nécessairement une orientation nouvelle de l’école prolétarienne. » Il nous faut partout réaffirmer que les problèmes pédagogiques sont partie intégrante de la lutte pour une société ayant comme finalité l’épanouissement et non la rentabilité.
Les valeurs morales et sociales sur lesquelles se fonde notre action éducative sont toujours les mêmes :
· Solidarité et entraide, et non la concurrence, la compétition, la performance qui suscite une émulation combattive et dominatrice ;
· responsabilité, et non la soumission ;
· coopération, et non violence, pour régler les conflits.

Cette conception éducative est l’expression vivante, des droits de l’enfant, des droits de l’homme.
Nous supprimons les classements, les punitions et les récompenses.
Nous rejetons l’individualisme outrancier, la possession individuelle, le goût exclusif de la réussite personnelle, le travail aliénant et imposé.
La pédagogie Freinet, crée le désir et la volonté d’être maître de sa vie.
C’est la reconnaissance du droit à la différence, c’est la tolérance.
C’est une éducation laïque, dans une perspective de PAIX.
Notre pratique est partie prenante de notre action militante, en vue d’une société reposant sur les mêmes valeurs.

Mais il nous faut aussi évaluer l’impact de nos pratiques pédagogiques et accepter de les remettre en cause, avec les enfants, dans une classe coopérative. Cela dépasse donc largement l’utilisation des techniques Freinet.

La gauche, au pouvoir, développe un discours sans autre perspective qu’une adaptation du système éducatif. Nous pensons que la rupture politique introduite dans l’éducation et dans la pédagogie de Freinet reste une alternative stimulante.

Pierre Yvin
responsable du secteur des « Amis de Freinet »