Créations 119 - édito

Novembre 2005
 

Revue Créations n°119 : Projet de classe
publiée en novembre 2005

Edito

  

 

Edito

Des projets pour construire et se construire

 

 

Depuis une vingtaine d’années, les textes ministériels ont introduit le projet dans le système éducatif. Les projets se sont multipliés, à l’échelle d’un établissement, d’un groupe de classes ou d’élèves. Ils ont, au mieux, permis de casser le cloisonnement de quelques disciplines, les enseignants travaillant exceptionnellement ensemble, et donné parfois aux élèves initiatives et responsabilités dans leur mise en œuvre. En pédagogie Freinet, le projet a toute sa place, parce qu’il peut être porteur des valeurs essentielles que nous défendons. La pédagogie de projet remet en question une éducation liée à un mode d’appropriation des savoirs dépendant de programmes institués par des « spécialistes », décidant seuls de ce qu’il convient d’apprendre dans l’optique des besoins d’une société. Le manuel n’est plus alors l’unique source des savoirs proposant sa programmation immuable de séquences ou de progressions linéaires au service de l’enseignant. Le projet se situe dans la dimension du temps, et suppose la mobilisation de savoirs et de thématiques diverses, permettant une meilleure intégration des apprentissages par la réutilisation des acquis, la capacité de faire des liens, des transferts, pour une connaissance moins fragmentée. Se mettre en projet, pour l’enseignant comme pour l’élève et le groupe, c’est assumer le risque d’une situation d’incertitude : les chemins ne sont plus balisés, il faut construire ensemble, mettre en synergie projets individuels et projets de classe. La part de l’enseignant est alors de favoriser l’émergence des désirs de chacun, de créer les conditions favorables pour que les enfants investissent leurs propositions. L’enseignant permet, dans la coopération, de dégager les motivations profondes des choix, d’élargir leur champ d’investigation ; il propose une grande richesse de matériaux, d’outils essentiels, de démarches respectant le tâtonnement et les échanges. Il favorise le processus personnel de l’enfant, chacun trouvant sa place d’acteur et d’auteur dans le projet investi.
« L’école que nous voulons sera à l’image de la vie, comme elle complexe et diverse, ce qui ne veut pas dire compliquée »*. Dans nos classes, un projet se définit comme processus éducatif, fondé sur la prise en compte de l’enfant tel qu’il est.
«La fonction, la raison d’être de l’enfant, c’est d’abord de vivre»*. A l’enseignant de créer les conditions pour mettre en œuvre dans le projet le dynamisme de la vie, sans limites présupposées, sans organisation scolastique de la classe, en accueillant ce qui advient des enfants, de l’environnement. C’est « l’événement » qui devient projet de travail, processus permettant dans la durée une potentialité organisatrice de la classe, une activité créatrice favorisant un tâtonnement productif fructueux, une réussite, l’acquisition de savoirs. Ainsi naît « l’élan vers la culture, la possiblité d’être réceptif aux apports des autres, dans un échange critique »*.
Dans ce numéro, l’origine et le contexte des projets évoqués varient : lien avec l’environnement (fête du livre ; patrimoine de la ville), lien avec une cause défendue par une association (anti-racisme), lien avec la possibilité de publier dans une revue (carte blanche dans CréAtions) ou lien avec le tâtonnement créateur d’une classe (exploration plastique, réception d’une œuvre d’artiste). Certains articles mettent l’éclairage sur le processus de réalisation du projet en relatant les expériences menées (carnet de bord, aménagement de la classe et des ateliers, appropriation par les élèves).
Enfin, le projet comprend une phase de communication qui peut adopter des formes et des supports très variés : exposition, musée-valise, revue CréAtions, affiche, carnet de bord.

(*) Freinet, « L'Education du travail ».

CréAtions

 

 

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