Ceci n’est pas une annonce, mais une régression !

Ceci n’est pas une annonce, mais une régression ! 

L’école n’est plus obligatoire jusqu’à 16 ans !
Les enfants peuvent travailler avant 16 ans !
 
Qu’en est-il de l’élan lyrique de 2005 qui présentait le socle comme un « ciment de la Nation » et un ensemble de valeurs, de savoirs, de langages, de pratiques pour que chaque jeune puisse mobiliser ses acquis dans des tâches et des situations complexes à l’École puis tout au long de sa vie ? 
Sept ans plus tard, l’ambition est retombée, le socle commun n’est pas pour tous. À peine un regret pour ceux qui ne l’auront pas et seront « marginalisés » et « handicapés » comme les auteurs du texte les nommaient !
 
Ces jeunes exclus de l’ambition du système éducatif, qui sont-ils ?
Est-ce ceux qui n’ont pas les capacités et les attitudes attendues par l’école pour acquérir les compétences et connaissances qui développent à leur tour de nouvelles capacités et attitudes ? Roue infernale des inégalités sociales et culturelles qui broie le désir d’apprendre dès le plus jeune âge ?
Est-ce ceux qui déclarés non motivés seraient coupables de ne pas fournir la quantité « d’effort et de persévérance » attendue par l’école qui s’est pourtant mobilisée corps et âmes pour eux (PPRE, redoublements, aide personnalisée, accompagnement éducatif, stages d’été) ? 
Comme ce n’est pas de sa responsabilité, le système éducatif ne cherche pas en lui-même ce qui pourrait éviter cette situation d’échec insupportable pour ces jeunes. Son principal souci ? « Capter » les bons élèves dans les couches populaires de la population et apporter une culture à minima au plus grand nombre. Pour les 20 % réfractaires au système scolaire, une seule proposition : qu’ils le quittent le plut tôt possible, même s’ils n’ont aucune qualification.
 
Depuis le 17 février 2012, dans un décret paru au Journal officiel, le gouvernement propose à ces jeunes indésirables de suivre en fin de cinquième : « Des dispositifs spécifiques à vocation transitoire comportant, le cas échéant, des aménagements d'horaires et de programmes, proposés à l'élève avec l'accord de ses parents ou de son représentant légal, parmi lesquels, durant les deux derniers niveaux de l'enseignement des collèges, des dispositifs d'alternance personnalisés permettant une découverte approfondie des métiers et des formations et comprenant notamment le suivi de stages dans les conditions définies à l'article L. 332-3 ainsi que de stages dans des centres de formation d'apprentis et des sections d'apprentissage. »
Difficile dans ces conditions de poursuivre l’acquisition des compétences et connaissances du socle commun !
Ce décret ? C’est le décrochage programmé et légitimé !
Que reste-t-il à ces jeunes comme avenir professionnel ? Grossir le rang des précaires, ce volant de main d’œuvre sous-payée et disponible !
 
Cette orientation précoce prive ces collégiens d’un grand nombre d’heures d’enseignement. Comment pourront-ils rejoindre un lycée professionnel pour poursuivre une formation, obtenir un diplôme, se projeter dans un métier ?
Pour ces temps d’apprentissage, ils n’auront pas tous seize ans, c’est une entrée précoce dans le monde du travail alors que la règlementation européenne interdit le travail des enfants tant qu’ils n’ont pas quinze ans.
 
Nous ne pouvons qu’être indignés par ce décret discriminatoire et ségrégationniste.
C’est le déni de l’école pour tous. C’est la mise à l’écart d’une partie de la jeunesse.
Les établissements expérimentaux [1]donnent la preuve que les jeunes peuvent apprendre et vivre ensemble, tout en diversifiant les parcours et en respectant les cheminements personnels nourris de projets d’avenir.
Souhaitons à ce décret une courte vie !
Catherine Chabrun, le 21 février 2012
 
 


[1] Le CLEF, Collège-Lycée Freinet à La Ciotat, le LAP, lycée autogéré parisien, le lycée expérimental de Saint-Nazaire et bien d’autres…