L'Educateur Prolétarien n°5 - année 1932-1933

Février 1933

Pour une éducation nouvelle prolétarienne

Février 1933

Dans la bonté de votre cœur, vous croyiez, généreux pédagogues, qu'il suffisait de vouloir intensément le bien des enfants, la santé morale et une virile préparation à la vie pour les jeunes générations : que, connaissant vos buts profondément humanitaires, les gouvernants ne pouvaient que vous accueillir avec sympathie, la grande presse louanger vos efforts ; et que, par le concours désintéressé de tous ceux que passionne la chose publique, l’Education allait enfin, sans à-coups, sans violence, sans effusion de sang, régénérer noire vieux monde exténué.

M. Roger Cousinet, répondant lors de notre Congrès de Saint-Paul à un camarade qui présentait comme un obstacle les brimades de ses chefs, ne nous disait-il pas avec assurance, et quelque autorité :
— Je suis bien placé pour vous dire que la France est maintenant favorable à l'éducation nouvelle et qu'aucun maître ne sera inquiété pour la hardiesse de ses recherches pédagogiques.
Hélas ! dans l'enthousiasme de ce Congrès de Nice, dont nous avons ici même dénoncé l'hypocrite conformisme, vous avez tout simplement oublié de situer l'éducation nouvelle au centre des réalités sociales ; dans votre confiant élan, vous aviez compté sans l'ignoble appétit des profiteurs du régime, sans la peur aveugle qui saisit le bourgeois, le rentier — et le magnat aussi — quand ils sentent leurs prérogatives en danger, quand ils voient menacés si peu que ce soit leurs privilèges, lorsqu'ils redoutent l'avènement de celle société nouvelle dont l'Orient leur fournit déjà une irritante image.
 
***
Deux événements récents viennent de justifier notre opposition à la conception idéaliste de l'éducation nouvelle et de confirmer nos craintes.
Ia Suisse, ce foyer — ce flambeau, croyions-nous — d'éducation nouvelle nous offre, elle-même un spectacle édifiant. II a suffi que l'ordre soit troublé dans les rues de Genève, que l'armée indocile fraternise avec les manifestants, que des morts, hélas ! soient couchés sur le pavé, pour qu'on accuse volontiers l'éducation nouvelle de tous ces méfaits sociaux, et que les instituteurs soient surveillés plus peut-être que dans n'importe quel pays d'Europe. Ne parle-t-on pas même d'enlever tout droit d'enseigner aux éducateurs suspects de communisme?
En France, notre affaire a été l'occasion, pour la grande presse réactionnaire, d'exhaler bassement toute sa rancune contre l'éducation nouvelle.
Croire à la bonté des enfants, leur faire confiance, les laisser réfléchir et juger, leur apprendre à se diriger eux- mêmes, descendre de sa chaire, s'effacer et se plier à une nouvelle loi scolaire, plus démocratique et plus humaine, mais n'est-ce pas la fin de toute morale, de toute éducation, de toute société ? Et où allons-nous si les élèves entrent joyeusement à l'école comme chez eux, sans alignement ni commandement, s'ils se déplacent en classe au gré de leur fantaisie, s'ils écrivent et impriment ce qui leur plaît ; si, dans une large mesure, la traditionnelle « geôle de jeunesse captive » devient comme un nid pépiant, comme une ruche en travail, comme une éclaircie de joyeuse activité et de liberté dans un monde d'oppression et d'exploitation ?
Et pourtant, les doutes et les accusations des bourgeois genevois sont en partie fondés ; les craintes des réactionnaires français le sont aussi. Les uns et les autres montrent que les éducateurs ont raison en attribuant à l'éducation un grand pouvoir de libération et en considérant que la graine aussi généreusement jetée dans les jeunes esprits doit nécessairement porter quelques fruits.
Mieux, n'est-ce pas là la raison d'être des éducateurs et de l’éducation : préparer les jeunes esprits non pas à suivre complaisamment le sillon des vieilles traditions cl des traditionnelles injustices, mais les habituer à lutter contre toutes les forces mauvaises, individuelles et sociales, pour que progresse et s'améliore la société elle-même.
Mais les éducateurs ne peuvent ignorer aussi qu'un tel effort est comme un coin dangereux enfoncé entre le passé et le présent. Ils doivent en prendre la responsabilité en affirmant plus hautement que jamais la nécessité pour cela de rester au service des forces jeunes qui sont l'avenir et la vie.
 
***
Ne nous étonnons pas que la réaction secoue la pédagogie nouvelle internationale. Cela est naturel et inévitable.
Considérons plutôt, pour mieux édifier ceux qu'atteint la lutte, ce que sont les assaillants, au nom de quel principes - ou de quels intérêts - ils agissent, afin de juger et de choisir.
Qui mène l'attaque contre cette maudite éducation nouvelle ?
Voici, naturellement, le vieux propriétaire terrien, stérile qui regrette le temps où ses fermiers ne savaient ni lire ni compter ; le curé puant d'hypocrisie qui défend « sa religion » attaquée ; la riche et moderne bourgeoise qui tire ses ressources de quelque entreprise plus ou moins avouable de commerce international, mais envoie ses enfants à l'école privée de la ville voisine, le snob royaliste et l’écrivain converti à la recherche d'une clientèle.
Avec eux, tout ce que la France compte de vieux patriotes séniles et sans enfants, de curés et de bigotes, a emboîté le pas dans toutes les Croix ou Vie Sociale de France.
Des parents ? Ah ! certes, nous savons qu'avec l'argent et l'exercice malhonnête du pouvoir on parvient toujours à égarer quelques malheureux. Mais qu'on vienne donc voir à St-Paul les parents libres, ceux qui ont refusé de se prêter à une vilenie et qui, ne songeant qu'à leurs enfants, se serrent avec fierté autour de l'école. Ils sont la majorité et ils n'ont pas peur de parler.
Les raisons, on les devine. Mais on se garde bien d'en montrer le révoltant égoïsme. On fait appel alors aux grands mots que nous croyions usés et qu'on pousse en tête de la troupe des assaillants comme les belligérants se couvraient pendant la guerre par des enfants ou des civils innocents. Et ceux qu'il nous sera facile de convaincre — devant les tribunaux — de mensonge, de diffamation, d'excitation à la violence et à la désobéissance aux lois, nous accusent et nous condamnent au nom de la patrie, de la famille, de la religion en danger !
Nous connaissons le procédé : c'est avec ces mêmes mots qu'on nous a poussés au massacre et nous ne saurions l'oublier.
* * *
Mais pourtant, dira-t-on, la France a un gouvernement de gauche ; le pouvoir est aux mains des forces progressistes ; De Monzie a présidé le dernier Congrès de l'Education Nouvelle, et, dans leurs discours, tous les politiciens en appellent à la mémoire des grands fondateurs de l'école laïque.
Hélas ! nous connaissons aussi ces figures de rhétorique.
Tant que les théories nouvelles restent d'inoffensifs thèmes de discours ou des sujets de livres, on en encourage l'expression, donnant ainsi des gages aux intellectuels d'une part et d'autre part à la masse elle-même des éducateurs qui se laissent prendre au mirage de mots qui apparaissent comme des buts transcendants et inaccessibles — et vers lesquels, effectivement, bien rares sont ceux qui osent marcher.
Que même ces théories nouvelles soient appliquées dans quelques écoles spéciales pour fils de bourgeois que la réalité capitaliste aura bien vite rééduqués ; que cette éducation aille de pair si possible avec le traditionnel enseignement religieux : les pédagogues officiels vanteront ces écoles, les présentant comme des modèles, les subventionnant même.
Mais quand, en honnêtes hommes, en éducateurs conscients, nous essayons de faire passer dans la réalité les rêves généreux de nos grands devanciers : quand, selon leurs conseils nous tâchons de faire des hommes, d'élever le cœur, d'enseigner la liberté, la joie et l'honneur du travail, la résistance à l'oppression — toutes choses complaisamment recommandées dans les manuels scolaires et enseignées à l'école normale, on s'aperçoit alors que notre jeu est un peu trop sérieux, que nous donnons dangereusement corps à ces phrases de rhétorique, et que, si on peut tolérer les discours si hardis soient-ils, il faut, face des réalisations compromettantes crier : halte-là !
L'enseignement précis à tirer de ces considérations : tant que l'éducation nouvelle ne gêne en rien les pouvoir établis, on la tolère, on la prône même, on l'encourage et la soutient.
Mais, si cette éducation nouvelle réalise en partie du moins ses buts de libération, elle se heurte nécessairement à toutes les forces conservatrices qui mènent notre vieux monde capitaliste. Si celui-ci sent la moindre menace pour son organisation et sa tranquillité, il réagira brutalement, sans aucune considération idéologique.
A ce moment-là - et nous y voilà parvenus - ou bien l'éducation nouvelle abdiquera devant la force réactionnaire, se contentant de masquer timidement sous de vaines et superficielles manifestations, cette, abdication qui serait une trahison. Ou bien, continuant hardiment leur noble action, les éducateurs accepteront la bataille, aux côtés de tous ceux qui, face aux forces obscurantistes, mènent la même lutte pour la libération sociale.
 
* * *
Nous faisons alors appel à tous les pédagogues d'éducation nouvelle qui gardent, de leur mission, une haute conscience, à tous les pères de famille qui ne peuvent se résoudre à l’abrutissement traditionnel de leurs enfants.
Confiants en la portée sociale de l'éducation, vous espériez jusqu'à ce jour que, pour améliorer et organiser le monde selon vos vœux, il suffirait d'éduquer la jeune génération selon les techniques plus propres à exciter leur élan généreux vers la vie et à la préparer à l'action virile désirée et voulue.
On prétend vous interdire ce droit: on veut contraindre les éducateurs à dresser les générations nouvelles pour le service égoïste d'un état social périmé, en dépouillant vos écoles de la liberté et de l'idéal qui les ennoblissent et sans lesquels il ne saurait y avoir de véritable éducation.
Allez-vous accepter ce coup de force contre une des plus nobles fonctions sociales ?
Tolérerez-vous cette tragique faillite de l'esprit devant les plus vils intérêts capitalistes ? Faillirez-vous à votre tâche en vous alliant hypocritement aux détenteurs actuels du pouvoir, à tous les profiteurs de l'ignorance et de la misère qui, les lieux tournés vers le passé, stigmatisent lâchement tous les généreux ouvriers de l'avenir ?
Ou bien vous dresserez-vous avec nous, au nom de l'enfance prolétarienne, contre les prétentions outrageantes d'une réaction qui jette bas son masque démocratique pour sauvegarder ses privilèges ? Vous mettrez-vous au service des forces jeunes et nous aiderez-vous à construire hardiment la nouvelle vie, avec tous les risques graves d'une action non conformiste, mais aussi avec la joie réconfortante de l'ouvrier qui monte gaillardement l'édifice parce qu'il sait qu'un jour viendra où il plantera fièrement sur le faite son drapeau et son bouquet ?
Nous poursuivons une besogne de clarté et d'honnêteté ; nous devons d'abord être sincères avec nous-mêmes, loyaux et nets.
Nous ne vous demandons pas ici de choisir entre des doctrines politiques, de vous enrôler dans un parti ni encore, moins de faire une profession de foi révolutionnaire.
Nous vous avons mis en face de faits indéniables qui anéantissent tous les rêves idéalistes des pédagogues qui se disaient farouchement au-dessus des luttes sociales et au-dessus des classes ; nous avons d'autre part donné notre conception de la pédagogie prolétarienne.
Il faut choisir !
***
Au cours du Congrès de Nice nous avons, à maintes reprises, essayé de faire sortir la Ligue de cette impossible neutralité qui devient chaque jour davantage de la servilité.
Ia Ligue Internationale pour l'Education nouvelle doit, elle aussi, prendre position : ou bien continuer sa politique d'abdication devant les gouvernements qui favorisent en retour son expansion internationale, trahissant ainsi les nobles espoirs de ses fondateurs ; ou bien, dans un violent effort de redressement, elle, défendra, envers et contre tous, les principes d'éducation nouvelle qui sont sa raison d'être.
Quant à nous, éducateurs du peuple, les réactions suscitées un peu partout contre notre activité nous montrent que nous sommes dans la bonne voie. Quelles que soient les brimades de nos ennemis, les faiblesses et les abdications de ceux qui, verbalement, se disent avec nous, nous continuerons notre action que nous désirons même plus cohérente et plus vigoureuse.
Il faut que tous ceux — et ils sont nombreux — qui, dans cette période d'écroulement mettent tout leur espoir dans les jeunes forces prolétariennes se serrent les coudes, pour préciser leurs buts et coordonner leurs efforts. Nous avons pensé que notre groupe, qui a tant fait en France pour que prenne corps cette pédagogie prolétarienne, se devait de présider à ce nécessaire groupement de forces.
Nos mots d'ordre :
Educateurs Prolétariens, nous réclamons pour les fils du peuple une école saine et digne, une pédagogie libérée et libératrice au service des enfants (le prolétariat de demain).
Nous lançons l'idée, sans en prévoir, à dessein, ni la réalisation ni l'évolution.
A nos amis de dire maintenant quelle est l'action la plus urgente et la plus efficace pour défendre et développer l'école neuve prolétarienne, en liaison avec toutes les organisations syndicales, sociales, politiques, ainsi que les associations diverses qu'intéresse l'avenir de l'enfant, pivot historique de l'avenir social.
C. FREINET.
***
Dernière heure. — Malgré les accusations formelles que nous avons portées contre le Maire de St-Paul, l'Administration et les pouvoirs publies se refusent à toute action.
Par les moyens délictueux que nous avons relatés, le Maire, ainsi appuyé et encouragé, a réussi à obtenir les signatures de la majorité des parents (13 sur 24). — Plusieurs d'entre eux nous avaient donné librement des attestations favorables sur notre pétition, d'autres avaient affirmé leur satisfaction de mon enseignement. Mais il ne fait pas toujours bon dire ce qu'on pense.
Toujours est-il que, malgré nos protestations, l'administration considère comme acquises ces signatures, refuse de recevoir les parents qui nous sont favorables, essaye de me déconsidérer pédagogiquement par un rapport d'inspection que nous analyserons ici le mois prochain. Et cela dans le but évident de motiver et de préparer mon déplacement d'office.
Inutile de rappeler les raisons pour lesquelles nous devons nous opposer contre semblable mesure. A vous tous d'agir, sous toutes les formes possibles pour que ne se commette pas cette nouvelle injustice.
IL FAUT FAIRE VITE.
 

 

 

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Silence complice

Février 1933

II faut que nous appelions encore une fois l’attention de nos lecteurs sur le rôle joué en France par la grande presse pédagogique.
L'Ecole Emancipée et l’Ecole Libératrice, placées l’une et l’autre sous le contrôle des organisations syndicales, ont parlé de notre affaire.
Mais le Manuel Général, l’Ecole et la vie, le Journal des Instituteurs, la Collaboration Pédagogique, le Journal Scolaire ont fait le silence le plus complet.
Nous n’avons pas l’outrecuidance de leur demander de prendre position en notre faveur. Nous disons seulement qu’ils ont failli, d’une façon outrageante pour leurs lecteurs, à leur tâche d’information.
Une affaire d’une ampleur peu commune, tant par les intérêts moraux en jeu que par la répercussion dans plus de cent journaux de toutes tendances, occupe depuis deux mois une partie du personnel enseignant. N’était-il pas du devoir des grands journaux pédagogiques d'informer au moins leurs lecteurs ?
Hélas ! ils ont tous montré ouvertement leur embarras.
Prendre fait et cause pour nos assaillants contre l’école laïque, cela ne se pouvait, à cause des abonnés...Nous défendre, ne serait-ce qu’en publiant des documents, n’était-ce pas soutenir les empêcheurs de profiter en rond dont ils ont décidé de ne jamais imprimer les noms ?
Alors on se tait courageusement.
Camarades, ne manquez pas une occasion pour dévoiler à vos collègues cette partialité qui sert nos ennemis — les ennemis de toujours de l’école et des instituteurs.
Soutenons qui nous soutient et dénonçons en toute occasion le rôle ignoble que joue dans notre société corrompue, la grande presse d’information — même professionnelle.
C. F.

L’Administration des Postes aux côtés de ceux qui tentent de saboter notre effort

Février 1933

Depuis 1927, je publie une revue pédagogique “ L’Imprimerie à l’Ecole ». Cette revue, comme toutes les publications remplissant les conditions requises par la loi circulait librement au tarif réduit des périodiques.
Brusquement, en mars 1932, l’administration des Postes a cru bon de nous supprimer ce droit et de nous interdire l’envoi comme périodique.
Toutes nos réclamations sont restées inutiles. L’administration persistait nous refuser le bénéfice du tarif périodique.
La raison : nous étions assimilés aux publications faisant de la publicité déguisée pour une maison de commerce.
Nous avons, à l’époque, protesté, et fait protester par les députés. Nous établissions que notre coopérative ne faisait pas de commerce proprement dit puisqu’elle ne faisait pas de bénéfice : que tous nos articles traitaient de questions de pédagogie sans considération commerciale ; que la revue faisait toujours du déficit.
J’exigeai des précisions sur les pages incriminées comme étant de la publicité déguisée. On considérait comme telle jusqu’à nos critiques de livres !
La décision fut cependant maintenue. Nous étions assimilés aux revues faisant de la publicité pour une maison de commerce.
Devant cet ostracisme dont vous sentez toute l’injustice, « L’Imprimerie à l’Ecole » cessa de paraître en juillet dernier, et, indépendamment de moi ni de notre organisation. un de nos adhérents, M. Lagier-Bruno instituteur à St-Martin-de-Queyrières (Htes- Alpes) lança en octobre une nouvelle revue, « L’Educateur Prolétarien », dont 1’ « Imprimera à l’Ecole » assura l’administration mais qui n’avait pas d’autre attache avec la Coopérative de l’Enseignement Laïc.
Le premier numéro (octobre 1932) fut en effet expédié comme périodique, et cela nous parut normal.
Mais le numéro suivant (novembre 32) fut de nouveau taxé comme imprimé.
Le Gérant demanda la raison : on lui répondit la même chose : c’était une revue au service d’une maison de commerce. L’accusation était déjà grave puisqu’il était impossible de prouver que la moindre attache existait entre le gérant de la revue et la Coopérative.
Nous avons fait plus : dans le numéro de décembre 1932, nous avons mis à part, sur des pages d’annonces en couleurs, au même titre que les annonces diverses d’autres maisons, tout ce qui risquait d’avoir un caractère commercial. Les pages contenant ces annonces portent en tête, comme vous pourrez vous en convaincre, la mention :
Coopérative de renseignement Laïc - Registre de C. Bordeaux 3.440 B
Il s’agit donc bien d’annonces régulières payantes insérées au même titre que les autres annonces.
Dans tous le cours du texte — pages en blanc — le mot Coopérative de l’Enseignement Laïc n’est pas même cité une fois.
Nous parlons, il est vrai, d’imprimerie à l’Ecole. Mais l’imprimerie à l’Ecole n’est nullement une organisation commerciale. C’est une technique nouvelle, dont nous sommes libres de parler comme nous l'entendons, chacun ayant, le loisir d’acheter le matériel nécessaire où bon lui semble.
En tous cas l’imprimerie à l’Ecole ne peu! à aucun titre être considérée comme organisation commerciale.
Et pourtant la poste de Gap a refusé ce numéro comme périodique.
Il y a là une violation flagrante des règlements en vigueur, et il est inadmissible que nous soyons obligés d’expédier notre revue à 0 fr. 25 l’exemplaire, alors que toutes les revues pornographiques de France circulent librement comme périodiques, que tous les journaux pédagogiques qui font à chaque page une réclame peu discrète pour les maisons d’éditions qui les éditent bénéficient du même tarif.
Or, nous sommes, hélas ! fondés pour croire qu’il y a ‘à un parti pris délibéré dont le but est de nuire à notre activité.
— Ce boycottage correspond avec la préparation et le déclanchement des attaques contre nous.
— Le 4 janvier dernier un télégramme m’était adressé de Lille par un professeur des Universités catholiques. Quelques jours après, alors que je n’en avais communiqué le texte à personne, le télégramme était publié par Maurras dans L’Action Française.
— Le 25 janvier, apprenant que je devais passer devant le Conseil Départemental 1e 28, j’adressai en imprimés urgents, timbré' avec le supplément de taxe de 0.10, quatre cents circulaires demandant aux camarades de la Coopérative d’agir d’urgence, par télégramme pour empêcher que se commette l’injustice.
Cette circulaire n’est parvenue à la plupart des destinataires que du 3 au 12 février, c’est-à-dire au bout de dix à douze jours. Une trentaine de réclamations sont déjà déposées par les destinataires contre ce retard irrégulier puisque ces imprimés urgents devaient être transmis comme les lettres. Il y a eu certainement là un sabotage conscient de notre défense.
II faut que cela cesse.
Vous payons — et fort cher — à l’Administration des Postes. Nous avons bien le droit d’exiger que nos correspondances soient transportées conformément aux règlements.
Nous demandons à tous nos adhérents de surveiller très attentivement la correspondance qu’ils reçoivent afin de déposer des réclamations régulières contre toutes les erreurs imputables au service des Postes.
Nous serions heureux d’être tenu au courant de toute action intentée pour que nous puissions agir collectivement.
C. F.

L’Administration contre l’Ecole

Février 1933

Etranges procédés

 

Dès les premiers jours de l’affaire, j’avais demandé qu’une enquête ap­profondie fut menée tant dans ma classe qu’auprès des parents.
On sait que l'inspecteur refusa de m’inspecter - alors qu'il ne m’avait jamais vu au travail- et il se refusa à se rendre chez les parents d’élèves, se contentant d’une audience hâtive à la Mairie.
 
Ce manque total de renseignements n’a pas empêché d’ailleurs l’adminis­tration de m’appliquer la peine de la censure.
 
Mais il a suffi d’une requête au ministre apostillée de fausses signatu­res, frauduleusement légalisées par le Maire, pour que l’administration en­treprenne — on devine dans quel sens — une enquête qui a sans doute peu d’exemple dans les annales sco­laires.
 
Pendant trois jours l’inspecteur primaire est resté dans ma classe, no­tant dans le détail le travail de cha­que élève, copiant sur ses feuilles tous les devoirs scolaires, scrutant livres et registres et je ne saurais m’en plaindre, me contentant seulement de noter que ce n’est pas deux mois après le déclenchement de l’affaire que cette enquête devait être menée, alors que ma classe est désorganisée par la grè­ve et la formidable campagne menée contre moi. — C’était les tout premiers jours, alors que ma classe travaillait au complet qu’il fallait honnêtement s’assurer de mon activité et de ma neutralité.
 
Il nous aurait été facile alors de fai­re état d’un rapport d’inspection con­tre tous nos diffamateurs. Mais c’est certainement ce qu’on a voulu éviter.
 
Il y a mieux : après des heures et des heures de conversation secrète avec le Maire, l’inspecteur Primaire a fait le tour des maisons pour con­fronter et interroger les parents pro­testataires, qui se réjouissaient d’un aussi agréable augure.
 
Nous posons simplement la ques­tion :
 
   Lorsque j’ai demandé à l’inspec­teur, le 12 décembre, s’il n’allait pas visiter les parents, il m’a répondu, scandalisé, qu’il se tiendrait à leur disposition à la mairie. Et le voilà qui remplit maintenant ce rôle de poli­cier qui s’en va de porte en porte en­registrer tous les mensonges, toutes les diffamations, toutes les accusa­tions concertées sur lesquelles je ne serai pas même appelé à m’expliquer.
 
Non, vraiment, les instituteurs ne peuvent admettre que de pareils pro­cédés viennent attenter à la légalité de leur fonction. Et il est temps de réagir
.
***
 
L’Inspecteur primaire va donc rédi­ger un rapport qui contiendra un nombre respectable de feuilles et sur lequel il est peu probable encore que j’aie à m’expliquer.
 
Ce que sera ce rapport. Ne nous faisons aucune illusion. Je l’ai dit moi-même à l’inspecteur :
 
   Je sais bien que vous ne pouvez approuver tout ce que je fais : ou bien vous ne diriez pas ce que vous pensez  - ou bien alors vous seriez un inspecteur d’éducation nouvelle, ce qui est impossible...
 
Je ne prétends pas d’ailleurs qu’il n’y ait aucune critique à faire à la conduite de ma classe, loin de là. Mais il y a, hélas ! de la marge entre cette critique faite d’un point de vue édu­cation nouvelle et la même critique formulée par un inspecteur qui ne connaît manifestement rien aux re­cherches qu’entreprennent un peu par­tout les pionniers de l’éducation.
 
Pour vous en convaincre, j’ai hâti­vement noté quelques-unes des remar­ques et réflexions de M. l’inspecteur au cours de son enquête. Vous en dé­duirez vous-mêmes la portée des ob­servations inévitables qui vont essayer de saper encore une fois nos efforts. )
 
« Je ne dis pas de leur laisser (aux élèves) une certaine liberté, mais vos élèves font un peu trop de bruit. Il y en avait un qui sifflait... Je ne dis pas que ce soit bien grave s'il libère ainsi un peu de dangereuse activité, mais enfin... Et puis ils vous interrompent souvent pour demander quelque cho­se...
 
***
 
Des élèves copient un texte, d'au­tres font des problèmes, un autre ter­mine un dessin pour la polycopie, d'autres corrigent les composteurs...
 
   Comme ils font tant de choses en même temps, il y a toujours des minutes perdues... Tenez, celui-là !
 
   Il vous regarde, parbleu, M. l’In­specteur, mais quand il n’y a rien d’a­normal à regarder dans la classe, il travaille... Vous avez bien vu qu'ils sa­vent se chercher eux-mêmes la beso­gne. Et qui sait ? Peut-être demain cet élève apportera un texte libre sur M. l'inspecteur...
 
— Le travail est trop individualisé. Samedi matin, un élève avait fait, en plus de son problème du jour, deux problèmes différents. Il y avait alors, ce jour-là, 4 problèmes pour 3 divi­sions ? Vous ne pouvez pas tout cor­riger (l'élève en question avait tout simplement fait librement à la mai­son deux problèmes sur fiches avec autocorrection).
 
— Qu'est-ce que vous voulez, je n’y comprends rien. Il y a deux jours que je suis dans votre classe et je n'ai pas encore compris cette organisation!
 
***
 
Leçon de calcul mental. M. l'inspec­teur éprouve le besoin d’interroger minutieusement chaque élève, pour s'assurer s’il sait expliquer verbale­ment l'analyse des opérations. Com­me si le propre du calcul mental n’é­tait pas de savoir calculer rapidement et non de savoir expliquer la technique du calcul mental.
 
***
   Bien sûr, c'est déjà bien que, dans cette classe, ils sachent tant de choses (en parlant de la barre à l’es­tuaire de la Seine, nous pouvons mon­trer un journal de nos correspondants  de Sandouville avec une belle carte du canal de Tancarville) ...Mais s'ils avaient au moins une géographie avec des graphiques... C'est peut-être un des inconvénients de votre méthode sans livres.
 
    C'est que nous n'en manquons pas, M. l’I.... en voici cinq, six, différents…, et des fiches en quantité...
 
   Ah ! oui ! Mais si chacun avait son livre qu’il puisse conserver...
 
   Mais M. l’I…, vous recommandez la coopération, donc le matériel coo­pératif appartenant à tous, que cha­cun utilise à son gré et vous désap­prouvez la Bibliothèque coopérative de travail à laquelle chacun peut li­brement puiser ?
 
    C’est que, plus tard, quand ils seront grands, ces enfants pourraient être heureux d'avoir conservé leur livre (!)
 
***
 
L'Inspecteur fait réciter une poésie à un élève à l'accent parisien et s'ex­tasie sur la prononciation originale des autres.
 
    Voyez, dit-il aux autres, il faut prendre modèle sur André et appren­dre à prononcer comme lui. Sinon, plus tard, quand vous irez en Savoie, à Lyon ou dans la région de Paris, on se moquera de vous. Que ferez-vous alors quand on vous tournera en ridi­cule ?
 
Et Bracco (avec son nez en l'air de Pierrot émancipé) : « Iou, d'un coou di testo ou faou vira mei cambas en l'air. »
 
    Que dit-il ?
 
   Il dit que lui, d'un coup de tête, il les fait tourner les jambes en l'air...
 
***
 
   Pas d'emploi du temps affiché, pas de répartition mensuelle (là je suis certes gravement coupable), pas de cahier de roulement, pas de cahier d préparation — des enfants qui se mettent où ils veulent, pas de divisions séparées, comment voulez-vous que je m'y reconnaisse?
 
(L'Ecole serait-elle faite pour M. l’inspecteur ?)
 
    Pourtant les règlements, l'arti­cle tant de telle loi... vous fait une obligation....
 
    N’y a-t-il pas un règlement qui pré­voit le cas où les cabinets sont pleins? Car, ils sont pleins... venez voir la ma­re... que dois-je faire ?
 
   Je le signalerais à M. le Maire.
 
     Et s'il refuse de faire vider la fosse ?
 
   Ah ! alors !...
 
***
 
Je ne sais si M. l’I. a ouvert les ca­hiers de devoirs mensuels et s’il a pu lire cette appréciation d’un père d’é­lève :
 
« Progrès réels, mais je serais très heureux que M. l'inspecteur d'Acadé­mie signale son existence d'une toute autre façon que celle qu'il a employée à ce jour.

...Là pourtant ne peut se borner l'expression de ma pensée. Les jour­naux nous apprennent que vous de­vez être censuré ! Toute ma sympa­thie vous est acquise : elle n'a d'égale que la pitié que j'éprouve pour les sept pauvres diables dont la servilité a su prostituer leur conscience au point de la rendre inconsciente puis­que d'apôtre elle vous élève au marty­re.

Vous ne pouvez leur en vouloir !

J'invoque pour eux la Parole Divi­ne : « Pardonnez-leur mon Père, ils ne savent pas ce qu'ils font ».
Signé : W.

 

 

Le maire de Saint-Paul contre l'école laïque

Février 1933

Nous récapitulons ici les griefs graves que nous faisons au Maire de Saint-Paul dans l’affaire en cours.

Les locaux scolaires. — Ils sont dans un état déplorable contre lequel le médecin cantonal a, à plusieurs reprises, protesté avec nous :

Première classe sans soleil durant l’hiver : plancher délabré et bosselé, bancs branlants et démolis.

La deuxième classe se tient depuis trois ans dans un local provisoire avec une seule fenêtre, mal meublée, mal aérée, jamais blanchie ni balayée.

Le balayage n’est pas assuré, ce qui serait, pourtant obligatoire puisque la commune a plus de 500 habitants. Le garde n’enlève pas même les balayures qui s’entassent dans la cour.

Le chauffage est plus que rudimentaire. Les tuyaux de poêle risquent à tout instant de tomber sur la tête des enfants. Aucune installation de sécurité. I1 faut que je scie le bois moi-même et que j’allume le feu en fournissant souvent le bois d’allumage.

Pas d'eau dans la cour : il faut aller chercher à 150 m. ce qui est tout à fait irrégulier et gêne le travail scolaire.

Les cabinets sont infects. Ils s’écoulent sur une fosse étanche qui n’est jamais curée à fond et qui déborde périodiquement. A ces moments, le purin vient couler jusqu’à la porte du préau ; les vers envahissent le local qu’il faut condamner et les écoliers s’en vont faire leurs besoins aux remparts.

Les logements : Il y a deux ans, la municipalité voulait installer la poste dans les appartements de Mme Freinet à l’école de filles, le logement de la directrice devant servir comme logement du receveur. Tout était prêt. Une protestation motivée signée par nous a fait échouer la combinaison.

L’Instituteur-adjoint n’a pas de logement, malgré les prescriptions formelles de la loi et le Maire refuse de lui allouer toute indemnité représentative. Il est actuellement logé dans une seule pièce de l’école de filles, ce qui est profondément irrégulier.

***

Contre cet état de choses, je n’ai jamais cessé de réclamer. Cela ne pouvait qu’indisposer le Maire qui a juré de se débarrasser de moi.

Dans la nuit du premier au 2 décembre des affiches diffamatoires sont apposées dans Saint-Paul. Les événements qui ont suivi ont été pour le Maire l’occasion de montrer comme il traite l’école laïque et par quels procédés il est décidé à se donner raison.

8° Manifestation à l’Ecole. — Le 4 décembre 1932, j’avais convoqué par note particulière remise à domicile, un certain nombre de pères de famille à se réunir dans mes appartements pour y discuter des questions pédagogiques urgentes.

Pendant que j’attendais sous le préau, en compagnie de deux pères de famille, le Maire a fait irruption dans la cour, suivi d’une clique d’une quinzaine de personnes dont aucune n’a d’enfants à l’école, et qu’il est nécessaire de caractériser rapidement :

— Auboeuf, célibataire, royaliste militant.

— Mme Larcher, riche bourgeoise, habite St-Paul depuis quelques années seulement, envoie ses deux enfants à l’école privée de Vence. Est notoirement connue comme ennemie de l’école laïque.

— Vassalo, envoie son fils à une école ecclésiastique.

— Mme Barbiera, a un fils de neuf ans qui n’est jamais allé à l’école et reçoit des leçons au couvent.

— Faure. conseiller municipal, célibataire, etc...

Aucun parent d’élève ; aucun ami de l’école ; ce fait est caractéristique.

Et pourtant, à l’observation que je lui faisais que ces gens n’avaient pas le droit d’entrer dans les locaux scolaires, le Maire a répondu : nous sommes ici chez nous !

Devant les vociférations de ces ennemis notoires de l’école j’ai dû m’enfermer dans mes appartements. Mais ceux qui avaient déclenché l’attaque s’étaient enfin dévoilés.

Le Maire avait nettement outrepassé ses droits et une plainte déposée par moi contre ceux qui ont violé les locaux scolaires prouvera les torts graves du Maire.

9° Le garde champêtre contre l’école. — Malgré la campagne de diffamation menée contre moi dans le village, ma classe a continué à fonctionner normalement, comme a pu le constater M. l’I.P.

Les ennemis de l’école ont alors déclenché la grève scolaire qui reste très partielle puisque j’ai toujours réuni la majorité des élèves.

Mais les moyens par lesquels le Maire essaie de désorganiser ma classe sont trop ouvertement contraires à toute légalité.

Le lundi 19 décembre, le garde-champêtre de Saint-Paul, usant de son autorité de police, a lui-même fait retourner un certain nombre d’élèves qui, sur l’ordre de leurs parents, se rendaient à l’école. Des parents d’élèves en témoigneront.

Des accusations formelles ont été faites devant le Préfet. Pourtant nul n’a été désavoué, ni le maire, ni le garde-champêtre.

10° Le 19 décembre au soir et le 20 au matin, le Maire a convoqué chez lui pour affaires les concernant - un certain nombre de pères de famille qui n’avaient pas voulu répondre au mouvement de grève.

Et là, il leur a formellement demandé de ne pas envoyer leurs enfants à l’école. A ceux qui s’obstinaient à ne pas obéir, il a fait des menaces dont une enquête, qui est demandée depuis longtemps, fixerait la gravité.

Les parents témoigneront de la pression délictueuse exercée sur eux par le Maire pour les contraindre à désobéir à la loi.

11° Plus de bois : le 11 janvier, ma provision de bois pour l’école était totalement épuisée. J’en avisais immédiatement le Maire par lettre confiée au garde-champêtre.

Le 12 et le 13 janvier, malgré un froid intense, ma classe était sans feu.

Le dimanche, ne pouvant me rendre moi- même à la Mairie, je fis porter au Maire, qui se tenait à cette heure-là à disposition de ses administrés, une lettre pour lui demander de vouloir bien nous approvisionner en bois.

Le Maire refusa de recevoir ma lettre en disant :

— Dites à M. Freinet qu’il l’envoie à M. l’I.A.

Le lendemain une délégation de parents partait à la Préfecture. Ces parents représentaient les seize élèves présents dans ma classe sur 28 inscrits. Le secrétaire général qui les reçut parut outré de la conduite du Maire ; il promit que l’école aurait du bois le lendemain matin en disant :

— Si le Maire n’en porte pas nous en ferons porter nous-mêmes.

II promit également d’agir auprès du Maire pour faire respecter la loi sur la fréquentation.

Le lendemain matin, la provision de bois arrivait à l’école montrant bien que, lorsqu’elle veut, la Préfecture sait faire respecter la loi.

Mais là s’est bornée son action pour le respect normal de la légalité.

12° Fréquentation scolaire : Douze élèves manquent la classe sans raison, courant les rues, et cela depuis le 19 décembre.

Il est nécessaire de bien marquer que ces parents n’ont aucune raison de retirer leurs enfants de l’école :

Aux deux enquêtes pédagogiques faites, la première par l’inspecteur Primaire, la deuxième par le Directeur de l’Ecole Normale, aucun père de famille n’a formulé contre moi de fait grave pouvant motiver semblable mesure.

Mieux :

— Un père de famille gréviste a déclaré après le commencement de l’affaire être très satisfait du travail de l’instituteur (Gavet).

— Un autre père d’élève a signé, le 11 décembre, sur le cahier de devoirs mensuels de son fils : Je suis content (Jaequin).

— Une mère de famille avait d’abord témoigné en notre faveur (Tatti).

— 4 autres élèves manquaient constamment la classe et ils ne font que continuer une grève qui dure depuis plusieurs mois.

— Un autre élève travaillant un des mieux de la classe comme le montre le cahier de devoirs mensuels.

Aucun de ces pères de famille n'avait jamais formulé la moindre plainte contre moi.

Il n’y a donc aucune raison pédagogique pour que ces enfants manquent la classe. Pourtant rien n’a été fait pour faire respecter la loi.

C’est l’absentéisme organisé par le Maire avec la complicité de la Préfecture, dans le seul but de servir les rancunes du Maire.

13° La diffamation publique : Le Maire aurait eu tort de se gêner.

Le dimanche 22 janvier, après une réunion presque clandestine du Conseil Municipal, réunion sur laquelle nous reviendrons, le Maire a invité ses partisans à une réunion publique avec apéritif.

Au cours de cette réunion, le Maire a pris la parole pour dire notamment :

« J’ai le devoir d’ouvrir les yeux aux citoyens de ma commune. Je n’ai pas d’enfants. Mais si j’en avais, je ne les enverrais pas à M. Freinet pour en faire des voleurs ou des assassins. »

J’ai porté plainte en diffamation contre ces paroles, entendues par des témoins sûrs.

14° Conseil Municipal délibérant irrégulièrement : Le 22 janvier au matin, le Conseil Municipal s’est réuni pour prendre une délibération demandant mon départ et l’installation d’une école privée.

J’ai demandé l’annulation de la délibération pour les raisons suivantes :

1° La convocation n’a pas été affichée à la porte de la Mairie, conformément à l’art. 48 de la loi du 5 avril 1884 ;

2° La convocation n\a pas été mentionnée au registre des délibérations, conformément au même art. de la même loi ;

3° Le compte-rendu de la séance n’a pas été affiché dans la huitaine, conformément à l’article 56, loi du 5 avril 84 ;

4° A ce jour, aucune trace de la délibération ni encore moins aucune signature n’existe sur le registre de délibérations (loi du 5 av. 84, art. 57).

Vraiment, ne sommes-nous pas autorisés à dire que toutes les lois scolaires sont foulées aux pieds à Saint-Paul ?

Le Maire, abusant de ses prérogatives, a contrevenu aux lois. Nous demandons sa destitution pour bien signifier aux ennemis de l’Ecole que la République compte défendre ses lois scolaires et laïques.

Le Préfet, saisi au jour le jour des fautes graves commises, n’a rien fait pour faire respecter la loi.

Les Inspecteurs, saisis également, m’ont laissé travailler dans des conditions scandaleuses, sans protester ou prendre les mesures qui s’imposaient.

Le ministre, informé à diverses reprises, n’a jamais répondu.

Il faut qu’on sache s'il reste encore des lois en France.

Si ces lois sont applicables à St-Paul.

Si ceux qui les violent seront punis.

Si ceux qui ne les font pas appliquer seront mis en demeure de faire leur devoir.

Le 2 février 1933.

Une délibération édifiante

CONSEIL MUNICIPAL DE St-PAUL du 22 Janvier 1033

Le Maire expose qu'à la suite de nombreuses plaintes formulées par les parents d’élèves de M. Freinet, relatives à la mauvaise éducation qu’y reçoivent leurs enfants, il avait examiné consciencieusement les devoirs des cahiers qui lui avaient été présentés, qu’il en avait déduit que ces devoirs étaient immoraux, tendaient à inciter les enfants au meurtre, à la désobéissance aux lois, à violer la neutralité scolaire, qu’en un mot la classe était transformée en un petit soviet. Plusieurs conseillers municipaux ayant lu ces narrations déclarent être du même avis.

Le Maire en avait référé à M. le Préfet et demandé le déplacement de l’instituteur Freinet.

Le Maire communique en outre au Conseil les protestations injurieuses de nombreux syndicats d’instituteurs unitaires alertés par M. Freinet qui avait envoyé le libellé de la protestation.

Le Conseil à l’unanimité approuve le Maire et fait la déclaration suivante :

» Partisan convaincu de l’école laïque et toujours prêt à la défendre, le Conseil Municipal attire l’attention de M. le Ministre de l’Education nationale, de M. le Préfet et des autorités universitaires sur les conséquences graves qui peuvent résulter du maintien en fonction de l’instituteur Freinet.

Considérant que cet instituteur a manqué à ses devoirs en ne réprimant pas les mauvais instincts de certains élèves qui dans des narrations parlaient de tuer le Maire, expliquaient les souffrances endurées par les bêtes qu'ils torturaient, disaient qu’en cas de guerre. ils ne répondraient pas à un ordre de mobilisation, qu’au contraire, après avoir corrigé l’orthographe de ces devoirs il les faisait imprimer par des élèves et les répandait en France et à l’étranger ;

Considérant que cet instituteur dirige une coopérative dite « l’imprimerie à l’Ecole », qu’il y imprime avec l’aide des élèves et de jeunes filles des quantités de feuilles, d’opuscules, etc... expédiés journellement par ballots dans toute l’Europe et même en Russie Soviétique et qu’en conséquence il fait un métier qui l’absorbe non seulement pendant les heures de repos mais encore pendant les heures de classe au détriment de l’instruction des élèves qui est de ce fait reléguée à l’arrière-plan :

Considérant que cet instituteur collabore à un journal " L’Internationale de l'Enseignement » où il dit qu’il poursuit à l’école une propagande révolutionnaire, chose qui ne tend rien moins qu’il fausser l’esprit de la jeunesse et à saper les bases mêmes de l’Etat et de la société qui le payent ;

Considérant que sur 28 élèves inscrits une douzaine seulement fréquentent l’école, que sans l’intimidation exercée sur certains parents, ce nombre serait à peine de 4 ou 5 élèves, qu’un tel état de choses porterait les parents à installer à St-Paul une institution libre, danger que le Conseil serait impuissant à conjurer,

Décide il l’unanimité qu’il est de son devoir de transmettre la présente délibération i» M. le Ministre de l’Education Nationale à qui il demande le remplacement de M. Freinet qui est devenu indésirable pour la population.

(Signatures).

— Nous n’ajouterons qu’une phrase de commentaire : Comme nos lecteurs peuvent s'en rendre compte il simple lecture, il est difficile d’inclure dans une délibération un plus grand nombre de contre-vérités révoltantes.

 

Réponse à Freinet-Bourguignon

Février 1933

 

La chronologie mobile d'Histoire de France

Février 1933

La Chronologie mobile d’Histoire de France

Dans le N° 3 de notre revue nous avons donné quelques indications théoriques sur notre conception de l'enseignement historique.

Cette courte étude devait servir de préface à une édition que les événements de ces derniers mois ont malheureusement retardée mais qui est aujourd’hui à l’imprimerie et que nos camarades pourront recevoir aux environs de Pâques.

* * *

Notre initiative, disions-nous en fin de l’article, n’apportera pas grand- chose quant au contenu. Elle vise le cadre, la technique de l’enseignement historique que nous voulons renouveler.

Notre but est toujours le même, quelle que soit la discipline considérée : préparer du matériel, des documents, permettant aux éducateurs d’adapter à leur classe nos techniques d’éducation nouvelle et aux élèves de travailler au maximum par eux-mêmes, en organisant individuellement ou par groupe le résultat de nos recherches.

Une de nos préoccupations essentielles aussi : rechercher le matériel cl les techniques qui, tout en permettant au maximum le travail nouveau nous laissent la possibilité de répondre, sans supplément sensible de travail aux nécessités scolaires qui nous sont imposées par les règlements, par les inspecteurs, par les examens, et parfois même par la difficulté où nous sommes de convertir les parents aux idées nouvelles.

On nous comprendra dès que nous aurons présenté notre nouvelle réalisation : 

Sur des feuilles format fiche réglées à 25 lignes par page, nous inscrivons à droite, dans une colonne spéciale 25 années (une année par ligne), il nous faudra donc 4 fiches par siècle, soit 78 fiches. Voilà le cadre initial.

A gauche de la colonne des années, en face de la date correspondante, nos camarades trouveront imprimés les faits essentiels de l'Histoire.

Nous avons, à dessein, réduit au minimum, le nombre d’événements et de dates pour qu’on ne nous accuse pas de pousser nous aussi au bourrage mnémotechnique. Il sera facile aux élèves et aux instituteurs de compléter eux-mêmes cette liste en inscrivant, en face des dates diverses, les événements qui auront retenu leur attention.

Cette édition sera livrée sous trois formes différentes :

a) En fiches carton ou papier du fichier scolaire coopératif dont elles seront la continuation ;

b) En fiches papiers reliées par notre reliure boulon ou notre reliure toile mobile, permettant aux élèves de compléter leur livre au cours de l’année ;

c) En livret pour ceux qui n’ont pas encore introduit chez eux le système des fiches.

***

Nous allons, maintenant, donner rapidement un aperçu des usages et de l’utilisation possible de cette chronologie mobile.

1° Les fiches reliées :

a) Les camarades travaillant à l’imprimerie s’intéressent tout particulièrement à l’histoire locale dont notre ami Gauthier a montré la grande puissance d’initiation.

Un texte rappellera un fait intéressant de l’époque révolutionnaire. Imprimé ou écrit sur une feuille du format fiche, il sera intercalé dans la chronologie après la feuille correspondant à 1789, et l’événement relaté pourra être inscrit en regard de la date correspondante.

On découvre des armoiries, des documents anciens. On les inscrit de même à la date correspondante et on les intercale comme précédemment. Ou fait de même pour les documents reçus de nos correspondants qui prennent ainsi place dans un ensemble éducatif et de maniement pratique.

b) I.es documents divers de notre fichier scolaire, les textes imprimés se rapportant à l’histoire ou découpés dans les divers journaux pédagogiques seront de même intercalés dans notre chronologie mobile.

c) Les événements sont inscrits en face de la date correspondante au fur et à mesure de l’étude.

Lorsqu’après le travail de quelques mois notre chronologie sera ainsi complétée et enrichie elle se présentera aux yeux de l’enfant comme un ensemble de tableaux d’histoire réunis mathématiquement par siècles et par époques, et non plus des tableaux impersonnels et muets, mais des réalisations des enfants eux-mêmes, concrétisant dans le temps et dans l'espace une conception historique solidement fondée sur des documents éloquents et vivants.

Le résultat en sera : un intérêt nouveau pour les recherches historiques dans le cadre actif de nos techniques — une organisation et une classification matérielle simple parlant aux yeux et à l’esprit et donnant aux enfants cette idée de temps si difficile à acquérir — un moyen tout à la fois pratique et éducatif de meubler la mémoire des éléments indispensables réclamés par les examens.

Notre chronologie pourra d’ailleurs être partagée en plusieurs périodes pour être utilisée aux divers cours de l’enseignement primaire, en même temps qu’elle affranchira les instituteurs el les élèves des manuels traditionnels dont nous ne referons pas ici le procès.

2° Le livret :

Les camarades qui ne désirent pas utiliser notre chronologie selon la technique ci-dessus préconisée pourront avoir recours au livret que chaque élève complétera par la notation des événements importants aux dates correspondantes.

Nous sommes cependant persuadés que notre chronologie affirmera bien vite sa supériorité incontestable qui lui vient de ses qualités de souplesse et d’adaptation aux différents besoins scolaires.

3° Les fiches carton :

Avec les fiches carton toutes les combinaisons sont également possibles. Classement dans le fichier et de façon précise, de tous les documents historiques ; exposition des fiches se rapportant à une période donnée, pour la recherche collective et individuelle de documents, affichage de la liste des dates, etc...

***

Nous n’avons pas la prétention de préciser ici, dans le détail, la technique possible de l’emploi de notre chronologie mobile. Chaque instituteur l’adaptera à sa classe et nous ferons notre possible pour continuer la publication de documents susceptibles d’enrichir encore ce qui pourrait bien devenir le livre idéal pour l’enseignement historique dans nos écoles.

* * *

Celte chronologie est l’œuvre de la Coopérative : il serait difficile de préciser la part que chacun d’entre nous a eue dans son élaboration, mais nous croyons devoir signaler cependant combien nous a été précieuse la collaboration si compétente de notre ami Gauthier, de Solterre (Loiret) qui poursuit depuis plusieurs années ses études originales de rénovation de l'enseignement historique et dont il nous a été facile de mettre au point le projet grâce au concours des nombreux camarades auxquels nous nous sommes adressés.

C. F.

 

Fichier de calcul, Bibliothèque de travail et anciennes mesures

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Une raison d'insuccès en arithmétique

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Pouvons-nous tirer de l'U.R.S.S. des renseignements?

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U.R.S.S., URSS

La lutte pour l'éducation polytechnique

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U.R.S.S., URSS

Le travail par groupe : le plan d'IENA

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Page 287

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Page 289

Protestations espagnoles

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