Programmation et pratique de la classe

D├ęcembre 1965

CENTRE INTERNATIONAL DE PROGRAMMATION DE L’ECOLE MODERNE VENCE (A.-M.)

Programmation et pratique de la classe

  

Maintenant que sont passés les soucis de rentrée, il nous faut reprendre, d’une part la préparation des bandes que nous voulons éditer, d’autre part continuer l’expérimentation par l’apport des centaines de camarades qui emploient aujourd’hui les bandes dans leur classe.

Jusqu’à présent en effet, la technique des bandes ne pouvait pas fonctionner à plein parce que nous n’avions qu’un petit nombre de bandes éditées et que l’éducateur était obligé de faire lui-même une forte proportion des bandes qui lui étaient nécessaires.

Or, nous avons aujourd’hui notre cours complet de calcul ; nous avons notre cours complet de français. Au début de mars paraîtra notre série de 30 bandes Atelier de calcul. Il ne nous manque plus qu’un assortiment de bandes de sciences pour fonctionner normalement selon la nouvelle technique qui est déjà en fonctionnement à l’Ecole Freinet.

Le lundi, nous soignons tout particulièrement notre plan de travail sur lequel nous pouvons déjà noter avec précision les bandes calcul et français à faire (chacun selon son degré et les indications du planning.) Nous avons déjà un petit assortiment de bandes de sciences et de travaux pratiques (découpages, maquettes, expériences, observations, etc…)

Nous avons naturellement le matin une heure et demie de travail collectif avec chant, lecture, dessin, texte libre, imprimerie et exploitation du texte en vocabulaire et grammaire, calcul vivant.

Puis les enfants, dès qu’ils ont fini, passent à leur travail libre qui dure environ trois heures dans la journée : le matin, bandes de calcul et de français, l’après-midi, travaux divers sur bandes et conférences.

Pendant ces trois heures, l’atmosphère de la classe est totalement changée : plus de leçons, plus de devoirs ; la classe devient comme ces salles de bibliothèque où les étudiants s’occupent en silence aux travaux de leur gré, selon la documentation qu’ils peuvent se procurer.

Le silence total est de rigueur, ce qui n’empêche pas la collaboration chuchotée. Nous voulons dire que personne, ni maître ni élève, ne parle fort pour s’adresser à tout le monde et déranger le travail.

Le maître ne parle plus : il aide, il conseille autour de lui, il cherche de la documentation supplémentaire, il soutient les bonnes volontés en difficulté, souvent par imperfection du matériel que nous proposons ; il rédige même les bandes bis dont peuvent avoir besoin certains élèves. Le rendement est alors maximum.

Au cours de l’après-midi, nous pouvons maintenant aborder des réalisations grâce à nos bandes programmées dont nous avons déjà donné de nombreux spécimens dans L’Educateur et que nous publierons prochainement.

La dernière heure est consacrée aux comptes rendus de travaux avec leçons a posteriori et conférences.

Cette pratique de la classe est désormais possible chez tous les maîtres qui possèdent nos bandes. Ils verront alors les avantages incontestables de cette technique :

— Réduction du travail collectif à ce qui se rapporte à l’activité libre ;

— suppression totale des leçons (ne subsistent que les leçons a posteriori) ;

— maximum de rendement du travail individuel au cours duquel les enfants se sentent libérés de l’autorité du maître ;

— tranquillité du maître qui ne s’époumone plus et n’a plus à se mettre en colère ;

— travail mieux adapté pour tous, donc d’un meilleur rendement.

Cette forme d’école préfigure à notre avis l’Ecole de demain au premier et au second degré aussi. Au second degré plus qu’au premier peut-être, où les leçons collectives sont souvent cause d’une grosse perte de temps et où le travail individualisé sera toujours plus rentable.

Cette technique est recommandée immédiatement à 100 % pour les classes de transition qui cherchent encore leur voie conformément aux Instructions ministérielles.

***

Il nous faut parfaire notre collection de bandes.

a) Pendant nos journées de travail à Vence, nous avons ébauché une vingtaine de bandes de sciences, dont certaines sont encore entre les mains des camarades qui les avaient emportées pour mise au point.

Nous leur demandons de nous les faire parvenir immédiatement, terminées ou non,

b) De nombreux camarades ont réalisé des bandes bis pour diverses disciplines. Une camarade inscrite à notre Cours par correspondance écrit avoir réalisé 90 bandes pendant les vacances.

Je serais heureux que ces camarades me communiquent leurs réalisations pour que je puisse éventuellement faire les critiques et donner les conseils utiles. Nous garderons les bandes qui peuvent nous être utiles. Nous les retournerons après en avoir pris copie et nous y joindrons une bande vierge gratuite. Nous pourrons même aider davantage les camarades qui voudraient travailler dans ce domaine.

Nous sortirons sans doute avant Pâques une première série de 30 bandes scientifiques, dont nous donnerons la liste.

Et c’est aux camarades du second degré que je fais plus spécialement appel. Nos bandes peuvent, à ce degré, et plus vite encore qu’au second degré, renouveler tout notre enseignement. Mais évidemment, il nous faut au plus vite des bandes :

— bandes de calcul (sont déjà réalisées)

— bandes de français

— bandes de sciences, etc…

Nous passerons à l’édition le plus rapidement possible. Les premiers essais d’enseignement programmé actuellement publiés sont à notre avis déplorables, Par notre collaboration active nous pouvons, sans retard, faire œuvre exemplaire.

Au travail donc, Ecrivez-nous et envoyez-nous vos documents. Nous vous aiderons.

Il serait souhaitable que sous la direction des camarades déjà initiés, s’institue à l’échelle du département, le travail de programmation majeur.

C. F.

P.S. Calcul mental : Je voudrais aussi préparer des bandes de calcul mental que nous avons expérimentées avec succès à l’école Freinet.

Le calcul mental est incontestablement un excellent exercice de jonglage, non seulement avec les symboles mais aussi avec les ensembles mathématiques. Jusqu’à présent le calcul mental se fait — lorsqu’il se fait — par le procédé Lamartinière. Mais il en est de ces exercices comme des leçons et devoirs collectifs : les premiers répondent sans peine, mais la masse des autres ne fait absolument aucun effort et se contente de copier.

Avec les bandes, chacun avancera à son pas et le profit en sera certainement décuplé.

J’ai commencé à rédiger les premières bandes que je conçois selon notre nouveau mode de programmation : chaque bande comporte trois quarts au moins d’opérations que l’enfant a déjà apprises et pour lesquelles il continue l’entraînement. Mais de temps en temps survient un fait nouveau. Comme dans la vie.

Je serais heureux que les camarades qui ont une pratique méthodique du calcul mental veuillent bien m’écrire pour l’étude de.la progression souhaitable.

C. F.