L'Educateur n°6 - année 1965-1966 - Technologique 2d degré

Novembre 1965

D’abord : savoir où l'on va

Décembre 1965

Nous n'aurons pas une reconsidération logique et rationnelle du travail scolaire et pédagogique si nous ne changeons pas la pédagogie.

Il y a certains éléments éducatifs qu'on a cru longtemps et qu’on croit encore valables parce qu'ils étaient intégrés totalement, plus ou moins bien, à des modes de vie et de pensée aujourd’hui dépassés.

Il y a ainsi quelques points majeurs des données psychologiques et pédagogiques qu’il nous faut absolument examiner d’un point de vue critique expérimental,

A la fin de la guerre de 14, j'ai voulu donner l’électricité à mon village en utilisant une grande source qui coule en permanence à l'entrée même de l’agglomération. Cette eau faisait d’ailleurs tourner, depuis des siècles, un moulin, mais selon l'ancien principe d’avant les conduites forcées : une accumulation d'eau dans une « tine » en bois ou en pierre au fond de laquelle se trouvait l’échappement de l’eau sur la turbine.

Quand j’ai affirmé que je pouvais supprimer cette immense « tine » et que, avec ma conduite forcée, j’aurai la même puissance, nul ne m’a cru.

Seule la réussite a montré que j’avais raison.

Si je n’avais pas osé cette expérience, nul n’aurait utilisé la conduite forcée si ce n’est pour amener l’eau dans la tine.

Un principe physique et technique nouveau, une nouvelle conception de la force nous ont permis une réalisation spectaculaire qui était impossible selon les anciens procédés.

Mais pour persuader les habitants, le maire et les conseillers de la possibilité de cette solution, il fallait, soit leur expliquer abstraitement les principes nouveaux, soit les matérialiser dans une réalisation.

Il en est de même en pédagogie :

1°. Le texte libre, et l'expression libre en général sont une réussite. Mais cette réussite suppose que les éducateurs prennent conscience du principe pédagogique qui rend possible cette réussite : un nouveau processus d’apprentissage par tâtonnement expérimental.

Si nous n’êtes pas persuadé de la valeur et de la vérité de ce principe, vous emploierez la canalisation pour amener l’eau à la tine, vous emploierez un texte libre aménagé pour rendre moins rébarbative la méthode traditionnelle d’apprentissage par devoirs et leçons, et vous direz ensuite : le texte libre? C'est intéressant, mais ce n’est pas formidable ni décisif. Vous n’avez pas découvert la force nouvelle à exploiter.

Ce serait là un premier point à discuter. En attendant la parution de mon livre sur le Tâtonnement expérimental, l'institut Freinet va prochainement publier une esquisse de la méthode préconisée et les camarades intéressés pourront alors discuter du problème posé.

2°. Nous avons constaté à l'expérience que l'explication verbale et théorique, les leçons du manuel ou du maître étaient pratiquement sans valeur si elles ne venaient pas en explication et synthèse d'une expérimentation préalable, Et qu’il faudrait donc nous orienter vers ce que nous appelons la leçon a posteriori, faisant suite à la documentation et à l’expérimentation personnelles et au travail autocorrectif. Si cela est, et il nous appartient d'en faire la démonstration théorique et technique, il faudrait supprimer les leçons ex cathedra et la pratique des manuels à remplacer par une nouvelle forme d’outils et de techniques de travail.

Mais si nous ne sommes pas persuadés de l’inutilité, sinon de la nocivité de la pédagogie traditionnelle, nous continuerons les erreurs du passé et nous affronterons le proche avenir sur les bases de formules qui ont échoué.

Et on s’étonnera ensuite de la demi- réussite des méthodes modernes,

3°. Nous avons constaté que partout et toujours le travail individualisé est supérieur au travail collectif.

La chose vaudrait peut-être d’être démontrée et expliquée. C’est possible.

Pour nous, l'expérience est concluante, mais nous avons besoin de savoir exactement la part que nous devons faire dans nos classes à l'activité individuelle ou d’équipe de façon à savoir quand, dans la pratique de nos classes, nous faisons bien, quand nous faisons mal. ,

4°. Est-il exact que l’enseignement hors de la vie est une erreur? Des pédagogues du passé ont affirmé le contraire. Il faudrait enfin savoir qui a raison. C’est très important car la vie touche à la motivation que nous jugeons indispensable et à l’affectivité qui l'est plus encore.

Mais les éducateurs hésitent parce que toute leur formation contredit cette nouveauté.

5°. Pouvons-nous dans nos classes, considérer nos enfants comme des petits hommes, qui n'ont peut-être pas encore toutes les qualités d’hommes, mais qui n’en ont pas non plus les défauts, ou les laisserons-nous toujours mineurs, tout juste aptes à recevoir notre endoctrinement?

Qui a raison?

Oui, mais, dira-t-on, nous avons trop d’élèves, la multiplicité des professeurs nous paralyse, les collègues ne sont pas d'accord, nous n'avons pas d’argent, etc...

C'est un deuxième aspect de la question. Quand vous partez pour une ascension, vous savez d'avance quel est le but à atteindre. Si vous pouvez vous diriger vers ce but, sans détour, sans obstacle majeur, tant mieux : vous n’atteindrez que plus tôt le sommet et sans fatigue excessive.

Mais cette éventualité n’est qu’exceptionnelle, Dans la pratique, une infinité d'obstacles vous obligent et vous obligeront à faire un détour pour éviter une barre infranchissable, à prendre même un sentier qui vous éloigne momentanément du but, à rebrousser chemin peut-être momentanément, en attendant que s’éloigne l’orage, ou que fonde la neige à peine tombée. Mais vous aurez conscience que ce ne sont là qu'empêchements passagers que vous vous appliquerez à surmonter. Si vous n’aviez pas comme un impératif le but à atteindre, vous vous contenteriez peut-être de vous asseoir au soleil et d’étaler votre casse-croûte entre les jambes, sans autre idéal que d'attendre que passe le temps.

Mais vous savez où vous devez aller ; peu à peu vous abandonnerez les chemins incertains, vous vous reposerez à l'étape pour reprendre au plus tôt la route vers le sommet.

Si nous voulons avancer, il ne suffit pas d’emprunter des chemins qui vous semblent monter, sans savoir où ils vous mènent, même si les fréquentent beaucoup de touristes comme vous qui veulent seulement se dégourdir les jambes, Il faut avoir un but, et marcher vers ce but, par les chemins dont nous aurons apprécié la valeur.

C’est à ce travail vraiment d'avant- garde que nous convions tous nos camarades. Les cinq points que j'indique ne font évidemment pas le tour de tout le problème de l’apprentissage scolaire et humain. Nous ne prétendons pas avoir raison à 100%. Nous disons à nos camarades : ne vous contentez pas de vous engager au hasard vers des pistes minimes, même si elles vous apparaissent comme un progrès, discutons d'abord des points sur lesquels il nous faut nous mettre d’accord. Alors, nous saurons où aller, et nous progresserons.

La discussion de ces thèmes divers va se poursuivre au sein de l'institut Freinet, qui aura désormais :

— son bulletin d’information et de discussion ;

— sa série de publications ;

— ses rencontres ;

— ses services par correspondance. Les éducateurs intéressés peuvent dès maintenant se faire connaître et commencer l’envoi de leurs travaux,

C. F.

 

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Décembre 1965

 

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