TRAVAUX DES ENFANTS hors de l'├ęcole

Juin 1966

Nos bandes enseignantes peuvent-elles être utilisées pour les travaux des enfants hors de l'Ecole ?

La question a été soulevée au Congrès de Perpignan par les propositions de distributeurs qui voudraient utiliser nos bandes pour les activités des enfants hors de l’Ecole.

Le premier mouvement de nos camarades a été l'opposition radicale : on a obtenu la suppression des devoirs à la maison ; allons-nous contribuer à leur rétablissement sous une forme détournée ?

Et puis les camarades, rentrés chez eux, ont réfléchi.

Certes, s'il s’agit de devoirs scolastiques, puisque nous les éliminons progressivement de nos classes, nous n'allons pas les faire revivre hors de l'Ecole. Je crois que nos initiatives en ce domaine ne soulèvent aucune suspicion. Mais cette opposition aux devoirs du soir n’est nullement en contradiction avec nos théories pédagogiques qui incitent parents et éducateurs à déborder sans cesse le milieu scolaire, notamment sous forme de recherche de documentation (archives familiales ou municipales, vieux papiers, cartes postales, livres et revues), d'enquêtes, de conférences, d’étude du milieu.

Si les enfants sont vraiment intéressés par le travail de bandes, n'est-il pas normal qu'ils y consacrent leurs heures de loisirs en y intéressant si possible leurs parents? Et le journal scolaire n'est-il pas l'écho d'un travail nouveau qui, avec la correspondance notamment, ne saurait se confiner dans les quatre murs de l'Ecole?

Or, il se trouve que, pour ce travail extra-scolaire, nos bandes enseignantes sont le meilleur guide. Les enfants les emportent volontiers à la maison et ils nous en disent leur satisfaction. C'est là l’opinion de la majorité des camarades.

Voici ce que nous écrit à ce sujet Madame Marin, de Bagnolet :

« Les enfants de nos grands ensembles s'ennuient. Les causes sont multiples, mais le fait est là :
— manque de milieu naturel ;

— pelouses interdites ;

— craintes des parents : accidents, disputes, crainte des « bandes d'enfants » ;

— pas d’animaux à la maison ;

— le beau logement qu'il ne faut pas salir, pas même mettre en désordre, etc...

Ce qui leur reste : la télévision. Nombreux sont les enfants qui avouent la regarder car ils ne savent pas quoi faire.

La création d’une bibliothèque pour enfants, qui est une réalité vivante, a montré, dans la commune où j'enseigne (particulièrement défavorisée : banlieue est de la capitale), que l'enfant se jette littéralement sur toute occupation qui l'intéresse.

Dès que les bandes sont apparues dans nos classes, les enfants ont demandé à les emporter à la maison. Les parents sont heureux de les voir « travailler » à quelque chose qui leur plaît enfin. Ils ont la paix ! ! !

Mais, pour les bandes d’acquisition, j'ai rencontré une difficulté. L'entourage de l’enfant comprend souvent fort mal comment nous travaillons et la question du « copiage » de la réponse est très souvent évoquée. L’enfant parfois en panne, ne rencontre pas à la maison l'aide qu'il trouve à l'école. Dans une tout autre atmosphère que celle de la classe, certains enfants copient la bande et ne peuvent passer le test à la fin.

Après plusieurs accidents de ce genre, nous avons remonté le courant. Peut-être saurai-je mieux m'y prendre auprès des enfants comme auprès des parents, la prochaine fois qu'avec un nouveau contingent d'élèves les bandes partiront à la maison,

Peut-être qu'aussi, apprenant à mieux connaître de nouvelles formes de travail, les parents évolueront lentement. Je suis contre le travail bête imposé à la maison, mais je ne refuse jamais qu’un enfant qui le propose fasse quelque chose le soir.

Si les enfants ne savent pas quoi faire, les parents ne savent pas non plus quoi leur acheter. Et peut-être les bandes auraient-elles, de ce fait, grand succès»,

L. MARIN

Nous avons de nombreuses lettres enthousiastes d'enfants qui sont heureux d'emporter les bandes à la maison.

Mais, nous dit-on, n’est-il pas à craindre que éducateurs et parents surtout fassent une obligation à leurs enfants de faire une bande par soir, avec risque de punition ? Dans ce cas-là, certes, nos bandes tomberont à faux et leur usage n’aura pas grande valeur. Mais il en est ainsi de tous nos outils et techniques qui peuvent être manœuvrés à contretemps et perdre ainsi toutes leurs vertus. Mais il y aura toujours assez de maîtres et d’enfants avisés pour user de nos bandes avec un naturel bon sens.

Je pense même que nous devrions faire mieux : nous devrions réaliser des séries de bandes, utiles en classe certes, mais qui conviendraient tout particulièrement hors de l’école : travaux scientifiques simples, observations, étude du milieu, enquêtes diverses, travaux, découpage au filicoupeur pour toutes maquettes d'histoire et de sciences.

Les travaux seraient naturellement liés aux travaux scolaires, ils seraient prévus dans le plan de travail et seraient de ce fait parfaitement motivés.

Oui, c'est exact, une grosse majorité d'enfants d’aujourd'hui ne savent plus comment passer le temps hors de l'Ecole. Il nous appartient à nous, et nous le pouvons aujourd’hui, de préparer les bandes et les brochures qui feront que la famille et la rue seront un jour le prolongement naturel, sur le plan éducatif, de l'Ecole Moderne que nous réalisons.

C. F.