L'Educateur Prolétarien n°2 - année 1933-1934

Novembre 1933

L’U. R. S. S. adoptera-t-elle nos techniques ?

Novembre 1933

Notre pédagogie telle que nous l’avons définie et telle que nous la pratiquons est-elle une pédagogie révolutionnaire, et dans quelle mesure ? Telle est la question que, depuis des années, on agite autour de nos efforts: les uns nous accusant de dangereux extrémisme, les autres doutant nu contraire que nos travaux aient une portée appréciable sur les efforts de libération prolétarienne.

Nous voudrions apporter ici notre point de vue, le plus objectif possible, sans autre but que de servir la vérité dont nous nous sommes toujours réclamés.

 

A LA RECHERCHE DE LA VERITE PEDAGOGIQUE

Précisons d'abord un fait : Nous sommes des pédagogues et non des politiciens. Dans nos recherches, nous ne sommes jamais partis d'un point de vue politique, ce qui à notre avis, serait une hérésie. Nous nous sommes engagés sur la voie nouvelle sans aucun apriorisme, mais aussi sans aucune considération conformiste, sans égards pour les idoles auxquelles nous refusons de sacrifier, bousculant sans pitié les conceptions centenaires d’une pédagogie traditionnelle et routinière, renversant les barrières qu'on n’a cessé de dresser entre l’école et la vie, entre l'école et le milieu social.

Par l'imprimerie à l’Ecole nous avons touché à sa source la vérité et l'ingénuité enfantines. Forts de cette puissance nouvelle nous avons travaillé à mettre sur pied une pédagogie de vérité, dégagée de tous les sophismes scolastiques qui l’étiolent. Nous ne nous soucions point à l’origine de savoir si oui ou non, cette pédagogie pourrait un jour supporter l’étiquette révolutionnaire. Nous pensions seulement, comme Barbusse, que rechercher partout la logique et la vérité c’est œuvrer pour la libération révolutionnaire ; nous savions surtout que la pédagogie, science de la culture désintéressée de l’enfant, ne pouvait mériter ce nom que si elle ne craignait aucune vérité, quelle qu’elle soit.

Il s’est trouvé alors que, parce que nous avions puisé en d’autres éléments les principes de notre pédagogie, nous avons découvert, nous avons dit ce que les éducateurs sentaient confusément mais n'osaient exprimer.

Ce faisant nous avions heurté des conceptions, lésé des intérêts, chatouillé des amours-propres, malmené la chaîne des traditions. Ne nous étonnons pas si on nous a traqués en nous stigmatisant du qualificatif, qu’on voudrait déshonorant, de révolutionnaire.

* * *

DE LA VERITE. SOCIALE

Consciemment ou inconsciemment la pédagogie traditionnelle est au service de la classe bourgeoise ; consciemment ou inconsciemment, les éducateurs participent à une vile besogne de bourrage et d’asservissement. Inconsciemment, croyons-nous, car la plupart d’entre eux s’étonnent ensuite et s’indignent de voir la jeunesse qu’ils ont formée participer aussi tragiquement à la décadence sociale et politique d’un régime.

En face de ce mensonge, nous dressons un peu de vérité, nous dressons un maximum de vérité : nous tâchons d’ouvrir des veux, de tracer une voie, de préparer l’avenir. Nous disons le droit pour l’enfant prolétarien de rester lui-même, avec sa classe, tout en s’élevant harmonieusement, son droit de rejeter les mensonges moraux, idéologiques ou patriotiques que l’Etat s’applique à lui inculquer.

Cette vérité, nous n’allons point la chercher dans les livres menteurs au service d'une organisation sociale qu’ils s’engagent implicitement à ne pas attaquer.

C’est dans la vie même des enfants que nous la puisons el c’est là une de nos meilleures conquêtes révolutionnaires.

PEDAGOGIE REVOLUTIONNAIRE

Conquête pédagogique d'abord, s'entend. Mais révolutionnaire par surcroît. Elle nous permet d'atteindre à la fois deux buts également précieux : l’expression spontanée libérant et activant l’élan vital des enfants, tend à raffermir et à enrichir les personnalités. Toute notre technique subséquente tend au même but : préparer à travers l’enfant l’homme actif, vrai, fort, capable de se dresser devant l’erreur et l’injustice — premier but qui ne nous est nullement particulier, qui est, littéralement, le but que s’assignent tous les grandes éducateurs : former des hommes.

Deuxième but : nous replaçons automatiquement l’enfant dans son milieu, alors que toute la pédagogie capitaliste s’efforce à l’arracher à ce milieu, à le dissocier de sa classe pour l'intégrer à la classe au pouvoir. Contredire ainsi les aspirations et les besoins capitalistes est un véritable crime.

Qu’a-t-on osé nous reprocher, en effet ? D’avoir laissé nos enfants dire qu’ils avaient faim, qu’ils ne voulaient plus partir à la guerre, que leurs parents étaient en chômage, que les riches boivent du vrai champagne — faits qu’on ignore systématiquement, en effet, dans les manuels officiels où s'étale le bourrage pseudo-moral, instrument de la mystique patriotique qui nous a conduits sur les champs de bataille et que notre ministère exalte aujourd’hui encore comme un devoir de notre charge.

Grâce à notre technique, l’enseignement élémentaire ne sera plus basé sur cette phraséologie plus ou moins officielle mais bien sur la pensée et la vie des enfants dans leur milieu naturel — préoccupation, nous l’avons dit, avant tout pédagogique, en concordance directe avec nos conceptions éducatives et nullement dictée par je ne sais quelle orthodoxie politique.

Toute notre action est justifiée pédagogiquement comme se justifie pédagogiquement aussi notre refus d’inculquer à nos élèves des pensées, des sentiments, des modes de vie en opposition avec leurs nécessités fonctionnelles, notre refus d’abstraire les enfants de leur milieu, même si les enseignements qu'ils en reçoivent sont en désaccord avec les théories sociales dominantes, notre refus de préparer ces enfants à la défense sanglante d’une entité, la Patrie, qui n’a de sens aujourd’hui que pour ceux qui en retirent un évident bénéfice.

Nous montrons justement, par la pratique, que les théories officielles sont en contradiction avec les principes mêmes d'une saine pédagogie scientifique. Et en éducateurs, c’est cette pédagogie que nous voulons appliquer et faire triompher, à moins que le fascisme avoué ou latent nous mette dans l’obligation tragique de choisir entre la pédagogie nouvelle ou la fonction rétribuée par un régime jaloux de ses prérogatives.

La bourgeoisie ne s’y est pas trompée : elle a épaulé sciemment les récentes attaques réactionnaires contre nos techniques, et les déclarations emphatiques du ministre semblent indiquer que le gouvernement entend agir violemment contre les instituteurs qui, au nom de leur conscience pédagogique, luttent pour la libération des enfants du peuple.

***

DENONCER LA CONCEPTION CAPITALISTE DE L’EDUCATION POPULAIRE.

Aux yeux des profiteurs, gros ou petits, du régime, nous apparaissons comme révolutionnaires surtout parce que nous avons refusé de participer au grand mensonge social de l'éducation en régime capitaliste.

Si on se contente certes de considérer théoriquement les méthodes en soi, si on parle d'éducation en pédagogues soit disant scientifiques qui cherchent à étudier les faits dans leur absolu : si on compare ainsi abstraitement et exclusivement dans ses pratiques scolastiques renseignement d’aujourd'hui à l’enseignement d’il y a un demi-siècle, on constate en effet un changement matériel dont le régime est heureux de s’enorgueillir.

Mais que sont les méthodes sinon le moyen d’atteindre un but qui est d’élever les individus, de former des hommes. L’école officielle capitaliste a-t-elle élevé les individus, a-t-elle amélioré les conditions intellectuelles et morales de la grande masse populaire ?

Hélas ! Il n’est pas difficile d’être plus que sceptique, lorsqu’on a vu les efforts éducatifs de la génération qui nous a précédés aboutir au grand carnage de 1914 et à la formidable escroquerie qui l’a suivie ; lorsqu’on considère l’avilissement peut-être sans précédent non seulement de la bourgeoisie, mais aussi, hélas ! de tous ceux qu’elle a asservis et contaminés.

On a construit des écoles, perfectionné le matériel, inventé des méthodes, amélioré des techniques, et le but poursuivi semble s’éloigner d’autant vers l’abaissement moral et l'atonie d'une adolescence impuissante et désaxée.

Il y a là, pour le moraliste el le sociologue et pour le pédagogue aussi — un grave problème à résoudre et dont les savants conformistes s'obstinent à ne point chercher les vraies solutions.

Par timidité et parti-pris, on s’obstine à vouloir chercher dans la vie actuelle de l’école, les causes de cette faillite éducative. Voyant le danger, nos maîtres nous prêchent charitablement : vous avez une mission sacrée... Votre tâche n’est pas de vous mêler à la lutte politique ou sociale... votre domaine est l’école, vous devez vous y cantonner...

C’est là une des plus grandes tares de la conception capitaliste de l’éducation populaire : prétendre, par dessein égoïste, isoler l’école de tous les faits sociaux et politiques qui la conditionnent ou en annihilent la portée c’est s’associer à un des plus redoutables mensonges de notre époque.

Essayez donc de convaincre un maçon que peu lui importent la consistance du terrain sur lequel il doit bâtir, ou la qualité des matériaux employés, ou la nécessité de couvrir l’édifice pour le protéger des intempéries ?

Plus logique, plus humain que les éducateurs, ce maçon se rebellerait contre une conception et une organisation du travail qui heurtent aussi évidemment l’élémentaire bon sens et la nécessité sociale de donner à l’effort l’efficacité normale qui en est tout à la fois la raison et le but.

A son exemple, l'éducateur doit s’imprégner de cette idée que l’école telle qu’elle est comprise aujourd'hui n’est qu’un rouage mineur de la grande et complexe fonction de formation — ou de déformation — des individus. Quelques questions primordiales devraient toujours se présenter à son esprit :

L’enfant qu’il est chargé d’éduquer y est-il disposé par son état physiologique et psychique ? A-t-il dormi convenablement dans une pièce aérée Est-il nourri normalement et avec soin ? Peut-il jouer hors de l’école ? Trouve-t-il, dans sa famille, le milieu favorable à son évolution?

Sinon, et si, de ce fait, ses efforts éducatifs sont d'avance voués à un échec, à qui en incombe la responsabilité et comment pourrait-on obvier à cet état de choses pour que le milieu enfantin soit enfin favorable à l’action des éducateurs ?

Hélas ! on ne tient pas à ce que l’instituteur exerce dans ce sens sa logique car la responsabilité est évidente dans nos écoles populaires : chômage, taudis, sous-alimentation, nervosité, tuberculose, déficience, anormalité sont les fruits de notre régime d’exploitation et ne disparaîtront qu’avec l'établissement de la société socialiste.

L’action pédagogique poussée ainsi jusqu'à ses limites normales, devient donc nécessairement action sociale, voire action politique.

Les locaux scolaires, le chauffage, l'alimentation dans les cantines, l’organisation horaire des études sont de même des déterminantes directes de nos succès pédagogiques.

Si, comme on le constate notamment dans cette période critique de « redressement financier », les crédits pour construction scolaire sont supprimés, si, sous prétexte de révision de la carte scolaire, on porte à un chiffre excessif l'effectif de nos classes, dans lesquelles la discipline nécessairement autoritaire devient la préoccupation dominante des éducateurs; si, de ce fait, tout travail sérieux devient impossible, qui inculper ? Et n'est-il pas logique de placer encore une fois les responsabilités là où elles sont, c’est- à-dire dans la conception sociale et politique, de l’éducation ? Comment réagir si ce n’est en intervenant sur le plan social, syndical el politique ?

Et quand l'éducateur anormalement isolé dans sa classe considère les résultats désespérants de ses efforts, n'est-il pas naturel aussi qu’il déplore le système anti-éducatif péri et post-scolaire qui, dans notre société, contrarie sans cesse nos humbles mais honnêtes efforts pédagogiques : presse immonde, cinéma flattant exclusivement les bas instincts, sport commercialisé, perversion gagnant de degré en degré tous les éléments sains ? Et n’est-il pas de notre devoir de dénoncer ce sabotage conscient de nos efforts pédagogiques et de doubler ceux-ci de l’action sociale, syndicaliste, voire politique susceptible de changer favorablement cet état de choses ?

Nous reprochera-t-on de mêler ainsi, dangereusement, la politique ou le syndicalisme à l'éducation ? Comme si c'était nous qui procédions à ce mélange et s’il ne faudrait pas s’étonner plutôt de l’attitude antiscientifique de ceux qui tentent d’isoler anormalement un fait social aussi complexe que l'éducation de tous les considérants extrascolaires qui en déterminent les méthodes, le rythme et l’évolution.

Notre rôle est toujours d’examiner avec sincérité et loyauté les questions qui se posent à nous, d’ouvrir les yeux, de montrer la nécessité pédagogique de l’action sociale et politique, et en nous basant sur cette réalité, sur cette vérité, de donner aux éducateurs de nouvelles possibilités d’action et des raisons d’espoir.

Par cette action clarificatrice — et qui n'est jamais, à aucun moment, une action de partisan politique nous tendons à faire de tout éducateur convaincu de la nécessité de la lutte émancipatrice — et quelles que soient par ailleurs ses convictions politiques — un homme capable de considérer sainement, et dans leur synthèse vivante, les faits sociaux auxquels il se trouve mêlé, de reconnaître ainsi, avec sûreté, les véritables ennemis de l’école populaire et de la pédagogie nouvelle, de se dresser contre le régime anti éducatif que nous subissons et de devenir ainsi, dans la mesure de ses moyens, un ouvrier conscient de l’éducation prolétarienne dans la future société socialiste.

NOTRE TECHNIQUE PEUT-ELLE ET DOIT-ELLE PENETRER EN U.R.S.S. ?

Notre action révolutionnaire, on le voit, nous la menons au grand jour, parce qu’elle n’est en définitive que l’honnête et intégrale action pédagogique. Nous ne nous sommes jamais souciés de savoir si elle répondait à une ligue politique quelconque qui, elle, est d’un autre domaine que nous n’examinerons pas ici.

Nous ne savons donc pas dans quelle mesure le Parti dirigeant de l’U.R. S.S. approuve notre effort. Mais nous sommes tellement sûrs des fondements psychologiques, pédagogiques et sociaux de notre technique, nous sommes tellement persuadés d’avoir raison que nous ne saurions nous émouvoir quand des camarades nous disent charitablement :

- Mais vos méthodes ne sont pas possibles actuellement en Russie Soviétique. Là-bas, il ne s’agit pas du tout de liberté scolaire, mais d'une dictature dominée pour l’instant par la nécessité de défendre la patrie prolétarienne contre les attaques de la bourgeoisie internationale... L’enseignement est là-bas aussi dogmatique et formatif...

Je connais passablement la pédagogie soviétique. J’en ai vu sur place, en 1925, ce qui pouvait en être considéré comme l’éclosion. C’était l'époque encore des expériences et des tâtonnements : depuis Lénine, qui avait génialement commenté Marx, la voie était magistralement tracée pour la future école prolétarienne du travail. Mais la technique qui permettrait de marcher sur cette voie manquait totalement : la pratique pédagogique allait alors de l’école anarchisante réactionnaire Plan Dalton. C’était comme un bouillonnement : la cristallisation était bien loin encore.

Un puissant effort de redressement a plus tard fait faire un grand pas à l’école prolétarienne en l’intégrant au maximum au milieu social, en liant effectivement l’école à la construction socialiste.

Le plan quinquennal a été décisif pour cette orientation. L'Ecole a peu à peu fixé ses techniques. Mais la grande fièvre de production, l'enthousiasme sans précédent pour l'émulation socialiste ont parfois, à notre avis, ramené dangereusement certaines formes dogmatiques de l'ancienne école. Production s’est traduit parfois, en pédagogie par acquisition : d’où la préparation de manuels pour toutes les écoles, le rétablissement de certains examens, une tendance regrettable à exagérer la réaction disciplinaire contre la pédagogie libérale.

Nous ne nous exagérons cependant pas ces dangers, car nous avons malgré tout confiance en la logique prolétarienne d'une masse aujourd’hui sortie de l’ornière et qui n’acceptera pas les vieilles formes de préparation de la jeunesse révolutionnaire.

Malgré la situation passagère que les nécessités mondiales font à l’U.R. S.S., l'imprimerie à l'école, telle que nous l'avons définie, et nos techniques en général, pourraient-elles être introduites dans les écoles soviétiques ? C’est la question que nous allons examiner avec la plus grande objectivité, dans le seul but de servir la pédagogie et le prolétariat.

Il n’est peut-être pas inutile de redire ici qu’aucun de nous n'attend de cette introduction le moindre avantage personnel ; nous ne demandons jamais aucun droit d'auteur sur nos inventions ni même sur nos éditions, lorsque l’exploitation doit en être faite selon des principes coopératifs. Mieux : comme nous l’avons fait pour l’Espagne, comme nous sommes en train de le faire pour la Belgique, nous mettrons avec joie notre expérience et nos réalisations au service de nos camarades soviétiques pour qu’ils arrivent le plus tôt possible à organiser, dans leur pays même, et sans notre intervention commerciale ou technique, la fabrication du matériel et la marche des services.

Nous n’avons jamais fait aucun sacrifice, qu’il soit financier ou idéologique — à la propagande en France : nous n’en ferons pas davantage à l’étranger. Nous disons ce qui est, nous montrons ce que nous avons réalisé, nous donnons à l’occasion notre avis sur les possibilités éducatives résultant des circonstances diverses : nous rétablissons la réalité toutes les fois que nous constatons l’incompréhension et le doute, persuadés que nous sommes de l’avenir qui attend une technique inébranlablement fondée socialement, psychologiquement el pédagogiquement.

Nous ne cachons point cependant que si nous voyons avec joie notre technique nationalement organisée en Espagne avec la création aujourd’hui effective d’une coopérative sœur de la nôtre : si nous répondons avec empressement à l’appel de nos camarades belges qui désirent suivre sous peu l’exemple espagnol, nous serions particulièrement heureux que notre expérience puisse être répétée dans les milliers d’écoles expérimentales de l’U.R.S.S. d’abord avant d’être adoptée comme une des techniques fondamentales de l’école soviétique. Et cela est normal : nous avons toujours visé, dans nos réalisations, l’épanouissement de l’école populaire. Il y a un pays où cet épanouissement est puissamment déclenché. C’est là, et la seulement, que notre innovation peut donner son plein rendement et acquérir son vrai sens et sa réelle portée. C. FREINET. (A suivre).

 

Au secours des enfants allemands émigrés

Novembre 1933

 

La situation actuelle de Freinet / prudence administrative

Novembre 1933

Nous nous serions contentés d’avertir les quelques camarades intéressés coopérativement ou syndicalement des changements survenus dans notre situation si de nombreux camarades ne nous avaient écrit pour être renseignés à ce sujet. Voici donc :

Nommé régulièrement à Bar-sur-Loup, je suis allé y faire classe le 29 juillet, afin de m’y faire installer officiellement. Mais je n’avais nullement l’intention de m'y rendre en octobre parce que notre vie familiale et coopérative aurait été impossible.

On a dit, en effet, au Congrès du S.N., que j’avais été favorisé en obtenant Bar-sur-Loup, « dont le Maire est de mes amis politiques ».

C’est là un impudent mensonge. Le Maire de Bar-sur-Loup, quoique vaguement de gauche, n’est nullement de mes amis politiques. Mais on me connaît à Bar-sur-Loup, puisque j’y ai exercé neuf ans et lorsque l’administration demanda au conseil municipal si on m'accueillerait volontiers à Bar-sur-Loup, la réponse fut affirmative.

De plus, la nomination à Bar-sur-Loup est pour moi une véritable rétrogradation, donc, quoi qu’en dise le ministre, une peine disciplinaire nouvelle. C’est bien, certes, un chef-lieu de canton, mais sensiblement de même population que St-Paul. De plus, Bar-sur-Loup est à 20 km au nord de St-Paul, à 50 km de Nice. C’est un poste de débutant que personne ne veut tenir plus de six mois ou un an, parce que c’est effectivement un des plus mauvais postes de direction à deux classes du département.

De plus, le climat y est très humide et dangereux pour notre santé.

Voilà le poste qu’on m’offrait.

* * *

Malgré mes diverses réclamations, l’administration n’a jamais voulu tenir compte du fait que j’étais gravement mutilé. J’ai donc invoqué la loi et je me suis fait mettre en congé de longue durée comme étant dans l’impossibilité, du fait de ma blessure, d’exercer dans le poste qui m’a été désigné... Je suis en congé payé pour six mois ; j’habite un logement privé à St-Paul où on peut donc continuer à m’écrire ou à me voir.

Ce congé ne résout, certes, pas la situation difficile qui me serait faite, si j’étais obligé de rejoindre un jour Bar-sur-Loup. Nous verrons à Pâques.

Dans tous vos envois, ne jamais indiquer : Les élèves de l’école — ou l’instituteur de St-Paul — car les correspondances ainsi adressées ne m’atteindraient pas. Bien spécifier : Freinet, St-Paul ou Coopérative de l’Enseignement Laïc. C. F.

 

Nous nous serions contentés d’avertir les quelques camarades intéressés coopérativement ou syndicalement des changements survenus dans notre situation si de nombreux camarades ne nous avaient écrit pour être renseignés à ce sujet. Voici donc :

 

Nommé régulièrement à Bar-sur-Loup, je suis allé y faire classe le 29 juillet, afin de m’y faire installer officiellement. Mais je n’avais nullement l’intention de m'y rendre en octobre parce que notre vie familiale et coopérative aurait été impossible.

 

On a dit, en effet, au Congrès du S.N., que j’avais été favorisé en obtenant Bar-sur-Loup, « dont le Maire est de mes amis politiques ».

 

C’est là un impudent mensonge. Le Maire de Bar-sur-Loup, quoique vaguement de gauche, n’est nullement de mes amis politiques. Mais on me connaît à Bar-sur-Loup, puisque j’y ai exercé neuf ans et lorsque l’administration demanda au conseil municipal si on m'accueillerait volontiers à Bar-sur-Loup, la réponse fut affirmative.

 

De plus, la nomination à Bar-sur-Loup est pour moi une véritable rétrogradation, donc, quoi qu’en dise le ministre, une peine disciplinaire nouvelle. C’est bien, certes, un chef-lieu de canton, mais sensiblement de même population que St-Paul. De plus, Bar-sur-Loup est à 20 km au nord de St-Paul, à 50 km de Nice. C’est un poste de débutant que personne ne veut tenir plus de six mois ou un an, parce que c’est effectivement un des plus mauvais postes de direction à deux classes du département.

 

De plus, le climat y est très humide et dangereux pour notre santé.

 

Voilà le poste qu’on m’offrait.

 

* * *

 

Malgré mes diverses réclamations, l’administration n’a jamais voulu tenir compte du fait que j’étais gravement mutilé. J’ai donc invoqué la loi et je me suis fait mettre en congé de longue durée comme étant dans l’impossibilité, du fait de ma blessure, d’exercer dans le poste qui m’a été désigné... Je suis en congé payé pour six mois ; j’habite un logement privé à St-Paul où on peut donc continuer à m’écrire ou à me voir.

 

Ce congé ne résout, certes, pas la situation difficile qui me serait faite, si j’étais obligé de rejoindre un jour Bar-sur-Loup. Nous verrons à Pâques.

 

Dans tous vos envois, ne jamais indiquer : Les élèves de l’école — ou l’instituteur de St-Paul — car les correspondances ainsi adressées ne m’atteindraient pas. Bien spécifier : Freinet, St-Paul ou Coopérative de l’Enseignement Laïc. C. F.

 

Prudence administrative

 

Nous ne disons pas prudence pédagogique. En prenant connaissant des événements de Saint-Paul, nos administrateurs ne se sont pas demandés si nos innovations pouvaient avoir une valeur véritable. Ils n'ont vu que les ennuis administratifs qui en découlaient.

 

Aussitôt, partout où nous avions des adhérents, Directeurs et Inspecteurs ont dressé une sorte de barrage. Le Ministre est venu à la rescousse, et, sans rien connaître de notre technique ni de nos réalisations, il a jugé, il a essayé de condamner...

 

L'orage est passé, non sans dommage hélas ! pour l’idée laïque et pour l’éducation nouvelle. Que ceux qui se sentent quelque courage encore réfléchissent.

 

Voici donc encore un document :

 

Dans une ville du midi, un instituteur pratique avec succès l’imprimerie à l’Ecole depuis quelques années.

 

Le 16 juin dernier, deux instituteurs demandent à l’Inspecteur primaire l'autorisation d’assister à une demi-classe de leur collègue S... afin de se documenter sur la technique.

 

Voici l'avis que le Directeur de l'Ecole ajoute à la demande et la réponse de l'I.P. :

 

Avis du Directeur

 

1° J’applaudis à l’idée qu’ont MM. I. et A. de se renseigner sur une méthode nouvelle.

 

Je préférerais cependant que cela se fit en dehors des heures de classe. M. S. pourrait par exemple donner une démonstration un jeudi, avec ses élèves et tous les maîtres que cela intéresse pourraient en bénéficier.

 

2° A un autre point de vue, je ne suis guère partisan de voir s’introduire à l’Ecole les méthodes de « l’Ecole joyeuse » sur lesquelles tout le monde est loin d’être d’accord. Je crains que les collègues des classes suivantes ne pâtissent de l’expérience tentée.

 

Si on veut essayer ces méthodes ce contre quoi il n’y a rien à objecter, qu’on réunisse dans une même école tous les maîtres qui en sont partisans : on pourrait ainsi voir clairement les résultats ; ou bien, si un maître seul veut faire cet essai dans une école à plusieurs classes, qu’il prenne la classe de préparation aux examens et qu’il assume les responsabilités que cela comporte.

 

LE DIRECTEUR.

 

Note de l’I.P.

 

Je tiens à rendre hommage à la curiosité très légitime de MM. I. et A., mais je les mets en garde contre un engouement prématuré pour une méthode qui, quoi qu’on en dise et quelque séduisante qu’elle apparaisse, n’a pas encore fait ses preuves.

 

Je voudrais que ces deux maîtres, lors de la visite de la classe de M. S., que j’autorise volontiers, dirigent leur attention non seulement sur la méthode employée mais aussi sur les résultats obtenus : ce qu’il faudrait savoir, c’est si les élèves de M. S. atteignent un bon niveau dans le cours auquel ils appartiennent. Je ne leur demande pas de faire une critique du travail de leur collègue, mais de se faire une opinion bien personnelle sur le rendement pratique et éducatif de cette classe. Pour les disciplines essentielles, lecture, orthographe, français, calcul, ces élèves peuvent-ils se comparer avantageusement à leurs camarades de même cours, assujettis à la méthode officielle. A mon avis, c’est le critérium indispensable.

 

Je tiens à encourager toutes les initiatives, mais je ne peux autoriser la pratique d’une éducation nouvelle, bien différente de celle qui est consacrée dans nos écoles, que si sa supériorité est évidente.

 

De toute façon, les élèves ayant bénéficié de I’ «Ecole joyeuse » doivent être soumis comme leurs camarades aux examens de passage que j’ai préconisés au début de l’année.

 

Je prie M. L. de porter ces instructions et ces remarques à la connaissance de MM. I. et A. qui voudront bien me communiquer dans un rapport succinct et précis leurs impressions et observations. A cette condition seulement je les autorise à passer tour à tour une demi-journée dans la classe de M. S., avec l’agrément de celui-ci.

 

P.S. — Il y a des brimades pédagogiques que nous ne devons pas tolérer. C’est pourquoi cette revue reste ouverte à tous ceux qui ont à se plaindre des conceptions éducatives de nos chefs.

Vers un nouvel enseignement de l'histoire

Novembre 1933

 

Fichier de calcul/le classement de notre fichier

Novembre 1933

 

Pour un matériel auto-éducatif CEL / Construction et utilisation du calculateur

Novembre 1933

 

Comment nous apprenons à lire et à écrire par l'imprimerie

Novembre 1933

 

L'Imprimerie chez les moins de 6 ans

Novembre 1933

 

Pour l'activité fonctionnelle des enfants

Novembre 1933

 

La Vie de notre Groupe

Novembre 1933

 

Pour une littérature espérantiste à l'usage des enfants - Ni esperantigu la infanojn !

Novembre 1933

 

Notre bibliothèque espérantiste coopérative

Novembre 1933

 

Les dangers du cinéma

Novembre 1933

 

La radio : installation d'une antenne

Novembre 1933

 

Votre discothèque scolaire

Novembre 1933

 

Documentation internationale

Novembre 1933

 

Documentation coopérative

Novembre 1933