Pour une autre p├ędagogie de l'Oral

 

 
ISABELLE DELCAMBRE.
POUR UNE AUTRE PEDAGOGIE DE L'ORAL.
L'exemple d'une école Freinet au travail de la maternelle au cycle 3.
Jeudi 26 mars 2009.
 
Introduction par Françoise Diuzet :
Champ de recherches d'Isabelle Delcambre = pédagogie de l'oral.
Quelle place la pédagogie Freinet donne-t-elle aux enfants à travers sa pratique de l'oral ?
La parole des élèves y est-elle différente ?
 
Isabelle Delcambre (ID) présente les résultats de la recherche THEODILE (Théorie Didactique de la Lecture et de l'Ecriture).
Projet institutionnel : il y a eu convergence entre l'inspection académique et l'ICEM Nord -pas – de – Calais pour remplacer l'intégralité de l'équipe de l'école de Mons-en-Baroeul (de la maternelle au CM2) par des enseignants Freinet à la rentréé 2001.
Avant, l'école, placée en ZEP, ne marchait pas bien, l'ambiance y était mauvaise et elle était mal insérée dans la quartier, des classes fermaient.
 
Projet : lutte effective contre l'échec scolaire.
Condition à la mise en place de ce projet : expérience évaluée par une équipe de chercheurs externes à l'éducation nationale et au mouvement Freinet.
 
La recherche a duré 5 ans. L'évaluation a porté sur : -les résultats des élèves,
- les relations avec les parents,
- les phénomènes de violence,
- l'intégration de l'école dans le quartier.
L'équipe de recherche est pluri-disciplinaire, il y a des didacticiens du français mais aussi des maths et des sciences, une psychologue des apprentissages, un sociologue.
Les projets étaient différents au sein de cette recherche, chacun avait un axe particulier.
Pour l'oral, elles étaient deux :
* Elisabeth Nomon qui a travaillé au cycle 3 sur les exposés et les présentations de livres.
* Isabelle Delcambre qui a travaillé en maternelle et observé les entretiens du matin,
avec une question : recherche du fonctionnement du dialogue scolaire.
 
Didactique de l'oral :
* C'est une discipline de recherche où on élabore des descriptions de ce qui se passe dans les classes pour pouvoir comprendre. Les chercheurs ne prennent pas de posture de formateur ou de préconisateur.
Tout ce qui a été observé et analysé lors de cette recherche n'est pas forcément généralisable car le contexte est très important.
* Les disciplines scolaires ont une place centrale. Comment ces disciplines sont en lien avec les apprentissages ?
Or l'oral n'est pas une discipline mais une modalité langagière, c'est transversal à toutes les matières.
 
 
* Il y a 3 dimensions dans les recherches en didactique de l'oral :
- phénomène de communication scolaire
- oral = milieu dans les apprentissages (??? desolée, je ne comprends pas ce que j'ai noté)
- oral disciplinaire : construction de genres oraux comme l'exposé.
 
Dispositif concret de la recherche d'ID :
Observation pendant 4 ans de 4 classes maternelle de l'école de Mons-en–Baroeul (pédagogie Freinet) et étude comparative de classes non-Freinet avec des enfants venant de mêmes milieux.
Chaque année, deux entretiens du matin ont été filmés dans chaque classe, un en début d'année, un en fin d'année. Sept heures de vidéo sur 4 ans ont été analysées.
Puis, ID a réalisé des interviews des maîtresses à partir des vidéos de leur classe, elles commentent et réagissent.
 
Les entretiens du matin : lieu où s'apprend le dialogue à l'école, lieu qui donne les conditions du développement et de l'apprentissage du langage (parler clairement...)
Point de vue ethnologique : c'est le lieu du passage entre le non-scolaire et le scolaire.
 
Comment fonctionne le dialogue scolaire ?
Lors d'une recherche précédente, elle avait établi que c'était un dialogue asymétrique : l'enseignant est en position haute, de pouvoir et de responsabilité et le nombre de ses prises de paroles est plus important que l'ensemble des prises de parole de tous les enfants.
Ce dialogue est figé : Question de l'enseignant – Réponse de l'élève – Validation de l'enseignant.
Il est répétitif, il y a peu de prises de paroles des élèves, peu d'initiatives, ils se trouvent en position basse.
Absence de dialogue suivi de l'enseignant avec un même élève.
Avec la pédagogie Freinet, le dialogue scolaire instauré est-il différent ?
 
Choix de recherche D'ID :
Elle décrit plus les formes d'enseignement qu'elle n'évalue les productions des élèves.
Plusieurs raisons : par manque de temps, c'est plus difficile à mettre en place, c'est compliqué d'évaluer quelle est la part de la pédagogie par rapport au développement naturel du langage chez l'enfant.
 
Axes de travail :
1) Les enseignantes laissent-elles une autonomie aux élèves, la prise de parole entre eux est-elle possible ?
2) Comparer les organisations différentes de ces temps de prise de parole.
- Formes de prises de parole d'élèves qui enchaînent avec une autre prise de parole d'élève.
- Identifier des variations dans le dialogue scolaire.
 
 
 
 
 
 
1) Contrôle ou autonomie ?
Dans toutes les classes, peu d'échanges entre élèves, il y a densité du contrôle de la maîtresse.
La qualité des échanges entre élèves est meilleure dans les classes Freinet (CF).
Meilleur = ils ont quelque chose à ajouter, ils ont des échanges de type complémentaire.
Exemples : CF --> un enfant parle d'un hérisson, un autre le corrige en disant que non, c'est un écureuil.
Dans une classe non Freinet (CNF), un enfant dit qu'il a 5 ans et un autre dit -moi aussi, puis un autre -moi aussi.
 
2) Dans l'organisation de l'entretien, il y a des différences très nettes.
Fonctionnement dans une classe Freinet :
- 3 ou 4 élèves s'inscrivent au début de la séance, donc ils se préparent à parler, à faire cette présentation. Ils peuvent préparer cette prise de parole avec leurs parents. Ce n'est pas spontané, improvisé.
- Ils présentent un objet face aux autres en position de conférencier.
- Les autres élèves peuvent ensuite poser des questions, c'est la maîtresse qui donne la parole.
- Pendant la séance, une photo de l'élève qui a présenté a été prise. Elle est collé dans le cahier de vie qui circule dans chaque famille.
- Quand une question, un problème non-résolu s'est présenté plusieurs fois à l'entretien du matin (ou ailleurs), cela va servir de point de départ à l'étude d'une notion.
- Etayage fort de la maîtresse pour que l'enfant puisse construire un dialogue autonome.
 
Dans une classe non Freinet :
- Activités de numération, compter les absents, ceux qui mangent à la cantine...
- Etablir la date du jour, repérage sur le calendrier.
- Présentation des ateliers à venir : activité de lecture d'images, formulation d'hypothèses à partir d'un objet caché.
 
3) Les fonctionnements sont différents donc les rôles sont également différents.
CF : - locuteur principal = celui qui écoute.
- locuteurs secondaires = ceux qui posent des questions.
- rôle d'écouteur, rôle qu'I. Delcambre a découvert lors de l'interview avec les maîtresses.
 
CNF : les rôles ne sont pas explicitées.
L'élève a un rôle de répondeur, il s'adresse exclusivement à la maîtresse. Il n'y a pas de rôle d'écouteur.
 
Rôle d'écouteur :
CF : les maîtresses le décrivent ainsi, être attentif, ne pas bouger, être présent et actif, les yeux grands ouverts. On voit que l'enfant qui adopte cette attitude a compris ce qui se joue dans cette situation.
CNF : les maîtresses ne donnent pas de sens à ce silence ou alors une valeur négative, c'est le signe que l'élève s'ennuie ou qu'il n'a pas compris.
Et pourtant, l'écoute est la situation de réception dans la communication orale, il paraît important de construire les 2 pôles.
 
CF : les prises de parole sont institutionnalisés, le fonctionnement du rituel est clairement expliqué, tous le connaissent.
CNF : le rituel fonctionne sur le mode implicite, le fonctionnement n'est pas verbalisé par la maîtresse.
 
CF : l'entretien du matin est un travail de nature langagière et communicationnelle. C'est également la mise en commun d'objets sur lesquels on va construire les apprentissages.
Cela permet aussi de faire le lien avec les familles. C'est un moment pour apprendre à prendre la parole, à questionner, à répondre.
CNF : le fait que l'entretien du matin puisse être un travail n'est pas conscient pour la maîtresse. L'objectif, c'est de faire s'exprimer les élèves. L'élève apprécié est celui qui est “moteur”, qui “prend la place de la maîtresse” dans la manière et le contenu de ce qu'il dit. Il faut l'inciter à parler sans qu'il prenne toute la place pour donner aux autres envie de faire pareil.
 
4) Les variations dans le dialogue.
Observation de la présence et de la fréquence des dilogues (maître- élève) et des trilogues (maître- élève- élève), qui sont des moments où le maître (pour un dilogue) ou un élève (pour le trilogue) se consacre à un autre élève plus longuement (plus de deux prises de parole consécutives).
 
Les dilogues.
- Phénomène fréquent en CF ou CNF.
- En moyenne 5 dilogues par séance mais leur répartition au sein de la séance est très inégale.
- Nombre d'élèves concerné par le dilogue : de 1 à 6 élèves, en moyenne, 3 élèves par séance. Ce n'est pas lié à la longueur de la séance et ce n'est pas spécifique aux CF. Mais dans les CNF, c'est souvent le même élève qui est concerné par le dilogue.
Les enseignants Freinet semblent avoir un contrôle intentionnel du fonctionnement du dialogue.
- La qualité des ionteractions est présente dans toutes les classes.
 
Les trilogues : objets de discours communs entre 2 élèves et la maîtresse au sein du groupe classe.
- 14 trilogues observés durant les séances. 13 trilogues sur 14 ont été observés dans les CF.
C'est un indice de la liberté de parole des élèves qui ne craignent pas d'intervenir, de s'insérer dans un dialogue maître – élève.
 
Conclusion sur les dilogues et les trilogues.
Ce sont deux potentialités du dialogue scolaire. Ces moments- là sont très riches au niveau interactionnel.
 
 
 
 
 
 
 
5) Conclusion :
Dans les CF :
- Diversité des rôles langagiers offerts aux élèves.
- Intentionnalité de la prise de parole : oral préparé.
- Explicitation des rôles : reflexivité, prise de conscience.
S'incrire pour prendre la parole. Quand un enfant veut prendre la parole et qu'il ne s'est pas inscrit, cela lui est refusé. C'est une attitude qui pourrait paraître étonnante dans d'autres classes où l'objectif est que le maximum d'enfants prennent la parole.
- Qualité interactionnelle des prises de parole.
- Aisance dans la prise de parole (trilogues).
Il y a, dans les classes Freinet, une recherche d'équité dans la gestion du dialogue scolaire.
 
Présentation (très rapide et incomplète, par manque de temps) de la recherche d'Elisabeth Nomon au cycle 3 (CE2, CM1).
(Pour plus d'informations, se référer au livre d'Yves Reuter qui regroupe l'ensemble des recherches).
 
Organisation des conférences : les élèves proposent à l'avance un sujet et une organisation (travail seul ou à 2). La préparation se fait en semi- autonomie (recherche documentaire, réalisation d'une affiche).
 
Déroulement de la conférence :
- Présentation.
- Questions et commentaires à l'initiative des auditeurs.
- Evaluation de la classe portant sur la qualité de la conférence, l'enseignant a une voix comme les élèves.
- Présentation minuté (6 minutes).
- Les conférenciers peuvent être enrengistrés pour pouvoir s'écouter dans un second temps et ainsi prendre conscience de leur débit de parole et mieux le contrôler ensuite.
Rôles confiés aux élèves : - contrôle du temps
- animateur.
 
La ritualisation des rôles et du travail, l'inscription dans l'emploi du temps, la répétition du même déroulement entraînent une institutionnalisation des conférences.
 
Autonomie des élèves : sujets libres, les élèves s'inscrivent dans l'emploi du temps lorsqu'ils sont prêts.
Contrôle de l'enseignant : exigences et propositions de procédures à suivre pour mieux organiser son travail et être efficace. Il amène les élèves à distinguer les faits des questions qu'ils soulèvent. Il demande aux élèves de diversifier leurs sources d'information.
 
 
 
 
 
 
CONCLUSIONS GENERALES :
* Importance de la ritualisation : les élèves savent à quoi ils s'attendent , cela va dans le sens de la clarté. La limite, c'est la routinisation, on peut se contenter de faire tourner le rituel à minima. Le rôle de l'enseignant est alors d'aider les élèves à aller plus loin.
* Continuité des apprentissages dans cette école. En maternelle, il y a un grand accompagnement des maîtresses dans l'apprentissage de la parole publique. Ce qui fait que dès le CP, les élèves sont capables de faire des présentations de travaux.
L'enfant est considéré comme un interlocuteur valable.
 
 
Intervention d'une dame qui présente l'AGSAS (Jacques Lévine)
Livre : “Apprendre à parler, apprendre à penser”
Lors d'ateliers, les enfants sont placés en cercle, les adultes sont à l'extérieur. Un mot inducteur est lancé. Il n'y a pas de questions de posées pour éviter de rentrer dans le schéma question-réponse. Les enfants doivent établir des dialogues autour du mot inducteur. Il y a une exigence de clarté posée par la situation elle- même puisqu'il faut qu'ils se fassent bien comprendre des autres.