Petits volumes en terre

Octobre 1999

 


CréAtions 88 -  Supports multiples  - publié en septembre-octobre 1999

Classe de CP-CE1, Ecole Gaston Monmousseau, Méry-sur-Oise (Val d’Oise) – Enseignante : Isabelle Desjardins - Intervenant: Dragan Ristic Dragoslav, artiste plasticien.

 

 

Petits volumes en terre

 

 

 

Ce travail sur les petits volumes a eu lieu pendant une classe d’initiation artistique. Le projet de classe culturelle, dont le titre était « Matières à vivre… du nuage au rêve », a fait suite à un travail entamé l’année précédente avec la même classe, qui avait abouti à la création de volumes avec des matériaux de récupération (cf. « Objets d’imagination », Créations n°79).

 

Pour prolonger cette expérience qui avait passionné les enfants de CP, de nouvelles dimensions ont été introduites lors de l’élaboration du projet : un travail avec et sur les matériaux naturels, une approche plus sensorielle des formes, des matières, des couleurs, de la relation ombre/lumière des volumes, et bien sûr la richesse de la rencontre avec un artiste, ses œuvres, sa personnalité.



 « En partant pour la forêt, on a ramassé de l’herbe sèche sur les talus.
En forêt, on a cherché et ramassé la terre mouillée. On a bien mélangé la gadoue, l’herbe et l’eau.
Pendant que Dragan formait les boules et les installait sur le tronc, on a cherché des idées de formes autour de nous, en observant tout.
Après on a essayé de modeler ces formes.
Le jeudi matin (deux jours après, on est retournés voir nos sculptures, elles n’étaient pas démolies. »

 

Première étape :
L’approche du matériau « terre » et premiers volumes éphémères

Dès le premier jour, une découverte de l’environnement de la ferme s’imposait. Nous avions donc prévu un repérage « guidé » des divers matériaux naturels dont nous pouvions disposer. Le modelage n’ayant jamais été pratiqué par les enfants, les sensations associées au toucher de la terre n’avaient pas été développées et n’avaient pas donné lieu à des échanges. Nous avons donc choisi de mettre dès le lendemain cette technique en pratique en milieu naturel. Les enfants ont écrit pour accompagner les photos de cette expérience lors de l’exposition qui a suivi.

 


Deuxième étape :
Le travail sur le dessin de formes aléatoires pour créer des volumes
     

Pour éviter de reprendre des techniques de modelage d’objets (colombins, plaques…) et amener chaque enfant à créer une sculpture « originale », nous sommes partis d’une discussion sur les formes que nous avions observées les jours précédents : les formes douces, celles qui font peur, qui ressemblent à … qui font penser à …
Dragan a demandé aux enfants de laisser leur crayon tracer une forme imaginaire. Sur chaque feuille, les tracés se sont entrecroisés, soit de manière très dense, soit au contraire de manière épurée. Il a fallu ensuite en définir le contenu, beaucoup ont choisi un tracé fermé plus marqué que les autres ou les lignes extérieures du dessin.
L’artiste a alors mis son savoir-faire au profit de chaque enfant, en l’aidant à déterminer l’emplacement des arêtes et des creux, en plaçant les ombres, donc en aidant à matérialiser le volume.

Troisième étape :
La réalisation des petites sculptures

Chaque enfant a ensuite pris son dessin et a essayé de modeler sa forme avec de l’argile marron, noire ou blanche, (ou en essayant des mélanges bien sûr).
Les enfants ont été très actifs et se sont bien approprié le matériau. Le plaisir de manipuler l’argile et de réaliser une sculpture individuelle était évident. 

 

Les adultes ont simplement eu à donner des conseils techniques (essentiellement sur l’ajout ou le retrait de terre pour obtenir un creux ou une bosse et pour l’humidification constante des parties les plus travaillées).
Le prolongement de ce travail a bien sûr été la réalisation du côté « caché » du dessin, ou du « dos » de la sculpture comme l’ont appelé certains. Des choix ont été faits entre garder le même « style » ou au contraire en changer.
Pour certains, le travail aura duré près de deux et demie… sans le moindre signe de lassitude, malgré les « ratés » mais ils pouvaient être exprimés et repris.
La réalisation de ces volumes a permis aux enfants de conserver une des seules traces individuelles durables (heureusement, il y a les photos) de cette semaine artistique. En effet la plupart des autres réalisations ont été collectives ou éphémères. Les enfants auront pu aussi considérer l’erreur comme formatrice car la souplesse de la gestion du temps, de l’espace et le choix du matériau employé leur permettaient les échanges et les reprises.

 

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