DITS DE MATHIEU - magnifier

Octobre 1950

Travailler « pour de bon »... « Faire joli »... « Pour que ça serve »... Ce sont là les grands soucis de l’enfant aux prises avec la vie. .

Il termine son château de sable en le couronnant d’un bouquet de fleurs. Dans ses doigts de magicien, il agite au soleil un prisme qui pare le monde des couleurs merveilleuses de l’arc-en-ciel.

La page elle-même qu’il vient d’animer de ses graffiti attend la palette capricieuse du peintre pour acquérir vie et splendeur, comme si l’enfant avait besoin sans cesse d’habiller son œuvre du coup de pouce décisif qui fait les choses plus belles que ce qu’elles sont.

Vous vous contentez, vous, de battre des mesures pour rien, de faire copier des textes que vous annotez sans scrupule et que vous barrez avec autorité d’un rouge rageur. Vous trouvez toute naturelle l’hécatombe en fin de séance, pour récupérer l’argile plastique des chefs-d’œuvre modelés avec tant de sérieux et tant d’amour.

Le maçon travaillerait-il avec cœur et avec goût si on détruisait systématiquement la maison qu’il vient d’achever et sur laquelle il a posé, avec la légitime fierté du constructeur, le bouquet symbolique ? Le paysan reprendrait-il la charrue si son blé était non plus accidentellement mais méthodiquement, fauché en herbe, et si étaient rasés les arbres qu’il a plantés ?

En ce début d’année, essayez d’oublier les enseignements inhumains de la scolastique, écoutez les exigences normales de la vie, magnifiez l’œuvre la plus humble du plus humble de vos enfants ! Que chaque travailleur — et l’enfant a les soucis et la dignité du travailleur — ait, à tout instant, conscience d’avoir posé une pierre à son édifice et ajouté à son patrimoine un peu d’efficience et un peu de beauté.

Magnifiez le texte informe en lui donnant la pérennité du majestueux imprimé ; magnifiez par les couleurs et la présentation des dessins qui seront dignes d’une collection ou d’une exposition, émaillez et cuisez au four des poteries qui, dans leur forme définitive, sauront défier les siècles.

Alors vous sentirez la fierté de l’oeuvre bien faite animer et passionner vos jeunes ouvriers, vous ferez naître et s’imposer cette grande dignité du TRAVAIL que nous voudrions écrire, nous aussi, en lettres définitives aux frontons de nos écoles modernes du Peuple.