Optimisme, 10 octobre 1935

La perspective d'un regroupement des masses populaires permet d'espérer le recul des menaces du fascisme en France et attise l'espoir.

« Nous vivons, à n’en pas douter, une période tragique de l’histoire des peuples. La réaction, le fascisme, la guerre, sont là à nos portes ; mais aussi la Révolution, la Révolution triomphante en URSS et la Révolution qui débute en France par le regroupement et la mobilisation de masses qui prennent conscience du danger social et de la nécessité d’une lutte élargie et décisive.
Ce regroupement des masses, cette levée étonnante de tant de défenseurs de la paix et de la liberté, sont pour nous éducateurs, les raisons réconfortantes d’un immense espoir. Il y a un an, la nuit fasciste menaçait la France et le monde ; la barbarie hitlérienne semblait élargir irrésistiblement sa tâche lugubre, négation et anéantissement de tous nos efforts éducatifs.
Nous revivons !
Malgré les restrictions de crédits, malgré des décrets-lois draconiens, nous sentons que l’éducation prolétarienne dont nous avons été en France les initiateurs, s’affirme, se développe et s’impose : les municipalités de Front populaire ont une plus généreuse estimation de l’importance sociale et politique de l’école ; les colonies d’enfants s’inspirent de l’esprit nouveau ; le naturisme et le campisme prolétarien fixent leurs techniques et leurs buts ; un mouvement d’enfants unifié va se développer et nous nourrissons l’espoir d’animer bientôt un vaste Front populaire de l’Enfance qui groupera, pour des buts progressistes, tous les amis de l’école.
N’essayons pas de trop pronostiquer sur le triomphe prochain et définitif de l’esprit populaire et révolutionnaire. La victoire nous demandera bien des efforts encore et des sacrifices. Mais nous avons du moins aujourd’hui un espoir et une certitude : la lutte est possible entre les forces de progrès et les forces de réaction et, dans cette lutte, l’influence d’une solide et profonde formation scolaire prolétarienne peut devenir prépondérante.
Cette assurance nous est d’un grand réconfort.»

Célestin Freinet

Extrait paru dans L'Éducateur Prolétarien n° 1, octobre 1935

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