Ecole, sexualité, animation

Mai 1975

 


«Ecole, sexualité, animation»

 

  par Françoise GROS-TRIBILLON et Claude MANGE.

 

  Les cahiers de l'Education permanente

 

  123 p., 1974- Tema Editions

 

  4, rue de la Michardière, Paris 2e

"Ce livret part d'une étude précise des textes officiels proposés à l'école mais la déborde par une analyse de la relation sexualité-société. ainsi que par une analyse prospective du terrain qui s'offre à l'animateur en matière d'Education sexuelle. C'est à cet animateur qu'il est avant tout destiné".

 

 

C'est en ces termes que ce livre est présenté sur la dernière page de couverture et la définition qui en est ainsi donnée correspond bien à la réalité.

 F.G. Tribillon et C. Mange sont tous deux des responsables de La Ligue Française de l'Enseignement et entre autre chargés de la formation des animateurs en matière d'éducation sexuelle : ce sont donc des gens qui savent de quoi ils parlent.

 Et pour présenter leur livre, il me semble plus évocateur de donner - de celui-ci - un choix de quelques citations particulièrement bien venues, plutôt que de le paraphraser plus ou moins adroitement.

 

  En voici quelques unes :

 - Dès que les adultes engagent avec les jeunes un type de débats sur la sexualité qui remet vraiment en cause l'ordre établi, la répression ne tarde guère.

 - La nouvelle sexualité est donc en liberté surveillée.  Comment prétendre s'occuper d'éducation sexuelle sans mettre en jeu une éducation du bonheur, c'est-à-dire un projet de société.

 - L'enfant, l'adolescent ... qui va l'aider à conquérir ainsi sa majorité sexuelle ? L 'adulte ? ... L'adulte formé sur le tas par la vieille éducation irresponsable de la fable et du silence. - En fait toutes ces précautions (du ministre) s'expliquent par la peur des parents : celle qu'ont les parents ; celle que le ministre a des parents.

 - Le ministre sous-informe parce qu'il a peur des parents qui sont sous-informés, qui ont peur parce qu'ils sont sous-informés. Qui brisera le cercle ? Les enfants peut-être. Sous la pression de l'événement un ministre de l'Université s'improvise ministre de la sexualité.

 

  - Préserver la source même de toute éducation : l'expression.

 

  - Toute éducation repose sur les moyens d'expression, y compris l'éducation sexuelle car la sexualité est aussi un moyen de communiquer.

 

  - Comment "permettre" aux autres de vivre si l'on ose pas se contempler dans un miroir; ou si l'on s'y complaît.

 - L 'environnement urbain actuel on le sait, c'est un univers fonctionnel, anonyme axé en priorité sur le travail. Quant aux relations sexuelles des jeunes, elles ne sont tolérées que dans la mesure où elles resteront marginales et accidentelles.

 Et bien pourquoi ne pas sexualiser l'urbanisme, et offrir à l'imagination des amours débutantes des espaces plus sauvages et profonds que ceux des grands ensembles avec leurs blocs de béton froids et géométriques.

 Ce ne serait pas incitation à la débauche pour reprendre le pénible jargon d'une civilisation puritaine, mais invitation au bonheur dont la recherche reste bien sûr à la charge des couples d'usagers. (A moins qu'aux petits chemins étroits de nos campagnes on ne préfère les caves des HLM).

 

 Comme on peut le voir, les auteurs ont le courage d'aller jusqu'au bout de leurs convictions et d'en tirer des conclusions pratiques ... même si elles dérangent quelque peu nos vieilles conceptions.

 

  Combien sont capables d'une telle remise en question, même et y compris au sein de l'Ecole Moderne ?

 

  Ce livre est un livre courageux, point de vue lucide et réaliste de gens qui savent de quoi ils parlent ce qui est rare.

 

  Certes il n'est point exempts de critiques :

 1) Par exemple il ne remet pas en cause cette fameuse période de "latence" que ne reconnaissent guère de nombreux camarades dans la classe desquels les enfants peuvent vivre, s'épanouir, s'exprimer librement.

 

  2) De même, le principe même de la paration de l'information et de l'éducation n'est guère remis en question au niveau pratique.

 

  L'auteur reste enfermé dans le modèle ministériel de "l'équipe" et de son intervention en dehors de la classe.

 Il n'est dit nulle part, sauf erreur de ma part, que l'équipe c epourrait être aussi, ce devrait être l'équipe des professeurs de toutes les disciplines, répondant aux questions quand elles se présentent naturellement et dialoguant avec des élèves qu'ils connaissent bien et qui les connaissent bien. Et non ces··"spécialistes" étrangers à ltablissement inconnus des élèves et ne les connaissant pas, et qui viennent là le lundi de 17 h à 18 h 30 discuter de questions dont· le moins qu'on puisse dire - est qu'elles n'ont aucune raison de naître le lundi de 17 à 18 h 30 et seulement le lundi de 17 h à 18 h 30.

 Outre cette inadaptation totale au niveau psychologique rien n'est dit de l'impossibilité matérielle de faire fonctionner de telles équipes.

 - A raison de trois ou quatre "spécialistes" par groupes de quinze élèves, tout ce qui existe de psychologues, de médecins, de sexologues ... je ne dis pas en France, mais dans toute l'Europe n'arriverait pas à couvrir les besoins de tous les élèves de France (même à raison seulement d'une ou deux séances par mois).

 - Quant aux crédits nécessaires raison de 62,97 F par heure et demie, de présence d'animateur comme cela est prévu), il est intéressant de prendre un cas concret et de se livrer à un rapide calcul pour voir l'irréalisme de telles propositions :

 

  Soit un CES moyen : 600 élèves soit 40 groupes de 15 élèves

 

  Soit 5 séances par groupe (c'est un minimum) - Total 200 séances.

 

  Chaque séance coûte 62,97 F x 3 "spécialistes" = 188,91 F

 

  188,91 F x 200 = 37.782 F soit près de quatre millions anciens.

 

  Sans commentaires !
 

 Enfin et c'est le point le plus important, on est dans cette formule pluraliste d'endoctrinement des élèves mis à la disposition des familles. Où est le droit de l'enfant ?

 "Lorsque j'aurai un enfant, je respecterai ses idées, même si elles ne sont pas les miennes", écrivait l'année dernière une adolescente de treize ans dans un texte libre.

 

  Voilà un chapitre qu'on aurait aimé voir développer.

 

  Mais malgré ces critiques, il n'en reste pas moins que "Ecole, sexualité et animation" reste un livre à lire et à méditer.

 

 

Jean MARIN