Trajectoire d'une vie


Revue CréAtions en ligne n° 231 "Narrations"
annoncée dans le Nouvel Éducateur n°231 - Publication : février 2017

Lisa, élève de l'option arts plastiques, Lycée Lumière, La Ciotat (Bouches du Rhône) - Enseignant : Hervé Nuñez

 

 

Trajectoire d'une vie

 

La narration n'est pas toujours un texte. L'image séquentielle est, elle aussi, narrative dans le sens où elle égrène le temps qui passe. Plus surprenant, l'image fixe peut être, elle aussi, narrative.

On se souvient de l'Adoration des mages de Gentile da Fabriano  qui raconte le voyage des mages dans un même espace mais dans des temps différents. Pour cela Gentile mise sur la capacité de l’œil à parcourir l'espace par analogies de formes (appels*, rappels de formes), des répétitions ou des variations progressives de couleurs et en invitant le spectateur à suivre les lignes (routes, barrières, etc.).

Plus près de nous, le cubisme de Picasso et de Braque qui "racontent" le volume dans un espace en deux dimensions ou les artistes de la figuration narrative qui ajoutent à ce qui a été dit plus haut des éléments du langage de la bande dessinée, la série, l'ellipse et autres syntagmes visuels.

 

 

Premier dessin : "Biographie évolutive d'Anälya Wildri"
Personnage : Anälya Wildri + Kiria, femme renard
Personnage dans plusieurs endroits/situations au fur et à mesure du temps

Époque : Moyen-âge
Univers : héroïc fantasy
Termes en rapport : évolution, enfance, passé, bricolage, tir.

Problématique : Comment , à travers le temps, le personnage a-t-il évolué grâce à une rencontre clé de sa vie ?

Temps : un mois
Étapes : bulle par bulle
Matériel : feuille format raisin, feuille effet parchemin, crayon, crayons de couleur, promarker, encre de chine, découpage.

Bilan 
Je suis fière  car c'est la première fois que je réalise un dessin à la fois au crayon gris et en couleurs*.
J'ai respecté mon projet de départ car je n'ai pas eu l'idée de modifier ce dernier.
J'ai appris à représenter le même personnage sur le même dessin, ce dernier ayant à peu près le même visage/expression à chaque bulle.
Changement de forme.
*Je ne suis pas fière car la couleur de l'effet sépia et du parchemin sont trop jaunes.
Lien : La bicyclette ensevelie.

 

Lisa, pour raconter, a utilisé des éléments du code visuel de la bande dessinée : elle a trouvé des éléments stables pour reconnaitre les personnages, choisi une lecture "à l'occidentale" en passant de vignette en vignette de gauche à droite, articulé les formes par analogies pour organiser la lecture (orientation des personnages et de l'arc, flèche projetée, etc.).
Elle a en même temps inventé des outils plastiques pour renforcer la lecture : cadres en 3D qui jaillissent comme autant d'explosions, impression de parchemin qui réfère au manuscrit, différence entre le noir et blanc et la couleur pour favoriser la distinction entre le passé et le présent.

Lisa fait finalement un lien avec une œuvre de Claes Oldenbourg (pop art), au programme du baccalauréat, celle-ci "raconte" une bicyclette en en proposant des fragments "enterrés" dans le parc de la Villette à Paris. L'œuvre nécessite que le spectateur recompose dans sa tête l'agencement de ces fragments afin d'en synthétiser la forme globale.

 

  *Un appel de formes, c'est une forme qui va en appeler une autre. Par exemple, quand on lit une peinture, la vision d'un cercle amène le regard vers un ovale car les formes sont presque identiques. C'est de cette manière qu'on crée de la narration dans une peinture. L'oeil se déplace d'une forme à une autre. Le peintre narratif cherche à guider le regard.

 

 "Narrations"