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En mémoire de Patricio Redondo Moreno

Dans :  Région Grand Ouest › 

RIDEF AU MEXIQUE EN 2008

 
En mémoire de Patricio Redondo Moreno (1885-1967), créateur de l’école expérimentale Freinet de San Andrés Tuxtla (état de Veracruz, Mexique)
 
 Patricio Redondo est un de ces hommes pionniers du mouvement de l’école moderne qui durent quitter l’Espagne franquiste pour l’Amérique latine afin de poursuivre la tâche entreprise en Espagne.
En compagnie de Ramon Costa Jou, de José de Tapia, de José Santalaria et Luis Aigre et d’autres il quitte l’Espagne et débarque au Mexique.
 
Ces hommes ont en tête, sans doute l’image de Freinet, mais  surtout celle de Francisco Ferrer Guardia, leur père spirituel, qui, en 1901, fonda à Barcelone la première « escuola moderna ». S’opposant à la conquête du Maroc en 1909, Ferrer est condamné à mort dans un simulacre de procès et fusillé par un peloton d’exécution, le gouvernement espagnol avait déjà fermé toutes les 109 écoles modernes du pays, en 1906. Le monde proteste. Rien n’y fait. Freinet reprendra l’adjectif « moderne » en 1946.

 
 
 

1 un pédagogue catalan

 
Patricio Redondo est instituteur dans une école rurale de la riche plaine agricole du rio Segre en Catalogne à Puigverd, à 13 km au sud-est de Lleida (Lerida).
Herminio Almendros, (compagnon d’infortune qui s’est exilé à Cuba en 1939) le décrit ainsi en octobre 1969 «  Il était déjà un maître original et curieux comme étaient d’ailleurs curieux son caractère et sa vie. Vis-à-vis des hommes présomptueux et arrogants, il était sec, avait des gestes brusques, des réactions vives, violentes même ; ceux qui parvenaient à gagner son amitié connaissaient immédiatement sa franche et candide intimité »
Ramon Costa Jou raconte ceci «  Vers cette époque, tous les samedis, vers la fin de l’après-midi, le café Express de la grande rue de Lérida était un lieu de rendez-vous des maîtres. A l’une des tables, Patricio Redondo captait l’attention et réveillait l’attention des présents. Voix ferme et sereine, des mots qui exprimaient toujours avec emphase des idées singulières. C’est là que prit naissance une idée très originale. L’organisation « Batec », mot catalan qui signifie en français «  Battement ». Battement du cœur .Aller vers le peuple, avec le cœur, la parole, voici l’objectif de « Batec »
 
Tout comme Freinet, à St Paul, il ne faisait pas l’unanimité dans le village de Puigverd, et se heurtait au curé et au noble qui dirigeaient le pays.  Ses méthodes pédagogiques, au service d’une école populaire, reflétaient bien la lutte politique indissociable des pédagogues comme  Redondo, Freinet et autres amis dans les années trente, face à la montée des forces  fascistes.
En décembre 1930, il sera interné car, suite au soulèvement de Jaca, il prit les armes pour aider les insurgés et ne sortit de prison qu’à l’avènement de la IIe République en avril 1931.
 
H. Almendros poursuit son analyse « les routines scolaires scolastiques- dominantes ne cessaient de l’indigner. Lorsqu’il en parlait, c’était avec exaltation ; son intelligence et son originalité personnelle lui permettaient d’y apporter quelques remèdes ; sa façon de travailler était différente, mais toujours en lutte avec les artifices scolaires programmés et conseillés officiellement …(…) On n’apprend pas ce qu’un autre transmet ou croit ingénument transmettre. On apprend ce que l’on élabore et crée soi-même, en agissant à travers sa propre expérience et sa propre réflexion. La tâche capitale du maître est d’apprendre à apprendre »
Une anecdote le rapproche assez de Freinet, c’est celle de « l’enfant buissonnier ». Anecdote rapportée par H Almendros  Un matin une maman vient, avec son fils de 8 ans, dire à Patricio Redondo «  Le voilà, Monsieur l’instituteur, je vous l’amène pour que vous le punissiez et l’enfermiez. On n’en tirera rien. Il nous fait honte. Il se sauve. Des femmes m’ont dit qu’hier matin, il a manqué l’école. Il est resté longtemps à la fontaine à faire des singeries et à taquiner ceux qui venaient chercher de l’eau. Il s’est trempé. (…) Je dis à la mère «  Voyez-vous, madame, on a dû mal vous renseigner. Votre fils n’était pas absent hier. Il était là. Il m’a même aidé à ramasser les dessins qu’avaient faits ceux de son groupe… » La maman partit, l’enfant regagne sa place et de toute la matinée ne cesse de regarder le maître pour comprendre le motif de son mensonge. Il a dû le deviner car depuis cette fois il ne manqua plus une seule fois »
 
Ils sont les premiers, en Espagne, à utiliser l’imprimerie à l’école, grâce à la célérité de Freinet qui leur envoie par retour de courrier une presse qu’il avait construite de ses mains Dès 1930 Herminio Almendros, José de Tapia et Patricio Redondo fondent la Cooperativa Espanola de la Tecnica Freinet Ils rencontrent, avec d’autres camarades espagnols, Célestin Freinet en 1934 au congrès de la CEL à Montpellier. La Coopérative Espagnole de l’imprimerie à l’école est née, Patricio Redondo y joue un rôle actif
 
Et Patricio Redondo, de s’exprimer lors de l’introduction de l’imprimerie dans sa classe : « Oui, évidemment, c’est définitif ; c’est cela. Il y a des instruments qui conditionnent un travail. Sans eux, rien. Et l’instrument de travail qu’est l’imprimerie ne le voyez-vous pas ?- est un stimulant supérieur à celui que constitue le jeu, c’est le stimulant du travail. Quelle magnifique découverte pour mon école ! Quel jour inoubliable ! »
 
Patricio Redondo devient en Espagne l’artisan de la technique scolaire du texte libre, des textes imprimés, des illustrations, de la correspondance scolaire interscolaire.
En 1935 il est directeur de l’école de Villanueva y Geltru proche de Barcelone
Pendant la guerre civile il est promu Secrétaire général  du Ministère de la Santé dans le gouvernement républicain.
Il quitte l’Espagne avec les armées républicaines et se réfugie en France.
 
La seconde guerre mondiale est déclenchée, les troupes allemandes envahissent la France Il doit s’embarquer, avec plus de 500 exilés républicains espagnols sur le paquebot St Domingue qui part de Bordeaux le 19 juin 1940 et rallie Fort-de-France en Martinique. De là, le bateau repart pour le Mexique et ils débarquent tous au port de Coatzacoalcos, province de VeraCruz, là ou l’isthme mexicain est le plus étroit. L’exil mexicain commence et Patricio Redondo ne sait pas qu’il  ne pourra revenir en Espagne qu’en 1965, ayant acquis la nationalité mexicaine, deux années avant sa mort en 1967 (quelques mois après Freinet)
 
 
 

2 le fondateur de l’école Freinet

 
Une nouvelle vie commence à 55 ans…
 
Dès son arrivée, après s’être fait prêter une paire de pantalons, il se met en quête d’une école. L’école de Coatzacoalcos ne lui plaît pas tant les maîtres sont décevants. Alors sur la route de Mexico il s’arrête à San Andrès Tuxtla, un village à 100 km au nord-ouest de son lieu de débarquement.   C’est une petite vallée agricole spécialisée dans la production de feuilles de tabac pour le cigare (auj. 150 000 hab). Il bavarde avec les maîtres visite les écoles et rencontre les enfants de rues, Ces enfants qui ne pouvaient pas aller à l’école car leur temps était pris par la recherche de pain pour manger préoccupent tellement Redondo qu’il décide d’organiser pour eux une école de plein air dans les petits bois de la commune. «  Veux-tu «  jugar a la escuelita ? » Certains enfants venaient régulièrement d’autres partaient et d’autres encore inconnus, venaient pour la première fois
Julio Chico, un de ses premiers élèves raconte ceci «  Son matériel didactique : bâtonnets et feuilles d’arbres, morceaux de carton, cure-dents, images des boîtes d’allumettes… . »
Le 24 décembre 1940 il rédigea un bref résumé sur la technique Freinet en vue de sa lecture devant un groupe de maîtres au cours d’une réunion préliminaire qu’il organisa avec eux…  On parle même de créer   une «  Cooperativa Mejicana de Tecnica Freinet » qui faute de moyens financiers ne verra pas le jour.
En janvier 1941, parce qu’il faut bien gagner de quoi vivre, P Redondo se charge de la chaire de langue et de littérature espagnole de l’école Secondaire par Coopération de la localité. Il n’a plus trop le temps de continuer à s’occuper de l’école de plein air 
 
La SEP (Secrétaria de l’education Primaria) apprend l’existence de cette école de plein air privée  et demande par un courrier du 21 mars 1941 à M Redondo de faire connaître la coopération dont il a besoin.
Mais laissons parler Patricio Redondo : « En date du 21 mars 1941 dans le bulletin n°79, voici ce que l’on me disait et que je recopie textuellement «  (…) Notre direction Générale est informée du fonctionnement sous une forme particulière d’une école du nom de Freinet, aux Tuxtlas de cet Etat, dirigée par le maître espagnol P. Moreno Redondo. Je vous serai reconnaissant de bien vouloir prier l’Inspecteur de la zone intéressée de faire savoir au maître, susnommé qu’il veuille faire connaître l’aide dont il a besoin de la part du secrétariat, afin que le dit établissement continue de fonctionner suivant le système coopératif. (…) Le 21 avril, je remis à l’inspecteur sus nommé l’exposé qui m’avait été demandé.
Avec les 300 pesos gagnés à l’école secondaire, Redondo crée son école en dur et en juin 1941 il peut louer une pièce et acheter une table, quatre chaises, une planche peinte en noir en guise de tableau et une petite casse d’imprimeur avec des caractères d’imprimerie et  il commandait la réalisation d’une presse scolaire Freinet auprès d’un menuisier.
On peut donc dire qu’à cette date est née officiellement la «  Escuela Freinet »
 
Leon Medel Y Alvarado, un des tout premiers amis mexicains de Patricio Redondo, parle de son école «  Sa petite école expérimentale Freinet, modestement établie, un jour, je rencontrai mon ami dans la rue à une heure inhabituelle pour lui. Je le trouvai un peu préoccupé. Après le salut habituel accompagné d’une poignée de main, je m’enquis de sa situation et après quelques réticences, il m’informa que voilà des jours qu’il cherchait quelqu’un susceptible de taper à la machine, mais comme il n’existait pas encore d’études, ni d’école de secrétariat, les rares personnes qui savaient taper ne s’intéressaient nullement aux petits travaux. Je n’en connaissais d’ailleurs aucune. Comme j’avais une vieille Underwood que je savais en bon état de marche, je lui offris de la lui prêter (…). Alors l’ayant prévenu que je n’étais pas un expert, je lui proposai mes services pour le lendemain. Le jour suivant je lui présentai ce travail que je fis le mieux que je pus. Il s’agissait d’un Mémorial adressé à Monsieur le Secrétaire de l’Education Publique Fédérale où il demandait quelque chose pour l’école expérimentale Freinet. »
 
Patricio Redondo raconte « Je continuai à donner mes cours ou plus exactement je continuai mes cours tout en montant notre école, en cherchant l’interprétation et l’application du programme de la SEP à la Technique Freinet, en faisant la classe de préférence absolument gratuite, à des enfants ou des adultes analphabètes, de la population indigène. » Patricio Redondo assure l’entretien de l’école et l’achat du matériel scolaire avec son salaire d’enseignant de l’école secondaire auquel ‘ajoutent les 45 pesos versé par l’organisme d’aide aux réfugiés.
 
Durant l’année 1942 P Redondo, devant les progrès de l’école et la demande de nombreuses familles de toutes conditions demande l’incorporation de l’école Expérimentale Freinet dans le système fédéral au titre d’école privée. Il fallait bien que les études soient sanctionnées par les autorités académiques.
C’est à cette date qu’il faut décider de demander une participation financière aux enfants de familles riches, tout en conservant la gratuité pour les autres.
 
Photo extraite du livre d’Elise Freinet Naissance d’une pédagogie populaire 1949. Au tableau on y lit -sans doute le texte libre de Vargas Dibella appelé «  la pelota ».

 
 
 
L’école s’agrandit, change de lieu se rapproche du centre de la ville et s’installe dans une maison au 13 rue Venustiano Carranza. P Redondo  y loue un appartement complet et achète 2 autres tables, huit chaises et deux étagères pour la bibliothèque.
Le premier cahier de travail intitulé Tonatich voit le jour en décembre 1942
 
En mars 1944 l’école s’agrandit et occupe toute la maison. L’école dispose de trois classes et enfin l’agrément tant souhaité est accordé pour l’année scolaire 1945-1946
 
Dès sa naissance, l’école fut en contact constant avec Célestin Freinet et la CEL de France. Voici ce que Freinet lui écrivit le 10 septembre 1947 : «  Dans le n°3 de Xochitl, nous notons la première partie du récit qui nous intéresse beaucoup pour le faire paraître dans la Gerbe. C’est « la Podera ». Comme il y a une suite, nous te serions reconnaissants de nous l’adresser le plus tôt possible, de façon à avoir le texte complet dont nous pourrions peut-être, si la longueur est suffisante, faire un numéro d’Enfantines. » Il paraîtra sous le n°131 dans la collection Enfantines
A partir de cette année 1947 les liens furent constants entre l’école Freinet de San Andrès et le mouvement Freinet français. Ainsi au congrès De Toulouse à Pâques 1948 , Freinet dit «  Et notre vieil adhérent Redondo , qui a fondé à Vera Cruz une école Freinet florissante, qui pourrait bien, un jour prochain, servir de modèle au puissant mouvement qui se dessine en Amérique latine en faveur des journaux scolaires »
 
En 1947, l’école se dote, grâce à l’association des parents d’élèves d’un appareil de projection 16 mm Kodak et d’un grand écran. L’école devient une école « moderne ».
 
Mais ce que tous, élèves, enseignants, parents, amis de l’école, disent, écrivent c’est combien dans cette école l’enfant était respecté et combien y travailler était un réel plaisir. De ci, de là on trouve ceci : «  C’est lui (l’enfant) qui compte désormais. Il sait et dit ce  qu’il pense sans peur d’être réprimandé ou puni, car il sait qu’il sera conseillé » Julio Chico (ancien élève et directeur de l’école dans les années 70). « En même temps, il avait des réserves intarissables de tendresse envers ceux qui travaillaient à ses côtés ou qui l’encourageaient »Hermila Salana de Abrego, parent d’élève et amie de l’école
 «  J’y appris que l’on ne doit pas seulement accepter les choses parce que c’est le maître ou tel livre qui le dit… » Amalia Toto Gutierrez
 
En 1954 fut décidé la construction d’une nouvelle école. Le projet de construction fut donné à 3 architectes,  dont un est un ancien élève de l’école. Patricio Redondo participa à l’élaboration du plan de cette école. En forme d’« Ailes de papillon », comme le dit Patricio Redondo en consultant le plan fini, est la forme globale c de cette «  maison Freinet » : une salle commune avec six salles adjacentes, une salle de mise en train, des services sanitaires, un atelier-laboratoire et une bibliothèque-observatoire ; et une seconde unité avec les bureaux, salle d’attente, un appartement pour le directeur et une aire de jeu
De très nombreuses associations, confréries, manifestations se firent pour financer cette école. Les dons sont nombreux.
La première pierre fut posée le 20 novembre 1966 alors que Patricio Redondo était à Mexico au Centre médical. Il voit s’élever les premiers murs, prostré sur une chaise de malade mais meurt le 31 mars 1967.
L’école fut inaugurée le 11 octobre 1969
 
 
Annexe 1

Extraits du discours prononcé, lors de l’inauguration de l’école par le docteur Raul S. Agudin C.

Patricio, ainsi l’appelions-nous affectueusement, était sec, de complexion moyenne, pas très grand, le teint jaune, nerveux, inquisiteur, à la voix précipitée, la voix enrouée, sans doute par ses nombreuses années d’enseignement, est bon aussi bon que le pain de gruau que donnent les vieux moulins castillans.

 

La rouge marée de la furieuse tragique et sanglante Révolution d’Espagne le déposa sur nos plages, en même temps que de nombreuses autres personnes de diverses conditions que, avec hospitalité, notre pays adopta et reclassa dans la mesure de ses moyens.

 

Patricio fut des bons ; il fut le meilleur que nous envoya dans ces jours de deuil et de désastre la mère patrie angoissée.

 

Anéanti, sans le sou et n’ayant pour tout bien que ce qu’il avait sur lui, il gagna silencieusement pour s’y reposer de tranquilles retraites proches de San Andrés et sans bruit il entreprit son œuvre géniale de maître, d’innovateur.

 

Il arrivait débordant d’idées et d’expériences, et dans sa maigre besace, il cachait la semence d’une école presque unique au monde, celle du système Freinet.

 

Une fois alors qu’il m’entretenait de ses projets, dans des jours où dans les ténèbres ne brillait encore aucune lumière, nous nous remémorâmes les vers de Calderòn de la Barca :

 
 

«  Qué es la vida ? un frenesi.

 

Qué es la vida ? una illusiòn una sombra, una ficciòn.

 

Y el mayor bien es pequeño,

 

Que toda la vida es sueño

 

Y los sueños, sueños son .»(1)

 
 

         Le temps poursuivait son cours. Patricio s’employait nuit et jour à ses travaux. Il était sobre, infatigable, décidé et opiniâtre.

 

         Petit à petit la maigre semence qu’il avait apportée dans sa besace usée, afin de la faire fructifier ici, commença à germer, et un jour, il nous communiqua la nouvelle étonnante, les tout petits apprenaient à lire seuls, sans livres et se débrouillaient comme des adultes.

 

         Dans sa modeste et pauvre petite école, il baisait la main des tout petits avant d’entrer en classe et les traitait sur un pied d’égalité. Ils pénétraient dans de petites pièces en ruines où ils se serraient, agités et bruyants comme un vol de moineaux. Et avec tout çà, le maître trouvait encore le temps d’aller à l’école Secondaire pour des donner des conférences sur Cervantes

 

         Je ne vais pas répéter ce que tant de gens qualifiés ont dit sur les expériences de la Technique Freinet, qui ouvre délibérément un passage vers d’amples et lumineux chemins de l’éducation

 

         Je veux seulement rappeler le souvenir de l’indomptable Patricio qui ne demanda jamais rien, qui ignora toujours la méchanceté, modeste jusqu’à l’exagération. (…)

 

         Patricio n’est pas mort. Il continue de vivre, sous l’amoureuse protection des petites classes de la vieille école. (…) Patricio, vieil ami, tu continues de vivre sur la bonne terre de ce peuple adoptif qui est le tien ; ce que tu semas pousse sous nos yeux, la récolte sera abondante. Tu nous as laissé un souvenir inoubliable et tu reposes maintenant face aux magnifiques profils montagneux, dans notre vieux et tranquille cimetière, sous l’amène ombrage des fleurs de la côte que tu aimais, dans la paix de Dieu.

 
 

1)    Qu’est ce que la vie ? Un délire

 

Qu’est ce que la vie ? Une chimère, une ombre, une illusion.

 

Le plus grand bonheur ne pèse pas lourd,

 

Car toute la vie n’est qu’un songe,

 

Et les songes ne sont rien d’autre que des songes.

 
 Annexe n°2 :   Lettre aux enfants de l’école expérimentale Freinet par Antonia de la Cera
 
Veracruz, le 11 octobre 1969
 
Mes chers enfants
         C’est pour moi une grande joie que de pouvoir vous féliciter vous tous qui inaugurez cette école qui porte le nom du professeur Patricio Redondo (…)
         La majorité d’entre vous ne me connaît pas, et pourtant j’ai été une des collaboratrices de votre école. J’étais Tonita. C’est ainsi que m’appelaient tous les enfants d’alors. C’est moi qui à l’école étais chargée de m’occuper des enfants durant la classe de peinture, de musique et de couture. Aussi ai-je eu la possibilité de bien connaître le professeur Patricio Redondo. Il y a à cela un autre motif. Une année, il nous consacra, à quelques amies et à moi, quelques heures de son temps pour nous lire et nous commenter des lectures de très beaux livres. Il lisait si merveilleusement bien que personne ne peut oublier jamais cette lecture. C’est ainsi que je me souviens des poèmes de la lula muena, platero y yo, flor de leyendas, des passages de Don Quijote, La Celestina ; la fierrecilla domada, et bien d’autres encore qu’il serait long d’énumérer.
         Je vous félicite aussi d’avoir des parents aussi intelligents, et qui ont su choisir la meilleure école pour leurs enfants.
         Dans cette école, les enfants sont libres d’exprimer leurs propres pensées.
         Dans cette école on ne leur donne pas d’interminables devoirs à faire à la maison.
         Dans cette école il n’est pas nécessaire d’apporter un énorme cartable plein de livres ennuyeux, de cahiers, crayons ou quoi que ce soit parce qu’on trouve tout sur place.
         Dans cette école vous êtes les propres artisans de votre éducation. Car ce dont il est question ici, c’est   de ce que vous observez, ce que vous sentez, voyez et entendez, c'est-à-dire de votre vie ; ce sont des choses vécues ce que vous écrivez dans le très joli «  cahier de travail » et que vous illustrez ensuite de magnifiques dessins faits eux aussi de vos mains. Et quelle joie ! Il n’y a rien à apprendre par cœur ! Et que c’est beau d’exécuter des gravures, n’est-ce pas, qu’il est intéressant de composer des textes, manipuler la boîte d’imprimerie, lorsqu’il s’agit d’imprimer son texte ! (…)
 
Annexe n°3
 
La venue d’Alberto Beltran à l’école racontée par Antonia de la Cera
 
Alberto Beltrán (1923-2002) était un artiste-peintre célèbre au Mexique qui a obtenu dans les années 50 de nombreux prix de gravure et de peinture et qui fit une longue carrière comme illustrateur. Il a consacré une partie de son temps et de ses efforts à développer la culture des indiens du Mexique.
 
«  Cette rencontre entre l’artiste et le professeur eut lieu parce que le cahier de travail Xochitl était parvenu entre les mains de Alberto Ce qui attira l’attention de l’artiste, c’est que cette revue si délicatement illustrée de gravures sur lin, fut réalisée dans une école de la lointaine localité de San Andrès Tuxtla. Il raconte cela dans un très bel article qu’il publia dans la revue bimensuelle Educacion, éditée par la direction générale de l’éducation populaire de l’Etat de Veracruz.
Dès ce jour, Alberto Beltran sentit un tel enthousiasme et un tel intérêt pour ce que lui disait le professeur Redondo, qu’immédiatement commença un fécond échange de correspondance, qui ne devait plus s’interrompre entre les deux hommes.
Au cours de ces visites à l’école Beltran apportait des livres, une imprimerie, un projecteur de vues fixes, un magnétophone. Comme vous pouvez l’imaginer, Patricio était heureux et reconnaissant et ému parce qu’il se sentait compris par ce grand artiste qui témoignait de tant d’intérêt pour son œuvre.
Sur l’intervention d’Alberto Beltran, l’institut indigéniste invita Patricio à venir organiser des stages pédagogiques. Il se rendit au centre ouvert à Ciudad las Casas. Le professeur revint du Chiapas très favorablement impressionné par le indiens chamulas. Cela lui inspira un mémoire qui est un véritable document de pédagogie vivante. »
 
Alberto Beltran, en 1969, visite l’école de Vence, il y est fort bien accueilli s’intéressant tout particulièrement à l’art enfantin. Sur le chemin du retour, tout empreint du souvenir de Patricio Redondo  il se rappelle ce qu’avait écrit ce dernier, nouvellement arrivé au Mexique en 1940 «  La technique Freinet est en train d’en finir avec le gâtisme de l’Europe. Ceci bien que l’Europe n’en ait pas conscience et que le reste du monde n’en sache rien. C’est un travail silencieux, patient, assidu et ininterrompu, un travail d’Ecole. Et pourtant, l’Ecole est le phare et la loi de l’Humanité ».
 
François Perdrial
 
14 août 2007
 
Texte écrit à partir de documents trouvés au Centre de Ressources International des Amis de Freinet de Mayenne ( provenant du fonds Emile Thomas)