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Comment informer les parents?

Septembre 2000
La réussite scolaire de l’enfant passe aussi par le renforcement des liens entre l’école et les parents. Qui plus est, l’originalité de nos pratiques éducatives ne nous oblige-t-elle pas le plus souvent à redoubler nos explications ? Martine Cancela-Castier * nous explique comment elle a mis en place « l’heure des parents » dans sa classe ; une pratique de communication tournée vers les parents dans laquelle les enfants jouent un rôle central.
 
 
Martine Cancela Castier exerce dans une classe de CE1 à l’école F. Dolto de Helfaut. Elle est militante du groupe Freinet du Pas-de-Calais.
 
 
Suite à la lecture de l'article du Nouvel Éducateur concernant l’heure des parents, je me suis lancée à imiter nos amis de l'école Brunschvicg-Rousseau dans le Nord pour la Semaine des parents à l'école. (1)
 
Après 9 années de maternelle, voilà 9 semaines que je suis au CE1 avec 27 élèves et ce matin du 13 Novembre 1999, nous recevons les parents ! 27 parents ont répondu présent (certains sont venus en couple... 5 enfants seulement n'avaient pas de parents représentés). Les parents sont déjà venus pour une réunion d'information dans la classe, un soir à 20 h. Ils étaient déjà venus nombreux, et la plupart sans leurs enfants.
 
Ce sont les enfants qui vont agir
Mais aujourd’hui, ce n’est plus moi qui mène la réunion. Ce sont les enfants qui vont agir. Il n'est possible de faire que des présentations et il faut que les 27 enfants s'expriment en... trois quart d'heure.
Depuis le début de l'année, les enfants se sont entraînés à présenter, mais là le public va être élargi, comment vont-ils réagir ?
La semaine précédant le jour J, nous avons réfléchi à ce que nous pouvions présenter, et pendant l'heure qui précédait certains se sont exercés.
Les enfants se sont inscrits sur une feuille qui a été accrochée au tableau pour qu'ils aient leur ordre de passage (encart page II).
Dès que les parent sont entrés, les enfants se sont levés et ont interprété la chanson de la sorcière que nous étions en train d'apprendre, ceci a permis à tous les parents de s'installer.
Nous avons commencé à l'heure juste, il n'y avait pas de temps à perdre…
 
Que présenter ?
- Une recherche sur notre école
Notre école s'appelle l'école Françoise Dolto et quelques jours après la rentrée Élisabeth nous avait apporté une photo de Françoise Dolto et Jérémy avait recopié chez lui un article dans le dictionnaire sur la vie de F. Dolto. Cela est devenu une page pour Notre Vie et la première présentation aux parents. (page III)
 
- Le cahier « Notre vie »
Deux autres enfants ont présenté leur page de Notre vie (page IV) :
Maxime, « Je suis allé à la fête du Parc », puis Rémy : « Avec maman, je cherche des dessins sur l'ordinateur ».
 
- L’organisation coopérative du travail
Ensuite, Jérôme, Elise, Hélène et Florent ont présenté le règlement de la classe.
Les quelques règles qui avaient été écrites depuis le début de l'année en fonction des différents problèmes rencontrés ont été ordonnées, puis commentées ; les enfants ont cherché les sanctions et réparations, ils ont ensuite signé le règlement et l'ont collé dans leur cahier d'éducation civique (Annexe ). Pour la présentation, un enfant a lu les principes fondamentaux, un autre a lu « nous avons le droit », un autre « les règles à respecter pour exercer ce droit », et le dernier a lu les sanctions en cas de non respect des règles (page V). Puis un enfant a montré son « permis » de respect des lois : une carte blanche avec son nom sur une face et sur l'autre face, les nombres de 1 à 10 (il y a dix règles de vie) (page VI).
Au début de chaque semaine la carte est vierge, puis au fur et à mesure des infractions, les enfants mettent une croix rouge en face du numéro correspondant à la règle qu'ils n'ont pas respectée. A la fin de la semaine, tous les enfants mettent des croix vertes en face des règles qu'ils ont toujours respectées et notent sur leur plan de travail une croix de couleur pour le respect des lois. Jérôme n'avait que des croix vertes sur sa carte...
 
- Un projet de la classe : la correspondance
Ensuite Chloé et Rémy ont présenté la lettre aux correspondants et les différentes cartes qui sont nos référents quand nous parlons de lieux. Cette lettre aux correspondants est la première. Elle explique bien tout ce que nous faisons dans la classe avec les mots des enfants. Il était donc intéressant de la présenter aux parents (page VII).
 
- Le travail individuel
Puis Thomas et Nathanaël ont manipulé pour expliquer le fonctionnement du « lexidata-sedidacta » et du cahier de travail individuel sur lequel les enfants notent leurs résultats. (page IV)
 
- S’exprimer devant les parents
Ensuite quelques enfants ont choisi de chanter et de dire des poésies : Dimitri, Julie, Jessica et Jason.
Le moment le plus fort de la réunion est arrivé ensuite : la présentation des textes écrits par les enfants avec questions des autres enfants et des parents ; ça a marché « du tonnerre ! » Suite à la première présentation, un enfant a demandé :
- On peut l'applaudir ?
Et tous les enfants qui ont présenté ensuite ont été applaudis : Perrine et sa copine, Antoine et sa carotte, Laura et ses enfants dans la forêt, Margot et son histoire vraie, Audrey et son histoire de chien inventée, Inès et son basket et enfin Louise avec son histoire d'aigle et ses réponses assurées… (page VIII)
 
Présentation de livres
Pour finir, quatre enfants avaient choisi de présenter un livre de bibliothèque : Kévin, « L'histoire du chat qui ne veut pas mourir », Samuel, « Une baby-sitter de choc », Edward, « le clown » et Thomas « La chaussure qui s'est envolée ». Là encore questions et réponses ont été riches.
 
 Conclusion
Les enfants étaient contents, j'étais fière d'eux aussi, ils avait tous réussi à s'exprimer !
Les parents sont repartis, certains sans rien dire, d'autres en disant : « C'était très bien, très intéressant, félicitations ! »
Et demain ?...
Allons-nous recommencer ?
Avant, j'avais peur que certains enfants n'osent pas, mais ils ont tous osé. Maintenant, si nous recommençons, il faudrait que les présentations évoluent, que les enfants présentent des recherches, des expériences....
tout ce que je ne sais pas encore faire...
A suivre...
Martine Cancela Castier
Classe de CEI Helfaut (62)
E mail :
(1) dans le dossier du Nouvel Éducateur n°111, septembre 1999, Les parents dans l’école.
Notons qu’à l’école Brunschvicg l’heure des parents se fait de façon hebdomadaire.



Il faut resserrer les liens entre l’école et la famille, réconcilier les parents et l’école, les accueillir véritablement, leur rendre l’école compréhensible.
« La réussite scolaire pour tous les élèves », 23 mars 1989.



Des entretiens individuels avec les parents d’élèves.
Il s’agit de recevoir chaque parent (seul ou sans leur enfant, selon leur souhait), deux fois dans l’année scolaire, pendant une demi-heure. Ces entretiens sont systématiques, regroupés sur une ou deux demi-journées. Ils sont pratiqués depuis 7 ans par notre équipe de cycle 2 (3 instits de grande section et CP/CE1).
L’objectif premier est la reconnaissance mutuelle et individualisée entre parent et enseignant. Il s’agit aussi de modifier la relation de pouvoir qui existe entre les deux partenaires et d’instaurer une relation égalitaire entre personne responsables de l’éducation et de l’instruction de l’enfant, qui devront se faire mutuellement confiance.
L’entretien débute d’une manière ouverte, puisque je l’introduis rituellement par la formule « je vous écoute ». D’abord déconcertés - ils pensaient être venus pour écouter - les parents s’emparent vite de cet espace de parole et le font de manière très diverse. Certains souhaitent faire connaître leur situation familiale ou professionnelle, ou parlent dans un premier temps de leur propre itinéraire scolaire ; d’autres parlent de leur enfant, de sa petite enfance, ou de sa scolarité antérieure, de la relation éducative à la maison, de l’image qu’il y renvoie de l’école, de sa place dans la fratrie, de sa santé ou de ses activités extra-scolaires. D’autres encore questionnent sur l’école, sur tel ou tel aspect de la vie de la classe, des programmes, des apprentissages ou des projets en cours. D’autres enfin expriment leur étonnement voire leur désaccord face à tel ou tel choix pédagogique et demandent des éclaircissements.
Je peux ainsi mener l’entretien selon la direction qu’ils ont choisie en fonction de leurs besoins et de leurs préoccupations. J’adapte mon niveau de langage à chaque interlocuteur, en fonction de son univers social, culturel et linguistique - ce qui est impossible lors des réunions collectives.
Dans une deuxième partie, je fais le point avec les parents sur l’apprentissage de leur enfant et je leur donne des conseils précis d’aide à la maison, en fonction de l’étape atteinte. Si besoin, je présente les outils qu’utilise l’enfant. Parfois je suggère la nécessité d’une aide extérieure, et en fin de cycle j’aborde la question de la suite de la scolarité. En ce qui concerne la lecture, ces entretiens donnent des points de repère aux parents, qui atténuent l’opacité de nos méthodes de travail : sans manuel de travail, comment imaginer ce qui se fait en classe, comment mesurer les progrès ou les difficultés de l’enfant, comment l’aider ? Le contrat de confiance et de patience demandé aux parents ne peut à mon avis fonctionner au cours du CP/CE1 sans cette information-sécurisation individualisée, tant est grande la pression sociale autour de cet apprentissage.
Catherine Hurtig—Delattre (69)