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Sahara occidental : coopération pédagogique internationale

Novembre 2001

 

Le MCEP (mouvement espagnol de l’école moderne) a mis en place des actions de coopération pédagogique au Sahara occidental, ancienne colonie espagnole, dans les camps de réfugiés sahraouis, un peuple souvent oublié des média et de l’opinion publique, qui vit dans des camps en Algérie dans l’attente d’un hypothétique référendum d’autodétermination, sans cesse repoussé par le Maroc.

 
Rappel historique
 
Epoque coloniale : en 1884, l’Espagne, implantée depuis longtemps aux îles Canaries, se réserve le secteur du Sahara qui en est le plus proche et le nomme « Río de Oro ». Les peuples de cette colonie, éleveurs nomades ou cultivateurs dans les oasis, se révèlent difficiles à soumettre. Les côtes poissonneuses, les gisements de phosphate rendent ce territoire intéressant. Plus tard, il s’avère que le sous-sol recèle aussi du minerai de fer, du pétrole et du manganèse.
 
La lutte pour l’indépendance
 
1973 : Création du front Polissario qui revendique par les armes une indépendance refusée par l’Espagne franquiste.
1975 : Mort de Franco, l’Espagne « abandonne » le Río de Oro, que convoitent ses voisins, la Mauritanie et le Maroc. Hassan II déclenche « la Marche verte » et occupe le Sahara occidental avec bombes et chars. Une partie de la population fuit les zones de combat et se réfugie en territoire algérien, dans la région de Tindouf.
 
27-02-1976 : Proclamation de la République Arabe Sahraoui Démocratique, la Suède, le Mexique, la Libye, Cuba, un certain nombre d’états d’Afrique noire et, bien sûr, l’Algérie, la reconnaissent immédiatement. Mais pas l’Espagne. Ni la France. Le Maroc mène une dure politique de répression dans la partie du Sahara occidental qu’il occupe. Les média se montrent regrettablement discrets à ce sujet. Le Front Polissario continue la lutte armée.
 
Les tentatives de résolution du conflit
 
27-06-90 : intervention de l’ONU. La résolution 658 du Conseil de Sécurité prévoit :
-un cessez le feu (septembre 91). Il sera fréquemment violé par le Maroc.
-un référendum d’autodétermination. Le Maroc en repousse la date à plusieurs reprises. Le successeur d’Hassan II poursuit dans ce domaine la politique de son père.
 
Février 2001 : Kofi Annan, Secrétaire Général de l’ONU, somme le Maroc de présenter une solution politique au conflit et lui donne trois mois pour le faire. Les réfugiés des camps du désert algérien commémorent le 25e anniversaire de la proclamation de la RASD.
 
Avril 2001 : via internet, Mohamed Abdelaziz, président de la RASD, déclare à un journaliste de « El Mundo » : «  Il est temps que l’ONU cesse d’avoir une politique à deux vitesses face au non-respect du droit des peuples à l’autodétermination. La situation actuelle ne peut se prolonger. Notre peuple a dû abandonner ses foyers. De nombreux sahraouis ont disparu après la période de répression ou demeurent emprisonnés. Notre territoire est occupé, nos biens usurpés. Une génération entière est née et a grandi dans les camps, loin de sa patrie. Le peuple Sahraoui espère que l’Espagne corrigera l’erreur qu’elle a commise en 1975, quand elle nous a abandonnés entre les mains du Maroc, en aidant à la réalisation du plan de paix proposé par l’ONU ».
Juin 2001 : Le référendum d’autodétermination qui conditionne le retour des réfugiés dans leur pays est remis en question par une troisième voie, proposée par le Maroc. Un projet de résolution est défendu devant le Conseil de Sécurité, au cours d’une réunion à huis clos, par l’envoyé spécial du secrétaire général pour le Sahara occidental. Le plan « Baker » abandonne l’idée d’un référendum, au motif que les deux parties n’ont pu se mettre sur les modalités du recensement sur lequel doit être établi le corps électoral.
 
A la place, James Baker propose « un statut de large autonomie du Sahara : le territoire serait pourvu d’un Parlement et d’un Exécutif élus, chargés de l’administrer. Mais la monnaie, les douanes, le drapeau, la politique extérieure, les affaires intérieures, les communications, la défense, la police et la justice relèveraient de la compétence et de l’autorité de l’Etat marocain ».
 
L’Algérie réagit vivement, accusant James Baker de partialité. Le Front Polissario s’estime trahi par l’ONU et rejette de manière catégorique et définitive « le contenu sinistre du plan ». Il « en appelle à la communauté internationale pour éviter que dure plus longtemps cette falsification qui piétine le droit ». Il regrette de constater « que la France, en particulier, a été le plus grand soutien de la politique coloniale du Maroc auprès du Conseil de Sécurité ».Ce dernier, dans un communiqué de presse du 29 juin, montre qu’il a été sensible au caractère controversé du rapport du secrétaire général et de ses recommandations. Le Conseil réaffirme le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui, et souhaite la tenue d’un « référendum libre, régulier et impartial ». La porte reste ouverte à toutes les propositions que les parties pourraient éventuellement soumettre, pour « parvenir à un règlement juste et durable de le question su Sahara occidental ».
 
 
 
La vie dans les campements de réfugiés
 
Elle s’organise, dès le début de l’exil, dans le désert de sable et de cailloux de la région de Tindouf, sur le sol algérien. Les exilés vivent sous la tente, la Jaima. Des bâtiments en dur (dispensaires, écoles) sont construits grâce à l’aide internationale qui fournit aussi blocs opératoires, véhicules, carburant, radios (et plus tard ordinateurs) et également vêtements, médicaments, conserves, céréales, semences pour les petits potagers. Si l’eau est saumâtre, il faudra amener l’eau potable par camions-citerne.
Des ONG, des associations « amis du peuple sahraoui » collectent denrées et matériel, acheminent les dons. Les Communautés autonomes d’Espagne ont, de bonne heure, participé à l’organisation de Caravanes de la Paix.
Des actions « Vacances en paix » permettent chaque année à des enfants nés dans le désert de découvrir qu’au-delà de la fournaise de la hammada existe un autre monde. Des précautions sont prises pour atténuer, dans la mesure du possible, le choc culturel.
 
L’action de solidarité pédagogique menée par le MCEP (Mouvement Freinet espagnol)
 
Elle commence en 1993 par une correspondance entre des enfants de niveau CE1 (Los Corales de Buelma, en Cantabrie) et leurs homologues de l’école primaire « 17juillet ». Peu d’échanges (le courrier est lent), mais le reste de l’école et la population du village s’impliquent totalement.
 
En 1994 : José-Mariá Gómez, maître d’école à l’origine du projet, va visiter le village de tentes de ses correspondants. Ensuite, vingt enfants du désert iront en vacances en Cantabrie.
 
1995 : Congrès du MCEP à Potes (Cantabrie)
-exposition de photos réalisées dans la hammada algérienne sous l’égide de l’ONG « Interpueblos ». Elles mettent en relief l’intégrité, la force et la dignité de ce peuple de réfugiés, oubliés de tous, qui vivent le visage tourné vers l’ouest, où se trouve la patrie perdue.
-présentation d’une cassette vidéo. Tournée avec une indigence prévisible de moyens, elle a sur l’assistance un grand impact. Muah, maître d’école et Fatima, institutrice, invités au Congrès annuel du MCEP à l’initiative du Chantier d’Education à la Paix, la commentent et répondent aux questions. Le film montre l’organisation du système éducatif. Au départ des espagnols en 1975, il faut partir de zéro : taux d’analphabétisme très élevé, une dizaine de maîtres d’école formés.
 
L’enseignement traditionnel en hassanya, est donné sous la tente par les mères, dont le rôle social est primordial. Quelques hommes et femmes, la plupart bénévoles, peu ou pas formés, tentent d’enseigner aux nombreux garçons et filles la lecture et l’écriture du castillan : paradoxalement les sahraouis restent attachés à la langue des ex-colonisateurs, qui est pour eux la langue co-officielle. « Nous ne détestons pas l’Espagne » dira un jour le président de la RASD, « nous détestons le système colonial ».
 
Les conditions de travail sont extrêmement difficiles : 60 à 80 enfants pas classe, aucun matériel. Les écoles en briques séchées remplaceront la tente. Plus tard, viendront les tables, bancs, internats avec cantines, dortoirs, salles de classe, infirmerie, grâce à des ONG, qui fournissent aussi cahiers, crayons, petit matériel, manuels scolaires, dont certains, hélas, peu adaptés au contexte local. Le combat pour l’alphabétisation est gagné : 90% des enfants sont scolarisés.
 
Dans l’assistance du congrès, la plupart des enseignants et enseignantes sont sous le choc, ils ignoraient tout ou presque de ce qu’est le quotidien pour les réfugiés des campements. Les média, font-ils remarquer, restent scandaleusement muets sur tout ce qui touche au Sahara. Les propositions affluent, canalisées par le Chantier d’Education à la Paix. L’AG adopte à l’unanimité la décision de faire porter l’effort du MCEP sur l’aide au niveau scolaire et pédagogique. Une lettre officielle dénonçant la situation est également adressée au roi Hassan II et à Felipe González (alors président de la Communauté européenne), au secrétaire général des Nations Unies.
 
Juillet 1996 : congrès de Logroño (La Rioja)
-Bilan des collectes de matériel recueilli dans les différentes communautés autonomes à l’initiative des divers groupes territoriaux, ou acheté avec le 1% du budget du MCEP.
-Compte rendu de « l’opération Jupiter » : Juan, Pilar et Teresa, 3 enseignants de MCEP, se joignent à une caravane de la Paix qui achemine du matériel. Ils ramènent des diapositives, racontent eux aussi les conditions presque inhumaines.
 
Les membres du « trio Jupiter » ont aussi rencontré des enseignants, noté l’absence presque totale de matériel didactique. Sensibles à l’accueil qui leur a été réservé, ils ont constaté chez ce peuple, des valeurs de solidarité, de partage des biens, de travail en faveur de la communauté, valeurs bien oubliées dans notre société « avancée ». Un projet d’aide matérielle et pédagogique sur cinq ans est jugé souhaitable. Présenté par le Chantier d’Education à la Paix, il est adopté par l’AG finale.
 
Juillet 1997 : Juan, Miguel et Paco sont absents du congrès de Malaga, ils participent à une action de formation destinée à des enseignants d’espagnol, dans le cadre d’une université d’été. Des fonds ont été recueillis pour financer le coûteux voyage, acheter du matériel : 1% du budget du MCEP, subventions d’associations, d’entreprises, de la Junta de Andalucia, de Castilla y Léon, de la Fédération des Mouvements de l’Ecole Moderne et du chantier Solidarité Internationale de l’ICEM. Cette action de formation prend plusieurs formes :
1-Rencontre avec la hiérarchie : le ministre de l’Education du gouvernement en exil et des inspecteurs d’espagnol. Elle portera sur Freinet et l’Ecole moderne, la structure internationale du Mouvement de l’Ecole Moderne, les principes fondateurs de la pédagogie Freinet et la pratique éducative.
2-Session de présentation de la pédagogie Freinet aux stagiaires de l’Université d’été.
3-Participation à la formation des enseignants, certains d’entre eux ayant déjà bénéficié du projet « Jupiter » ?
 
L’objectif est de permettre aux maîtres d’apprendre quelques techniques d’expression applicables en classe et de créer un climat propice à la participation créative de tous et toutes. L’évaluation finale montrera que l’objectif a été atteint. Parmi les activités, citons : créations poétiques diverses (les poèmes individuels sont calligraphiés, les créations collectives sont imprimées, les formateurs ayant apporté une imprimerie pour l’offrir à l’école) ; fabrication de marionnettes avec des matériaux de récupération ; jeux coopératifs et musicaux ; expression théâtrale (écriture de saynettes, mise en scène de contes traditionnels, théâtre de marionnettes) ; chants et danses. A la suite de cette formation se crée le Groupe éducatif sahraoui (GES), avec l’aval du ministère.
 
1998, congrès de Hernani en Euzkadi : Les relations ont continué entre le MCEP et le GES, mais l’approche du référendum, tant attendu, mobilise toutes les énergies des sahraouis. Le montant des subventions recueillies leur est envoyer pour appuyer la campagne pré-référendaire.
 
1999, congrès de Léon : A son grand regret, le chantier d’Education à la Paix doit rapporter la paralysie des différents projets de coopération pédagogiques prévus : organisation de journées de formation des enseignants, dans les campements et invitations de ceux-ci dans des classes en Espagne. Pour leur part, les réfugiés se préparent à quitter la région de Tindouf pour aller se faire inscrire sure les listes électorales au Sahara, condition incontournable pour participer au vote !
 
Désillusion : le référendum est retardé par le Maroc, jusqu’à quand ? Les projets, mis en sommeil, redémarrent. Deux membres de la Commission de Coopération avec les écoles du Sahara participent à la première conférence internationale de coopération éducative avec le peuple sahraoui. Reprise des contacts avec le GES.
 
Juillet 2000, congrès de Madrid : malgré les difficultés de coordination dues à la situation politique et à la dureté des conditions matérielles dans la hammada de Tindouf, le chantier d’Education à La Paix et le MCEP restent fidèles à l’engagement vis-à-vis du GES : maintien des contacts, correspondance et échanges de travaux scolaires, aide à l’édition bilingue (hassanya/espagnol) d’une monographie scolaire, élaboration de matériel didactique, invitation de deux enseignants au congrès de Huelva.
 
Pour l’année 2000, les 3% du budget du MCEP seront attribués pour moitié à l’ASEM (Association sénégalaise de l’Ecole moderne) et au MOUVEN togolais (Mouvement de l’Ecole novatrice). La somme est remise à un représentant de chaque mouvement, invité au congrès.
 
Juillet 2001, congrès de Huelva : Sidahmed Mohamed, 28 ans, maître d’école (hassanya/espagnol) dans le campement deDasla, accompagne un groupe d’enfants venus à Huelva, dans le cadre d’une action « Vacances en Paix ». Il est invité au congrès, il raconte : « Les effectifs sont lourds, plus de 45 élèves, avec deux à trois niveaux d’âge par classe. Le matériel didactique pour l’enseignement du castillan est spécialement élaboré pour nous par des enseignants de la région de Murcia. Nous manquons de livres de textes, de recueils d’histoires courtes pour la lecture, de cassettes audio ou vidéo en espagnol, de matériel scolaire en général. Les programmes éducatifs sont revus chaque année, améliorés et adaptés aux nouveaux besoins, suivant le nombre et l’âge des élèves que nous avons. Les contenus sont décidés par les maîtres et le directeur de l’école. » (Ceux-ci ignorent tout de la pédagogie de l’Ecole moderne NDR) « Les garçons et les filles reçoivent un enseignement obligatoire de base. A partir de 14 ans, la plupart arrêtent l’école. Pour continuer, faire des études supérieures, il leur faut obtenir une bourse, pour aller en Algérie ou à Cuba. Ils ne peuvent aller en Espagne. »
 
Le 3% du budget 2001 du MCEP sera remis à u Groupe territorial qui achètera du matériel et le fera parvenir au groupe scolaire du campement de Dasla. Il faudra également rassembler des fonds pour inviter au congrès de Toledo (Castilla-La Mancha) deux enseignants appartenant au Groupe Educatif sahraoui, déjà informés sur la pédagogie Freinet et ses techniques et réceptifs à sa philosophie.
 
Quel avenir pour les sahraouis ?
 
Le présent est bien sombre. 
 
Situation alimentaire : Le Haut Commissariat aux Réfugiés et le Programme alimentaire mondial ont lancé le 10 juin, un appel pour une aide alimentaire « urgente » aux réfugiés sahraouis, afin d’assurer les besoins de 155000 réfugiés, parmi les plus vulnérables : les femmes, les enfants, les personnes âgées sont les plus durement touchés. Le PAM accuse un déficit de 30% des rations alimentaires mensuelles. Le directeur du bureau du PAM à Genève a demandé aux pays donateurs de trouver « d’urgence » trois mille tonnes de nourriture par mois. Le HCR a été « contraint de réduire son budget en faveur des réfugiés », ce qui les empêchera de bénéficier de nouvelles tentes, de vêtements, de cuisinières et de fuel. Or, rappelle le délégué du HCR en Algérie, les réfugiés, qui n’ont aucun moyen d’être autonomes, « ne devraient pas être pénalisés en attendant qu’une solution politique soit trouvée. » Ces personnes vivent depuis 25 ans dans des conditions très rudes. Et les enfants ? Ont-ils, malgré les actions « Vacances en Paix », les programmes montés par des associations comme « Enfants Réfugiés du Monde », la vie d’enfant à laquelle ils ont droit ?
 
Situation morale : devant « ce provisoire qui s’éternise », la mauvaise volonté évidente du Maroc, la position ambiguë de l’ONU et les constantes difficultés matérielles, la lassitude se fait jour. Chez les jeunes, apparaît un sentiment de révolte, de rejet des valeurs traditionnelles. Fait impensable il y a quelques années, un phénomène de petite délinquance apparaît.
 
Que faire pour aider le sahraouis ?
 
L’ICEM n’est pas une ONG, mais un mouvement de rénovation pédagogique qui se veut engagé politiquement. Le GES peut être le germe d’un nouveau Mouvement d’Ecole moderne. Le chantier international peut-il jouer un rôle dans son développement ?
Elisabeth Barrios
Professeur d’Espagnol
Groupe départemental 31
 
A signaler pour ceux qui veulent en savoir plus sur la Sahara occidental le site : http://www.arso.org