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Janvier 2001

Editorial

 
Pauvre planète !
 
 
Nous voilà donc dans le troisième millénaire !
Bonne occasion pour s’interroger sur le monde dans lequel nous vivons.
Cette entrée aura été une fois encore l’occasion de vaines festivités. Mais, pour une majorité d’habitants de la planète, ni joie ni allégresse !
1,2 milliards de pauvres.
850 millions d’analphabètes.
800 millions de mal-nourris.
100 millions d’enfants exploités.
Dans quel monde effarant vivons-nous donc ?
Oui, la misère se porte bien, merci !
Près de la moitié de l’humanité (2,8 milliards de personnes) doit vivre avec moins de deux dollars par jour.
Pire : le niveau de vie des pays les moins avancés a baissé de 15% en 30 ans !
Partout, même au sein des sociétés les plus riches, les démunis sont légions : 34,5 millions aux États-Unis, 12 millions en Grande-Bretagne et 6 millions en France.
Et dans le monde, 800 millions de personnes souffrent de la faim.
Sous-alimentation et sous-équipement (absence d’eau potable, manque d’équipements sanitaires) ont des répercussions immédiates sur l’état de santé : plus d’un milliard de personnes ne peuvent bénéficier du progrès sanitaire. Onze millions d’enfants en meurent chaque année.
Quant au SIDA, qui ravage tout particulièrement l’Afrique, il demande des traitements aux coûts inabordables pour la quasi-totalité des pays concernés.
Conséquence de cette misère qui écrase de plus en plus les pays les plus pauvres, environ 40 millions d’enfants sont livrés à eux-mêmes dans les villes du tiers monde.
Inutile de s’attarder sur la scolarisation des jeunes. Le tableau n’est pas plus réjouissant. 850 millions d’analphabètes et 110 millions d’enfants non scolarisés en primaire. Le projet de l’UNESCO d’offrir une école pour tous en l’an 2000 est bien loin d’être réalisé.
Pourtant le Programme mondial des Nations unies pour le développement (Pnud) estime qu’une contribution de 1% sur les 200 fortunes les plus élevées de la planète rapporterait de quoi scolariser tous les enfants au niveau primaire.
Notre incapacité collective est d’autant plus choquante que l’état des techniques permettrait sans peine d’assurer à l’échelle mondiale une vie décente à tous !
Alors, au risque d’être taxé d’utopistes, il faut dire et redire qu’un autre monde est possible ! On ne peut se résigner à un monde dans lequel la moitié de l’humanité n’a pas les moyens de se nourrir, de s’instruire, de se soigner et de se loger. L’ampleur de la pauvreté humaine est une insulte à la dignité humaine.
Heureusement, de plus en plus de citoyens disent à travers le monde : Assez ! Assez d’accepter la mondialisation comme une fatalité ! Assez de voir le monde, le corps et les esprits transformés en marchandises ! Assez de subir, de se résigner, de se soumettre !
Construire une société plus juste et plus humaine, une société d’où seraient proscrits la guerre, le racisme et toutes les formes de discrimination et d’exploitation, n’a rien d’une utopie ringarde. C’est une exigence incontournable. Une exigence de justice et d’égalité qui ressurgit heureusement avec force.
En ce début d’année, que l’indignation qui nous saisit devant la misère du monde qui se construit sous nos yeux, ne soit pas une source de résignation. Qu’elle soit au contraire une source de révolte contre la misère, l’oppression, la barbarie.
Que vous, que nous souhaiter de mieux en ce mois de janvier 2001 que de « de savoir convoiter l’impossible : afin de mettre cette convoitise au service des mouvements d’émancipation. »
 
Jean-Marie Fouquer
Président de l’ICEM