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La classe passerelle

Février 2001

 

La classe passerelle :
un classe pour les enfants…
et les parents
 
 
Issu d’un partenariat entre l’Education Nationale et les services sociaux, la classe passerelle, rattachée à l’école maternelle Condorcet de Boulogne-sur-mer, accueille de très jeunes enfants avec leurs parents depuis Septembre 99. Elle s’est donné pour objectif de faciliter la séparation mère-enfant mais aussi offrir un lieu d’écoute à des parents quelquefois dépassés.
 
 
Marie-France Caron,
psychologue scolaire,
intervient dans la classe passerelle
sur l’accompagnement des parents
plcaron[arobase]club-internet.fr
 

 



Sa création, à l’initiative de l’Inspectrice de l’Education Nationale, en partenariat avec le CMP et la PMI (Protection Maternelle Infantile), s’est appuyée, face aux difficultés récurrentes de certains enfants, sur un ressenti commun de la nécessité d’intervenir le plus précocement possible et dans un champ plus large d’actions, auprès des enfants de familles dites «  à risques ». En effet, cette classe passerelle accueille des enfants venant de cinq secteurs d’écoles maternelles, toutes en REP (Réseau d’Education Prioritaire. La population est très démunie économiquement, socialement et culturellement.
 
Si l’objectif premier est de travailler au niveau de la séparation mère-enfant en offrant un lieu intermédiaire souple dans l’exploitation du temps et de l’espace permettant des éloignements modulés, les démarches et l’accompagnement proposés s’inscrivent dans un cadre plus large d’interventions et de finalités qui sont entre autres : renforcer la rencontre mère-enfant en permettant le soutien des investissements positifs dans une expérience attractive partagée, faciliter et solliciter les échanges verbaux, travailler au niveau de l’attention portée précocement au développement du jeune enfant, à ses compétences, réconcilier certaines familles (au vécu scolaire souvent douloureux) avec l’institution scolaire… mais aussi offrir un lieu de rencontres, d’écoute à des mères souvent jeunes, souvent dépassées face à une fratrie nombreuse, souvent seules et sans soutien transgénérationnel.
 
Les locaux qui reçoivent parents et enfants se composent d’une salle de classe maternelle traditionnelle et d’une grande salle aménagée pour une partie en coin d’accueil pour les parents (autour du coin café) et pour une autre partie d’un grand espace de jeux et d’explorations motrices.
 
Les personnes qui interviennent dans cette structure sont : une enseignante, Madame Viseux, maître soutien REP, qui y consacre la moitié de son temps, un aide éducateur (seul poste réellement créé pour cette classe) une psychologue scolaire (une demi journée par semaine). Venant du CMP, une psychomotricienne et une infirmière psychiatrique ayant travaillé en unité de très jeunes enfants, interviennent en alternance.
 
Les enfants amenés à fréquenter ce lieu nous sont envoyés par la PMI (bonne connaissance des familles à partir des consultations), par des enseignantes et directrices d’écoles maternelles (par exemple après une tentative de fréquentation scolaire jugée trop difficile et douloureuse pour l’enfant), par le CMP et plus globalement par tout intervenant social (AEMO, Action Educative en Milieu Ouvert).
Pour l’année scolaire 99-2000, 19 enfants soit 16 familles (16 mères et 3 pères) ont fréquenté cette classe. Le créneau d’âge initialement prévu était de 18 mois à 3 ans mais des plus jeunes accompagnant leur sœur nous avons accueilli deux petites filles âgées respectivement de 15 et 16 mois.
 
Cette classe a d’abord fonctionné deux matinées par semaine mais l’accroissement de l’effectif et l’évolution de certains enfants nous a amenés à leur proposer, pour le dernier trimestre, un accueil supplémentaire les deux autres matinées, cette fois sans leurs parents. Trois enfants ont pu, par ailleurs, être réintégrés en maternelle.
Si notre travail restait bien centré sur l’enfant et les interactions mère-enfant, nous n’avons pu éviter que le lieu soit investi par les mères pour elles-mêmes (y trouvant ce que l’on pourrait appeler un « petit ravitaillement narcissique »). Ce qui a parfois posé problème quand nous proposions pour l’enfant l’intégration en classe maternelle…
 
On peut penser que si les parents se sont sentis bien dans cette structure, c’est que nous avons toujours essayé d’éviter ce qui aurait pu être vécu comme intrusif, directif ou s’inscrivant dans un quelconque assistanat. Les parents étaient accueillis dans un climat convivial, invités à partager des moments d’activité avec leurs enfants, moments privilégiés, souvent à l’origine de découvertes et de plaisirs. Nous avons fait des sorties ensemble (Nausicaa, ferme pédagogique). C’est aussi que, si chaque intervenant y trouvait sa place, la personne référente et, pour tout dire, « porteuse » de la structure était l’enseignante, gage peut-être d’une certaine « normalité ». De même, l’accompagnement des parents s’est fait sur mode plutôt informel. Ils ont participé entre autres à la décoration des locaux, fabriqué des jeux pour les enfants ; activités manuelles et créatrices amenant une cohésion dans le groupe mais permettant aussi une parole plus libre et spontanée. Beaucoup de choses ont pu être ainsi évoquées, dites, entendues mais sans qu’aucun thème n’ait été au préalable prévu et imposé.
 
Si nous avons pu fonctionner sur le terrain avec la souplesse et la simplicité requises, c’est que notre fonctionnement s’est accompagné d’un important travail de réflexion et d’analyse au niveau de l’équipe mais aussi dans des groupes élargis à tous les partenaires. Encadrement qui nous a permis d’éviter des dérives et de recentrer nos objectifs (mais aussi parfois de « regonfler » les troupes, quelque peu affaiblies par un contact étroit avec beaucoup de souffrance et de misère sociale).
 
Quand la création de cette classe passerelle a été envisagée, les membres de l’équipe pressentis ont immédiatement adhéré à ce projet, tant il apparaissait intéressant, novateur et porteur d’espoir. Ce qui n’excluait pas beaucoup d’incertitudes, de doutes car sans référence d’une expérience similaire. Nous nous sommes questionnés tout au long de l’année sur la justesse de notre travail.
 
Une année de fonctionnement a levé beaucoup de craintes, le bilan nous apparaissant très positif (nous en sommes gratifiés mais toujours un peu surpris) si on se réfère à l’évolution des enfants (certains progrès ont dépassé nos espérances) à la fréquentation, à l’apparition d’attitudes parentales nouvelles, à la façon aussi dont la classe passerelle a été reconnue par la communauté dans ce qu’elle pouvait représenter comme dispositif valable et sérieux.