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Revue en ligne CréAtions n°200 "Le corps et ses langages"
annoncée dans le Nouvel Educateur n°200 - Publication : décembre 2010

Edito

 

 
Le corps et ses langages

 

Etre au monde, habiter le monde, c’est d’abord habiter son corps. L'enfant explore le monde avec tout son être, en engageant « non seulement ses pouvoirs sensoriels, moteurs, imaginaires, mais encore ses possibilités mentales et sensibles, son esprit et son cœur » (*1), pour être à même de faire jaillir sa vision personnelle. Depuis son plus jeune âge, « l'enfant se découvre lui-même, apprend à connaître son corps, à la maîtriser, finalement, à l'habiter totalement. Par cette connaissance progressive, il élabore don schéma corporel, son être-au-monde. Il prend conscience des possibilités d'expression de son corps comme étant un instrument propre à traduire les sentiments les plus divers. » (*2)
A l’école, il nous semble indispensable de développer des activités où l'enfant est amené à s’exprimer, expérimenter, créer avec son corps pour en élaborer les multiples langages, formes d'expression et fabriquer ses propres images. Connaître son corps, se l'approprier à travers des approches multiples, à la fois sensibles et rationnelles, c'est accéder à une certaine forme de liberté, indispensable pour la construction des apprentissages. Représenter le monde passe, surtout chez les petits, à « l’âge du mouvement », par le filtre du vécu corporel qui conditionne leur structuration de l’espace, par exemple.
Le corps, par son positionnement dans l’espace, permet d’ouvrir la voie de la communication, comme dans cette expérience rapportée sur l’atelier d’adultes du Congrès de l’ICEM (article « Kapla »), où des adultes, étrangers les uns aux autres et donc privés de langue commune, sont placés en rond, échangent avec les yeux, s’observent mutuellement en train de construire des structures imaginaires en bois et partagent leurs tâtonnements respectifs. La posture adoptée par leur corps détermine aussi la dextérité du geste et l’équilibre de la production.
Par son rôle de symbolisation dans l’acte de création (comme créateur et comme spectateur), le corps nous apprend à maîtriser nos émotions tout en les exprimant et en engageant notre identité corporelle. « Quand tu danses, c'est l'espace qui est comme ton partenaire principal car tu en fais ce que tu veux. Tu le remplis, tu le traverses, tu le sculptes, tu l'écrases, tu le prends, tu lui parles avec ton corps et il te répond. Il devient plein de tes idées et de tes sentiments. » (*2)
Le jeu dramatique témoigne de l'épanouissement de l'expression gestuelle devenue langage, messager de la sensibilité. Ainsi, avec tout son corps bien qu’en l’abstrayant, le jeune montreur de marionnette suit de son regard assidu les mouvements de son « double » pour en faire éclore un maximum d’expression (cf. article « Cache-cache cochons »). Le clown, quant à lui, par les extériorisations du corps qu’il provoque, libère nos tensions et les émotions qu’elles traduisent. Son allure et sa présence décalée, son regard émerveillé et étonné, ses gestes, ses vêtements, qui le placent toujours en marge de la société, font de lui « le miroir de moi », mon double qui rompt ma solitude et m’aide à me distancier de mon quotidien. (cf. article «Démarche de création d’un clown»).
Le plaisir du jeu, la présence sur scène, le passage du « mouvement » au « geste », la traduction en images corporelles de ce que l’on porte au fond de soi confère au corps un véritable langage expressif. Comme pour le dessin : « Ces gestes créateurs s’inscrivent au plus profond de l’être humain, le modèlent et le guident vers une compréhension de plus en plus ouverte de l’homme et du monde.» (*2)
*1 : Madeleine Porquet (Cf. Art Enfantin n°7/8, 1961).
*2 : Jacqueline Robinson (Cf. L'enfant et la danse, 1988)

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