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Ma forêt - Un stage poésie à l'école: Premiers jets

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 Premiers jets

 

Il est temps de passer à la création. Les enfants sont alors invités à écrire « comme les poètes » sur l'arbre, la forêt, en utilisant (ou pas) un (ou plusieurs) des sous-corpus ainsi créés.
Peu habituée à travailler avec des enfants de cet âge (vingt-six élèves en tout, huit en CE2 et dix-huit en CE1 ; dix-sept garçons, neuf filles, ce qui n'aide pas, dans ce type d'exercices !), je suis un peu étonnée d'en voir sucer leur crayon longuement, attendant la venue d'une hypothétique et très improbable muse, tout en feuilletant un illustré.

Je m'assois donc près de Hugo.

« Tu as une idée de ce que tu as envie d'écrire ?
- Non.
- Non quoi ?
- Non, j'ai pas envie d'écrire.
- Mais tu vas écrire quand même. Choisis un mot dans la liste du tableau.
- Le bourdon ?
- D'accord. Que fait ton bourdon ?
- Il tombe dans le nid.
- D'accord. Tu l'écris. (Il écrit : « Le bourdon tombe dans le nid. ») Qu'y a-t-il dans le nid ?
- (après avoir jeté un regard au tableau) Un oisillon ?
- D'accord. Et que fait l'oisillon quand il voit le bourdon ?
- ???
- Regarde. (Je fais le geste rapide d'attraper avec la main).
- Il le chope ?
- Oui. Tu l'écris ?
- D'accord. »
Il écrit : « L’oisillon le chope... », et il complète seul : « ...et l'avale! »
Ce qui donne :

Le bourdon tombe
dans le nid.
L’oisillon le chope
Et l'avale.

Je le complimente sur son poème et il est très fier; il le lira avec emphase et sans heurt lors de la présentation collective.
Je pense alors à Freinet qui – souvenons-nous : il aimait parler en pourcentage – n'avait pas de scrupule à «produire» jusqu'à 80 % du texte de l'enfant qu'il aidait. Peu importe, ajoute-t-il dans la brochure Le texte libre (C.E.L., coll. Brochures d'Éducation Nouvelle Populaire n° 25, Cannes, 1947), pourvu que l'on parvienne à convaincre l'enfant que ce texte final est bien le sien, même s'il a bénéficié des compétences de l'adulte.
Mais, globalement, le premier résultat est assez convenu. Les enfants ont beaucoup de mal à décoller d'une description « réaliste », comme il apparaît dans les textes suivants :

 

L'arbre a de l'écorce
Les branches de l'arbre ont des feuilles
Les feuilles des arbres font des gouttes

Louan
La nature est remplie de couleurs
Jaune, rouge orange
Et plein d'autres couleurs différentes.
La nature est belle
Elle sent bon
J'adore la Nature

Diane

Quelques percées cependant vers ce que nous identifions comme « traces de poésie », nous, adultes marquées aussi par nos cadres personnels, nos conventions conscientes ou non, notre subjectivité...

Regarde bien l'arbre
Regarde sa branche
Regarde toutes ses feuilles
Regarde son tronc
Regarde les nuages
Et envole-toi.
Et sans rien remarquer
L'arbre s'enflamme

Louis
L'arbre dort debout
Il craque
On en fait des maisons

Thomas
La mygale grimpe souvent aux arbres
Pour faire sa toilette d'araignée
Et pour attraper des mouches

Nicolas

 

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