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Ma forêt - Un stage poésie à l'école: S'éloigner pour mieux dire

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 S'éloigner pour mieux dire

Alors, pour tenter de se distancier un peu de la réalité, pour l'appréhender davantage à travers le prisme de la subjectivité, je propose d'introduire, en première marche vers la métaphore, un exercice de type : « Une branche, c'est comme... », « La sève c'est comme... », en choisissant le premier terme de la comparaison parmi le corpus initial, si on manque d'idée.
Pour aider, nous cherchons ensemble dans un premier temps :
« Une feuille, c'est comme... – ils diront – : une étoile, un toboggan, du papier, une main, un œuf, une épine, un soleil... »

une feuille c’est comme…

une épine,  une coupe, du papier, une salade, une tige, du rouge,
de la mousse, un ovale, une chute, une étoile, un toboggan,
un trèfle, un tissu, un fil, un soleil, de l’eau, un trou, un œuf...


On continue ensemble : « Une feuille c'est comme un œuf qui... se balade, qui roule, qui s'évanouit dans le champ, qui vole dans le ciel, qui se casse et éclabousse... »
Ils essaient seuls sur le modèle « ... c'est comme... qui... »

 

Sur le modèle un…c’est comme…qui….


Une feuille c’est comme un œuf qui serait ovale
-qui éclot-qui se balade-vomit-qui roule-qui tombe endormi-
qui saute dans un champ-qui s’évanouit dans le champ-
qui entre dans une prairie-qui vole dans le ciel-
qui plane-qui se baigne-qui se casse et éclabousse.

On obtient :

 

«Un tronc,
c'est comme

une cabane qui brûle.»

«La résine,
c'est comme
une fenêtre
qui se casse.»
«Des racines,
c'est comme des pieds
qui jouent au football.»


On n'est pas encore dans la poésie.

Mais on apprend par cœur : « Des racines c'est comme des tentacules de pieuvre qui jouent au bowling » (Miguel) et on cherche à le dire de diverses manières.


Ils proposent :

- sur un ton terrorisé ;
- avec un voix très aiguë de souris ;
- avec une grosse voix fâchée ;
- en riant ;
- avec l'accent alsacien.

Nous vivons à ce moment-là, les enfants, Fabienne et moi, un moment de pure délectation, un moment rare où nous rions tous à gorge déployée, un moment dont la jubilation doit moins à la magie poétique qu'à la capacité qu'ont souvent les enfants à entrer dans des rôles, à investir des personnages. Ici, celui de la petite souris timide et apeurée, de la brute terrorisante ou de la matrone alsacienne seront interprétés par eux de magistrale manière, sans que nous sachions exactement pourquoi, à ce stade du travail avec eux, ils aient osé se lâcher avec un tel naturel.

 

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