Raccourci vers le contenu principal de la page

Poésie

Dans :  Arts › Techniques pédagogiques › organisation de la classe › 
Janvier 2011

Qui d’entre nous est récemment entré dans une librairie pour y acheter un recueil de poèmes ?
Qui en a emprunté un à la bibliothèque ?
Depuis quand n’ai-je pas lu de poésie pour mon plaisir personnel ?

Dernièrement mon amie danoise m’a demandé quels étaient les poètes français actuels et si je pouvais lui indiquer quelques œuvres : à ma grande honte, sa demande m’a déconcertée et j’ai été obligée de faire des recherches pour lui répondre !
Les derniers livres de poèmes que j’ai achetés, c’étaient des recueils sur des thèmes précis et c’était pour ma classe, il y a deux ou trois ans : « L’arbre en poésie », « la mer en poésie », « l’eau en poésie », etc… c’était un achat guidé par la nécessité et non par le désir.
Je me suis demandée comment mettre en place un moment poésie dans ma classe qui soit synonyme de bien-être. J’ai pensé que ,pour cette forme d’écriture exceptionnelle, il fallait un lieu exceptionnel.
Le moment poésie se fait donc en forêt, dans la colline, autour du lieu-dit « la pierre magique » . C’est un endroit qui se trouve au fond d’un vallon, un endroit où l’on joue, où l’on se cache, où l’on se raconte des secrets loin des oreilles d’adultes, où l’on est bien, où l’on vit des moments de liberté et de bonheur.
J’ai souhaité que cette sensation de liberté et de bonheur s’associe dans l’esprit des enfants à l’écoute ou à l’expression poétique et que plus tard, au collège ou au lycée, chaque fois qu’ils seront confrontés à la poésie, ils ressentent cette sensation même s’ils n’ont plus le souvenir de son origine.
Une histoire de petite madeleine en quelque sorte …
Créer des associations d’idées qui referont peut-être surface des années et des années plus tard, car qui sait ce qui va s’imprimer dans le cerveau d’enfants de six ans.
J’espère, même si c’est ambitieux, qu’ouvrir un livre de poésies correspondra à un moment de plaisir qu’on aura envie de prolonger.
Beaucoup d’enfants ne gardent pas un très bon souvenir de l’étude de poésies à l’école ou dans le secondaire: textes décortiqués, à apprendre par cœur, à réciter sans fautes. Poésie dénaturée devenue prétexte à des exercices de grammaire, de vocabulaire, de mémoire.
Or la poésie ne s’adresse pas au regard sensible mais à l’imagination et quel lieu plus propice au développement de cette imagination que la forêt …
Quand nous arrivons dans « notre » forêt (un après-midi par quinzaine) il y a un moment de jeux libres. Les enfants reprennent possession de leurs coins, de leurs cabanes, ils s’installent sous des branches basses, installent des villages imaginaires, reconstruisent une mini-société.
Puis c’est le moment poésie. On se regroupe et on s’assoit devant la « pierre magique » encadrée par deux très beaux arbres et tous ceux qui souhaitent dire une poésie viennent le faire, à tour de rôle, assis sur la pierre devant tous les autres qui écoutent. C’est toujours un moment très émouvant. Seuls ceux qui veulent réciter sur la pierre apprennent les poésies, et c’est la très grande majorité.
Il n’y a pas d’obligation d’apprendre et tout le monde ou presque apprend pendant la semaine et attend avec impatience le moment de dire sa poésie dans la forêt.
C’est un très grand moment de plaisir pour tout le monde.
« La poésie, c’est pour être heureux ! » confie Anne, 7 ans, à une petite copine de CP en début d’année …
Quand tous les volontaires se sont succédés, c’est moi qui prend place sur la pierre pour lire la nouvelle poésie à écouter, à ressentir, à apprendre librement peut-être pour la prochaine fois.
Je la dis deux fois puis tout le monde essaie de suivre la musique des mots et de se laisser porter par le texte.
Si la nouvelle poésie ne plaît pas à certains, j’en propose une ou deux autres pour un choix éventuel.
Rentrés en classe, le ou les textes seront donnés pour être collés dans les cahiers de forêt, décorés, lus, appropriés ou appris.
J’ajoute que c’est toujours moi qui choisis les textes car l’expérience m’a appris que si l’on accepte ceux qui viennent de chez eux on peut avoir le meilleur comme le pire ! C’est comme pour le choix des albums …
Et que pensez-vous pour finir de ce qu’a dit Hegel ?
« Avec la poésie, l’art devient l’expression immédiate du sentiment. Il devient capable d’exprimer la pensée telle qu’elle s’élabore au foyer même de l’imagination …Ce qui constitue la supériorité de la poésie sur tous les autres arts … c’est qu’elle a pour mode d’expression la parole, qui est le seul signe adéquat de la pensée. La poésie est l’art universel, l’art divin. »
Lucette AGOSTINI