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Entretien du matin chez les petits

Dans :  Français › Techniques pédagogiques › 
Octobre 1996

Entretien du matin chez les petits

 
(âge 3/4 ans)
 
 
C'est un moment dont la durée peut varier entre 1O et 20 minutes ; il se situe en début de la réunion du ma­tin.
Voici les grandes lignes de notre dé­but de matinée dans une classe de pe­tits (ceci afin de mieux faire com­prendre la place de l'entretien et le lien qu'il constitue en tant que "passage du milieu familial au mi­lieu scolaire".
* De 8 H 30 à 9 H : accueil des en­fants dans la classe (voir disposi­tion des lo­caux). Les enfants peuvent aller dans les différents coins de jeux installés.
Les parents peuvent rester dans la classe. Ils peuvent lire une his­toire, dessiner ou jouer avec leur enfant ou un petit groupe d'enfants...
Pendant ce moment nous nous efforçons de voir et de parler à chaque enfant individuelle­ment, et éventuelle­ment d'échanger briè­vement avec les pa­rents.
* A 9 heures, c'est le moment où les derniers parents laissent leur enfant et où nous pre­nons en charge le groupe.
Ce moment est impor­tant. Il a lieu chaque matin dans notre coin de ré­union. C'est un moment habituel, at­tendu, nécessaire.
Individuellement nous avions vu chaque en­fant ; maintenant et collec­tivement nous allons voir :
Qui est là ? Qui est absent ?
 
L'entretien à pro­prement parler
 
Pourquoi cet entretien ?
C'est un moment néces­saire pour que se crée une conscience de groupe. La nécessité s'impose parfois de faire une petite tran­sition vers un retour au calme (avec écoute de musique, chanson, comptine) afin de re­centrer le groupe.
C'est un moment privi­légié où le groupe se met à l'écoute ; cer­tains parlent, d'autres non.
C'est un moment où va se renforcer la connaissance mutuelle des personnes. Chaque enfant arrive avec sa person­nalité, ses émo­tions, ses rêves, son histoire : chacun a le droit à la pa­role ; on respecte les diffé­rences.
C'est un échange constant
- entre l'enfant et l'adulte (surtout en début d'année en sec­tion de petits car les enfants ont tendance à ne s'adresser qu'à l'adulte).
- entre les enfants eux-mêmes par la suite. Nous interve­nons alors le moins possible.
 
Avant de commencer l'entretien
 
...et pour qu'il s'effectue sans inter­ruption
1. Nous proposons à ceux qui le veu­lent d'aller aux toilettes (pas de passage col­lectif).
2. Nous vérifions l'habillement (certains enfants ar­rivent trop ou pas as­sez couverts).
3. Nous demandons aux enfants de ran­ger leur doudou, tétine, petits jeux amenés de la mai­son, afin de privilé­gier l'écoute.
 
Mise en place
 
Les enfants sont assis sur de petits canapés disposés en carré. Ils sont libres de choisir leur place (mais nous intervenons quelque­fois pour sé­parer deux enfants qui ont ten­dance à "chahuter" lorsqu'ils sont voi­sins). Tout le monde se voit. L'adulte est assis à la même hau­teur que les en­fants.
 
Les règles
 
Elles sont mises en place dès le dé­but de l'année (cela nous de­mande du temps et de la patience).
- Chaque enfant, s'il veut parler, doit le­ver la main.
- C'est l'adulte qui donne la parole.
- On n'interrompt pas un enfant qui parle.
- On ne se moque pas.
- On fait des efforts pour parler fort.
 
La part de l'adulte
 
Nous nous efforçons de créer un cli­mat de confiance et de sécu­rité.
En tant qu'adultes, nous sommes ga­rants du respect de la parole (interventions parfois fréquentes de notre part).
Nous interrompons par­fois certains enfants qui parlent trop lon­guement (les mains le­vées des autres en­fants leur permettent de mieux le com­prendre et de mieux l'accepter).
Nous sommes attentives à ce que ce ne soient pas toujours les mêmes qui prennent la pa­role.
Parfois nous sollici­tons les enfants qui n'ont pas levé la main : "et toi, est-ce que tu aurais quelque-chose à raconter ?"
N B : il arrive qu'à l'issue ou en cours d'entretien, les en­fants se po­sent des questions entre eux : un dialogue peut alors avoir lieu.
 
Pendant chaque en­tretien
 
Nous notons les échanges tels quels (parfois en abrégé pour aller plus vite) et nous les retrans­crivons sur le livre de vie en restituant le mieux possible ce qui a été dit. Ce livre de vie est laissé à la disposi­tion des parents en fin de chaque journée.
Lors des échanges, nous n'intervenons pas sur la forme (corrections de lan­gage par exemple), sauf éventuelle­ment pour demander à l'enfant de par­ler plus fort (par exemple), s'il n'a pas été entendu et com­pris.
C'est en effet un mo­ment privilégié de communication où nous donnons la priorité :
- à la liberté de l'expression spon­tanée
- à une situation de langage où prendre la parole a un sens et constitue en soi un acte social. Par­fois nous sommes obligées de clore l'entretien si l'attention n'est pas maintenue (bien qu'il soit difficile pour un enfant de re­noncer à sa de­mande de parole, surtout quand il s'agit de faire partager une émotion !).
Le livre de vie sera le témoin de ce qui s'est dit ; toutefois certaines paroles n'y seront pas retrans­crites si nous esti­mons que c'est trop per­sonnel et que nous devons respecter une certaine "confidentialité"
 
Les thèmes abordés
 
* En début d'année, l'enfant parle le plus souvent de lui, de sa famille :
"A ma maison, maman elle m'a emmenée dans le bain, y avait An­toine, et An­toine il m'a embêtée, et après elle m'a sortie du bain et après mon papa m'a emmenée à l'école". (Julia)
"Moi, ma maman m'a donné des granules pour me soigner et après des crousty" (Mélanie)
"Elle va travailler, ma maman" (Jade)
"Mon papa il va me chercher " (Coline)
"Ma maman est partie sans me faire un bi­sou". (Victor Oct 94)
"Moi je m'ai fait mal". (Clément)
" Quand je fais un cauchemard je vais dans le lit de ma ma­man" (Guillaume)
* Il raconte des évè­nements concrets
"Moi j'ai fait du che­val, on a mis la selle et on a mis un casque parce que c'est obligé" (Bruno)
"A ma maison, l'ascenseur était cassé alors on a pris l'escalier" (Pauline)
"Moi je suis allé dans les Méjanes et j'ai vu un gros dinosaure qui creu­sait la terre" (Hugo)
* ... ou imaginaires
"Eh ben moi il y avait un loup à ma maison il a regardé mes jouets" (Django)
"Moi tu sais il y avait un fantôme dans ma chambre qui me fai­sait peur il m'a cro­qué les dents" (Mélanie M)
* Certains ne s'arrêteraient plus de raconter :
"La voiture de mon papa c'est hyper bien, en plus on va changer de mai­son, et en plus mon papa il fait tou­jours de la purée et des saucisses et mon chat il s'appelle "Plouf". (Elodie)
* Et une parole en ap­pelle une autre :
"Moi mon chat il s'appelle Félix" (Dounia)
"Moi j'ai un crocodile qui m'a mangé mon pan­talon et mon tee shirt jaune" (Mélanie)
"C'était un vilain crocodile" (Léa)
"Moi je suis allé à la neige et il y avait un crocodile sur ma luge..." (Clément)
* Ils racontent aussi leurs trou­vailles et leurs découvertes :
"J'étais allé à la mer et j'ai trouvé des co­quillages" (Django)
" En Bretagne on a vu un tracteur qui prend du blé... et la vache elle mange le blé" (Victor)
"Moi, quand je suis allé chez le papy de ma maman, j'ai pris l'avion et y avait plein de monde dedans" (Victor)
"Tout à l'heure je suis allé dans une ferme et il y avait un tracteur dans le ga­rage" (Hugo)
"Moi j'ai trouvé un marron chez Mamie Glo­ria" (Julia)
 
Une analyse des conte­nus nous permet de constater que tout ce qu'ils ra­content est lié à des situations où "l'affectif" tient une grande place. Ils expriment plus rare­ment (avec des mots) leurs sentiments et leurs émo­tions.
Pour certains enfants, il est impor­tant de dire et de redire la même chose jour après jour presque mot à mot comme un rituel. Pour d'autres peu importe le contenu, seule compte la prise de pa­role et l'écoute de sa parole par le groupe (pour affirmer sa pré­sence ? Son apparte­nance au groupe ?)
En moyenne, on note 10 à 15 prises de parole à chaque entretien sur 28 en­fants présents... En cours d'année, sou­vent davantage.
 
Pour conclure
 
Nous pouvons dire que cet entretien consti­tue
- un rite social, ins­titutionnel, riche au niveau des contenus et des comportements
- un temps de transi­tion entre réa­lité fa­miliale et réalité scolaire qui est né­cessaire, et qui, très sou­vent, "donne le ton" à une journée qui commence...
 
Françoise BOUGAIN et
Hélène STRAUCH
Maternelle La Mares­chale Aix en Pce