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Conformer ou éduquer ?

Janvier 1997

Savez-vous que les Petit Poucet ou Petit Chaperon rouge, bleu ou jaune, risquent de plus en plus d’être croqués dès leur entrée à l’école maternelle ?

 
Car dans les lieux pédagogiquement autorisés, circule une expression hautement inquiétante : «construire son métier d’élève est un des enjeux prioritaires en maternelle. »
 
Fini le jeu ? Pas le jeu dit « éducatif » (celui-là, au contraire...), mais le vrai jeu, gratuit, que l’enfant invente à sa guise, dans lequel il se projette tout entier, et qui lui permet de se construire et d’affirmer son identité.
 
Fini le droit de dire non ? Le droit à l’originalité ? A l’expression de sa personnalité ?
 
Fini le plaisir ? Finie l’enfance ?
... on va « former au métier d’élève ! »
Aucun temps hors cadre éducatif ne sera toléré. L’accueil, la récréation, les temps consacrés à l’hygiène seront didactiques... ou ne seront pas.
 
Le choix de ce cheval de bataille par nos technocrates pédagogiques est-il indispensable pour conserver nos maternelles « à la française » au sein de l’Union européenne, au détriment de l’enfant ?
Faut-il à tout prix – et même à ce prix ! – en justifier l’utilité et la rentabilité, face aux menaces non voilées qui pèsent sur son existence ?
 
Chaque enfant est unique. Le danger est grand, de nier les différences par l’adoption de pratiques centrées en priorité sur des savoirs formels... au seul bénéfice des enfants socialement favorisés, qui auront acquis ailleurs les clés donnant accès au sens des apprentissages. La mise en avant de plus en plus tôt, de plus en plus nombreuses, des activités didactiques risque de mettre en place de façon plus certaine l’école de la sélection sociale sur la base de la sélection intellectuelle de plus en plus précoce.
 
Dès deux ans, « faire son métier d’élève » ! L’expression « mat sup » n’est plus un sujet de plaisanterie. Conformer ou éduquer ? Tel est aujourd’hui le choix des enseignants.
 
La période des contes s’achève, celle des comptes à rendre commence.
 
Nicole Bizieau, Jean-Marie Fouquer
CD de l’ICEM