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Lire, c'est écrire ; écrire, c'est lire

Janvier 2011
 
Quand il rentre à la " grande école ", l'enfant arrive avec le désir d'appartenir, par la lecture, au monde des grands, d'accéder enfin à la magie des mots et au pouvoir de l'écrit.
L'intensité et la profondeur de cette pulsion dépendent - en grande partie - de son milieu culturel ; il est donc impératif de ne pas tuer ce désir et même de stimuler, par une stratégie efficace, celui des enfants issus de milieux dans lesquels l'écrit est dévalorisé ou absent.
La rigidité de la progression des manuels, la monotonie des démarches, l'utilisation des supports artificiels, l'absence de vraie situation de communication écrite, l'absence de prise en compte des rythmes individuels,... les causes d'échec ne manquent pas.
 
Car apprendre à lire, ce n'est pas collectionner des sons, ce n'est pas finir les deux ou trois livrets du manuel, ce n'est pas savoir uniquement déchiffrer ; c'est mettre en place des éléments d'un puzzle que chaque enfant construit à son rythme, suivant les démarches qui lui sont les plus favorables. (y compris à l'insu de l'enseignant)
 
LIRE, C’EST TOUT CELA
 
• Lire, c'est produire du sens et non du son. Quand la classe décide, dès la rentrée, de faire un gâteau, l'acte de lire c'est la nécessité de comprendre la recette.
La vraie lecture s'exerce dans une situation de communication réelle.
Quand la classe reçoit la lettre des correspondants, c'est à la fois le désir collectif et la nécessité qui impose la lecture.
• Lire, c'est s'approprier toutes sortes d'écrits pour en tirer du sens, mais des écrits réels, naturels, porteurs de messages ou d'information. (des vrais livres, des journaux, des affiches, des publicités, des BD etc.)
• Lire, c'est discriminer, anticiper, émettre une hypothèse de sens qui sera vérifiée, ou infirmée, par un " retour ", écrit, oral, gestuel ou autre. C'est pour cela qu'on ne peut pas artificiellement isoler l'acte de " lecture " dans la pratique de la communication orale, écrite.
 
LIRE, C’EST ÉCRIRE
Si nous utilisons l'expression libre écrite ou orale, comme support privilégié, dans l'apprentissage de la lecture, puis de la langue, ce n'est ni par " Rousseauisme " ni par niaiserie affective.
C'est parce que lire et écrire sont les deux aspects d'un même code et qu'il est naturel d'être tour à tour émetteur et récepteur.
Priver l'enfant de son écrit dans l'apprentissage de la lecture c'est comme si on le privait de la parole dans l'apprentissage de la parole, comme s'il fallait d'abord connaître le Français pour avoir le droit de parler.
C'est cette alternance de codages et décodages qui permettra à l'enfant de s'approprier le code de l'écrit. (on en sentira les bienfaits en orthographe)
Utiliser les textes d'enfants, même si l'enseignant doit les écrire pour lui en début d'année, c'est permettre à chacun d'impliquer son affectivité dans l'apprentissage.
Enfin, ne pas donner l'occasion aux enfants de produire des écrits libres, ce serait former uniquement des récepteurs plus ou moins passifs.
La conquête de la langue par la prise de parole orale et écrite, structure la pensée, libère la personnalité, mais est aussi une prise de pouvoir.
C'est en cela que notre pratique se démarque de toutes les modes et de toutes les méthodes même si, nous utilisons les apports techniques et théoriques des chercheurs en éducation.
Dans une période où l'homme est submergé de messages oraux, visuels ou écrits, il est de salubrité publique de permettre aux futurs hommes d'être non seulement des récepteurs compétents mais aussi des émetteurs libres.
C'est ce que nous essayons de faire dans nos classes.
Pour tout contact avec l'ICEM 34
Joël Assié,
École Cité Mion II,
14 rue des Groseilliers 34000 Montpellier