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"On s'affiche" continue dans le Secondaire

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Mars 1998

 

 

CréAtions n° 81 - Spécial Poésie -  publié en mars-avril 1998

« On s’affiche » continue dans le Secondaire


 

 Collège de Libos (Lot et Garonne) – Enseignant : Hervé Nuňez

« Nous cultiverons avant tout ce désir inné chez l’enfant de communiquer avec d’autres personnes, avec d’autres enfants, surtout de faire connaître autour de lui ses pensées, ses sentiments, ses rêves et ses espoirs. » Célestin Freinet

A la suite d’une université d’été « communication » en août 1988, le mouvement Freinet développa une première fois et durant plusieurs années une expérience de correspondance par voie postale en réseau portant sur des échanges d’affiches de collégiens ou de lycéens.
Depuis, plusieurs reportages ont été diffusés par différents médias, la revue Créations ayant elle-même consacré un article sur le sujet dans son numéro 54 de décembre 1991.
Pendant le dernier congrès de l’ICEM - Institut Coopératif de l’Ecole Moderne, pédagogie Freinet à Sophia-Antipolis (06) - , la relance du processus a été demandée et Alex Lafosse, le responsable du secteur Créations manuelle et technique, en liaison avec le secteur Second Degré, a entrepris la réactivation de cet « outil » d’échange. Des analyses ou comptes rendus du nouveau « On s’affiche » commencent à être diffusés ou sont prévus, notamment dans le Nouvel Educateur.

Echange

J’ai humblement participé à l’expérience en incitant tous mes élèves de quatrième et de troisième à produire chacun une affiche en classe, en espérant qu’ils en produiraient d’autres chez eux « s’ils le désirent ».

Pour celles qui ont été réalisées en classe mon but était de :
• produire une expression vraiment personnelle (l’idée de l’élève et pas celle de « tout le monde »),
• prendre en considération les contraintes de l’édition puisqu’il y avait reproduction (format ; noir et blanc),
• faire un effort de communication :
• parce qu’il s’agissait d’une affiche (maitrise technique, relation texte-dessin , correspondance entre l’idée et la forme à lui donner).
• en prenant en considération les affiches que nos recevions des autres établissements.

Expression personnelle

Malgré le fait que les affiches reçues ont été exposées en classe, discutées quant à leur forme et quant à leur contenu, le « retour aux envoyeurs » n’a malheureusement pas pu être exploité :
• le temps passe vite lorsqu’on a les élèves 55 minutes par semaine,
• en les découvrant, les enfants ne se sont pas sentis assez « reliés » à ceux qui les avaient envoyées.

Lors d’un bilan, les enseignants participants ont convenu que les affiches devraient être choisies au préalable par les envoyeurs de manière à ne pas tomber dans la répétition et donc dans la monotonie.
Je voudrais dire aussi que la « mise en page » non plus n’incitait pas assez à la lecture (il faudra faire très attention dans celles qui seront exposées sur le Web - Quelques exemplaires seront publiés dans un prochain numéro de la revue BT2 consacré à des productions de jeunes.).
Et pour qu’il y ait désir de « faire rebondir », il faut rechercher les moyens de favoriser une expression de plus en plus personnalisée : on se lasse vite des thèmes très généraux (racisme, écologie) lorsqu’ils sont traités de manière impersonnelle.
Il faudrait envisager plus d’ancrage dans le vécu, ce qui incitera les autres à faire un rapport avec leur propre réalité, car dire « sauvons la mer ! » n’est pas suffisant pour vraiment interpeller l’autre. Il est d’ailleurs dommageable que des enfants éloignés géographiquement, socialement ou culturellement soient amenés à s’exprimer par les mêmes signes.

Voici quelques affiches produites par mes élèves. Elles ont toutes provoqué la discussion : pourquoi ?

non disponible à la demande de son auteur  « Paris, chronique d’une ville N.Q.E. »

«Bienvenue dans un monde de merde»

Benoît Pinto 3ème 1

Cette affiche a été réalisée par un élève très brillant. Elle a choqué. Les lecteurs se sont sentis interpellés et beaucoup éprouvaient le besoin d’aller à l’encontre, ou de donner des exemples supplémentaires en plus de ceux donnés par l’élève lui-même (qui sont très généraux).



« Sois toi-même » - Romain Ferreira, 3ème 3

et  « ADM » - Joris Lacaze, 4ème 4

Il est remarquable que des élèves de 15 ans osent afficher leur désaccord avec la plupart de leurs camarades, soit dans le domaine du « look », soit dans celui de la « musique ».



« Alcohol »
- Pamela Moulinié, 4ème 4

Avec le professeur d’anglais, nous avions convenu que, s’il y avait du texte, les enfants pourraient faire leur affiche dans cette langue. L’élève qui a produit cette affiche n’est pas douée en anglais, et après en avoir parlé, nous lui avons « donné le droit » de mélanger les deux langues. Elle n’a dons pas hésité, dans son effort d’expression à bafouer les syntaxes.
Cette appropriation semble plus expressive et plus personnelle que le contenu de l’affiche lui-même (non à l’alcool).



« Le tort tue » - Julien Bethencourt, 3ème 4

Par leur désir d’être pris au sérieux, les adolescents sont plutôt coincés, et rares sont ceux qui sont capables d’humour. L’élève qui a produit cette affiche a pris le risque d’être déconsidéré par des camarades. Il a assumé ce risque n’ayant pas peur d’être traité de « barjot », de « preneur de tête » ou « d’intello ».



Sortir des généralités


Parmi les deux cents affiches qui ont été produites, seulement quelques-unes ignoraient la norme pour s’élever vers le stade de l’expression libérée.
Toutes les autres prônaient, dénonçaient ou revendiquaient, mais sans mettre leurs auteurs vraiment en danger.
La question est : comment amener toujours plus d’enfants à exprimer le rapport personnel aux choses, à leur corps qui bouge beaucoup à cet âge-là, aux autres, etc. ?


Pratiquement aucune affiche sur ces thèmes encore trop intimes. Deux seulement sur l’aspect physique et le droit à cette différence. Une seule sur le viol parental. Une autre sur le suicide, mais énoncé sous la forme d’une question, sans véritable prise sur le réel.
L’échange peut cette année prendre une nouvelle dimension avec la possibilité de s’afficher sur le Net par l’intermédiaire du site de l’école primaire de Piquecos ( !) et les enfants, par émulation, prendront confiance et exploiteront l’outil qui leur est offert.

 


« Ecrire c’est tellement beau » Ouriel Ellert, 4ème 1


Comment ne pas remarquer une affiche qui essaie de construire pedant que les autres dénoncent ou détruisent ?
C’est un garçon qui l’a faite sans crainte d’être raillé.

     

REALISER UNE AFFICHE

Pourquoi ?

Pour présenter :
- un texte, un poème, un livre qui a plu, un point de vue qu’on souhaite faire connaître et discuter…

Pour annoncer :
- une activité, une sortie,
- un exposé,
- une exposition,
- un débat,
- une émission de télévision,
- la kermesse de l’école…

Pour lancer un appel


Comment ?

• L’affiche doit attirer l’œil :
- format assez grand,
- bons rapports entre le texte et le dessin ou la photo :
  -- complémentarité
  -- contrastes
  -- rythmes (équilibre, dynamisme).

Elle doit être facile à lire.
Pour cela, faire un ou plusieurs « niveaux de lecture » :
- distinguer ce que l’on doit voir si on la regarde de loin (grosse écriture, gros traits), de plus près (écriture plus petite, dessin plus petit), de très près (texte développé, détails au dessin),
- réaliser une « accroche » pour attirer l’œil ;
   -- un slogan (phrases des banderoles des manifestations ou de la publicité, les gros titres de journaux, (voir le fichier Presse CM1-CM2).
   -- un dessin très peu détaillé.


     

Sommaire Créations 81 Spécial Poésie  

 

affiche,
encre, feutre noir