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Mars 1998

 

CréAtions n° 81 - Spécial Poésie -  publié en mars-avril 1998

 

Editorial

Editorial


« Comme un vol de gerfauts
hors du charnier natal, fatigués de porter leurs misères hautaines,
De Palos, de Moguer, routiers et capitaines
Partaient ivres d’un rêve héroïque et brutal.

Ils allaient conquérir le fabuleux métal
que Cipango mûrit dans ses mines lointaines,
Et les vents alizés inclinaient leurs antennes
Aux bords mystérieux du monde occidental. »

José Maria de Heredia


Que peut bien signifier un tel poème pour une petite fille de huit ans ?
Il chante.
Il chante toute la musique de ses mots fabuleux. Le sens est alors de seconde importance et peut-être même que l’incompréhension ajoute un mystère à ces mots résonnant comme un orchestre de cuivres.
La poésie est fascinante. Au plaisir des sons s’ajoutent les images qu’ils font naître. Combien de fois collégiens et lycéens pourraient se rebeller face aux profs qui décortiquent jusqu’à la destruction chaque texte poétique ou imposent par des affirmations péremptoires « ce que le poète a voulu dire ».
Ces cours ne concernent pas la poésie, contrairement aux apparences. Il reste à ces jeunes à se réfugier dans la résistance et à savourer tous les poèmes qu’ils peuvent trouver, s’ils n’en sont pas dégoûtés.
A chaque enseignant de faire partager ce plaisir des mots et des images qu’ils transportent, peut-être en commençant chaque journée par un poème et ne manquant pas une occasion de proposer des situations développant la sensibilité comme la créativité poétique. – Editions PEMFMais il faut du temps et un contexte privilégié pour approcher la poésie.
D’abord installer un climat de confiance pour lui préparer un accueil favorable auprès des enfants et des jeunes. Installer le respect de chacun et des choses. Ainsi, petit à petit, on entrera dans le domaine du sensible et de l’imaginaire en toute sérénité, toute liberté osant jouer des structures de langage comme de la musique des mots, pour le plaisir de se les lire, de les entendre, de les dire, de se dire. Une nouvelle attitude envers la langue fera découvrir ses richesses comme véritable outil d’expression.
Apprivoiser les poèmes, c’est un peu comme ce « petit prince » tombé dans le désert qui voulait apprivoiser un renard : ils n’attendent que ça, devenir nos amis.
Apprivoiser la poésie, n’est-ce pas, comme dit Georges Jean, « s’assurer en soi, pour la vie, un trésor de textes avec lesquels dans certains instants, joyeux ou malheureux on vivra mieux » ?

Nicole Bizieau


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