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Orrthographe : idées pures, pratiques impures

Mars 2011
L'apprentissage de l'écrit que nous combattons mais dont nous héritons les méfaits, se résume d'une façon massive à la transcription phonème / graphème par le B.A BA et quelquefois par le biais de la phonétique.
Nous devons honnêtement reconnaître que les procédures mentales que les enfants se construisent à cette occasion ne sont pas capables de répondre aux problèmes d'orthographe car notre code graphique n'est pas exclusivement phonétique.
En effet, " les règles du jeu " inculquées aux enfants ne permettent pas de répondre aux phénomènes de choix multiples, de lois multiples et d'exceptions qui infirment une construction rationnelle de l'orthographe.
A titre d'exemple peut-on imaginer le " trouble cognitif " que peut provoquer le hiatus entre " Ils rient '' et " Il vient ".
Comment justifier rationnellement une telle difficulté ?
La production d'une graphie correcte devient alors le résultat d'une hypothèse phonétique / graphique validée par la mémorisation de la graphie ou par la mémorisation de la " loi " adéquate.
Alors, pour certains pédagogues officiels ou bien en cour, les enfants ne doivent pas s'exprimer librement par écrit sous prétexte qu'ils " fixent " (concept clé de la pédagogie traditionnelle) une mauvaise orthographe en produisant des formes erronées. Si cette " critique " est à prendre en compte, est-elle vraiment fondée scientifiquement et quel est son degré d'importance ?
De plus, cette assertion, poussée à l'extrême, signifie à l'enfant qu'il n'a pas le droit de s'exprimer par écrit avant d'en maîtriser le code, interdit le droit à l'erreur empêche l'enfant de considérer l'écrit comme un outil de communication.
Nous pensons (à l'ICEM et aussi ailleurs j'espère) que le problème se situe en amont, que la " MÉTHODE " d'apprentissage de la langue écrite est pour beaucoup dans la construction orthographique.
La " méthode naturelle d'Écrilecture " est une proposition pour tenter de résoudre ce problème et il y a belle lurette que la " dictée à l'adulte " avec ses variantes permet de résoudre (en partie) les problèmes posés par la production d'écrits erronés.
Seulement voilà, au delà des critiques abusives, des interprétations excessives des uns et des autres, nous sommes confrontés à la réalité ; tous les enfants n'ont pas appris à " lirécrire " avec une méthode " constructiviste ", et nous nous retrouvons avec de l'orthographe phonétique, avec des problèmes de segmentation, avec des erreurs résultant de " règles " et de raisonnements intimes que les enfants se sont construits clandestinement.
Que faire concrètement, ici et maintenant ?
Simplifier l'orthographe ; oh oui ! et ce bulletin en parle longuement.
Dans ce même numéro, Jean François lnisan expose d'une façon remarquable le problème de l'erreur, et le regard qu'il nous propose offre des possibilités considérables.
La pédagogie de l'erreur en est à son balbutiement, mais cette approche épistémologique de la construction du savoir est fondamentale. La pédagogie Freinet s'en préoccupait de façon plus ou moins empirique et sensible ; nous devons poursuivre dans cette voie pour rationaliser et théoriser les techniques qui permettent cette approche.
Une dictée sans faute : technique impure ???
Les contraintes institutionnelles et la force du milieu m'ont conduit, comme tout le monde à faire des dictées. (Que celui qui n'a jamais fait de dictée me jette la première ...)
Après moultes moutures de ce sympathique exercice, j'ai essayé, tenant compte des critiques et de remarques précitées, d'en diminuer les mauvais effets et le caractère pervers. (la dictée c'est quand même un truc pour que ceux qui la font fassent des fautes, non !!!)
En utilisant l'idée de la dictée à l'adulte, je propose aux enfants dans le cadre d'un entraînement à l'orthographe, de pratiquer la dictée sous la forme suivante.
La règle du jeu.
A la suite d'une étude de texte, d'une lecture, on fait une " dictée ". Voici la consigne.
Tu écriras uniquement les mots dont tu es absolument certain de connaître l'orthographe ; pour les autres, tu traceras un trait d'une longueur correspondante à celle du mot que tu ne sais pas écrire. Si tu ne sais pas écrire la fin d'un mot (terminaison du verbe par exemple) là aussi tu traceras un petit trait.
Les objectifs de cet " exercice " et de son exploitation ultérieure sont multiples.
Au cours de l'exercice.
- Amener les enfants à s'interroger sur ce qu'ils savent et ce qu'ils ignorent.
- Les habituer à réfléchir sur la justification orthographique.
- Éviter l'écriture de graphies erronées.
 
- Diminuer l'anxiété par rapport à la " faute ".
- Leur faire prendre conscience que l'écrit peut se " retravailler " orthographiquement avec des outils. (dictionnaire, mémento orthographique, etc...)
Et après.
 
En observant les " traits ".
Les exploitations de cet exercice peuvent être d'ordre individuel.
Par exemple, on réclamera quel'enfant comble les " traits " en utilisant le dictionnaire. (orthographe d'usage)
On pourra aussi le renvoyer à des fiches d'orthographe en fonction des manques constatés. (conjugaison).
 
Ou collectif.
On pourra organiser une séance de réflexion sur : " propositions, discussion et justification orthographique " sur les mots et terminaisons manquantes.
On pourra organiser une activité orthographique ciblée en fonction d'un manque général. (une leçon ! quoi.)
Mais il serait étonnant que les " dictées " ne comportassent aucune erreur, (aucune erreurs !) car l'erreur est le propre de l'homme.
 
Étourderies ou erreurs profondes ?
Ou les deux ? Le phénomène de l'erreur est un problème très complexe.
Il sera donc très utile d'observer et d'analyser finement les graphies erronées, car même en en relativisant le respect de la consigne de départ qui demande aux enfants de n'écrire que des mots dont ils sont sûrs de connaître l'orthographe, ces erreurs sont le fruit d'une mémoire inéfficiente ou d'un raisonnement de l'enfant, d'une " règle " personnelle qu'il s'est construite ou d'une règle enseignée qu'il transfère indûment.
L'étude de ces erreurs et des raisonnements qui les sous-tendent pourra faire l'objet de séances en groupe réduit, au cours desquelles les enfants s'interrogeront sur la façon dont ils raisonnent, sur le comment et le pourquoi de l'orthographe. La métacognition, m'enfin ?
Cette pratique fait l'objet de nombreuses recherches à l'heure actuelle et les explications théoriques inhérentes à celle-ci demanderaient un long développement. (J. R. Ghier et moi avons présenté un travail sur le statut et le traitement de l'erreur au congrès de Lille.)
On peut encore une fois se référer au travail remarquable de J.F Inisan dans ce mêm. numéro.
Jany Gibert.
 
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