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Laïcité : ne pas se tromper de combat

Février 1995

Depuis plusieurs mois, la circulaire du 20 septembre de M.Bayrou préconisant l'expulsion des élèves arborant un « signe ostentatoire » d'appartenance à une religion a déclenché de très nombreuses prises de position contradictoires.

Au nom de la laïcité, on ne peut que lutter contre toute forme d'intégrisme et d'intolérance, quels qu'ils soient. Mais tout n'est pas si simple...
La notion de « signe ostentatoire », par opposition à celle de « signe discret » n'est-elle pas en réalité la porte ouverte à une discrimination hypocrite, qui ne viserait en réalité que le foulard islamique ? Car enfin...
Nous avons tous constaté la présence de médailles religieuses au cou des enfants. Voire de certains enseignants.
Nous savons que dans certaines écoles publiques de l'est de la France, le catéchisme est intégré à l'enseignement.
Nous constatons quotidiennement que nombre d'enfants arborent des vêtements vantant, à grand renfort d'écrits publicitaires, les mérites de telle ou telle marque. Et que dire de la mode du port d'habits militaires d'il y a quelques années ? Comment résister à la « religion » de l'argent ?
Signes discrets ou ostentatoires ?
Qui s'en offusque ? Qui interdit ? Qui expulse ?
Toute interdiction n'incite-t-elle pas au besoin d'exprimer sa différence, au désir de s'affirmer en renforçant sa marginalité ?
« Il est interdit d'interdire » clamait un slogan de mai 68. L'interdit ferme la porte à la communication, au dialogue, et donc à l'évolution. Il est un facteur d'exclusion, qui débouchera si l'on n'y prend garde sur la violence.
Pour enseigner, éduquer, former, il faut d'abord accueillir, chercher à découvrir pour connaître et comprendre. Mais le droit à la différence n'est pas la différence des droits.
Seul l'enseignement dispensé peut être libérateur. Ne nous trompons pas de combat : au lieu de lutter CONTRE le port du foulard, luttons...
POUR la participation de tous à tous les cours.
POUR l'accession à la culture, qui seule est libératrice et permet de dépasser son seul héritage culturel pour forger sa propre personnalité.
POUR conserver à l'école son caractère public et laïque. Insidieusement, progressivement, n'est-elle pas en train de se privatiser : recherche de sponsors pour les actions éducatives, main-mise des municipalités...?
L'école publique et laïque est en danger. Mais ce danger ne vient pas que de quelques jeunes filles et de leur foulard. Plus qu'hier encore, restons vigilants.