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Billet d'humeur

De plus en plus, la société confisque à ses enfants, leurs temps d’imagination, d’expérimentation, de construction et de propositions. Par là même, elle compromet son avenir.

Les adultes, surtout les plus anciens d’entre eux, ceux qu’on nomme pudiquement les « seniors » et qui tiennent les rênes de l’économie, de la politique et de la culture, méprisent parfois violemment la jeunesse.
Toujours soupçonnés, accusés d’être, de faire et de ne pas faire, ces jeunes incapables de penser, de s’engager, de militer… ne seraient que des crétins, des consommateurs de jeux vidéo, de pub et d’émissions poubelles, et ne rêveraient que d’être des chanteurs, des joueurs de foot ou des mannequins. 
Et pourtant, ce sont les « seniors » qui les ont mis devant la télé, qui leur ont programmé des émissions où les images banalisent la mort et la violence, où le divertissement abêtit, où les jeux écrasent le perdant, où l’intrusion de la publicité à outrance force le zapping et la dispersion.
Les publicités n’offrent que des images de familles « françaises de souche » : maisons ou appartements bourgeois super-équipés, enfants gâtés, repas équilibrés… Que peuvent penser ces enfants qui n'y reconnaissent ni leurs parents ni leur quotidien ? Ne se sentent-ils pas un peu plus étrangers et exclus de la société ?
Et pourtant, ce sont ces adultes des années 60 qui ont utilisé les travailleurs immigrés pour les emplois ingrats et salissants, et les ont installés dans des tours et cités aux périphéries de leurs beaux quartiers avec leurs propres établissements scolaires.
Les médias aiment à montrer les comportements agressifs de certains jeunes, les incidents violents dans les établissements scolaires des quartiers qu'on dit sensibles. Mais ils s’expriment très peu face à l’injustice, à l’humiliation et à la méfiance. C’est simple, ces jeunes seraient tous délinquants ou prédélinquants. 
Et pourtant, c’est le ministère de l’Éducation nationale et de la jeunesse qui a supprimé la carte scolaire, qui a placé la performance et la compétition au cœur de l’école avec la pression des évaluations et le glaive de l’échec au-dessus de la tête de ces « futurs délinquants ».
Le trafic routier est saturé et dangereux avec des comportements de conducteurs individualistes et des accidents de plus en plus meurtriers. 
Et pourtant, ce sont les générations précédentes qui ont privilégié la route au chemin de fer en idolâtrant la voiture et l’impression de puissance qu’elle procure. Les publicitaires des constructeurs automobiles ne montrent-ils toujours pas des routes désertes dans des paysages sublimes réservés à une seule voiture et aux mains d’un seul homme ? 
Les enfants de plus en plus jeunes ont des téléphones portables, des MP3, des vêtements de marque, des jeux vidéo, des télés dans les chambres…
Et pourtant, ce sont leurs grands-parents qui ont placé la consommation à ce niveau historique en inventant de nouveaux besoins, un cercle vicieux de la consommation, un « tout-croissance » irréfléchie.
Et parallèlement à cette « croissance », la pauvreté se développe, le chômage explose, les prix de l’alimentation, des loyers et des carburants s’envolent… Pour se disculper, les dirigeants invoquent la crise économique mondiale.
Et pourtant, ce sont ces enfants des années 50 qui participent au démantèlement des services publics pour recevoir davantage de dividendes des sociétés privées qui les remplacent, au mépris de la santé, de l’éducation, de la culture, de la justice, de l’accès à l’eau et aux ressources énergétiques auxquelles tout peuple a droit.
Les jeunes indifférents aux propos politiques se détournent des urnes et préfèrent les réseaux sociaux. 
Et pourtant, ce sont les élus et les ténors des partis qui ont dévoyé la politique en l’instrumentalisant pour s’enrichir de pouvoirs et d’euros et, sans complexes, se blanchir de leurs actes délinquants.
 
Une éducation imprégnée de compétition, de réussite individuelle, de savoirs figés a façonné toutes ces générations qui méprisent tant l’avenir que ce soit pour leur planète ou leurs propres enfants.
Une autre éducation est possible mettant en œuvre une pédagogie de l’humain qui s’ouvre vers la vie et à la vie, une pédagogie sensible et émancipatrice pour une compréhension complexe du monde et une transformation sociétale. 
Alors, que ces adultes laissent leurs enfants et petits-enfants imaginer, inventer, créer, aimer et construire. Il y a de quoi faire avec tout ce qui a été détruit et oublié ! L’expression « création d’emplois » si souvent employée, aurait ici tout son sens si on permettait effectivement à tous nos jeunes de créer et donc de travailler pour un futur immédiat porteur d’espoir et de transformation.
Et surtout que ces adultes décideurs investissent pour la jeunesse : éducation, culture, santé, habitat, ressources naturelles… des biens appartenant à l’humanité et non pas au capital financier.
 
… et pourtant, je le sais, Jeunesse, tu rêves, tu espères et c’est ce qui permet de regarder l’avenir.
 

 

Catherine Chabrun

 

 

Nous avons besoin de vous!

Bonjour Catherine,
comme je suis d'accord avec votre analyse- si juste- de la situation-si injuste- dans laquelle nous ont plongés les "seniors", grâce auxquels, en plus, nous nous retrouvons foudroyés par les Lumières sarkoziennes, lesquelles espérons-le, vont bientôt s'éteindre.
C'est maintenant que tous les humanistes devraient se mobiliser et poursuivre plus intensément cette transformation sociétale dont vous parlez.
Pour une autre éducation mettant en oeuvre une pédagogie de l'humain émancipatrice, vous les éducateurs pédagogues Freinet, et presque vous seuls, certainement avec d'autres mouvements: de pédagogie sociale etc..., représentez une ressource essentielle et vitale à l'avenir d'une société plus humaine! Il serait tellement souhaitable que vous deveniez plus visibles et que des groupes de travail, ateliers,...se créent en plus grand nombre avec et pour tous ceux qui souhaitent une autre pédagogie pour accompagner et travailler avec les touts-petits comme avec les plus grands enfants, à ceux qui croient encore qu'il est possible de construire ensemble un autre monde, une autre société, de tisser d'autres liens avec nos environnements: humains ou non, que ceux basés sur la compétition, la consommation, etc..., des liens empreints d'authenticité, de solidarité, de coopération, irrigués par une "intelligence collective" qui inclut les" Autres". D'autres façons de vivre ensemble.
Ma question serait: Comment partager vos potentiels avec enfants petits et grands las d'un système qui les asservit, les enseignants, faire des ponts avec les non- enseignants: éducatrices/teurs de jeunes enfants, éducateurs spécialisés, , ... Comment organiser des rencontres pour réfléchir et agir en ce sens, car il y a urgence DE CONSTRUIRE ensemble quand certains ne pensent qu'à détruire et à exclure.
Enfin, les fêtes de fin d'année qui approchent vont encore raviver du désespoir chez ceux qui le vivent déjà, pensons à nos amis Roms par exemple mais pas seulement, pensons à toutes ces personnes isolées, qu'elles vivent seules ou en famille. Et même ceux qui ne sont pas dans le désespoir ont envie d'autre chose: Il serait temps d'organiser coopérativement des fêtes collectives conviviales un peu partout, où ceux qui le veulent: adultes en famille, en couple, seuls, avec ou sans enfants viendraient se rencontrer, pour un temps partagé de fête, réfléchi, préparé, organisé et vécu ensemble. Il est vrai que ça suppose un changement de nos représentations: Que les fêtes ne se font pas qu'entre soi, dans le foyer familial, mais qu'on peut imaginer plein d'autres façons de vivre et partager ces moments de fête avec d'autres.
Mais à notre époque, on se sent beaucoup "empêchés", comme l'a si bien exprimé Laurent Ott lors d'un colloque sur la "parentalité" organisé par l'association"La Voix Des Jeunes" qui s'est tenu à Evry le mardi 15 novembre. Pour en dire un mot, ses analyses ont porté un éclairage nouveau, avec un regard décalé- sur des situations vécues, et son discours a apporté une véritable bouffée d'oxygène- en ces temps de consensus étouffants- tant il parlait"juste" avec des mots qui ont fait du bien à beaucoup, et dérangé d'autres- selon là où chacun en est- en tout cas qui n'ont laissé personne indifférent.
Questionner les évidences, les remettre en "questions", ça me semble indispensable dans notre société où les séniors ont confisqué les rêves de beaucoup de jeunes et moins jeunes, ça créée des ouvertures pour se "réapproprier" des espaces: de pensées, d'échanges, de débats...; pour se réapproprier des temps.
Nous avons besoin de vous!
Les enfants ont besoin de liberté, laissons-les rêver, jouer, et désirer.
Merci,
évelyne Burlot

"Les seniors ?" vraiment ?

Bonjour Catherine,

D' abord j' aurais au moins deux défauts, d' abord, je suis "senior" comme j' espère bien que tu le deviendras, puisque, en principe, nous y aurons (presque) tous droit, ensuite, plus grave encore sans doute, je ne suis pas, ni n' ai été, enseignant, ni n' ai été animé du désir d' en être.
Pas plus que d'autre, je ne referai l' histoire, mais même si je comprends l' idée sous-jacente que tu exprimes
car nous sommes tous les héritiers d'une histoire sociale et personnelle, je trouve particulièrement inapproprié que tu attribues à tes ainés les prétendus "malheurs de notre temps".
Dans les années '50 j' étais gamin en Normandie et le salaire de mon père payait, outre la nourriture que nous cultivions ou élevions nous-mêmes, à peine plus que la paire de bottes et le bleu de travail, j' exagère à peine en disant que le médecin de Vimoutiers recevait un poulet en guise d' honoraires, mais je n' en suis pas loin.
Les hasards de l' existence m'ont, à 22 ans, conduit en Banque à réaliser des crédits destinés au commerce et à l' industrie. J' y ai donc constaté ceci : il n' est pratiquement pas de crédits qui n' aient été sollicités pour remplacer du personnel par du matériel. La machine en effet travaille plus vite, souvent mieux, tombe rarement en panne plus de quelques heures, ne fait pas grève, ni d' arrêt maladie et donc , en fin de compte, est rapidement amortie... vous me suivez ? (je souligne que ce sont là les arguments des industriels, du reste, l' un d' eux m' a confié plus tard: "Que voulez-vous donc que je me préoccupe du long terme, j' ai déjà suffisamment de soucis à m'occuper du court terme" - dans un sens, il avait raison de constater ainsi les limites de son pouvoir-).
J' aurai fait de mon mieux en essayant de conserver une éthique dans un travail qui me tenait loin de chez moi 12 heures par jour (près de 4 heures de route) avec, en moyenne, un mois de congés annuels.

Je vous lis et je m'interroge : en quoi serai-je responsable ? D' avoir connu les "30 glorieuses" pendant lesquelles le progrès -y compris social- semblait ne devoir jamais s' arrêter, où trouver un emploi "convenable" était à portée de votre volonté ? Quand je repense que j' avais 16 ans quand j' ai pu obtenir mon premier vélo...d'occasion, (rassurez-vous, aujourd'hui je ne suis-provisoirement- pas trop mal).
Je m'indigne quand même un peu à voir les lamentations tous azimuts de bien de mes contemporains, eux qui ont tout ou presque ou tout, veulent tout de suite, quitte à s' endetter parfois même simplement pour égaler leur voisin...
Ce qui se passe, c' est que la donne économique a changé à partir des années '90 : avec la chute du mur de Berlin, les actionnaires soudainement rassérénés se sont accordés des coudées franches et mettent le monde en coupe réglée avec la complicité passive -ou au mieux l' incompréhension- des politiques.

Ainsi, il a fallu privatiser à tout crin (mais uniquement ce qui pouvait devenir rentable au motif "que le privé fait mieux", ce qui est bien sûr faux puisque cela consiste à facturer ce qui ne l' était pas et à surfacturer ce qui l' était) et aujourd'hui on s' en prend à l' État "ce surendetté" (???) pour s' attaquer à tous les secteurs de la sécurité sociale. Résultat : les riches ne l'ont jamais été autant ni plus vite, tandis que les besogneux seront bientôt payés de trois bols de riz par jour (je suppose que c' est le rêve des actionnaires...).
Je le redemande : en quoi serais-je responsable de n' avoir pas vu, prévu, ni encore moins prévenir, ce qui nous arrive ?
Pourtant, je devrais bien être responsable quelque part, non ?
Je vais vous dire : je suis responsable d' avoir cru que l' État était le garant du bien commun
, que c' était là sa vocation puisque j' en désignais en confiance les représentants dans ce but.

Ah, encore une chose : je suis belge francophone et je suis d' assez près ce qui se passe en France.µ
Et, bien que tout ne se passe pas au mieux ici, je me dis à part moi : pauvres français ! D'une part ils n' ont eu à choisir qu' entre le Manipulateur Sarkozy et la "Sainte Vierge" du PS et les voici maintenant en face du même (qui sait quoi faire pour vous tondre) et du mari de l'autre (qui semble, lui ne savoir quoi faire pour vous soulager).
Si j' étais français, je donnerais ma voix au seul dont l' analyse est tout à fait pertinente et qui donc, parle juste. Je m' étonne que les français ne semblent pourtant guère l' entendre jusqu'ici seraient-ils obnubilés
par les discours "convenus" qui ne sont pourtant plus d' actualité ?
Bien sûr, c' est à jean-Luc Melanchon que je pense.

Bien à vous,

Charles