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Avril 2001


CréAtions 96 - Danser l'espace - publié en mars-avril 2001

Département Carrières Sociales - IUT Michel De Montaigne, Bordeaux III - Enseignante: Simone Cixous ; étudiante/animatrice: Babette Gazeau ; Etudiant/photographe:  Marc Dupeyron


 

« La danse peut aller plus loin que les mots »

Comment bousculer l’espace normé, aux places assignées, d’une salle de cours, pour l’investir autrement et libérer ces tensions, crispations, gestes parasites des corps « assis » à longueur de journée ?
Une salle de cours comme les autres, assez grande pour les 40 étudiants du département Carrières sociales (filière Arts, Culture et Médiation) de l’I.U.T. Michel Montaigne, avec tables vaguement en cercle et désordre de chaises et de tables à utilisation variable : la salle sert souvent pour les contrôles. La question de l’espace se pose lorsque cet « ordre » est vécu comme obstacle aux projets du groupe, projets d’expression, d’écriture, d’échange…
« Le corps écoute avant d’agir » les mots arrivent ensuite comme une respiration, un souffle dans le mouvement.

L’exemple du travail de Jacques Lecoq*, avec ses élèves de théâtre enseignant comment « chauffer l’espace, en prendre possession, l’habiter, se servir de ses attitudes comme d’un langage… » fait naître l’envie de dégager l’espace des objets sur lesquels s’arriment, ou se déposent habituellement les corps, tables et chaises, sculptant l’habituelle posture scolaire.

 *Jacques Lecoq : maître de la pédagogie théâtrale, Ariane Mnouchkine, Dario Fo, Luc Bondy, Philippe Avron… ont été « ses élèves ». Une émission en son hommage et diffusée sur Arte, a présenté un film réalisé avant sa mort sur son « atelier des merveilles » (video disponible auprès de la chaîne).

Apprivoiser l’espace

Une étudiante, Babette, propose au groupe, et ce sera l’objet de sa réalisation de l’année dans le cadre du module « expression »* dont j’ai la responsabilité, de prendre possession de cet espace quotidien autrement, à partir de son expérience personnelle de la danse africaine.
Je me retrouve, moi l’enseignante, en position d’observateur, situation inconfortable : les ateliers d’ expression corporelle pratiqués pendant certains stages pédagogiques, très à la mode il y a quelques années, mais peu efficients parce que sans objectifs définis et sans questionnement sur l’importance du corps, du geste, du non verbal dans un espace éducatif, m’ont au moins appris à mesurer les enjeux pour soi et pour le groupe d’une telle rupture avec les repères, codes assignés aux gestes, rapports – proximité, distance – des corps dans l’espace du quotidien. Normes « incorporées » qui jouent comme garantie d’un certain ordre, mais aussi paralysent, associées la plupart du temps à un « encadrement » dans des horaires et des espaces fragmentés. Corps niés ou absents, neutralisés mais qui font signes malgré tout : gestes répétitifs, rires hors de propos, balancements…


 

 

Babette me rassure : elle est consciente de ce qu’elle engage dans cette séance, son contrat avec le groupe est que chacun choisit librement de parti-iper ou non. Elle n’oublie pas non plus la présence dans le groupe de Sylvain sur son fauteuil roulant. Elle s’explique sur ses objectifs : il ne s’agit pas d’expression corporelle mais de danse « sûrement pas d’une approche technique de la danse, ni d’un apprentissage, mais plutôt d’une exploration, d’une découverte d’un rapport plus personnel à la danse. Une mise en risque de l’imprévu, de l’inattendu, un voyage à faire avec l’autre, avec les autres, où l’on s’autorise la découverte, la liberté d’expression ».


  * Module expression
: réalisation qui met en rapport une écriture personnelle avec d'autres modes d'expression : image, sculpture, volume, musique, geste.

écoute, parole, geste, danse

    sommaire n° 96 


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