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Danse à l’abbaye

Dans :  

 

   Une pédagogie créative


Se construire

Le travail pédagogique et l’approche artistique se rejoignent sur des points essentiels : ils partent tous deux de la globalité de l’enfant pour arriver toujours à sa construction. L’enfant est créateur: il exprime à sa façon ce qu’il a vu et ressenti. Il est amené à trouver des éléments intéressants, à échanger, puis à faire un choix, l’assumer, l’affirmer et le transformer.
Il partage une expérience, un vécu de groupe qui permet l’expression des différents vécus individuels.
Il s’agit bien d’une construction, d’un travail sur la perception du monde et non d’une simple évolution.

Exprimer un lieu

La magie du lieu est d’autant plus forte qu’il contraste avec la ZEP où sont scolarisés les enfants. Leurs comportements s’en trouvent modifiés. Ils apprennent à être en fonction du lieu, à se l’approprier par la sensation, l’observation, l’intériorisation pour devenir un acteur de ce lieu.
Ce travail se poursuivra dans l’environnement quotidien de l’enfant.

Accéder au monde par les sensations corporelles

Pour chacune des séances de danse, le point de départ du travail corporel était toujours la prise de conscience du lieu où on était par la stimulation des sens: voir, entendre, toucher, sentir. L’enfant était ensuite invité à exprimer ses observations, ses ressentis par des mots mais aussi en bougeant son corps, en dessinant avec le corps l’élément architectural observé ou l’impression ressentie.
C’est parce que l’enfant bougeait, "dansait" l’élément observé ou la sensation que l’intégration des ressentis a pu se faire. Les ressentis étaient traduits dans le corps (exemple de la pierre rugueuse ou lisse : le mouvement était adapté à la sensation).
Cette intégration physique a permis de stocker les perceptions, les ressentis et d’aller plus loin qu’une simple perception directe par les sens. En effet, le mouvement était fait dans le lieu avec le modèle présent, puis les enfants mémorisaient le mouvement pour l’emmener ailleurs : la perception était stimulée dans un lieu puis les enfants emportaient leurs impressions pour se les «représenter» dans un autre lieu, d’abord par la danse puis sous d’autres formes (verbale, graphique,etc.).
Les enfants ont senti, analysé le lieu magique de l’abbaye. Ils ont appris à ne pas être indifférents aux divers lieux qui les entourent.
Ils savent maintenant « être » dans un lieu, ressentir, l'analyser.
Un jour que nous devions parler de notre quartier pour un reportage, sans aucune hésitation, ils ont su décrire les constructions très diverses en comparant les façades, les hauteurs de bâtiment, les matériaux de construction, les décors, l’aspect agréable ou non, etc. Tout ce qu’ils voyaient était prétexte à analyse. Ils ne subissaient pas le lieu, ils se l’appropriaient.

Cette perception est un sens souvent oublié dans l’éducation. A l’école, des cinq sens, seuls deux sont privilégiés en général : l’ouïe (écouter, parler) et la vue (observer, regarder, représenter). La connaissance par le toucher, les sensations corporelles sont à peine tolérées, voire même réprimées.
Ici, ce mode d’accès au monde est utilisé, valorisé, mis en échanges…
Les enfants ont appris à (perce)voir :
« Ils ouvrent les yeux et le cerveau se met en marche. »

 
 
Cette expérience, vécue par les enfants donnera envie à Caroline Coll-Seror, la responsable de l’abbaye, de monter une exposition-parcours dans l’abbaye pour que chacun, enfant ou adulte, y trouve « un coin qu’il aime bien ». Créations rendra compte de cette nouvelle création des enfants dans un prochain numéro.

Nota bene: Article déjà publié dans CréAtions N°96.
Nous remercions le Conseil général du Val d’Oise et les photographes : Laurent Baude et Catherine Brossais

 

Article téléchargeable et imprimable au format PDF

 

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